Un web plurilingue et vecteur de partage
Laura Garcia Vitoria (ARENOTECH)
(Résumé)

Introduction

       Imagerie mental et publicitaire du web se développe au rythme des appropriations commerciales et sociales. Son analyse fait apparaître des caractéristiques dans les usages et la perception d ’Internet en France

       Telles représentations reflètent les codes culturels de la société informationnelle en voie de construction. Codes qui détermineront les comportements, voire de futures institutions d ’une société repensée et refondée

       Pour Manuel Castells (« L ’ère de l ’information »), un des enjeux majeurs est l’émergence d ’identités - projets potentiellement capables  de reconstruire une société civile nouvelle. Or, ceux qui les expriment doivent être capables de mobiliser une symbolique basée sur ces mêmes codes culturels

       Le paysage qui apparaît tout à travers de ces représentations nous donne une vision que nous n’avons guère l’habitude ni d’entendre, ni de proposer.

Les vieux empereurs du commerce savèrent dignes héritiers du Bas-Empire romain, pensant contrôler les limes à coups de légions. Mais l ’imaginaire gagnant est tout autre : l’image d ’un  qui se joue du linguistiquement correcte gagne du terrain, le plurilinguisme progresse et de nouveaux modèles apparaissent qui laissent pantois les représentants d ’institutions d ’un autre âge, cramponnés sur ce qui leur reste de privilèges, l ’aire incrédule, s ’interrogent sur ce qui a bien pu se produire.

Le contexte :

Investissements économiques

       PNUD, BM, CNUCED :

La Méditerranée et la société numérique : une nouvelle révolution néolithique Révision sémantique : lien entre territoire et implantation économique/Territoire et représentations des pouvoirs

q       L’impact des infotechnologies pour la Méditerranée : nécessité de gommer les inégalités, mais aussi respect des différences et de la diversité en une seule communauté.

Le Web plurilingue :

A)   Les chiffres

q       En juin 1999, sur 171 millions d ’internautes dans le monde , près de 92, soit le 54% sont anglophones.

q       Etude de Computer Economies: en 2 002 près de 60% d ’internautes parleront une autre langue que l ’anglais; dans les 6 prochaines années , les non anglophones feront un bond de 150%.

q       Les projections d ’IDC Research montrent que les internautes européens  seront de 170 millions en 2 003.

q       Le 3 juin dernier, le New York Times révèle que un portail comme Starmedia accueille 20 millions de visiteurs parlant l ’espagnole et le portugais.

q       5millions de latinos au Etats Unis

q       Une stratégie plurilingue  s ’impose pour les sites anglophones.

B) Importance des langues minoritaires

C) Outils de traduction automatique performants qui devraient résoudre certains des difficultés du plurilinguisme en ligne.

D) Adaptations au  particularités culturels de ceux que le visitent et l ’utilisent : essentiel dans le monde imaginaire du commerce électronique

Le Web facteur de partage

A)   Ecartons la naiveté

q       Philippe Breton « La parole manipulé »

“ de nombreux théoriciens…ont construit un nouveau discours d’accompagnement des nouvelles technologies, dont le contenu est éminemment politique et idéologique ”. ces mêmes acteurs sont devenus les auteurs d’une “ vaste entreprise ” destinée à “ persuader les foules de l’intérêt qu’il y aurait à étendre le secteur marchand à tous les secteurs de la société et à se débarrasser le plus possible de toutes les structures de régulation collective qui ne relèveraient pas de ce secteur, en premier lieu l’Etat ”.

q       Forence amalou (Le Monde, 10 septembre 1999)

Nombreuses sont les entreprises qui “ alimentent, depuis 1993 un espoir collectif qui consiste à faire croire qu’en utilisant leurs produits, l’homme accédera à un monde meilleur, plus libre et plus égalitaire ”

Et il est vrai que des plaquettes consacrées à la démocratie électronique et au nouveau statut du citoyen sont précisément publiées par certaines d’entre elles.

Constat aussi à propos des entreprises américaines, de Philippe Coste, chef du poste d’expansion économique français à San Francisco

B)   prendre du recule

q       Joël de Rosnay le rappelait récemment à Hourtin,  “ l’utopie actuelle d’un Internet égalitaire et libertaire va se prolonger dans beaucoup d’esprits, mais elle ne correspond pas à la réalité ”, il faut aller plus loin dans l’analyse.

q       Manuel Castells fait  remarquer que la révolution informatique, on a trop souvent tendance à l’oublier, est contemporaine des mouvements sociaux et contestataires de la fin des années soixante et que “ ces mouvements…ont amorcé le processus d’où est sortie la fracture fondamentale de toutes les sociétés actuelles : d’un côté des élites actives, culturellement autonomes, qui édifient leurs propres systèmes de valeurs à partir de leurs expériences vécues, et, de l’autre, des groupes sociaux de plus en plus incertains d’eux-mêmes, malheureux, privés d’informations, de ressources et de pouvoir, et qui, pour résister, se retranchent précisément derrière ces mêmes valeurs établies que les révoltés de 1968 rejetaient ”.

q       On comprend dès lors que les nouveaux modèles de la net économie engendrés par la société informationelle en voie de constitution s’appuient justement sur des valeurs telles que celles du partage de savoirs (nous avons dit “ partage de savoirs ” et non “ partage des savoirs ”. Ces savoirs , ce sont ceux que nécessite cette net économie : le partage de savoirs l’alimente, lui est consubstancielle, allons même plus loin : elle lui est nécessaire.

C)   Enjeux :

q       de Méthodologies que l’on regroupe aujourd’hui généralement sous l’étiquette de gestion de la connaissance. Cela dit, si “ l’avenir est au partage des informations avec un référenciel commun ” (Véronique Gillet, Computer Sciences Corporation), quel sera ce référenciel ? Que faudra-t-il prouver pour accéder à l’information et à la connaissance pertinente ?

q       d’utilisation des intranet au sein des entreprises et des institutions. Et si l’essentiel des informations se limitait aux intranet de tous types, laissant au commun des utilisateurs une masse information difficile à gérer sans outils de recherche suffisamment sophistiqués, aux côtés de sites - vitrine déclamatoires et d’espaces d’achat ? Sur 3, 6 millions de sites sur Internet, 1,4 million ne sont pas visibles par l’internaute lambda.

q       d’accès permis par les collectivités publiques aux réseaux, et ce au travers d’espaces multimédia intégrant toutes possibilités d’apprentissage et de création. 

q       de Communautés virtuelles sur le Web, qui devront dépasser les tentations d’utilisation commerciale

D)   Transparence : outils

q       Troisième génération d’outils de recherche (moteur de recherche CLEVER développé par IBM) est capable de détecter combien de liens pointent sur une page donnée : cela revient à mesurer la notoriété d’un site grâce à l’équivalent d’un sondage d’opinion de l’ensemble des internautes.

·    Pour Michael Nelson, directeur du programme Internet chez IBM, on obtient ainsi une liste qualifiée des sites les plus utiles et les plus fiables.
·    Il y a là un facteur potentiel d’aide au partage des connaissances, mais on imagine bien comment de tels outils peuvent être détournés de leur but.

q       La norme XML permettra d’autre part une réelle intégration d’outils hétéroclites, de programmes additionnels souvent incompatibles : c’est là potentiellement une véritable langue commune qui pourra là encore grandement faciliter les partages d’information.

·   si les obstacles à la communication s’effacent, il restera à identifier encore plus la pertinence des contenus ainsi fournis.

q       Autre vecteur d’un Internet facteur de partage, l’informatique diffuse qui commencera dans les mois qui viennent à en assurer la diffusion dans tout notre environnement, au travers notamment de communications sans fil.

·   Incontestable facteur de partage mais là encore sa diffusion peut être source d’ambiguïté.

Conclusion

q       Un article récent de Clarisse Herrenschmidt chercheuses CNRS (“ Ecriture, monnaie, réseaux. Inventions des Anciens, inventions des modernes ”, revue Le Débat, septembre - octobre 1999) montre que toute transformation majeure de l’écriture est contemporaine d’une transformation économique radicale.

q       On ne peut en aucun cas comprendre l’une sans l’autre. Les codes culturels - codes de valeurs, codes sexuels et linguistiques - que nous avons évoqué ici relèvent bien de cette double mutation majeure.

q       “ Une société peut être dite nouvelle quand il y a eu transformation structurelle dans les relations de production, dans les relations de pouvoir, dans les relations entre les personnes. Ces transformations entraînent une modification également notable de la spatialité et de la temporalité sociales et l’apparition d’une nouvelle culture…

Des transformations multidimentionnelles sont bien en cours en cette fin de millénaire ”. (Manuel Castel)

q       Telle est selon nous l’essence de la net révolution. Et ce n’est peut-être pas par hasard que la dernière Université d’été de la communication a vu la création d’un e-party