Convegni
di Smau 1998 - Fiera
Milano - 13 ottobre 1998
Nous parlerons peu ici des institutions culturelles en elles-mêmes, non que ceux-ci ne soient point concernées par les préoccupations qui nous rassemblent ici aujourd’hui - bien au contraire, elles sont parmi les plus concernées qui soient -.
Il nous faut évoquer bien davantage les questions fondamentales qui se posent aujourd’hui quant aux nouveaux visages des pouvoirs - les nouvelles réalités notamment des pouvoirs locaux que l’on sent si fragiles -. Evoquer aussi, et j’espère que nous pourrons y consacrer, une partie de nos discutions, les bienfaits, mais aussi les menaces d’un monde ordonné, technologiquement aussi bien qu’humainement, en structures réticulaires. Le concept même d’action individuelle est aujourd’hui, vous le savez bien, remis en cause : saurons-nous véritablement saisir les opportunités précisément du travail en réseau, du travail coopératif, du travail à distance ?
Si tel n’est pas le cas, au lieu de recueillir les résultats de progrès conséquents, notre culture risque bien vite d’apparaître comme un horizon de dispersion et de solitude, comme d’ailleurs souvent le laissent à penser les créations des artistes qui oeuvrent dans le domaine des arts électroniques.
Mais nous avons parlé aussi de langue et d’écriture. En tant que linguiste, on comprendra que ce sujet nous tienne particulièrement à cœur. L’unification linguistique doit nous mettre en garde devant ce qu’elle entraîne de simplification abusive et d’incohérence dans l’action. Faut-il vraiment renoncer à perdre la créativité inscrite dans chacune d’entre-elles ?
Nous savons bien que disposer d’une information abondante ne sert à rien sans une structuration adéquate. Cette structuration des savoirs est l’un des défis majeurs que doit d’ores et déjà affronter tout le domaine de la formation. Certes, toute collectivité locale - ou nationale -, tout pouvoir est tenu de faciliter la mise en œuvre d’une appropriation citoyenne de l’information. Encore convient-il que des espaces publiques le permettent, que des lieux ouverts à chacun puissent dispenser à cet égard des savoirs-faire minimaux.
Tout aussi pose la question de la formation en ligne et des universités virtuelles aujourd’hui en gestation. Tenez. Comment, précisément, apprendre une langue sur Internet ? …
Et puis enfin, le plus important peut-être : quelle éthique pour l’âge des réseaux. Devons-nous véritablement les utiliser pour savoir le nom de la petite amie de l’échevin il y a de cela trente ans…au lieu de les utiliser pour apprendre et chercher un emploi. Faut-il pour cela modifier nos pratiques juridiques ou nos habitudes commerciales ? Notre écriture et notre façon de penser ?
Nous avons perdu nos repères et nos grilles d’interprétation. Tels sont en vérité quelques-uns des défis culturels de ce que Manuel Castels appelle à juste titre “ la société en réseau ” où, à la verticalité des hiérarchies succède l’horizontalité de la communication ; à l’autorité des pouvoirs en place, la légitimité que devrait conférer l’initiative. Est-ce pour le meilleur ou pour le pire ? La réponse du sociologue est la nôtre : “ pour le pire tant que nous subissons sans comprendre, sans saisir la chance que nous offre cette révolution du point de vue de l’émancipation des hommes et des femmes. Pour le meilleur peut-être demain si nous refusons de nous incliner devant ces puissances nouvelles et parvenons à les mettre au service de tous ”.
Là est, pour nous tous aujourd’hui, le vrai défi de cette société en réseaux.
Un aspect majeur des recherches porte tout naturellement sur l’utilisation du multimédia on line dans les pratiques pédagogiques d’enseignement linguistique. Il est aujourd’hui acquis que les technologies interactives permettent d’envisager des cursus de formation adaptés à chacun, tout en homogénéisant les savoir acquis: pour cela, élèves et formateurs doivent évidemment apprendre à maîtriser l’accès à ces nouvelles ressources. La formation interactive multimédia s'appuie en réalité sur un concept plus dynamique -voire plus ludique- mais qui demande au préalable une structuration poussée au maximum. A tel point qu’avant toute création d'un produit de formation, l'architecture globale du projet est strictement définie et sa structure de base de données détaillée au maximum, car ici c'est la base de données qui sert de référence et ce sont les applications qui vont puiser dans cette base les éléments du cours.
Un cours sera décomposé en blocs de compétences à acquérir, puis en modules de savoir et de savoir-faire qui sont autant de référentiels de base. C’est pour chaque bloc de compétences qu’il convient évaluer la démarche à suivre. La navigation sera indexée par savoirs et procède par sous-systèmes et systèmes de compréhension. Le langage machine-homme est devenu plus élaboré, les réponses peuvent être analysées par l'interface programme qui crée une approche plus conviviale. Il est important de souligner que les produits qui n'incluent pas encore tous ces éléments ne seront pas d’assez bons produits d'aide à la formation.Le point essentiel est que le formateur doit toujours être disponible, car ce nouvel outil, sur un nouveau support, ne peut le remplacer. Le contact humain est indispensable. Face à cette structuration nécessairement renforcée de l’INFORMATION-SAVOIR, le mode d’utilisation des ces nouvelles techniques de formation le plus adapté aux besoins -alors que cette même information circule à la vitesse des réseau- est celui d’une formation dynamique, rythmée et participative. Tous les témoignages et récits de pratiques vont aujourd’hui en ce sens.
La mise en pratique d’une telle structuration de l’ESPACE-TEMPS du cours favorise dans la plupart des cas l'apprentissage des savoir-faire et l’exécution des mécanismes qui sont pour l’apprentissage d’une langue naturellement aussi fondateurs que la connaissance proprement dite des savoirs.
Des centres de ressources, utilisant toutes les technologies modernes, doivent promouvoir des systèmes et dispositifs de formation dont le but principal est non seulement de détenir des applications didactiques utilisables à volonté, mais aussi d'assurer des services tels qu’un véritable tutorat "on-line". Par ailleurs, ces mêmes centres, associés à des experts du contenu que sont les enseignants, ne peuvent que devenir très vite les maîtres d’oeuvre dans le développement d'outils pédagogiques alliant la formation et l'interactivité à distance. Les outils multimédias sont et ne resteront qu'une aide pédagogique: les expériences montrent qu’ils ne vaudront que par une définition soigneuse et pertinente de l'objectif à atteindre et par l'intelligence de l'architecture développée.
Il faut surtout, et on ne le répétera jamais assez, que les enseignants soient associés à la création, la manipulation et la gestion de ces outils.
Les compétences nouvelles que doivent acquérir les professionnels de la formation face à ces nouvelles technologies peuvent se résumer tout à la fois en une nouvelle modestie et une nouvelle ambition.
Pour être à même de transmettre leur savoir dans les meilleures conditions, sur place ou à distance, l’enseignant doit participer à la conception des applications informatisées: à ce titre, il doit recomposer ses démarches pédagogiques et même leur approche globale des systèmes.
Le fait de pouvoir simuler des actions ou de faire varier des paramètres en temps réel demande une remise en question personnelle pour repenser la formation comme un système global d'enseignement.
L’utilisation du Web pour un apprentissage des langues suppose disposer d’une claire définition des savoirs de la capacité d’apprendre. Or, pour ce qui est de l’enseignement de cette langue, les modules crées pour une formation en ligne à ce jour sont loin de prendre en compte les nécessaires adaptations des deux ensembles de savoirs classiquement exploités lors de la construction d'’un programme d’apprentissage (cf. les travaux d’Henri Holec): d’une part les connaissances / représentations auxquels il est fait appel pour définir les objectifs d’apprentissage (quoi apprendre) et les objectifs d’évaluation (quoi évaluer) et d’autre part les connaissance / représentations sur lesquels sont fondés les choix concernant les moyens de l’apprentissage et les modalités de leur utilisation (comment apprendre) et les modalités d’évaluation.
La capaciter d’autodiriger l’apprentissage s’en ressent évidemment fortement dans cette discipline dont on ne saurait souligner assez les spécificités, dont nous trouvons les conséquences à grande échelle précisément dans l’enseignement en ligne, à travers notamment le besoin d’une prise de conscience socio-culturelle forte². Ceci notamment dans la mesure où l’enseignement traditionnel n’a que rarement permis aux sujets tentés par l’autoformation dans cette matière d’acquérir DES COMPETENCES METACOGNITIVES: ils ont peu appris, nous le savons bien, à planifier, suivre et évaluer leur propre processus d’apprentissage.
De même en est-il, de manière toute aussi évidente, de leur METALANGUAGE qui devrait leur permettre au moins d’exprimer leurs propres procédures.
A l’évidence, une utilisation courante du web permet de développer ces savoirs-faire constitutifs de la capacité d’apprendre, et ceci s’avère particulièrement utile aux spécificités culturelles de la discipline au travers du poids notamment de l’intéractivité dans la compétence langagière, mais aussi de la mise en perspective de ses propres représentations et de la capacité méthodologique de s’en servir.
Pour un tel apprentissage autodirigé, il convient donc aujourd’hui de créer des ressources d’apprentissage véritablement appropriées, tenant compte de ces deux facteurs: faiblesse des compétences métacognitives et à l’inverse apport singulièrement positif du travail en ligne et éminemment valorisant par rapport au travail hétérodirigé.
Pour cela, il est des évidences peu perçues, telles que la prise en compte des matériaux disponibles en auto-accès (une très bonne connaissance des nombreux sites en langue espagnole s’avère peu courante chez de nombreux hispanistes), dans la mesure surtout où ils doivent être véritablement adaptables par l’apprenant à son usage personnel. Il convient ainsi surtout de faciliter l’élaboration par l’apprenant de pages et de sites qui soient autant de miroirs des usages recherchés.