Lettre Villes Numériques

Mars 2005

Le Réseau des Villes Numériques
participe aux débats de Global City
(Cannes, 6 - 8 mars 2005)

Une vraie première: à Cannes, une rencontre internationale d’acteurs territoriaux évoque l’ensemble de ses stratégies globales de développement. Le Réseau européen des Villes Numériques y participe au travers de plusieurs responsables de ses programmes qui modèrent les séances plus particulièrement consacrées aux territoires numériques.

On se rappelle que Saskia Sassen, dans son célèbre ouvrage The Global City publié en 1991, entendait décrire avant tout l’émergence d’un nouvel ordre spatial façonné par la polarisation socio-économique et que le sociologue John Eade, dans son livre édité à Londres en 1997  Living the Global City : Globalisation as local Process, avait eu beau jeu de lui répondre que son approche présentait non seulement l’inconvénient d’empêcher d’identifier les impacts des flux mondiaux sur l’ensemble des villes, mais surtout ne mettait guère en évidence le fait que c’étaient presque toujours des « tendances préexistantes » qui se renforçaient. Au cours des Entretiens de Cerisy auxquels il participa en 2003, ce dernier souligna combien « les intrications entre les échelles mondiales et locales…doivent nous convaincre de mettre en place un cadre d’analyse qui s’appuie à la fois sur l’économie politique et sur les interprétations post-modernes des sociétés multiculturelles » [1].

Quinze années de débats donc, auxquels le RVN participa dès ses origines à l’occasion de plusieurs colloques. Pour s’inscrire en faux, à l’instar de l’universitaire brésilien Rogerio Haesbaert Da Costa, contre le mythe de la déterritorialisation [2] - en soulignant au contraire l’ampleur et la complexité des reterritorialisations -, contre celui aussi de territoires qui seraient soumis à tous les processus de mobilités, analyse qui ignore la place de la mobilité dans les modèles intellectuels de l’économie - en mettant en avant, en ce qui nous concerne, à la suite notamment de Pierre Veltz, la puissance des effets d’agglomération -.

Forum international des acteurs de la ville, la rencontre permettra, nous l’espérons, de voir combien notamment la carte européenne de l’innovation territoriale, de la Scandinavie au monde méditerranéen, montre en tout premier lieu que le futur de l’Europe réside dans les synergies de compétitivité forgées par ses villes et ses régions : ce sont d’abord elles qui doivent conduire les stratégies de développement économique, culturel, technologique. Ces rencontres devraient montrer combien l’essentiel réside dans leur liberté d’action et dans la capacité qu’elles peuvent se donner de faire partager à leurs habitants de vraies visions de prospective territoriale. Une ville numérique est fondamentalement un territoire conscient qu’il n’est de développement de processus d’innovation sans gestion de son identité, que son image surtout et son attractivité passeront par les réseaux d’excellence et de compétences qu’elle aura su constituer. Au-delà des moyens, c’est d’abord un état d’esprit que la manifestation de Cannes devrait contribuer à développer. André Jean-Marc Loechel


[1] Dans sa contribution à la publication Les sens du mouvement, Paris, 2004.