Billet d’humeurs

Le cri de la Gargouille

Laura Garcia Vitoria

Ministres et journalistes n’ont jamais tant cité Bonaparte et ses contemporains - tel Talleyrand auquel le Sénat a consacré récemment un colloque rassemblant décideurs et hommes politiques -. "C'est la politique qui doit être le grand ressort de la tragédie moderne" est ainsi l’une de ses phrases les plus souvent évoquées à l’aube de ce siècle-ci : il est vrai qu’elle ne fait nullement ses deux cents ans d’âge.

S’étalaient alors, au sein de la culture néo-classique, tous les grands mots des deux millénaires et demi qui ont construit notre identité : il est donc commode d’aller les y chercher, qu’il s’agisse de l’écho des grands tragiques ou encore de la Politique d’Aristote. L’échantillonnage des moeurs humaines auquel s’est livrée toute cette époque nous est indispensable aujourd’hui, alors même que nous éprouvons la désagréable sensation que ces mêmes mots se vident de leur substance lorsque nous nous mettons en situation de les employer : la justice, la morale…, toutes ces figurines dont les images ont peuplé notre culture visuelle, ne sont-elles précisément que des entités d’un autre âge auxquelles, il y a bien longtemps de cela, on voua un culte. Ne convient-il pas aujourd’hui de les laisser à la communauté des philosophes ou aux enquêtes des archéologues ?  Nous n’allons tout de même pas battre Cicéron sur son propre terrain : « O tempora, ô mores »…

Quelles sont dès lors les valeurs sur lesquelles nous puissions - aujourd’hui - baser nos réflexions et actions ? Comment donc admettre les stratégies d’individualisme que journaux et écrans nous proposent comme autant de modèles pour nos vies ? Il est vrai que l’Europe d’il y a deux siècles offre tout le spectre des réponses possibles à ces maux, qu’il s’agisse des ambitions sans limites, du carriérisme effréné et malhonnête ou de la République engendrant les monarchies les plus absolues. Si c’est cela que l’on entend tolérer, voire cultiver, alors oui : citons Napoléon et Talleyrand et écoutons, comme diraient d’autres, le cri de la Gargouille. http://www.arenotech.org

Garguilles au Panthéon