La Lettre "VILLES NUMERIQUES"
Septembre - octobre 2003

EDITORIAL

Alors que les stratégies de développement économique de la ville d’Austin (Texas) mobilisent à leur tour les ressources de la création culturelle comme outil d’attractivité de l’innovation technologique

Le livre de Richard Florida paru aux Etats-Unis en 2002 - The Rise of the Creative Class - est à l’origine depuis plusieurs mois d’importants débats

L’évocation des analyses de l’économiste américain Richard Florida lors des Rencontres européennes de Logroño en Espagne - organisées le 12 mai dernier par le Réseau européen des Villes Numériques - a constitué l’un des points forts des discussions entre participants. Il s’agissait en effet d’évoquer pour les représentants des collectivités et les chercheurs d’une dizaine de pays européens la ville de demain et donc les stratégies à définir aujourd’hui dans le cadre de la genèse d’une économie territoriale du savoir.

Le cœur du message formulé par les organisateurs et les participants à l’attention des responsables du Sommet Mondial de la Société de l’Information de Genève se référait ainsi aux diverses composantes de l’offre territoriale à élaborer aujourd’hui.

Cette offre territoriale visant à développer l’attractivité économique doit être jaugée au travers de trois axes renouvelés :

  • - le capital technologique bien sûr, avec des outils caractérisés par leurs capacités de forte intégration informationnelle, mais également de pertinence en termes de veille économique et de croisement entre champ d’expertise et de compétences. Les technologies numériques et de manière générale l’ensemble des technologies de la convergence constituent évidemment une part importante de l’offre, avec le danger néanmoins d’un faire un objectif en soi, ce qui constitue - si l’on en croit un certain nombre d’échecs aujourd’hui enregistrés au travers des expérimentations et des réalisations que nous avons eu l’occasion de suivre - la meilleure des solutions pour être sûr d’échouer
  • - le capital en termes d’image du territoire, fruit notamment de stratégies renouvelées, souvent fort complexes, de communication et d’échanges
  • - le capital humain surtout, sous la forme d’un véritable triptyque basé sur la gestion locale des savoirs tout d’abord - sans outils de formation et d’apprentissage collectif, il n’est guère besoin d’évoquer une quelconque mise en compétitivité d’un territoire -, la gestion de l’identité ensuite - gestion qui s’avère évidemment tout aussi importante, singulièrement au travers des référents patrimoniaux - et enfin l’offre culturelle en matière de création et d’animation - axe essentiel d’une politique volontariste de développement d’un pôle de compétences et de compétitivité -.

C’est ce dernier point que vient de souligner tout particulièrement Raphaël Suire (Mole armoricain de recherche sur la société de l’information et les usages de l’Internet) dans un récent article des Echos du 20 août 2003. Faisant référence précisément aux travaux de notre économiste - « dans une économie du savoir, les entreprises savent que la clef du succès réside dans leur capacité à attirer des gens talentueux » -, l’auteur souligne lui aussi que, si « une partie de la compétitivité, tant locale qu’internationale, se fait sur la base de la maîtrise et du développement de nouvelles technologies », par ailleurs « pour attirer des gens créatifs, générer de l’innovation et stimuler la croissance économique, il faut mener une politique volontariste sur le plan culturel ».

Et de citer, lui aussi, l’exemple la municipalité d’Austin demandant aux entreprises de réels efforts financiers afin de construire une large animation culturelle afin notamment d’attirer les activités à haut niveau technologique et la « classe créative » qui sait les accompagner : « le profil socio-culturel de la ville ou de la région est devenu une variable primordiale pour faire affluer les travailleurs les plus qualifiés ou pour les retenir ».

Nombre d’entre nous pensent que l’heure de telles expérimentations peut être close et que la part des investissements culturels ne peut plus être sous-estimée par les acteurs du développement économique territorial. Le modèle d’Austin, et bien d’autres avec lui, en Europe notamment, est donc parfaitement prêt à être transposé : sans une telle prise en compte de l’offre culturelle comme élément de compétitivité - et les travaux les plus récents de Richard Florida le corroborent largement - les meilleurs projets basés sur l’utilisation de technologies numériques, fussent-elles on ne peut plus pertinentes, sont condamnés à un échec certain.  André Jean Marc Loechel, Président du Réseau européen des Villes Numériques

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