REVUE VIRTUELLE ARENOTECH
ART EDUCATION - NOUVELLES TECHNOLOGIES

La société apprenante 1/2004

Contribution à une définition interculturelle du cyberespace

Éric Cattelain

Introduction

L’Internet constitue un défi majeur de notre temps. Il n’accompagne pas seulement notre époque, il l’incarne et l’influence dans ses peurs et ses espoirs. L’Internet ne saurait certes résoudre seul les problèmes contemporains les plus aigus, pauvreté, exclusion, inégalités, violences et discriminations de toutes sortes. D’aucuns assureront même, fractures aidant, qu’il aurait plutôt tendance à les amplifier. Pourtant, on devine que de ses orientations dépendent davantage que des idées toutes faites, englobant l’affairement ou l’affairisme des uns, l’amusement ou encore l’effroi des autres. Par l’accès à la connaissance qu’il peut favoriser, par le développement de nouvelles pratiques démocratiques, par ses essais de commerce dit équitable, par des stratégies de créativité innovantes, l’Internet ouvre des voies que je n’hésiterai pas à qualifier de progrès. Toutefois, une condition indispensable à ce progrès, reste ce jour à remplir : faire de l’Internet un levier de réelle évolution de nos aptitudes psychiques et cognitives, de nos désirs de connaissance et de reconnaissance mutuelle, un moyen d’ouvrir notre esprit à d’autres modes de penser, représenter ou comprendre le monde.

Un facteur tient un rôle décisif dans cet essor : l’interculturalité, c’est-à-dire la manière dont les porteurs de cultures que nous sommes, les véhiculent, les partagent ou les étudient au sein ou au moyen de ce nouveau médium. C’est pourquoi j’interrogerai ici la nécessité d’intégrer le facteur interculturel à notre perception quotidienne du cyberespace, et proposerai trois actes afin d’y contribuer. Le premier acte est d’ordre définitoire : il tient compte de la relative confusion actuelle du terme « cyberespace », et voit paradoxalement en elle la source d’une créativité inégalée, productrice de sens et de possible convergence. Le deuxième acte renvoie au défi précité de l’Internet, et tente de lui donner douze visages, dans le cadre d’une démarche prospective. Le troisième acte s’intéresse à la diversité de nos pratiques, et appréhende l’interculturalité au travers de 52 cyberepères de nature à éclairer leur singularité. Ces trois actes visent ainsi à conforter une perception plus complexe du cyberespace, dans laquelle l’interculturalité, loin d’être une fin en soi, est un chemin vers l’autre.Suite