2003 année européenne du handicap
L’intégration des déficients visuels aux projets Internet
Compte-rendu de la Conférence Débat

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16 septembre 2002 - Hôtel de Ville de Paris
Internet est potentiellement une source d’autonomie (téléprocédures, achats en ligne…) et d’intégration professionnelle (partage des informations par intranet) des personnes handicapées.
C’est pourquoi Visual Friendly, en partenariat avec Villes numériques, a souhaité organiser une conférence sur le thème : " 2003, année européenne du handicap. L’intégration des déficients visuels aux projets Internet ".
Intervenants :
Témoins :
Animateur :
Relations Presse :
Nous remercions également les équipes de la Mairie de Paris pour leur accueil chaleureux et leur aide efficace.
La déficience visuelle en bref
La déficience visuelle est le terme " politiquement correct " qui désigne généralement le handicap visuel. Elle concerne les malvoyants et les non voyants.
Gérard Uzan, chercheur au LEI, précise que selon la Cotorep (Commission Technique d'Orientation et de Reclassement Professionnel), est malvoyante toute personne dont la vue avec les deux yeux après correction se situe entre 4/10 et 1/20. Les malvoyants ont un reste visuel, une basse vision et peuvent utiliser le plus souvent des loupes logicielles pour lire à l’écran. Ils distinguent des formes, des silhouettes, des contrastes.
Selon la Cotorep, est non voyante toute personne dont la vue est en-dessous de 1/20 avec les deux yeux. Les non voyants sont des personnes aveugles et utilisent une synthèse vocale et/ou une plage braille pour lire à l’écran.
Il y a en France environ 1 200 000 déficients visuels dont 1 100 000 sont malvoyants et 100 000, non voyants. (Source : OMS, 1999 – Centre Basse Vision, Optic 2000, 2000).
NB : il n’existe pas de recensement officiel des déficients visuels, mais seulement des estimations.
Les déficients visuels ne sont pas uniquement des aveugles.
Bien que la personne avec une canne blanche ou un chien guide corresponde au cliché du handicapé visuel, ce sont les malvoyants qui représentent 92% des déficients visuels, soit 1 100 000 de Français.
La malvoyance n’est pas un phénomène homogène.
Il n’y a pas une mais DES malvoyances, comme l’illustrent les exemples ci-dessous qui présentent un paysage vu par une personne ayant respectivement une cataracte, une DMLA (Dégénérescence Maculaire Liée à l’Age), un glaucome :
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Cataracte
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DMLA
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Glaucome
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Les déficients visuels sont de forts utilisateurs d’informatique.
Les déficients visuels sont deux fois plus équipés que la moyenne française selon l’étude du CNRH/ France-Télécom sur l’équipement informatique des déficients visuels. Les aides techniques (plage braille, synthèse vocale, logiciels d’agrandissement…) peuvent être financées (tout ou partie) par l’AGEFIPH dans le cadre des études, de la recherche d’emploi ou formation et dans l’aménagement d’un poste de travail.
Les déficients visuels et l’informatique
Un malvoyant peut utiliser un logiciel d’agrandissement ou les fonctions de personnalisation du système d'exploitation (par exemple les polices de caractères, couleurs, contraste) de manière à utiliser au mieux son reste visuel.
Photo de Zoomtext, un exemple
de logiciel d’agrandissement
Un utilisateur aveugle peut lire l'écran de son ordinateur à l'aide d'une plage braille ou d'une synthèse vocale (ou les deux à la fois). Il parcourt l'écran en utilisant des touches de déplacement, soit sur un clavier spécial, soit en utilisant le clavier standard. http://www.braillenet.jussieu.fr/accessibilite/livreblanc/affbraille.html
La plage braille fait ressortir le texte de l’écran en braille grâce à des picots rétractables. Elle peut comporter une ligne de 20, 40 voire 80 caractères.

Jérôme Adam, non voyant " ll est important de comprendre que le non voyant n’a pas une vision globale de la page mais découvre le texte de l’écran ligne par ligne. "
Photo d’exemple de plage braille à connecter à un PC

Quels sont les besoins des déficients visuels sur Internet?
Internet et Intranet sont des supports d’information aujourd’hui incontournables, et qui une fois adaptés, pourraient, comme l’informatique aujourd’hui, faciliter l’intégration des déficients visuels que ce soit pour étudier, s’informer, effectuer des démarches administratives, acheter en ligne, rechercher un emploi ou échanger des données en entreprise.
Pour naviguer sur le Web un utilisateur déficient visuel peut faire appel à un navigateur standard complété par un logiciel d’accès ou à un navigateur spécifique (BrailleSurf, Lynx, W3M…).
Les besoins des malvoyants sur Internet
Les malvoyants souhaitent pouvoir :
Les loupes logicielles n’offrent qu’une faible personnalisation des contrastes. Elles font également apparaître un scroll horizontal, ce qui oblige à utiliser beaucoup plus la souris et à ré-assembler mentalement les fragments d’information pour reconstituer le document global. De plus, les loupes logicielles ne satisfont pas le besoin de repérage à l’écran, notamment des zones clés sur un site. Ainsi, savoir que la zone de recherche se trouve toujours au même endroit, par exemple en haut à droite, évite d’avoir à explorer l’ensemble du site pour la trouver.
Les besoins des non voyants sur Internet
Les non voyants souhaitent pouvoir :
mieux se repérer sur les pages web pour éviter d’avoir à tout lire (liens de navigation aisément repérables, possibilité de lire " en diagonale " avec des sauts de paragraphe en paragraphe afin de trouver plus vite l’information recherchée, reconnaissance immédiate des titres…).
consulter les sites avec leurs aides techniques Pour ce faire, ils associent leur plage braille et/ou leur synthèse vocale soit à un navigateur spécialisé, soit à un navigateur classique.
Surtout, le non voyant se heurte aux obstacles suivants que son aide technique gère peu ou pas :
les colonnes/formulaires
les images non commentées : Les images doivent comporter un texte alternatif qui indique leur contenu. Ce " sous-titrage " est d’autant plus important pour les images de navigation qui composent souvent les barres de liens des sites. En l’absence de texte alternatif, l’internaute non voyant ne peut pas naviguer.
les frames : Si le multifenêtrage n’est pas toujours gênant pour les malvoyants, il rend en revanche la navigation des non voyants laborieuse : chaque cadre ouvre une session (une fenêtre) différente. Par conséquent, au lieu de lire une page, le non voyant devra lire 5 pages différentes si le site comprend 5 frames par exemple.
les programmes complexes (applets, scripts) : Les scripts et les applets permettent de gérer les sites en dynamique et de créer une interactivité avec l’internaute. Ne pas gérer ces programmes peut ne donner aucun résultat à une recherche par exemple.
Exemples de sites inaccessibles
L’exemple des titres de rubrique sous forme d’images non commentées
Voici un exemple d’un site classique, celui de la CNP. Sa page d’accueil est en apparence assez simple, avec seulement quelques illustrations. Mais une fois que l’on affiche le site sans image, même les parties textuelles ne sont pas visibles. En effet, les titres ont été créés sous forme d’images au lieu de texte et pis encore, les images qui constituent les titres des rubriques ne sont pas commentées (c’est-à-dire n’ont pas de texte alternatif), ce qui rend la page d’accueil totalement inutilisable pour une personne aveugle (ou quelqu’un qui affiche le site sans les images).
L’exemple d’alternative non accessible à une version flash
Didier Garcia expose le cas du site du ministère de la culture consacré à Victor Hugo (www.victorhugo.culture.fr), un site entièrement en Flash. " Il existe cependant une alternative à cette version, ce qui louable, mais cette alternative est malheureusement en DHTML, un langage également inaccessible aux aides techniques utilisées par les déficients visuels. "
L’exemple du script de rafraîchissement des pages
Fernando Pinto da Silva, non voyant, fait part de son expérience : " Un site de cybermarché dont nous tairons le nom ne peut être consulté car toutes les minutes, un script de rafraîchissement modifie les pages et empêchent leur consultation par une plage braille ou une synthèse vocale ".
L’exemple du logiciel à installer (plug-in)
Kadidja Idamar, non voyante, témoigne : " Je n’ai pas pu aller sur un site de mangas parce qu’il demande à ses internautes de télécharger un plug-in (logiciel spécifique) inaccessible. "
La personnalisation et l’ergonomie sont des éléments incontournables de l’accessibilité
Bachir Kerroumi, conseiller technique à la Mairie de Paris fait un parallèle intéressant entre les différents modes d’accès à l’information et souligne avec justesse la place importante de l’ergonomie au sein de l’accessibilité :
L’internaute qui consulte un site Internet dispose de trois moyens pour consulter l’information :
Le premier défi de l’accessibilité est d’accéder à des caractères lisibles (Cf. obstacles techniques comme le flash précédemment évoqué). Même cette étape franchie, la consultation d’un site reste longue, difficile et laborieuse pour un déficient visuel, à rebours de ce qu’est l’usage d’Internet pour la plupart des internautes.
" Il ne suffit pas d’être techniquement accessible, il faut aussi être simple à utiliser pour offrir une réelle accessibilité. " témoigne Bachir Kerroumi.
Une page web théoriquement lisible par un déficient visuel n’est pas accessible s’il est obligé de " passer 3 heures " pour la lire. Ce n'est pas parce qu'un site suit des recommandations techniques d'accessibilité qu'il est pour autant facile à utiliser par des malvoyants et des non voyants… Cette remarque sur l’ergonomie est du reste valable pour tous les internautes.
Pour être pleinement accessible, il faut non seulement être compatible avec les aides techniques des déficients visuels (logiciels d’agrandissement, plage braille, synthèse vocale), mais aussi offrir une simplicité d’utilisation, une ergonomie pour un usage plus naturel, plus aisé.
Parce que précisément les deux problématiques sont complémentaires, Visual Friendly a organisé le 24 janvier 2002 une conférence dont le thème était " Ergonomie et accessibilité ".
La personnalisation
La déficience visuelle regroupe une grande diversité de situations de handicap. Comme évoqué précédemment, les besoins des non voyants diffèrent de ceux des malvoyants. De même, au sein de la malvoyance, il existe des pathologies diverses dont les besoins peuvent être contradictoires. Il ne suffit pas d’augmenter la taille de caractères : certaines personnes dont le champ visuel central est bon souhaiteront saisir le plus d’information à la fois et par conséquent réduire la taille de caractères. Certains malvoyants ne supportent pas le bleu des liens hypertextes qui agresse leur vue alors que d’autres s’en accommodent parfaitement, etc.
Un site unique ne peut satisfaire de façon efficace toutes les déficiences ; d’où la nécessité de donner un service de confort de lecture personnalisé.
Nicolas Graner, webmaster de Rétina France explique pourquoi les sites doivent éviter de " verrouiller " le design de leur site. En effet, " cette action empêche l’usage de feuilles de style qui pourraient permettre aux internautes de modifier l’aspect des sites ".
L’ergonomie
L’ergonomie cherche à garantir l’utilité de ce qui est mis en ligne (la pertinence, la réponse aux réels besoins des utilisateurs et de ce que veut présenter le site….) et l’utilisabilité (la facilité d’utilisation).
Un site devrait ainsi toujours être pensé en fonction de l’utilisateur…
Prenons l’exemple du cybermarché Houra.
Il présente un nombre d’onglets d’entrée trop important : le non voyant ne peut mémoriser autant de rubriques.
De plus, la mise en page trop élaborée, où certains articles sont disposés en colonnes dédoublées empêche les malvoyants de localiser les produits qu’ils recherchent.
Au-delà du simple choix entre texte et image, les sites doivent intégrer dès leur conception une ergonomie efficace. Ils doivent également inclure la possibilité de menu d’accès rapide pour les non voyants, en intégrant par exemple la possibilité de se déplacer au sien du site avec la touche tabulation pour passer de lien en lien.
Les exemples décrits ci-après sont tirés du portail du Gouvernement www.premier-ministre.gouv.frsur lequel fonctionne le logiciel Label Vue.
Il y a deux accès au service Label Vue parce que Label Vue s’adresse à la fois aux non voyants, et à ceux qui ont un reste visuel qu’ils soient bien ou malvoyants.
Le service Label Vue pour un internaute bien ou malvoyant
L’utilisateur peut diminuer ou agrandir la taille de caractères, changer la couleur de texte, de fond, des zones de navigation (rubriques), des liens visités ou non visités. Il peut aussi agir sur l’organisation de la page, avoir la barre de navigation à gauche de manière classique, en verticale à droite pour ceux qui auraient des difficultés à manipuler la souris, à l’horizontale pour afficher le contenu en grand en profitant de toute la largeur de la page. Une fois les réglages effectués, l’utilisateur retrouve la page sur laquelle il était avec les réglages choisis appliqués, ici la navigation horizontale.
Il bénéficie d’une réorganisation de page standardisée, avec les éléments fonctionnels du site (plan du site, logo, recherche, panier etc) toujours positionnés au même endroit. Tous les sites qui adoptent le service Label Vue respectent ces standards de présentation, ce qui facilite le repérage de l’internaute d’un site qui propose Label Vue à un autre.
Les tests réalisés sur des utilisateurs seniors ont montré qu’ils avaient moins de réticence à découvrir un site parce qu’ils pourront se repérer et naviguer facilement grâce au service Label Vue.
Label Vue est un service qui s’adapte à chaque site avec un paramétrage effectué par les équipes de Visual Friendly qui déterminent des règles de transformation en fonction des gabarits du site souhaitant proposer Label Vue.
Visual Friendly souligne les écarts du site par rapport aux normes W3C/WAI. Que le site client les corrige ou non, le logiciel Label Vue les incorpore sans intrusion. Cependant, les équipes de Visual Friendly peuvent également modifier le site client si il le souhaite.
Ci-après figurent trois captures d’écran du site du gouvernement en version classique, en version Label Vue optimisée pour plage braille et synthèse vocale et en version Label Vue pour les internautes bien ou malvoyants.



Le service Label Vue pour les non voyants
Un premier accès se situe derrière le logo, en lien caché uniquement lisible par les plages braille ou les synthèses vocales. C’est le premier lien qu’un internaute non voyant découvre sur la page d’accueil et qui lui permettra d’accéder aux réglages spécifiques qui lui sont proposés.
L’autre accès au service est proposé dans le prolongement du menu de navigation.
L’internaute non voyant peut choisir de disposer le menu de navigation en haut ou en bas de page. C’est une astuce de navigation très utile car les non voyants ont des réflexes de navigation par des raccourcis clavier.
En faisant " control + end " le non voyant trouvera ainsi directement en bas de page toutes les rubriques de navigation. En haut de page se situe le contenu réellement informatif de la page, les non voyants n’auront pas à balayer toute la page. Avec Label Vue, ils peuvent également utiliser la touche " ² " qui permet de passer de zone en zone fonctionnelle, du contenu aux rubriques directement sans être obligé de relire tous les liens à chaque fois.
Les non voyants peuvent également mettre en évidence le niveau de titres, pour structurer l’information contenue dans la page. L’ensemble est relativement dépouillé pour être lu en braille ou écouté. Une fois les réglages effectués, l’utilisateur peut retrouver la page du site du premier ministre transformée en version textuelle, avec par exemple toutes les rubriques affichées en bas d’écran.
L’accessibilité des sites : mythe ou réalité ?
La volonté des pouvoirs publics de démocratiser Internet se traduit par un ensemble de directives ou projet de loi pour rendre les sites accessibles à tous, y compris les déficients visuels. En attestent :
La circulaire du 7 octobre 1999 relative aux sites Internet publics, stipule dans le paragraphe 2.1.2 Accessibilité que " les responsables des sites veilleront tout particulièrement à favoriser l'accessibilité de l'information à tous les internautes, notamment les personnes handicapées, non voyantes, malvoyantes ou malentendantes. " : http://www.internet.gouv.fr/francais/textesref/circu071099.htm(texte intégral)
Le projet de loi sur la Société de l’Information du 13 juin 2001, stipule dans le Titre Ier- De l'accès à l'information, article 3 qu’il " autorise le pouvoir réglementaire à imposer aux services en ligne qui diffusent des données publiques le respect de normes d'accessibilité aux personnes atteintes d'un handicap visuel ". Cette loi est la transposition de la directive européenne du 8 juin 2000. http://www.internet.gouv.fr/francais/textesref/pagsi2/lsi.htm (texte intégral)
Le plan d’action eEurope 2002 demande aux sites Web publics des états membres d’être accessible aux handicapés. Une communication de la Commission Européenne du 25 septembre 2001 est très claire à ce sujet. http://europa.eu.int/information_society/eeurope/news_library/pdf_files/communication_accessibility_fr.doc (texte intégral)
:Les recommandations d’accessibilité
Les normes de codage de site Internet sont édictées par le W3C (World Wide Web Consortium www.w3.org ) auquel appartiennent de grands groupes tels que IBM, Microsoft, Hewlett Pacard, etc.
WAI (Web Accessibility Initiative) est un groupe de travail au sein du W3C qui réfléchit sur la façon dont les contenus web peuvent être mis à la disposition de tous.
Aujourd’hui, bien que diffusées depuis 1998, les recommandations de la WAI sont mal appliquées par les sites, même au niveau 1 (sur 3).
Exemple du site de la ville de Saint-Cloud
La charte ville handicap
Saint-Cloud est une ville qui soutient traditionnellement les personnes handicapées, quelle que soit leur déficience. Par exemple, c’est à Saint Cloud que la Fondation Perce-neige de Lino Ventura a été créée.
Le 16 octobre 2002, en présence de Marie-Thérèse Boisseau, secrétaire d’état aux personnes handicapées, Saint-Cloud signera la charte ville handicap.
Il s’agit de l’engagement solennel de la ville signé avec 7 associations départementales regroupant tout type de handicap. Cette déclaration de principe se fixe des buts génériques ambitieux précise Valérie Duverger Nedellec, la responsable de la communication de la ville :
Un comité de pilotage s’assure de l’application et regroupe les politiques de la ville, le maire ou son représentant, le Directeur Général des services de la mairie, des représentants des associations signataires de la charte et des associations locales. Ce comité de pilotage se réunira au minimum une fois par trimestre pour faire avancer concrètement les choses.
D’autres villes, comme Rueil-Malmaison sont également signataires de la charte. Le fait que 2003 soit l’année européenne du handicap contribue à sensibiliser les politiques et les citoyens aux enjeux de l’accessibilité.
Julien Boutet, webmaster du site de Saint-Cloud, explique que Visual Friendly l’a sensibilisé aux bonnes pratiques de codage
" Saint-Cloud a un site statique dont les versions successives ont privilégié l’aspect graphique au détriment de la propreté du code ".
Visual Friendly peut mettre en place Label Vue sur l’ensemble des sites, y compris sur un site dont la conception n’a pas forcément intégré les problématiques d’accessibilité Internet.
" La mise en place de Label Vue a été l’occasion d’une sensibilisation aux standards internationaux du web ".
Exemple du portail du Gouvernement
Le Système d’Information du Gouvernement (SIG) a pour mission de coordonner la communication multimédia du gouvernement et de gérer le site du premier ministre. Ce dernier a été refait fin 2000, en dynamique en suivant les recommandations techniques W3C, conformément à la circulaire administrative du 7 octobre 1999 pour rendre les sites publics accessibles.
Dans un premier temps, le SIG a travaillé avec l’association Braillenet qui l’a notamment sensibilisé à l’usage des textes alternatifs pour commenter les images. De fait, " fin 2001, lors d’une évaluation de l’accessibilité des sites réalisée par Braillenet pour la DIRE, le site du premier ministre a été évalué favorablement " précise Charles de Véricourt, Adjoint du Responsable du Département Multimédia du Système d’Information du Gouvernement.
Dans un second temps, le SIG a collaboré avec la société Visual Friendly pour adapter l’ergonomie du site à tous les besoins visuels. Bien que le site du premier ministre fasse 13 000 pages et soit dynamique (construit à partir d’une base de données), Visual Friendly a fait en sorte que la mise en place du logiciel Label Vue ne mobilise pas les équipes du SIG.
" Le site du premier ministre souhaite être irréprochable en matière d’accessibilité et servir d’exemple aux sites publics. " explique Charles de Véericourt.
Aux Etats-Unis, la loi (section 508 du Disability Act) impose aux sites publics d’être accessibles.
Même les sites privés adoptent la tendance vers une conception plus épurée, plus accessible, avec éventuellement des aménagements pour que l’internaute puisse personnaliser l’aspect des pages.
L’Europe et son plan d’action e-europe 2005 définit les axes de la société de l’information accessible à tous, notamment via l’e-administration, l’e-santé…
En France, au sujet de l’ "obligation " d’être accessible, la notion de site public inclut les sites " dépendant de l’Etat : ministères, universités, services centraux et déconcentrés, établissements publics " a expliqué Bernard Descargues, rapporteur de la mission sur l’état et les conditions d’accès des personnes aveugles et malvoyantes aux nouvelles technologies de l’information diffusé en juillet 2000.
De fait, il ne s’agit pas pour le moment d’une loi mais d’un projet de loi.
Les ministères intègrent inégalement l’accessibilité à leurs projets Internet. Bien que désireux de respecter les recommandations et d’adopter une démarche citoyenne, ils disposent de moyens financiers et humains inégaux précise un responsable du ministère…
Les sites publics initient la démarche d’accessibilité. Mais comme aux Etats-Unis, le mouvement doit être suivi par les sites privés pour que l’intégration des déficients visuels devienne une réalité.
Contrairement aux sites publics, les acteurs privés ne sont pas soumis aux directives émanant du gouvernement. Ils n’intègreront l’accessibilité à leurs projets Internet que si elles sont sensibilisées et comprennent les avantages à avoir un site accessible :
1) un marché solvable (1.2 million de déficients visuels en France qui bénéficient de revenus garantis).
2) une meilleure qualité de service pour tous, handicapés, seniors… (85% des plus de 50 ans ont des problèmes visuels.)
Suivre les recommandations techniques d’accessibilité apporte d’autres avantages que la compatibilité des sites avec les aides techniques des déficients visuels : par exemple un meilleur référencement. De même, le texte alternatif indispensable au non voyant guide l’internaute dans sa navigation en faisant apparaître une indication sous forme d’étiquette jaune au passage de la souris, que ce soit sur le lien ou sur une image.
3) une image citoyenne ou une action en cohérence avec une culture d’entreprise (groupe CDC par exemple).
L’accessibilité est utile à tous, et pas seulement aux personnes handicapées
L’accessibilité, c’est le multi-support
L’accessibilité ne concerne pas seulement le handicap mais aussi l’adaptation à tous les périphériques spécifiques, que ce soit un palm ou une plage braille. C’est pourquoi les grandes sociétés informatiques qui sont au cœur de la WAI souhaitent rendre les services web accessibles à tous. Guillaume Tourres, chargé de communication chez Microsoft France le confirme.
L’accessibilité est un " plus " pour tous
Les textes alternatifs sont utiles aux non voyants qui peuvent consulter les commentaires des images qu’ils ne peuvent voir. Ils contribuent également à guider l’internaute : c’est une indication dans sa navigation. Par exemple sur le site de labelvue.com, le texte alternatif de la rubrique " Mode d’emploi " est " Comment utiliser Label Vue ". L’internaute qui n’est pas sûr que l’information qu’il recherche se situe dans cette rubrique sera rassuré.
De plus, il faut ouvrir les problématiques à l’ensemble du public car " répondre aux besoins des personnes handicapées est utile à tous ", comme l’explique Valérie Duverger Nedellec en prenant l’exemple des trottoirs surbaissés qui aident les mamans avec leur poussette, les personnes ayant un caddie….
Label Vue a été créé à partir de deux constats :
Chaque utilisateur a des besoins différents.
Il faut pouvoir générer une version d’un site par utilisateur : les seniors dont la vue baisse avec l’âge, ceux qui ont une fatigue visuelle…
Il s’agit de ne pas enfermer les déficients visuels dans un ghetto, mais au contraire de répondre aux besoins de chacun en générant une version de site pour chaque utilisateur.
Une accessibilité complète passe par une facilité de navigation et de repérage à l’écran.
Label Vue aide chaque internaute à se repérer, à naviguer grâce à la réorganisation standard de la page pour que l’utilisateur retrouve au même endroit l’accueil, la zone de recherche, le panier d’achats, etc.
Des pistes pour l’intégration des déficients visuels
Il faut multiplier les opérations de sensibilisation auprès des décideurs du privé et du public ainsi qu’auprès du grand public.
Il faut former les webmasters et les informaticiens aux techniques qui rendent les sites accessibles aux déficients visuels et au respect des standards internationaux du web. Bref, il faut leur enseigner l’ "hygiène du code " pour reprendre l’expression de Dominique Burger de l’association Braillenet.
Il faut modifier les outils d’édition des sites Internet pour qu’ils incluent des options de vérification de la conformité du code aux normes d’accessibilité.
Il faut mettre en place une expertise collective indépendante pour que les acteurs SSII, éditeurs de logiciel, etc. puissent faire évoluer le savoir-faire, les capacités d’évaluation des sites, établir un dialogue avec les utilisateurs.
Comme l’indique André Loechel, le but de l’association " Villes numériques " est de fédérer les réseaux de recherche et les acteurs locaux afin de mutualiser les savoirs et de favoriser les échanges d’expertise.
Pour en savoir plus Site de l’année européenne du handicap : http://www.eypd2003.org/ - http://www.arenotech.org