Billets d’humeur (4)

La fable de la parfaite bobone

Dans notre Manuel du Parfait Bobo (le MPB dans leur langage), manquait la femme - il serait plus juste de dire la version féminine -.

Non que nous souhaitions l’écarter de notre galerie de portraits où certaines bobones ont parfaitement vocation à voir racontée leur histoire ou du moins certains pans de celle-ci. Que le lecteur se rassure, ce n’était qu’une question d’opportunité. Dans nos cartons, il y avait bien déjà quelques forts spécimens : l’énorme silhouette noire bien connue des habitants de l’avenue en question, la napolitaine si fière de sa vue sur l’arc de triomphe, la journaliste multimédia à jamais fâchée avec son clavier…Mais c’est dans une mairie que nous la trouvâmes, vraie icône des Temps modernes et Chaplin(e) en jupon ; pour bien prendre la juste mesure de ce que peut bien représenter un horizon intellectuel à une heure de pointe, il nous faut ici brièvement narrer à l’ancienne son histoire et cela de manière presque morale. Enfin, si l’on peut dire.

Toute ressemblance avec une mairie existante ne saurait être que fortuite!

Il était une fois de plus dans cette mairie une coordination associative qui se voyait reprocher son dynamisme intempestif en matière de vaine tentative d’exister sur le web de l’administration locale. Et c’est là qu’apparut cette ancienne secrétaire, largement pourvue de savoirs autopromotionnels et devenue adjointe. D’Internet, du web et de ses trois WWW, elle ne savait rien. Cela lui fit ainsi figurer sur le papier officiel de la mairie - en guise peut-être d’animation citoyenne si déficiente - l’adresse d’un site à vendre où figurent notamment publicités de rencontre et promotion de produits censés à l’évidence rendre la vie politique locale…moins impénétrable.

Les réactions ne se firent point attendre. Et d’aucuns de louer une action mûrement réfléchie où la citoyenneté ainsi mise en exergue allait doper la vie associative au viagra ; d’autres, plus sérieux peut-être, se mirent à souligner d’une mimique décidée qu’enfin la mairie aux salles toujours désertes allait devenir un vrai lieu de rencontres(s).

Plus nombreux encore furent ceux qui ne purent que constater qu’au travers d’une histoire aussi hilarante (il paraît qu’elle aime bien Hillary), l’ignorance continuait ainsi de frapper cruellement leur mairie et que les champs d’incompétence de leurs élus étaient décidément multiples.

Bobone, quant à elle, continue de parler de ce qu’elle lit dans le Parisien du matin et à pérorer, devant des salles vides, sur la laïcité et - toujours et encore - la citoyenneté et la démocratie participative, bien que s’interrogeant fort peu sur le sens véritable de ces mots. Le public qui se hasarde à venir, quand il reste, se demande si la modeste subvention annuelle mérite bien un tel sacrifice intellectuel. Son mari d’ailleurs aussi quand, une fois dans l’année, la coutume veut qu’il soit physiquement présent : « à 9 heures, on boucle », lança-t-il la dernière fois en guise de commentaire introductif. Tout un programme, en effet, une belle fable en tout cas.