REVUE
VIRTUELLE ARENOTECH
ART – EDUCATION - NOUVELLES TECHNOLOGIES
La société apprenante 1/2004
Gouvernance locale et partage de savoirs.
La
crise de la gouvernance locale est multiple. On a notamment voulu se contenter
d’y voir la revendication d’un nouveau statut de citoyenneté ou bien encore
l’impact d’un ordre planétaire recomposé, sans se résoudre à l’évidence :
à partir du moment où le savoir est considéré comme le vecteur majeur de
création de valeur, il ne devient plus guère possible d’envisager la gestion
territoriale de la même manière.
C’est là peut-être même l’enjeu décisif de la gouvernance des savoirs et des économies apprenantes [1], et ce à tous les niveaux, qu’il s’agisse de la quête d’horizons prospectifs ou encore de la gestion de la mémoire, de ses repères et des acquis cognitifs qui constituent l’essentiel de l’héritage historique d’une région. L’immersion générale des territoires dans des économies transfrontalières suppose en outre la gestion d’une mutualisation des compétences, quelque soit leur support linguistique ou culturel, mais aussi la participation à leur construction. Et c’est cette participation qui est en train de devenir, dans les régions d’Europe les plus dynamiques, l’objectif premier d’une collectivité territoriale.
Pourtant, s’il n’est plus guère d’entreprise sérieuse qui ne présente l’état de son capital immatériel, il n’en va pas encore de même pour de nombreux territoires. Rappelons que pour l’OCDE, les actifs d’un tel capital sont ceux d’essence technologique comme la recherche, ceux également ceux concernant la gestion des connaissances innovantes et l’apprentissage organisationnel et bien évidemment l’ensemble des savoirs stratégiques. Tels sont d’ailleurs pour l’essentiel les traits qui caractériseront de plus en plus les comportements et profils cognitifs des territoires.
Aussi la distribution réticulaire des pouvoirs qui nous est annoncée depuis près d’une décennie, même si elle contribue largement à en redéfinir les pratiques, ne saurait contribuer à elle toute seule à développer l’attractivité et la compétitivité territoriale. C’est surtout son rôle dans la socialisation de savoirs innovants qui s’avèrera décisif.
Le modèle espagnol qui s’esquisse sous nos yeux doit ainsi avoir pour l’ensemble des collectivités européennes valeur de test. D’où l’importance de son suivi et de son accompagnement afin notamment de juger de sa transférabilité à d’autres villes européennes. C’est ce à quoi nous nous sommes proposés de nous consacrer dans le cadre de ce premier article
La présente intervention fait suite à plusieurs articles et communications ayant pour objet de décrire un tableau des territoires numériques espagnols. On ne reviendra donc pas ici sur Valencia ou Logroño, ni sur le rôle des petites collectivités qui ont souvent servi d’amorçage à des plans autrement plus avancés dont nous pouvons aujourd’hui suivre avec d’avantage de précision les objectifs et les premiers résultats.
Une stratégie de e-services particulièrement volontaire et efficace est à l’œuvre est le fait, très clairement, de collectivités qui visent un statut de villes apprenantes et où la stratégie municipale veille à une formation susceptible de compléter ses atouts de compétitivité. La sémantique omni-présente de la « société de la connaissance s’y trouve aux antipodes des rhétoriques politiciennes.
Un journal tel que La Tribune a ainsi évoqué le 24 octobre dernier un « nouvel âge d’or espagnol », où au demeurant les régions avaient davantage de moyens que l’Etat. Un nouvel itinéraire de l’Espagne territoriale de demain se dessine donc avec des villes repensent leur fonctionnement - voire, de manière on ne peut plus pertinente, leurs modèles mêmes - pour créer de nouveaux services.
Mais c’est aussi le moment de revenir, alors même
qu’elle va accueillir le Forum mondial de la culture, sur les caractéristiques
mêmes de la stratégie d’une ville comme Barcelone, au fond pas si différente
que cela aujourd’hui de bien d’autres collectivités espagnoles.
[1] Aldo Levy, La gouvernance des savoirs. Economies apprenantes et Knowledge Management, en quête de juste valeur, Paris, 2003