VILLES NUMERIQUES - LA LETTRE
Version française - novembre 2004 / décembre2004

La médiation (géo)localisée : une nouvelle approche des territoires

Revoir la ville, la relire, la remodeler, la repenser, tel pourrait bien être la conséquence du développement de l’usage des Locative Media - des systèmes d'informations dotés de coordonnées géographiques -. Antony Towsend, dont le blog se trouve souvent cité à ce propos, écrit ainsi :« Les médias localisés vont renforcer la conscience que nous avons de notre condition urbaine et offrir aux urbanistes le même type de donnés en temps réel que celles dont disposent les climatologues et les astronomes pour comprendre leurs propres systèmes complexes ». Impossible de lire naturellement une telle affirmation sans penser par exemple au développement de la cartographie des XV et XVIèmes siècles et à leur impact sur le développement urbain.

Ils « pourraient ainsi induire une véritable rupture dans la manière dont nous appréhendons les villes en tant qu'organisations collectives » et peut-être deviendront-ils ainsi «  la clé d'accès à la connaissance dont nous avons besoin pour réaliser un système urbain mondial durable », ajoute le chercheur. Ils ont mobilisé en tout cas créateurs et artistes, dans des interventions dont la teneur et l’impact se voient considérablement renforcés par les cartographies ainsi crées et de manière générale tous les apports de la géolocalisation en permettant d’associer des commentaires et des messages à des espaces physiques et d’y accéder virtuellement depuis ces mêmes lieux. Il suffit ainsi d’ajouter aux informations envoyées des métadonnées de longitude et de latitude - que bien des services fournissent - à un site Internet par exemple pour qu'une information puisse être repérée géographiquement.

Le projet I-Neighbors , développé par le département d’études urbaines du MIT, entend quant à lui, de la même manière, faciliter la rencontre et l’interaction avec ses voisins. Il s’agit là d’un autre type d’investissement de l’espace public et de gestion des territoires que celui qui nous est familier depuis trois siècles et qui pourra donner lieu à un véritable développement si nous savons le replacer dans l’histoire longue de nos rapports à l’espace, mais également dans la genèse d’une économie de la connaissance et de l’excellence où les rapports sociaux seront de plus en plus basés sur les compétences et le savoir.

Donner à comprendre et à connaître peut donc trouver dans les nouvelles formes de cybergéographie un ensemble d’outils dont les normes et l’interopérabilité sont bien loin d’être encore toutes définies, mais dont les possibilités peuvent d’ores et déjà permettre d’imaginer des démarches innovantes dans la gestion du temps et de l’espace. L’économie touristique et l’apprentissage patrimonial peuvent ainsi trouver un nouveau souffle, sans même évoquer l’apport des habitants d’une collectivité à la transformation de leurs espaces de vie. André Jean-Marc Loechel