Valeurs en mutation

La rapidité de certaines évolutions sociologiques a toujours surpris les historiens : il est probable que nos années présentes en constituent une illustration supplémentaire. On notera ainsi le propos d'Alain Caillé (journal La Croix, dimanche 26 octobre 2003, page 24) : "La valeur du don dans le collectif est en régression : l'esprit de service public, le sens du devoir, du travail. Une partie de la rentabilité des entreprises vient encore aujourd'hui des capacités des employés à donner, en apportant des compétence humaines qui ne sont pas produites par l'entreprise. Il y a pompage de ces forces vives, de cette énergie donatrice par le système financier qui se conduit en prédateur"...

"Le taux d'inégalité a été multiplié par 25 depuis 1970. C'est la mesure parfaite du passage d'un capitalisme régulé par des normes éthiques et politiques minimales à un capitalisme débridé".

Il n’apparaît donc guère étonnant qu'une mutation aussi forte puisse avoir des répercussions dans le domaine de l’évolution des idées politiques, et ce notamment pour ce qui est de la partie de la population la plus exposée à ces changements. L’oubli de la générosité tant intellectuelle que matérielle comme objectif majeur d’un cadre de vie peut ainsi devenir un vecteur majeur de rupture dans la cohésion d’une société.

  1. Elie Barth et Hervé Gattegno, écrivent ainsi ( Le Monde du 10 décembre 2003, page 8) : "Près d'un français sur quatre adhère aux idées de l'extrême droite... Un an et demi après le 21 avril, les thèses de l'extrême droite continuent de s'enraciner".
  2. Et Guy Birenbaum dit en "Nos délits d'initiés", Stock, 2003 :
    "Nous trions ce qui est bon pour vous et ce que vous devez savoir"
    "Nous vous dictons ce que vous devez faire. Cela fait des lustres que c'est ainsi et il n'y a pas de raison pour que cela change"
    "Nos mensonges ont fait le lit de l'extrême droite"... "Nous l'avons alimenté pendant près de vintg ans, notament par notre capacité à tricher avec la vérité, à communiquer au lieu d'informer"... "Et..., nous avons continué à mentir"...
  3. Sophie Coignard dit en "La vendeta française", Albin Michel, septembre 2003:
    "Un magistrat interdit d'exercer au nom de pseudo-troubles psychiatriques. Des policiers ou de gendarmes dont les carrières sont brutalement interrompues parce qu'ils dérangent. Des contrôles fiscaux qui s'abattent soudain sur des rivaux ou des gêneurs..."