REVUE VIRTUELLE ARENOTECH

La société apprenante 1/2004

Façonner sa vision du monde
avec les TIC !

Clément Laberge

Mesdames, Messieurs,

J'ai pensé commencer avec un bref retour en arrière. Question de nous rappeler qu'à certains moments de notre histoire, il est important de mettre à jour notre vision du monde. Qu'il est essentiel d'accepter qu'un regard neuf soit parfois nécessaire pour surmonter les défis qui se présentent devant nous.

J'ai choisi de nous ramener presque 80 ans dans le passé. En 1925. Le frère Marie-Victorin exprimait alors dans les mots suivants son inquiétude de voir les Québécois être absents du monde scientifique :

« Une question angoissante se pose en ce pays, disait-il : Y aura-t-il une science française en Amérique ? [...] Parce que nous, les Canadiens français, nous sommes pour bien peu de chose dans toute cette marche en avant des découvertes scientifiques et dans tous ces reculs d'horizon. Le monde scientifique a marché sans nous ; il nous a laissés si loin derrière lui que nous l'avons perdu de vue et que beaucoup de nos compatriotes cultivés le croient petit et de mince importance parce qu'ils le voient de trop loin. La grenouille dans sa mare ignore le grand océan dit le proverbe japonais.

C'est un peu notre cas. »

Je constate avec vous, ce matin, que l'inquiétude du frère Marie-Victorin ne s'est pas réalisée.

Il y a aujourd'hui, au Québec, plusieurs universités importantes, des centres de recherche de tout premier ordre et des entreprises qui emploient des milliers de scientifiques dont la réputation dépasse largement nos frontières. Il n'y a aucun doute, le Québec contribue à l'aventure scientifique.

Mais si les inquiétudes du frère Marie-Victorin ne se sont pas réalisées, ce n'est pas parce qu'elles n'étaient pas fondées. C'est plutôt parce qu'il a su lire avec lucidité les tendances de son époque, qu'il a su exprimer avec vigueur sa vision d'un Québec moderne et parce qu'il a eu le génie d'incarner cette vision dans de nouveaux lieux de formation (comme le Jardin botanique de Montréal), de nouveaux outils de formation (tels que la Flore laurentienne) et des réseaux d'apprentissage originaux (notamment l'Association canadienne française pour l'avancement des sciences et les Cercles des jeunes naturalistes).

Vous le devinez bien, si j'ai choisi d'ouvrir ma conférence avec cette citation du frère Marie-Victorin, ce n'est pas pour nous congratuler de notre réussite dans le domaine scientifique.

C'est plutôt parce que j'entretiens au sujet des nouvelles technologies les mêmes angoisses que le frère Marie-Victorin en regard des sciences.

Je pense qu'il faut être préoccupé à l'idée que les Québécois soient exclus du monde technologique qui se dessine à l'horizon, parce que nous comprenons peut-être mal les enjeux qui accompagnent la naissance de la culture de réseau.

C'est un risque qui deviendra encore plus grand si nous ne comprenons pas, comme éducateurs, les leçons qui émergent des projets phares de la culture de réseau. Je pense ici particulièrement à Linux, bien sûr, mais aussi à SETI@Home, qui est moins connu, à Napster, à Slashdot et à quelques autres.

Il ne sera évidemment pas possible de parler aujourd'hui de tous ces projets. Je vais donc me concentrer sur quelques-uns d'entre eux pour illustrer la nécessité de bien comprendre les forces qui se manifestent derrière ces projets et comment les valeurs qui mobilisent leurs créateurs sont en train de transformer en profondeur la société dans laquelle nous vivons et à laquelle nous devons préparer les enfants qui nous sont confiés.

Pour y arriver, j'ai choisi de développer la suite de ma présentation en trois parties, en fonction des trois éléments du thème de notre colloque : « Façonner sa vision du monde ».

La première partie portera sur LA VISION qu'on se fait du monde, entre autres à travers le prisme des technologies de l'information et de la communication.

La deuxième partie portera sur LE MONDE, tel qu'il a été influencé par l'avènement de la culture de réseau.

Et la troisième et dernière partie, à laquelle est associé le verbe FAÇONNER, portera sur les changements qu'apportent les technologies à notre façon d'entrer en contact avec le monde, et par le fait même à notre rapport à l'apprentissage.

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