Notre intervention sefforce de distinguer quelques unes des directions dans lesquelles le spécialiste de didactique des langues sera contraint de sorienter face aux défis des nouvelles modalités de transmission, de diffusion et de captation des savoirs. Il convient, en tout premier lieu, de se situer par rapport à des problématiques globales nouvellement formulées (processus de communication, rapport texte/image). Mais lenjeu majeur réside dans lutilisation potentielle de "nouvelles images": images de synthèse et environements virtuels certes, mais surtout images numérisées dont la mise en évidence de lagencement peut aujourdhui aider grandement à mettre en valeur les articulations de la langue.
Enfin, limage transmise par réseaux, se doit dêtre pleinement réévalué, notament dans le cas dInternet, même si les images transmises par visioconférence ne sont pas encore pleinement satisfaisantes. Notre société de limage népargne donc guère lenseignement de langues en lui imposant des choix ausi nombreux que décisifs; jusquà ce jour néanmoins, on ne lui en fournit que rarement les moyens, comme le montrent à lenvie les CD-Rom dapprentissage de langues, où des "manuels", réalisés à peu de frais, ont simplement été transposés sur de nouveaux supports (le constat est particulièrement clair pour les CD-ROM dapprentissage en espagnol). Heureusement, il est des CD-ROM dart plurilingues qui permettent aux enseignants de réellement travailler les champs linguistiques. Heureusement, il y a le modèle NARCISSE.
Lanalyse comparée des signes linguistiques et des images sinscrit pleinement dans lhistoire intellectuelle du XXème siècle.. On se rappelera que cest en 1931 que Peirce systématisa ses réflexions sur le nom de sémiotique en étudiant, en même temps les systèmes non linguistiques tout comme les données perçues par les sens, notament sur le visuel.. Au moment où sébauchèrent les recherches fondatrices annonçant linformatique et lhypertexte, Peirce rédéploie ce que Saussure au début du siècle avait désigné sur le concept de sémiologie..
Limage peut révéler dans un instant sa signification au récepteur, mais les systèmes sémiotiques visuels sont déficients car ils ne possèdent pas la capacité du système linguistique pour représenter ce qui se déroule en parlant, ou les processus mentaux complexes et linfinitude de choses que nous ne pouvons pas voir. Si le langage et limage se combinent déjà dans le cas du cinéma quen est-il du multimédia? Citons Pierre Levy et son très bel ouvrage Les Technologies de lintelligence: "Linformatique de simulation et de visualisation est aussi une technologie intellectuelle" .. Et Bernadette Goldstein nous dit dans Interactifs une technique de lintention: "La communication entre la machine et lutilisateur est conçue comme transmission de la communication. Linteractivité peut sincarner dans une situation de communication dont les caractéristiques sont très proches des pratiques discursives" .
Le langage iconique, et plus en particulier le langague numérique, sert, ainsi, de support au dévelopement du langage et des pensées discursives. Lidée que nous nous faisons de limage que nous regardons, que nous exprimons dans un cours de langue, peut être un lien ou une barrière.. Dans le mot "image", nous trouverons les mots représentation, reproduction, évocation, ressemblance, description et, par abstraction, le mot imagination.
Limage, réelle ou virtuelle, visible ou invisible, matérielle ou imatérielle, produit de la sorte une nouvelle image, des nouvelles images.. La duplication (et parfois la duplicité) du sens du mot, produit en même temps une multiplicité, une diversification de concepts, des nouvelles images. Face à limage et à cette multiplicité du sens, à son rôle dintermédiaire, lapprenant se trouvera enrichi ou appauvri. Limage lui permettra ou lui retirera la compréhension avec dautres êtres qui la regardent: limage est alors pour lui un symbole, un signe aux multiples effets.. Comment donc lapprivoiser, pour quelle soit un outil dintégration et non pas dexclusion?: par la parole, le discours, qui ont le pouvoir de la contrôler, la diriger, lenrichir, mais, aussi, de la censurer.
Limage a besoin de la langue pour mettre en communication et échanger avec autrui, pour enrichir nos connaissances et éviter en quelque sorte lenfermement. Neanmoins, autant lutilisation traditionnel de limage pouvait nous autorisé à nous interroger sur sa pertinance, autant limage numérisée, qui nous permet de pénétrer en él, de mieux lanaliser et de mettre en évidence sa structure, devient un outil irremplaçable pour lensignant des langues.
"La mission de lart nest pas de copier la nature mais de lexprimer" proclame Balzac dans Le Chef-doeuvre inconnu.. Nous ne sommes pas davantage éloignés de limage platonicienne du mythe de la caverne, qui veut donner le change sur la réalité. Lenseignant de langue aime à lappréhender comme symbole, cest-à-dire comme devant être décryptée et comme renvoyant à un sens quelle évoque, mais quelle ne contient pas en elle-même. Le langage artistique permet donc une lecture vaste et riche du monde, du signe, il est pour lapprenant un instrument clef de cognition de la réalité.. Ainsi, "La femme qui pleure" de Picasso (1937), que symbolise la forme comme parole, nous transmet un sentiment de douleur que lartiste expérimente comme conséquence de la Guerre Civile espagnole. A travers limage, nous pouvons donc enseigner la langue et tout la culture qui gravite autour de loeuvre dart dans la mesure où nous pouvons non seulement réaliser des activités pédagogiques, mais, en même temps, létudiant peut-être initié à une sensibilité artistique et au savoir culturel qui entoure loeuvre dart. Nous pouvons, aussi, enseigner la langue de spécialité (lHistoire, la politique, larchitecture, la médicine, le vocabulaire spécifique à un métier ). Lagrandissement que permet limage numérique, le fait de "pénétrer" dans loeuvre dart, permet à lenseignant datteindre pleinement ces objetifs. Voyons ensemble quelques exemples pratiques: (voir annexe 1)
Pierre LEVY, dans son ouvrage déjà évoqué, souligne comment "la simulation prenant le pas sur la théorie, lefficience gagnant sur la vérité, la connaissance par les modèles numériques sonne comme une revanche de Protagoras sur lidéalisme et luniversalisme platonicien".
Dautres argument que limage se rapporte à limagination, elle peut-être source derreurs, elle met en jeu laffectif, le désir et renferme lindividu sur lui-même lempêchant daccéder à une interprétation rationnelle du réel.
Les "empreinteurs" potenciels du multimédia que nous sommes se partagent en deux groupes: les magiciens et les théoriciens. En effet, dans un cours de langues, il faut de laffectif, de limaginaire, de lillusion , pour créer et recréer les conditions de situations et de simulations pertinentes à la didactique dune langue étrangère.
Par ailleurs, si le formateur en langue doit jouer sur la charge émotionnelle de limage, il doit aussi faire appel au raisonnement, à la théorie sur le discours. Pour lui ces deux points de vue peuvent trouver un terrain dentente et se relier pour être appliqués dans le cadre dune formation de langues. Tout bon pédagogue sait quil ny a pas de recettes miracles et quil est aussi important dêtre magicien que théoricien. Il doit être magicien tout en restant pédagogue, argumentant à lapprenant tout son savoir et son acquis. Il doit maîtriser son cours, dans tous les sens du mot, et transmettre une réalité, une théorie sur la structure de la langue.. Nest-ce pas justement ce que nous permettent les "nouvelles images".
Le développement de la production dimages numérisées est, par consequant, très important dans le processus de la recherche en didactique de langues: pouvoir calculer ses images, cest aussi pouvoir calculer quel usage analytique pourra en être fait pédagogiquement et se donner, par là même, un moyen de dominer plainement le document source. Il est, ausi facile de choisir les séquences, de découper limage, de la transformer, de modifier les accompagnements sonores, etc....
De ce point de vue, également, la numérisation boulverse lacte pédagogique. Les caractères "cognitifs" de limage numérique sont plus faciles à mettre en évidence. Par ailleurs, limage produite par les machines introduit un nouveau rapport au réel et à la connaissance.
Philippe QUÉAU le dit clairement: "Aujourdhui, limage peut donner virtuellement lieu au réel alors que jadis, cétait le contraire. Le réel était virtuellement image; il donnait virtuellement lieu à des images. La simulation et les techniques du virtuel favorisent un regard plus acéré sur le réel car elles imposent une mise entre parenthèse du monde; non pas pour le nier, pour le refuser, mais pour objectiver notre propre conscience de ce monde" .;
Ce qui pourrait servir de base à une utilisation vraiment pédagogique de limage. Limage est sur le point de changer de statut: celui qui la regarde participe à laction quelle présente. Elle est un outil dans lequel lenseignant peut calculer ce quil veut montrer. Elle est aussi une initiation au concept et donc un moyen de penser le réel et de le maîtriser. Dominer limage pour en faire un moyen dinterpréter le réel doit faire partie des compétences inhérentes à la didactique des langues.. Cela ne veut pas dire, pour autant, que lenseignant doit devenir un spécialiste de limage, mais, bien plus tôt, cela signifie que le rôle des enseignants est de contrôler lactivité des professionels de limage, afin dobtenir des produits qui répondent exclusivement à leurs besoins et à leurs objectifs.. Et cest là la raison dêtre majeure de ma présence parmi vous aujourdhui. Les enseignants utiliseront, évidement, ce quil est convenu dappeler les NT multimédia dans une perspective différente de celle qui prédomine aujourdhui parmi les professionnels actuels de laudiovisuel.. Il ne sagit pas de copier lusage domestique ou grand public et dappliquer les règles de production actuellement proposées par les professionnels, mais dinventer des produits spécifiques obéissant aux objectifs de formation. Le pédagogue devra mettre au point ses propres produits, doù la nécessité de développer les systèmes auteurs.
Les terminaux de visiconférences et de médiaconférences sont des outils simples où lusager maîtrise lensemble du processus de formation et de transmission des images. Dautant que le terminal peut être combiné avec dautres outils multimédia ou "télécommunicants".
Pour le professionels de laudiovisuel, cette situation représente un danger.. Lintervention de nouveaux rôles des professeurs risquent de priver de ressources certains métiers de la chaîne de production (scénaristes, adaptateurs, dialoguistes) ou daccroître le nombre de ceux qui peuvent prétendre être rémunérés pour une même production.
Sur les réseaux de télécommunications, les règles économiques sont évidement bien differéntes de celles qui se rencontrent dans lorganisation actuelle de laudivisuel. Il ne sagit pas de diffuser des documents élaborés, mais de communiquer grâce à limage.. Dans ce contexte limage nest pas produite par une chaîne ou un producteur au terme dun financement spécifique, mais il sagit dun outil simple nexigeant pas pour être maîtrisé une compétence technique très forte.. Cette image recrée une relation immédiate: le personnage central est celui qui détient linformation.
Chacun devient ainsi acteur et réalisateur de ses propres prestations. Dans ces systèmes de communication, ce qui simpose, cest la préeminance du contenu sur la forme.. Ces nouveaux supports pour laudivisuel sont susceptibles de remplir de multiples fonctions pédagogiques. Ils offrent à lenseignement toute une série de moyens faciles à maîtriser par les enseignants eux-mêmes.
Limage quils apportent na pas le même statut que celui qui leur a été attribué jusquici; le rôle des enseignants est aussi de savoir identifier ces différences de nature afin de former leurs étudiants à tous les usages possibles.
Toutes sortes dimages serviront dans un cours de langue. Lenseignant naura que lembarras du choix.
Mais, ce ne sera pas un choix arbitraire. Il la choisira en fonction de chaque type spécifique dexercice ou dactivité. Il est pertinent de réfléchir, dans le contexte actuel, sur ce qui doit apporter cette "nouvelle image" à un enseignant de langues:
Il est évident, que ce qui doit apporter une image à un cours de langue dépendra, aussi, du type dexercice au dactivité proposée ou choisi. Car chaque technique pédagogique nécessite des compétences différentes selon quil sagisse de la CO ou E, de lEO au E, de la culture et la civilisation.. Il est possible que lenseignant préfère se passer dimages pour quil puisse les raconter, que lapprenant puisse se les représenter, les recréer. Il serait, aussi, utile de penser à lélaboration des logiciels daide à la création pour raconter cette image.. Il est nécessaire de réfléchir sur la façon dont lenseignant arrivera à motiver lapprenant pour quil exprime le désir de faire apparaître limage.. Il nest pas moins important de souligner quune image et une séquence vidéo dune minute, peuvent représenter un enseignement de langue de trois heures de cours avec lenseignant, en semi-autonomie et en autonomie. (Voir annexe 2 et 3)
Vous connaissez le proverbe "une image vaut mille mots". En tout cas, il ne fait aucun doute que limage est un des meilleurs outils, dont le formateur dispose pour enseigner une langue. Il est donc nécessaire de mettre toute notre imagination de pédagogue au service à la fois de la langue et de limage. Il est probable que ce que nous nommerons la médiaconférence devienne bientôt loutil par excellence de la formation à distance.
Néanmoins, il convient de se poser les questions suivantes pour une approche globale du sujet à létude: - celle du type dimages nécessaires au formateur et à la formation - celle doutils à utiliser dans les cours, à quel moment du cursus de la formation et pour quelle type de formation. - celles des outils indispensables (ou dappoint) aux différents types denseignement : magistraux, par petits groupes, à distance, in situ, en autonomie, en semi-autonomie, et aux différentes méthodologies existantes. Dernière question: quel système choisir pour quel type denseignement, dans quelle circonstance et dans quel cadre: institutionnel, familial, privé, ludique.
Pour conclure, on peut affirmer quun formateur ne peut plus aujourdhui se servir de nimporte quel image, dans nimporte quel contexte, ni support.. Il sera, par ailleurs, utile détudier dans quel mesure linteractivité avec la machine affecte le comportement de lapprenant et le développement de lenseignement des langues.. il faudra tenir compte du fait que lexpression non verbale est très importante dans la didactique dune langue, dans lélaboration et la compréhension du discours.. De même, nous pouvons nous questionner sur les éventuelles nouvelles possibilités offertes, sur les apports des formateurs et apprenants à la création et au développement de ces images