|
|
Billet d'humeurs Le requin, la mouette et le poète*
Et… il se mit à imaginer voguer lui-même dans les airs au grand dam de ses contemporains : loin de Matignon et de l’Elysée, plus d’homme politique en vue (même si par là-même il lui était plus difficile de le réduire à néant). Il se sentait cruellement dépourvu, de toute possibilité de jouer avec les vents dont il ne ressentait que des vagues brises… Là haut, dans le ciel, on est plus libre qu’à l’ONU et on a le choix de tant de paysages à décrire… Faut-il donc être si pesant pour engager des batailles, la lutte est-elle à ce point dénuée de liberté et de légèreté… ? Pendant qu’ainsi le requin rêvait, la mouette elle aussi méditait. Elle se savait certes libre, que trop peut-être, elle voyait de temps en temps à la surface des flots les sombres taches de tendres gros poissons… Et elle se disait toute la pertinence d’être ainsi conçue, la joie d’être portée par les flots, la possibilité de se défendre, voire d’attaquer les incongrus ? Cela devait être beau que d’ainsi voguer dans les flots.
Et que cela valait bien un livre. * "Le requin et la Mouette", Le monde, jeudi 9 septembre 2004, page n° 22. |