PROJET DE CEEI
des TCGP
POUR UN CENTRE D’ENTREPRISE
ET D’INNOVATION
consacré aux Technologies de la
Connaissance et de la Gestion Patrimoniales
Laura Garcia
Vitoria, Présidente d’ARENOTECH
Les apports du projet européen MOSAIC : un cadre d’action.
Parmi les nombreuses préconisations formulées par les partenaires du projet MOSAIC (dans le cadre du programme TEN TELECOM) [1] et singulièrement par l’ONG ARENOTECH (Association européenne ART - EDUCATION - NOUVELLES TECHNOLOGIES) [2] en ce qui concerne la France, figurait la constitution d’un centre rassemblant des entreprises innovantes pouvant accompagner le développement des TCGP. De nombreux colloques et séminaires ont été consacrés par ARENOTECH à cette préconisation au cours de ces dernières années [3].
Une polarité de compétences autour des industries de l’image et de la mémoire patrimoniale.
La constitution du REPI (Réseau Européen de Pôles Images), futur réseau d’excellence européen, rend en 2004 une telle démarche indispensable, tant l’univers des technologies de la connaissance et de la gestion méconnaît aujourd’hui les diverses formes de savoirs patrimoniaux - des plus académiques aux plus locaux - et qu’à l’inverse ces dernières ignorent généralement les apports potentiels de ces technologies à une meilleure recherche sur les héritages culturels et les impératifs économiques de leur conservation et de leur mise en valeur. De nombreuses polarités dédiées aux technologies de l’image ont aujourd’hui besoin d’un véritable centre de compétences qui puissent donner naissance à des entreprises innovantes, capables de mettre en place des stratégies ambitieuses de Recherche et Développement au service du patrimoine.
Innovation et gestion de l’identité
Par ailleurs, les analyses du RVN (Réseau européen des Villes Numériques) ont aujourd’hui démontré qu’il ne saurait y avoir de développement de processus d’innovation à l’échelle des territoires sans que ne puisse se produire une accumulation minimale de savoirs sur ces dernières et donc sans une vraie gestion de l’identité territoriale. D’innombrables d’expériences et réalisations existent aujourd’hui - en Europe notamment - et il apparaît essentiel d’accompagner les collectivités territoriales vers une véritable visibilité en la matière et surtout une démarche prospective leur permettant de développer les outils de demain dans des domaines tels que le tourisme de la mémoire ou la place de l’héritage culturel dans l’image et l’attractivité territoriales.
Dans la mesure où seules des technologies innovantes sont susceptibles de mettre à la disposition de chacun un tel matériau identitaire, une telle démarche doit rendre possible transferts technologiques et échanges de compétences et de savoirs, se faisant ainsi vecteur de coopération et d’aide au développement. Un tel processus a notamment été évoqué récemment par la Déclaration de Logroño présentée le 12 mai 2003 lors des premières Rencontres européennes de la ville numérique de demain [4].
Un horizon événementiel
Un
tel CEEI serait ainsi en mesure d’accueillir un Institut
européen de l’Image qui, au travers de la mise en réseau d’universités
et de laboratoires aurait notamment à organiser un « Davos de l’héritage
culturel », en étroite relation avec la collectivité d’accueil, une
telle rencontre étant conçue non point tant comme un simple lieu de parole qu’une
occasion réelle de confrontation des analyses et des données pour permettre
aux industries culturelles européennes de développer en ce domaine toutes leurs
potentialités. Ce sont elles en effet qu’il convient d’abord de rassembler aux
côtés notamment des collectivités afin d’agencer des stratégies non seulement
entrepreneuriales, mais également territoriales. L’Institut aura également pour
tâche de mutualiser les apports de chaque entité afin de développer un semble
de projets européens tant au niveau des savoirs - faire technologiques qu’à
celui des agencements de contenus quels que soient les supports d’accès aux
réseaux. L’utilisation des fonds européens territoriaux à cette fin reste au
demeurant l’une des grandes préoccupations de multiples collectivités locales.
La capacité de gestion des connaissances à l’échelle locale, condition première d’une stratégie de valorisation patrimoniale.
Il ne saurait en effet y avoir création de contenus sans mise en place d’actions d’apprentissage collectif et de gestion de savoirs à l’échelle locale : il ne sert à rien d’observer et relever certaines pratiques et de sélectionner des possibilités technologiques dans le cadre de l’accompagnement d’une collectivité si n’est pas assuré un vrai cadre d’un « KM territorial » reposant sur des dispositifs d’apprentissage collectif. Nous ne pouvons aujourd’hui réfléchir sur les nouveaux contenus culturels sans la prise en compte de l’espace territorial qui est le leur. Nous l’avons dit : il y a les technologies pour participer à l’évolution de nos habitudes de perception visuelle et de nos modalités d’apprentissage ; il y a les hommes avec leurs paroles, leur présence physique, leurs gestes transmettant savoirs faire et mémoire collective. Mais il a aussi les territoires et la réflexion sur leur aménagement, leur développement économique et leur devenir.
La mise en ligne du patrimoine et la réflexion sur de nouvelles formes de contenus culturels constitue, on l’a dit, un vecteur important de la création de milieux innovants et il faudra d’ailleurs se consacrer à l’analyse de la genèse de tels milieux.
Parmi les conséquences de mutations technologiques fortes, figure toujours la nécessaire inscription culturelle de l’innovation économique territoriale. Un état des lieux des meilleures pratiques et toutes nos analyses démontrent combien il est vain d’espérer des processus d’innovation technologique territoriale sur le long terme si ne se trouvaient pas développées de véritables stratégies de contextualisation - voire de recontextualisation - identitaire -.
La dialectique de l’identité et de l’innovation constitue par là même à juste titre le cœur des préoccupations d’un grand nombre d’acteurs territoriaux européens [5] : les processus régionaux d’innovation devant constamment se réinventer eux-mêmes, seule une telle inscription culturelle peut en effet fournir un terreau suffisamment riche pour générer de nouvelles approches.
Le rapport des processus d’innovation et des mécanismes identitaires est au coeur du développement des réseaux et d’une diffusion des savoirs qui est la condition même de la création d’un milieu innovant. Le patrimoine virtuel et les référents identitaires régionaux sont amenés à devenir ainsi non seulement le domaine par excellence des paris technologiques, mais également l’illustration même des enjeux d’une véritable gestion des connaissances et de leur partage.
Une telle stratégie culturelle - et économique - permet également tout naturellement la création de liens entre compétences à l’échelle de la région, mais aussi entre pôles de compétences. Ceci pour les entreprises certes, mais également pour les administrations publiques : la collaboration entre les villes italiennes pour la création de véritables services en ligne en constitue une illustration exemplaire, comme le montre notamment l’exemple de Sienne.
>C’est un vocabulaire et tout un langage commun qui se trouve ainsi reconstitué. A l’avenir - et le projet s’efforcera également de développer des rencontres adéquates à cet égard -, de telles stratégies peuvent par exemple amener les responsables territoriaux à mettre en place des « pôles de délibération » en matière de création de contenus territoriaux.
Un programme d’action collective avec les acteurs technologiques, économiques, culturels et territoriaux.
Au-delà
des objectifs généraux, plusieurs types d’activités sont à prévoir :
- la constitution d’un réseau entre les pôles-ressources en matière d’image numérique afin de rendre plus optimale la recherche dans ce domaine et plus aisée l’orientation du public intéressé
- des cours en ligne : initiation à l’image, formations pour de nouveaux acteurs culturels régionaux et cours de langues utilisant le matériau patrimonial
- l’organisation de « Rencontres de l’image » (selon le modèle de rencontres souvent mises en œuvre par ARENOTECH), en étroite liaison avec les événements et expositions déjà existants en ce domaine. Les Rencontres seront complétées chaque année par une Université d’été qui permettra de consolider les liens constitués pendant l’année et de promouvoir de nouvelles réflexions innovantes en la matière.
Les résultats que nous escomptons obtenir se situent à plusieurs niveaux.
la diffusion plus large et plus cohérente des projets et réalisations en matière d’utilisation d’images numériques qui passe par une meilleure connaissance des mécanismes mêmes de transmission de savoirs et de mémorisation en cas d’utilisation de certaines technologies évoquées.
p; un accompagnement du réseau de pôles image est essentielle : les nouveaux rapports des territoires aux savoirs sont présents tant au niveau de l’aménagement numérique des territoires qu’au niveau de la volonté des collectivités locales européennes de se ré-emparer de la gestion des activités de formation et d’en faire une arme dans les stratégies d’attractivité des villes et régions.
le projet entend ainsi se situer par rapport à l’action de réseaux tels que ceux construits par des « quartiers apprenants », mais surtout des « espaces interrégionaux de connaissance » qui aujourd’hui permettent à de nombreuses collectivités européennes de travailler et de réfléchir ensemble dans ces domaines. Un espace méditerranéen de la connaissance est ainsi aujourd’hui en cours de formation : les contacts pris avec de nombreuses autres entités ont pour objet précisément d’intégrer le projet à un tel processus.
· la réalisation de services de formation en ligne est essentielle. Il ne convient nullement de songer un seul instant, en abordant la virtualité muséale, à des stratégies d’initiation à l’image dans le seul contexte de l’apprenant placé devant son écran d’ordinateur. S’il s’agit là d’une manière importante de donner à voir et à visiter, il est essentiel d’envisager - parfois d’imaginer - la pleine intégration physique non seulement naturellement face à l’œuvre et à son environnement immédiat, mais également la mise à disposition de savoirs structurés pertinemment à cet effet (reconstitution de bâtiments, restitution virtuelle d’œuvres peintes dans leur environnement (fresques) et dans leurs présentations premières, mais aussi successives (panneaux manquants de triptyques et polyptyques…). Ceci dans des situations de partielle (environnement fermé) ou de totale mobilité (espaces urbains).
· la création d’un espace d’initiation à l’image apparaît comme non moins importante. Il conviendra notamment de veiller à ce que certains de nos projets conçus pour une aire géographique donnée soient également le plus largement possible ouverts à tous les participants de l’ensemble de notre programme, ceci quelque soit leur pays, de même qu’à toutes les entités qui souhaiteraient nous rejoindre.
· il s’agit d’abord d’une démarche d’apprentissage et de rencontre, du regard de soi et de l’autre, d’initier à une autre forme de visite et d’inviter à un développement économique basé sur la mémoire. L’un des axes majeurs réside naturellement en l’apport de savoirs de la part des internautes usagers du site : les concepteurs du site entendent éviter de le considérer seulement comme un espace de recherche d’information, mais de contribuer à en assurer également la promotion comme un lieu susceptible d’accueillir connaissances et expériences, réalisations et volontés de créer.
Qu’il s’agisse ainsi de la perception visuelle ou encore émotionnelle de nos contemporains, qu’ils s’agisse des cheminements de découverte ou du développement des capacités de mémorisation et de navigation dans les univers de savoirs, qu’il s’agisse enfin de leur structuration et de la constitution des champs de connaissance, l’enjeu majeur d’un projet tel que celui-ci est celui de nos identités, de notre intelligence émotionnelle et de nos capacités à nous ouvrir à tout ce qui, dans l’héritage européen, peut transcender nos actions et nos existences. C’est ce à quoi entend s’attacher le projet : l’approche d’un passé collectif comme vecteur de compréhension et de collaboration. Et c’est en cela même qu’il nous apparaît comme symbolique des démarches qui doivent être aujourd’hui celles de tous les acteurs mêmes de la transmission des savoirs.
La mise sur pied d’un réseau européen du patrimoine territorial : un outil au service d’une meilleure valorisation des territoires de mémoire
Le développement d’un projet de portail devrait par ailleurs pour objet de faciliter l’accès aux données patrimoniales des collectivités européennes, de promouvoir leur diffusion associée à un ensemble de services et de bâtir ainsi un lieu privilégié du patrimoine culturel virtuel. La maîtrise numérique du patrimoine territorial constitue l’une des composantes de la genèse d’un nouvel horizon culturel : ce sont donc les matériaux mêmes de l’identité collective que les collectivités doivent pouvoir offrir à chacun.
Il s’agirait d’abord de mettre à disposition du plus grand nombre un portail sur le web permettant d’organiser un accès structuré aux données déjà disponibles, avec des liens vers des sites déjà existants des collectivités, complétés par des informations de nature notamment pédagogique et des expérimentations liées aux contenus. De multiples convergences technologiques mettent en effet à notre disposition toute une panoplie d’outils : il s’agira là encore de les mettre à disposition des responsables des sites e offices de tourisme.
Une telle maîtrise s’avère aujourd’hui indispensable en vue de la constitution d’une vraie présence du patrimoine des territoires sur les réseaux, moment même où s’amorce une mutation considérable en matière de transmission des savoirs. Un lieu est là encore nécessaire pour permettre de débattre des enjeux et surtout d’organiser une formation à de nouvelles formes d’écriture, de découverte et de formulation du passé de nos sociétés, en termes précisément de rapport au savoir, ceci au travers d’une réelle synergie entre universités et laboratoires de recherche, collectivités locales et associations de sauvegarde, entreprises et agences locales de développement. Il s’agira, au travers de telles collaborations, de créer une vitrine d’outils et de savoirs faire, de développer les usages et services innovants dans le domaine des technologies du numérique au service des territoires et bien évidemment d’accompagner une totale révision des rapports entre territoires et savoirs.
Le projet se devra donc de créer un réseau européen de villes et régions où infotechnologies et patrimoine se veulent facteurs d’un nouveau rapport aux territoires, à leur valorisation et à leur aménagement. Des villes et régions où le rapport aux réseaux est celui de l’initiative et de l’action, où créer et entreprendre constituent les vraies finalités de l’accès à Internet
Un réseau aussi qui entend offrir à tous les européens un véritable contenu numérique culturel, plate-forme ouverte génératrice d’une citoyenneté culturelle à l’échelle de notre continent pour un retour au sentiment partagé d’un espace de connaissances.
Un programme pour renouveler l’enseignement de l’image.
Il
s’agira également de développer en Europe tout un programme consacré à l’éducation
à l’image afin de dégager une réelle visibilité relative aux technologies existantes
et en cours de développement, aux pratiques mises en œuvre et de manière générale
à la gestion des connaissances à l’échelle territoriale.
Une telle démarche sera d’autant plus importante que le CEEI sera amené à assumer des tâches de formation auprès des jeunes bénéficiant des nouveaux emplois tremplin mis en place par plusieurs conseils régionaux.
Un tel lieu aura ainsi à proposer, au travers de ce projet, une nouvelle approche conceptuelle pour « apprendre l’image » au travers de l’usage des technologies numériques. Si l’on évoque en effet à juste titre l’importance de conférer à tous nos contemporains - et non pas seulement aux plus jeunes - des capacités d’analyse de l’image, il nous faut donc aujourd’hui créer de nouvelles approches pour un apprentissage iconographique véritable et seules les innovations technologiques majeures que nous connaissons aujourd’hui, issues d’ailleurs notamment des laboratoires de recherche européens (à Cambridge et Berlin par exemple), peuvent commercer à le permettre.
Trois axes majeurs se présentent ainsi à nous aujourd’hui en vue d’une approche pédagogique technologiquement exigeante, mais fondamentalement emprunte d’une démarche ludique respectueuse des horizons culturels.
· Il s’agit tout d’abord de rendre l’image visuellement aussi bien que physiquement accessible, donner la possibilité à l’apprenant d’y accéder en y créant ce que nous appelons des « cheminements de compréhension ».
Regarder de près le mobilier de la chambre de travail de Saint Jérôme, s’approcher - en en faisant éventuellement le tour - du carrelage de l’espace où un peintre italien montre la Flagellation du Christ, visiter l’espace d’une fresque florentine de la Renaissance, voilà qui renouvelle totalement l’approche iconographique d’un horizon culturel.
· Il s’avère d’autre part essentiel de donner à percevoir l’image comme un objet virtuel et conférer à « l’usager de l’image » la possibilité d’en décomposer les éléments en temps réel.
Par ailleurs, l’immersion interactive instaure un véritable dialogue avec les objets représentés.
Le geste au travers d’un gant permet une appropriation spatiale d’un objet, au travers même que l’iris de l’œil et surtout bien évidemment la voix : l’interface locale s’annonce comme la grande interlocutrice de l’image et des éléments auxquels elle procure un support de représentation.
Une telle interaction vocale ou tactile avec atomes et molécules supprime de fait la plupart des composantes abstraites de leur approche et de la compréhension des mécanismes auxquels ils président.
· Il s’agit de même de rendre l’image plus mobile, donc plus proche, plus apprivoisable intellectuellement, au travers notamment des outils de la mobilité intelligente.
L’enfant appelé sur son téléphone mobile pour être convié à visiter une église et recevoir des informations sur celle-ci a fait l’objet récemment d’un projet européen, dont nous avons eu l’occasion notamment d’analyser récemment les réalisations pédagogiques d’écoles galiciennes.
Une approche essentielle que celle du projet européen CHIMER, car dans les années qui viennent, l’appareil photographique pourra se connecter à Internet et lancer une recherche multicritère [6] : l’objet essentiel de l’image - un monument par exemple - pourra ainsi être analysé et comparé à celles d’une base de données architecturale. Grâce à des moteurs de recherche, il sera aisé à ce type de terminal devenu savant et source de connaissances pour l’usager de fournir tout type de complément d’information et surtout une mise en exergue d’activités culturelles locales - telles que des expositions - en rapport avec l’objet photographié. Il est donc essentiel d’en tenir compte dès aujourd’hui dans la réalisation de contenus culturels territoriaux.
Mais il n’y a pas que l’image où l’intégration de récents développements technologiques soit à prendre en compte. Si le rapport à la musique et les liens entre la musique et l’image au travers notamment des nouveaux terminaux mobiles évoqués constituent des sources d’accès inédites aux constructions culturelles de nos sociétés, le projet européen LISTEN, où les universités autrichiennes et allemandes ont apporté d’importantes contributions, a cherché ainsi à retravailler autrement la sonorisation des espaces d’exposition. Et ce afin de fournir d’abord des informations personnalisées tout au long de la visite : lorsque le visiteur revient devant un tableau, il n’entend pas une fois de plus la même explication - ce qui ne saurait clairement que le dissuader de revenir à certaines images ou objets pour mieux les comprendre -, mais au contraire des explications complémentaires, augmentant ainsi le plaisir avec lequel il est possible de démultiplier les savoirs sur un objet qui lui apparaît d’autant plus accessible et qui lui propose en quelque sorte de démultiplier les liens personnels et de plus en plus personnalisés : jeu avec l’image, jeu avec une iconographie jugée complexe, mais dont la clef finalement apparaît potentiellement à sa portée. Le Kunst Museum de Bonn vient ainsi, dans l’exposition consacrée à un artiste suisse, de proposer une création sonore constituée aussi bien de textes que de musique autour d’une installation interactive. Le visiteur est muni en ce cas d’un casque audio et bien évidemment d’un système de localisation et bénéficie donc ainsi d’un environnement audio augmenté. Les travaux en matière d’analyse de la perception humaine des sons dans l’espace montrent que les interfaces s’avèrent d’une grande richesse de possibilités.
De nouveaux objets d’apprentissage
Le
concept même d’objets d'apprentissage
peut aujourd’hui compléter un tel tableau, de par leur nature même réutilisables
et réagençables selon différents objectifs ou environnements. Un objet d'apprentissage
permet de faire le tour d'un point particulier de connaissance : une simple
photo peut être considérée comme un objet d'apprentissage, seul compte le fait
que ledit objet soit indexable ou puisse être décrit précisément. Aux objets
d’apprentissage sont idéalement associées les métadonnées d’indexation, qui
indiquent en principe le contenu, la technologie, les droits d’auteur et autres
éléments pour faciliter le repérage, l'exploitation et l’administration de l’objet
d’apprentissage [7][8].
Une telle approche conceptuelle pourra se développer plus concrètement et plus largement au travers de l'utilisation des baladeurs multimédia dont nous suivons aujourd'hui les premières utilisations et qui permettront notamment des usages en situation de mobilité notamment - mais pas seulement (on pourra tout aussi bien en imaginer l'utilisation dans le cadre d'espaces d'apprentissage) -. Ceci notamment pour visionner de manière individuelle des compléments scénarisés (extraits de films ou vidéos de démonstration) mobilisés en accompagnement de dispositifs d'enseignement théorique.
La création d’un nouveau champ d’initiation patrimoniale aux confins de l’apprentissage, du spectacle et du matériau multimédia.
De nouvelles approches se multiplient par ailleurs aujourd’hui, portées par de nouvelles réflexions théoriques et souvent sous l’effet des usages possibles des matériaux multimédia existants.
Les contenus culturels sont par exemple amenés à engendrer des formes inédites de récits historiques et patrimoniaux et donc de nouveaux rapports à l’événementiel et à l’oralité. Si l’enfant est amené à jouer un rôle majeur (comme ambassadeur de son village par exemple), il est essentiel de renouveler complètement l’arsenal méthodologique à la disposition des responsables, enseignants et parents : ainsi en est-il - parmi bien d’autres démarches - du mariage de nouvelles formes de narration et des ressources multimédia et dont témoignent les nouvelles pistes aujourd’hui ouvertes notamment par des institutions culturelles et éducatives italiennes.
Le jeu de l’oralité et de documents multimédia multiplient les ouvertures à des horizons cognitifs. Si les actuels débats sur la parole savante et sur l’oralité investie d’une forte valeur cognitive [8] ont contribué à mettre en avant les usages éminemment ludiques de la parole que l’écrit semble avoir longtemps contribué à occulter, n’ont été à ce jour que fort peu pris en compte les travaux et expérimentations - en Italie surtout - mettant au cœur de situations d’apprentissage et de spectacles de création (théâtrale notamment) l’utilisation conjointe devant le public de l’oralité, traduite par des micro-récits, et d’une multimédialité porteuse de contenus historiques et de documents culturels rassemblés à l’échelle locale.
Dans le cadre du projet « TIC et cognition » de l’ISIA de Florence, la narration orale, accompagnée par des productions multimédia, devient de la sorte un remarquable instrument de cognition, véritable paradigme du savoir. La narration multimédia y met en lumière l’interaction certes des savoirs, mais surtout - on pense aux publics les plus jeunes - la complémentarité entre des modèles de pensée soumis à des règles et des formes d’expression différentes.
Le projet européen ID3 porté par l’Académie des Beaux Arts de Macerata [9] complète les moyens utilisés par les MMS et les images de jeux vidéo, qui ont par ailleurs fait l’objet d’analyses de l’Observatoire des mutations de l’écriture de la Bibliothèque multimédia de Settimo Torinese.
De nouvelles pratiques pédagogiques peuvent être de la sorte développées. Au-delà de représentations dont on est en droit d’espérer qu’ils pourront être repris, dans leur principe, par de nouveaux espaces multimédia du monde méditerranéen, une troupe théâtrale italienne a ainsi fini par créer un véritable atelier de didactique de l’histoire pour les enseignants. La présentation des expériences multimédia dans les écoles italiennes à Bolzano en novembre 2002 ont ainsi montré comment, dans un environnement spécifiquement éducatif, la narration pouvait dans ces conditions, au travers du récit et des données documentaires, accompagner les images numériques véhiculées par les réseaux et en faire un véritable support de mémorisation de histoire locale et de recréation d’un vocabulaire identitaire commun.
L’infiniment petit et de manière plus générale la narration de l’invisible constitue un autre champ d’exemplarité. Bien d’autres approches existent en effet, dont certaines poussent à l’extrême les notions d’approche tactile de l’image : on pensera notamment à celles utilisant les nanotechnologies et illustrées notamment par les actuels travaux du ZKM de Karlsruhe où des créateurs exposent des réalisations générées à l’échelle du nanomonde - du milliardième de mètres - : ainsi dans une actuelle exposition d’œuvres sur le thème « le nanomonde et la culture globale » [10]. Dans une œuvre récente, seul un anneau au doigt peut permettre ainsi par exemple l’approche tactile des formes engendrées et il est vrai que les questionnements culturels mis de la sorte en exergue par une image non visible et par essence à priori difficilement intelligible possèdent une force d’interrogation sur la création et la représentation que ne saurait avoir des images sur un écran ou des reproductions sur des feuilles de papier. La présentation orale assurée à l’entrée de l’espace d’installation est relativement brève, suivie au contraire dans l’espace même par un silence impressionnant au moment où l’échec du regard à percevoir toute forme est relayé par les mouvements de la main [11].
La création de weblogs patrimoniaux
On sait combien les weblogs s’inscrivent aujourd’hui de manière incontestable dans de nouveaux construits sociaux. Au travers de l’usage des carnets, ce sont des sortes de communautés médiatées qui prennent forme, même si en rendre compte aujourd’hui au travers du concept de communauté peut poser problème tant les anciens attributs autrefois liés à ce terme ne jouent plus ici guère de rôle.
Au-delà de l’objet informationnel commun, le carnet Web est donc d’abord et avant tout un lieu où l’Homo Reciprocans tant évoqué aujourd’hui cherche peu un lien interpersonnel.
L’objet informationnel sera requis d’abord pour sa logique de constitution, autour d’un projet global notamment, mais surtout pour sa dynamique. C’est le matériau immédiatement transposable dans le corpus culturel de chacun qui prime.
Dans le domaine patrimonial et du tourisme de manière générale, ce seront donc là peut-être non seulement le support des « cartes postales de demain », mais aussi et surtout le point de départ de nouvelles formes de correspondance possibles. En tout cas, c’est le type même de démarche qu’il conviendra que les plus jeunes puisse acquérir dans un espace dédié aux technologies du patrimoine.
C’est donc très vite une communauté épistémique qui parallèlement se construit lentement et qui d’une manière ou d’une autre y alimente ses analyses et sa topologie. Plus qu’une confrontation de savoirs, c’est un savoir algorithmique qui se forme. Il s’agira de permettre à tous ceux concernés par les approches proposées - au travers du carnet Web notamment - de mettre à disposition leurs écrits, travaux, analyses, l’ensemble des écrits et documents iconographiques illustrant leurs réactions et positionnements. Leurs auteurs pourront ainsi par la suite y faire référence en envoyant photos et observations, au moment par exemple de leur présence sur le terrain au moyen de leurs outils mobiles.
Il conviendra de mettre ainsi sur pied un dispositif informationnel donnant Un véritable carrefour des compétences patrimoniales peut ainsi voir le jour. Le dispositif s’articulerait autour de thèmes tels que : territoires numériques, pôles de compétence territoriaux, gestion des savoirs (rapports des territoires aux savoirs et accès aux réseaux), culture et territoire (lieux patrimoniaux, nouveaux espaces de création et structures d’expertise, économie et technologies du numérique (programmes, technologies, outils, usages et économie du numérique) et patrimoine en ligne et musées virtuels (analyses et projets).
Nous devons donc pleinement intégrer dans une analyse d’un tel weblog les nouveaux rapports qui sont les nôtres à l’espace et au temps. L’ambition épistémique clairement évoquée précédemment doit pouvoir mettre à disposition un certain nombre d’outils conceptuels sans lesquels un carnet Web reste un instrument ludique sans grand intérêt. Ils permettront également à l’avenir d’intégrer tous les avantages d’un Moblog. ceci sans préjuger de leur insertion par exemple dans des dispositifs d'information parlée de proximité (on pense ici au système MPN - Matrix Public Network - récemment mis au point à l'université de Brême par Tom Nicolai et Ansgar Schmidt).
C’est dès lors, si l’on adopte une telle approche, une véritable systémique comparatiste qui se trouve mise au service de l’écriture et qui pourrait être l’un des apports majeurs de la publication d’un carnet Web : ne jamais s’aventurer à avancer un jugement ou quelque propos que ce soit sans allusion à d’autres lieux et à d’autres temps, enjeu éducatif majeur s’il en est.
L’annotation de l’espace patrimonial
Les espaces intelligents qui se créent autour de nous au travers notamment des technologies sans fil et qui nous offrent une sorte d’Internet ambiant décliné à l’échelle de la Cité qui se transforme en ville de la radio-fréquence et des réseaux omni-présents. Une ville amplifiée en quelque sorte par l’intrusion d’espaces informationnels devenus non quantifiables. Une possibilité de rencontre aussi entre les strates d’informations qu’est par essence un monument et les flux d’informations contemporains, véritable allégorie de la construction identitaire.
Nous avons ainsi eu l’occasion de mettre récemment l’accent tout particulièrement sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent un espace urbain d’annoter leur environnement, de lui conférer un sens personnalisé, se transformer en auteur en se servant de cet environnement, de se voir auteurs et de vouloir et d’être au départ d’un processus de construction de connaissances. Bref de rechercher et de fournir informations et renseignements.
Un réseau de réflexion qui développe aujourd’hui un important programme de recherche autour des développements potentiels des matrices sociales - Proboscis - est parti de l’idée de ce que des technologies sans fil pouvaient créer en matière de géographie sonore urbaine. Il s’agit au fond de cartographier l’expérience que font au quotidien ceux qui parcourent une ville et qui cherchent à établir un lien entre ce qu’ils font au quotidien - dans leur travail économique, politique, culturel…- et ce qui se passe, se pense, se commente autour d’eux. S’enrichir et enrichir ce que pensent et savent ceux qu’ils côtoient de ce qu’ils croient savoir et penser eux-mêmes. Ce sont en fait des géographies sonores que Proboscis expérimente.
Le projet Urban Tapestries permet ainsi de créer un nouveau paysage urbain : il nous rend tout à la fois archéologues de nos environnements, mais aussi contributeurs à leur développement, en ouvrant des espaces d’enquête dans l’épaisseur des expériences de la ville.
Le projet permet aux usagers d’annoter leur propre ville virtuelle, permettant à la mémoire collective de la communauté dans laquelle ils se trouvent de croître quasi-organiquement, en permettant aux citoyens ordinaires d’enchâsser un savoir social dans le nouveau paysage sans fil de la cité.
Les usagers doivent pouvoir ajouter de nouveaux emplacements, des contenus pour ces emplacements et « enfiler » en quelque sorte les emplacements individuels à des contextes locaux par des dispositifs mobiles. L’usager doit être capable de sélectionner de tels « enfilements » (historiques, sociaux…) ou au contraire de se laisser conduire: il reçoit alors une carte des espaces qui se trouvent associés avec eux : ils peuvent la prendre comme guide ou au contraire demander au système de les prévenir dès qu’ils passent près d’un de ces espaces. Il s’agit là d’une sorte de performance de la mémoire collective
La ville au quotidien démultipliera ainsi les publications sur elle-même : des technologies nous permettent ainsi en tout cas de réarticuler ce qui pourra être écrite sur elle. Un outil précieux pour changer l’image d’une ville ? Reconfigurer aussi nos mémoires, autant personnelles que collectives et prendre peut-être la main sur elles...
Chacun l’imagine : en rendant invisibles des composantes spatio-temporelles, le risque existe de rendre invisible encore davantage le rapport au pouvoir et son contrôle.
Il y a vingt ans très exactement, Michel de Certeau avait analysé les pratiques spatiales sans imaginer néanmoins combien celles-ci pourraient changer notre « quotidien informationnel ». Les outils aujourd’hui à notre disposition complètent et enrichissent nos perceptions spatio-temporelles de la ville : le projet Amble du Media Lab Europe ajoute les connotations temporelles à la carte urbaine qui se trouve sur votre PDA : la carte nous dit en quelque sorte le temps à parcourir.
De nombreuses applications semblables ont été expérimentées récemment.
Avec Sonic City, un projet suédois de l’Institut Victoria, nous traduisons en musique l’espace que nous parcourons, donnant ainsi à découvrir ou à penser tout ce qui le structure. Le nomadisme urbain se fait ainsi sonore, rythme et expérience corporelle démultipliée. Processus fort de personnalisation de la ville. Le projet Tejp développé par le même institut nous permet de laisser, anonymement ou non, des tags musicaux : création de communautés locales, gestion de nouveaux types de relation sociale.
>Nous pouvons là encore attacher à un espace donné le volume d’une communication mobile. Ce qui nous apparaissait familier et connu dans l’espace urbain peut nous livrer ainsi des sensations nouvelles, étranges peut-être, beaucoup d’interrogations certainement et en tout cas une démultiplication des facteurs de curiosité et des occasions de connaître, regarder, questionner autrement, révéler largement ce qu’il nous semblait pourtant connaître. Ce qui ne nous appartient pas peut être personnalisé.
Texting Glances est de son côté un projet développé par le Trinity College de l’Université de Dublin. Le projet permet de nouvelles formes de construction de la mémoire d’un lieu, espace de transport ou lieu d’attente. Construction, à l’échelle de l’espace d’une ville, en plusieurs points mis en réseaux, au travers de textes et d’images, d’une véritable mémoire collective. En évoquant de tels processus, comment ne pas avoir une pensée émue pour les archivistes du futur et les historiens de la ville. Ah, si les médiévistes disposaient d’un tel matériau. On imagine les scènes le long des processions ou sur les marchés du Moyen Age. On ressent l’irrépressible envie de réécrire l’histoire urbaine des siècles passés en mettant rétrospectivement entre les mains des acteurs de tels outils. Mais avec la masse de traces que nous sommes amenés à ainsi laisser, serons-nous pour autant mieux connus. Le doute est permis.
Mais cela nous met en tout cas de réfléchir sur la mutation de la perception de l’espace et du temps à l’œuvre sous nos yeux : problématiser nous semble en tout cas être une réelle urgence dans un domaine comme le nôtre , avec le développement de nouvelles temporalités, celle de l’attente par exemple, ou encore et surtout la construction d’infrastructures invisibles. Une sorte d’archéologie à l’envers où creusons métaphoriquement un espace pour y placer contributions et annotations, ce que développent d’ailleurs d’autres projets encore tels que Glitch.
Conscience du patrimoine et intelligence du complexe
L’un des défis majeurs pour les acteurs territoriaux dans les années qui viennent sera ainsi à l’évidence la gestion de l’information et une réelle intelligence du complexe. Dans les domaines que nous venons d’évoquer, il s’avère donc tentant de mettre en pratique le concept développé par James Fischking (Université du Texas) consistant à rassembler un groupe d’habitants pour un premier sondage sur une question concernant le développement de leur territoire, puis de faire appel à des experts en vue de leur fournir le matériau informationnel le plus complet possible et enfin de procéder à un second sondage. L’évolution des opinions suite à l’information reçue est ensuite transmise aux autorités locales afin qu’ils puissent tenir compte dans leur décision des éventuels changements constatés [12]. Le projet entend ainsi contribuer à mettre en pratique de telles démarches en vue d’une meilleure compréhension des impératifs de la valorisation culturelle des territoires. Le concept de laboratoire numérique territorial [13] - que nous avons développé récemment à l’intention des acteurs locaux - place cette question au cœur même de tous les dispositifs dont le point commun réside de toute manière dans la création et la circulation des connaissances.
Ville intelligente, cité savoir, quartier apprenant, peu importe au fond la sémantique utilisée et les modalités de mise en œuvre de tels objectifs. Pour le marché local du travail, les relations entre les entreprises et les lieux de recherche, l’essentiel réside dans une gestion de l’intelligence collective territoriale. Et la création locale de contenus culturels en constitue naturellement là encore un vecteur majeur, même s’il ne saurait constituer en aucune manière un champ d’action autonome.
Préfiguration d’une agence européenne de l’innovation et de l’identité territoriales.
La philosophie du projet se fonde également sur une observation présentée par l’association à l’occasion des rencontres de la société civile organisées par la Convention pour l’avenir de l’Europe en juin 2002 (à travers notamment la proposition d’ARENOTECH de création d’une Agence européenne de l’identité et de l’innovation) : le patrimoine et l’ensemble des vecteurs de l’identité d’un territoire figurent aujourd’hui parmi les facteurs les plus importants de l’attractivité territoriale, aux côtés notamment des externalités productrices d’innovation technologique et singulièrement des espaces de formation et de création.
Un certain nombre de processus d’accompagnement peuvent ainsi être imaginés aux frontières de l’identité culturelle des territoires européens et de l’innovation technologique que les institutions communautaires ont à accompagner. Celles-ci doivent impérativement se donner les moyens d’agir à ce niveau et donc d’intégrer le plus largement possibles les divers facteurs culturels évoqués.
Si ce terrain d’action devait être schématisé à l’extrême, quasiment de manière caricaturale, on pourrait le représenter au travers du schéma ci-joint en fin de l’annexe 1.
Les institutions nationales ne sauraient développer des compétences et actions tout à la fois transversales et transnationales en ce domaine, laissant ainsi en déshérence un domaine essentiel pour la formation, l’action économique et l’emploi. De très nombreux porteurs de projets dont l’action concerne des millions d’européens dans leur quotidien, se voient ainsi livrés à eux-mêmes. Cette question voit son urgence accrue par la situation en ce domaine précis de nombreuses régions des pays nouvellement entrés dans l’Union.
Ces acteurs économiques et culturels, ces institutions territoriales et locales, il convient de les aider à travailler ensemble à l’échelle de l’Europe en leur fournissant visibilité et accompagnement.
Ce qui pose tout d’abord non seulement le problème des interlocuteurs à l’échelle européenne, mais aussi de manière très globale celle d’une interactivité forte entre certaines directions générales (éducation et culture, action régionale, société de l ‘information), lien aujourd’hui perçu comme quasiment inexistant par les acteurs territoriaux.
Une entité de suivi et de support doit donc être imaginée. Il nous semble donc aujourd’hui pertinent de considérer ce CEEI comme une sorte d’agence européenne de l’innovation et de l’identité territoriales.
Quelle que soit l’entité, il ne s’agit nullement de proposer en soi une structure administrative supplémentaire. Il s’agit de prendre en considération un terrain majeur pour la société civile qui lui permettrait de voir non seulement sauvegardée mais promue l’identité territoriale, et ce afin de voir se développer des espaces privilégiés d’échanges de savoir et d’innovation technologique.
Il
faut en réalité aller bien au-delà d’un simple ajout administratif : il
convient de porter un indispensable regard nouveau de ce qui doit être l’action
régionale de la Commission et notamment de transformer en condition
nécessaire (y compris précisément en termes d’architecture institutionnelle)
ce qui a été perçu souvent dans la seconde moitié du siècle passé comme antinomique :
le maintien d’espaces et de lieux de vie marqués par le passé et la tradition
d’une part et l’élaboration de nouvelles pratiques de recherche et développement
en des lieux et espaces adaptés à une telle demande d’autre part.
>Nombreux sont les pôles de compétence territoriaux (cf. annexe 2) qui ont en effet besoin dans leur genèse et leur développement de repères identitaires. Sans ces facteurs culturels aujourd’hui relativement bien identifiés et évoqués largement dans les derniers séminaires « villes numériques », il est difficile de se livrer à des analyses conséquentes dans le domaine du développement économique régional.
En vérité, c’est également toute la question d’une vraie formation à développer à l’échelle européenne pour les acteurs territoriaux qui se pose, formation qui ne saurait que s’appuyer sur une véritable plate-forme informationnelle dans ce domaine.
Le patrimoine à l’ère des réseaux
Sommes toutes donc, pourquoi ne pas placer un tel projet sous le patronage de la figure grecque de la métis, « une intelligence du changement, comme le sera toute pensée du réseau » : « La métis grecque, l’Encyclopédie, le saint-simonisme ou la première cybernétique cherchent dans le réseau un mode de connaissance…Le réseau demeure tout à la fois une technologie de la connaissance et une figure symbolique de l’intermédiaire. Il est toujours biface parce qu’il sépare et relie : un lien invisible entre des lieux visibles ou un passage visible vers des lieux invisibles » [14]. N’est-ce en effet pas aussi le propre de l’entité patrimoniale et en tout cas le meilleur chemin pour y accéder
ANNEXES
Annexe 1 : brève présentation de l’action d’ARENOTECH en Europe.
L’association est née officiellement de l’Appel de Venise lancé au Musée Correr le 24 avril 1996. Le « Groupe de Recherche et d’Analyse Multimédia Langues » en est à l’origine, suite à une proposition développée à l’occasion d’une réunion organisée en décembre 1995 au Laboratoire de Recherche des Musées de France.
Une telle initiative trouvait elle-même sa racine dans l’expérience du groupe de recherche « Syntagma 3 » au sein du système de télé-enseignement ETSIT qui a rassemblé en 1994 une trentaine de spécialistes de diverses disciplines, autour d’une tentative exploratoire d’enseignement par satellite
Depuis 1996, l’association a à son actif plus de 230 colloques et séminaires en Europe dans le domaine des mutations éducatives et culturelles contemporaines.
Une telle synergie lui permet aujourd’hui de rassembler une grande partie des initiatives associatives en Europe ayant trait à l’impact des technologies de la société de l’information sur l’ingénierie éducative et des possibilités offertes par l’accès multimédia au patrimoine culturel. Il s’agit de mettre en réseau les savoirs et les expériences menées en Europe pour aider à la construction d’une société de l’information basée sur la gestion et le partage des savoirs.
L’ARENOTECH a été notamment le partenaire français du projet européen MOSAIC (Museums over States and Virtual Culture) dans le cadre du programme TEN-TELECOM de la DG XIII de la Commission (http://www.item-sup.org/Mosaic.htm). Son dirigeant a été chargé de la co-direction de la ligne d’action MEDICI de la Commission, relative à l’accès multimédia pour l’éducation au patrimoine culturel européen.
L’association a prêté son concours à l’organisation et l’animation de l’exposition « Nouvelle image nouveaux réseaux » à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, de même qu’elle a participé à l’organisation de plusieurs grandes manifestations européennes dans ce domaine.
ARENOTECH EUROPA est l’un des partenaires français du projet européen WEEST – (Women Education and Employment in Science and Technologies) au sein du programme Connect de la DG Education et Culture de la Commission: (http://europa.eu.int/ comm/education/connect/it-042.html et http://www.cittadellascienza.it).
La mise à disposition de toute information et documentation culturelle de nature publique et l’accès aux contenus mis en ligne sont aujourd’hui une préoccupation majeure de la plupart des acteurs économiques et culturels et l’ARENOTECH a consacré plusieurs séminaires les rassemblant sur ces sujets. De nombreuses batailles restent à gagner sur ce terrain : celle du multilinguisme en tout premier lieu, à l’heure où une étude américaine souligne qu’un site Internet sur deux ne sera enfin plus en langue anglaise à l’échelle d’un an. Celle des collectivités locales également qui entendent confier aujourd’hui un rôle de premier plan aux acteurs culturels et éducatifs pour amorcer une vraie réponse aux problèmes relatifs à l’identité urbaine. Celle des universités qui ont compris qu’elles pouvaient être les vrais pilotes potentiels d’une mutation culturelle majeure.
De
manière générale, l’ARENOTECH entend contribuer à élaborer une réelle stratégie
où disparaissent notamment les rapports archaïques entre services publics et
entreprises privées. Il convient pour cela de susciter et encourager toutes
les initiatives des acteurs du terrain et telle est fondamentalement sa raison
d’être.
>En huit années d’activités, suite à l’appel de Venise qui invitait en avril 1996 enseignants et chercheurs à utiliser les technologies des réseaux dans les domaines éducatifs et culturels, des milliers de collègues ont ainsi accompagné les réflexions de l’association au travers de plus de deux cent colloques.
C’est un véritable réseau d’information et d’action qui a ainsi, grâce à eux, pu se constituer et donner toute sa force à ses actions futures.
Annexe 2 : nos analyses relatives aux polarités de compétences
Au travers des outils mentionnés, au travers de nos filiales associatives nationales également, c’est tout un nouveau champ culturel dont nous avons à observer la genèse et dont nous pouvons commencer à estimer l’impact dans la constitution de véritables territoires numériques en Europe. Il s’agit du rôle nouveau des facteurs culturels sur les chantiers économiques de la globalisation et de l’actuel développement d’une nouvelle approche territoriale au travers de la constitution de pôles de compétence territoriaux : des territoires et collectivités numériques, vrais chantiers économiques de la globalisation et dont le succès est clairement dû à un rôle nouveau des facteurs culturels dans l’aménagement des villes et régions en Europe.
Les polarités économiques et autres effets d’agglomération constituent aujourd’hui l’une des composantes des fortes mutations territoriales auxquelles nous assistons. Celles-ci s’inscrivent en effet dans une forte recomposition du système productif global où la place des vecteurs culturels s’avère prédominante au point de surprendre certains acteurs de la vie intellectuelle et des divers domaines de la création.
Les rapports de Christian Blanc et de la DATAR
Et si un vrai débat naissait enfin, se démarquant des actuels bavardages et lieux communs concernant le dossier des délocalisations ? Si l’on peut lui reprocher à juste titre d’omettre les exemples les plus récents offerts par de bien des territoires européens en la matière, il convient néanmoins de souligner que le document préparé par la DATAR présente des préconisations qui, s’ils elles avaient été mises en pratique ces trois dernières années en France, permettraient de considérer avec bien plus d’optimisme les années qui viennent.
Nous avions diffusé il y a deux années de cela un bref rapport qui soulignait à peu de choses près les mêmes nécessités et nous n’étions pas les seuls, de loin, à en souligner l’urgence. Alors même que dans les congrès internationaux, une véritable unanimité de nos interlocuteurs accueillait de telles analyses, il faut bien reconnaître qu’à de rares exceptions locales près, nous n’avons guère été entendus.
La première question à se poser devrait donc consister à interroger la réticence de l’horizon culturel français devant les processus de mutualisation des pratiques et des compétences. Mutualiser les formations, les emplois, les savoirs afin de les renouveler au fur et à mesure des travaux de recherche et développement, afin de les valoriser aussi au travers de réseaux d’excellence territoriaux et européens, afin enfin de les synthétiser dans la construction d’apprentissages collectifs et de savoirs nouveaux.
De la péninsule ibérique à l’Europe Centrale, de l’Italie à la Scandinavie, il est des pays qui ont appris à partager au quotidien leurs perceptions et analyses. Or, les modèles utilisés par la France pour gérer aussi bien l’Etat que les territoires ne relèvent guère d’une telle démarche.
Certes, il y a les exceptions, au demeurant tellement rares que chacun les connaît et que la presse s’en est largement emparée : l’exemple à Lannion d’une véritable gestion territoriale des compétences pour faire face au grand nombre de licenciements dans le domaine des technologies (ceux d’une société comme Highwave dans le domaine de l’optique, mais aussi d’Alcatel et de Lucent). Le Prefil (Pôle de ressources emploi - formation interentreprises de Lannion) a ainsi eu à gérer aussi bien la migration d’emplois vers le secteur des services que l’aide à la création d’entreprises, ceci dans l’attente de l’implantation du CCRT (Centre commun pour la recherche en télécommunications, nouvelles technologies et multimédia) et de Perfos (Plate-forme de recherches dans les microtechniques).
Devant l’urgence absolue de rapprocher ainsi les réseaux d’entreprise des pôles de recherche développement, la réaction du GFI (Groupement des Fédérations Industrielles) soulignant la nécessité de projets structurants à cette fin pourrait constituer une opportunité pour faire évoluer les mentalités et surtout envisager outils et accompagnements à cette fin.
L’ouverture de nouveaux espaces économiques coïncident notamment de la sorte avec celle de nouveaux lieux pour l’action culturelle - de véritables espaces pour des acteurs culturels locaux mis en réseau -.
Une géographie européenne de la cyberculture dans le domaine des arts multimédia et de l'animation numérique permet ainsi d’observer le développement d’activités qui constituent aujourd’hui pour leur ville aujourd’hui de réels facteurs d’attractivité économique.
Des mécanismes d’agencement géo-économique sous forme de nouveaux pôles de compétence sont en effet également repérables à l’échelle des territoires, avec de nouveaux points d’ancrage culturels et de manière générale une nouvelle géométrie des territoires.
Dans la dernière livraison de la revue Sociétal [15], Jean-Louis Mucchielli souligne combien ces « effets d’agglomération », qui poussent à la concentration des firmes d’un même secteur sur quelques « sites » [16], jouent un rôle de plus en plus important. Aussi le jeu des « externalités » économiques (environnement technologique, infrastructures, formation…), mais aussi culturelles devra être largement mentionné dans l’analyse que nous entendons développer au cours des prochains mois en étroite liaison avec la Commission. On se donnera en tout cas pour objectif dans ce cadre d’en examiner certaines parmi les plus significatives..
Nous insistons tout particulièrement sur le fait que ce phénomène de « labor pooling » place la production de savoirs au centre des facteurs déterminants de localisation économique.
Il est donc essentiel et urgent de se rendre compte que les métropoles européennes sont clairement amenées à (re)devenir de « grandes usines à savoir » [17], où, bien davantage encore, les méta-savoirs (ceux qui permettent de juger, attribuer et noter le savoir [18]) constitueront le principal facteur de pouvoir. Tel est le terrain sur lequel il nous apparaît essentiel de porter notre regard.
L’un des axes d’analyses à retenir à l’avenir réside ainsi clairement dans le phénomène des « territoires apprenants » [19], autrement dit dans la gestion territoriale des activités de recherche et développement.
L’interaction quasi-systémique entre technologies et identités qui s’opère sur ce terrain s’est avéré encore récemment fort difficile à appréhender du fait de la multiplicité des vecteurs en jeu dans la prime ainsi accordée à l’investissement immatériel, même si de fait ce sont clairement d’abord et avant tout les équipements générateurs d’un haut degré d’identité qui constituent la contribution majeure des info technologies à l’intégration des territoires métropolitains.
La nouvelle géométrie territoriale que les pôles de compétence commencent à tracer sur le sol européen et que leur mise en réseau donnera à voir avec davantage de force rappelle singulièrement les configurations topographiques de la Renaissance où l’activité économique et la vie urbaine se positionnent autour de points d’ancrage, de points de repère aussi bien matériels qu’immatériels.
Ce qui veut dire concrètement (au-delà même de la cartographie aujourd’hui des réseaux haut débit bien sûr, mais aussi des flux de données numériques) l’importance dans les processus d’attractivité des métropoles des nouveaux lieux de création [20], des résidences d’artistes et des plate-formes d’échanges [21], des laboratoires d’idées [22] et d’exploration de nouvelles formes d’expression [23].
C’est là, de manière très emblématique pour ce qui est par exemple du territoire français, le phénomène de la Belle de mai à Marseille, véritable point d’ancrage manifeste dans tous les esprits au point d’exister mythiquement avant même d’avoir été complètement développé.
Si, dans la constitution de ces polarités, la trilogie chercheurs / entrepreneurs / investisseurs s’avère naturellement fondamentale, les analyses de terrain montrent qu’elle ne suffit évidemment pas.
Dans notre approche métropolitaine des nouveaux pôles de compétence, il convient donc de se garder par exemple d’une prise en compte systématique, en tant que tels, des pépinières et lieux d’incubation. Non pas qu’il ne faille les prendre en compte et disposer d’une typologie des méthodes mises en œuvre pour leur développement [24] - c’était là bien au contraire l’un de nos objets premiers [25] -.
Mais parce que cela ne saurait en aucun cas suffire, s’il n’est pas tenu compte au plus haut point notamment de la création et de la gestion consciente de leur environnement proche et lointain [26], de la genèse de véritables espaces « d’excitation neuronale » [27].
On citera dans notre intervention quelques exemples germaniques qui témoignent d’approches souvent différentes (entre la Hesse et la Bavière notamment) et qu’il conviendra à l’avenir d’analyser avec précision : on pense tout naturellement à Darmstadt et à Munich.
On sait aussi que de manière générale la métropolisation territoriale [28], essentielle dans l’établissement d’un vrai diagnostic sur l’Europe des régions, renvoie très largement à la prise en compte de nouveaux paramètres pour les territoires tels que la gouvernance, les réseaux et l’émergence de nouvelles hiérarchies sociales et des sociétés informationnelles.
Les nouvelles logiques induites se situent naturellement au niveau des enjeux de planification et d’aménagement spatial (pensons au concept spatial de Deltamétropolis aux Pays-Bas), mais aussi à celui de la concurrence entre les territoires [29].
L’approche grenobloise [30] - qui dépasse aujourd’hui largement le rôle de métropole d’équilibre qu’on a voulu lui conférer - s’avère également symptomatique de ce processus précisément de métropolisation des territoires [31], facteur majeur de concrétisation aujourd’hui de l’économie globale née, ne l’oublions pas, il y a de cela un demi-millénaire [32].
Les processus d’accompagnement sont, en ces cas comme en d’autres, essentiels. Il est ainsi intéressant de noter les nouveaux objectifs des agences de valorisation de la recherche [33] consistant à susciter l’émergence de « Silicon Valley » en entourant un certain nombre de grandes entreprises d’un tissu de petites entreprises [34], même si la construction de « pôles régionaux de spécialité », au-delà des clusters et autres grappes d’entreprises, requièrent, on l’a vu, bien d’autres ingrédients, dont beaucoup sont de fait attachés à l’existence d’aires métropolitaines véritables, « tissus conjonctifs » économiques [35] en puissance.
Il s’agit très clairement aujourd’hui de considérer le savoir comme un véritable instrument de polarisation spatiale et la gestion de sa transmission comme facteur d’aménagement territorial : la carte qui accompagne « l’audit de la France» réalisé par le journal français Les Echos [36] est ainsi tout naturellement celle des principales implantations universitaires [37].
C’est là aussi le rôle qu’il convient d’espérer que les lieux d’accès aux réseaux et à leurs contenus (espaces multimédias et autres cybercentres) pourront à l’avenir s’approprier.
Le facteur K [38] des modèles de croissance endogène hérités de la littérature économique des quinze dernières années constitue ainsi dans les métropoles européennes la force de polarisation par excellence qui fait en sorte que « les externalités liées au savoir s’opèrent à l’occasion de contacts et d’interactions qui peuvent être virtuels, mais sont le plus souvent physiques » [39] et que les lieux de création et d’innovation peuvent « acquérir un dynamisme très fort en se nourrissant justement de ces externalités dans l’utilisation du savoir ».
La mise en réseau de métropoles souffre encore à cet égard de concurrences séculaires, que ce soit dans la mise en œuvre de savoirs faire marchands ou dans l’échange potentiel de connaissances savantes : les premières pistes de collaboration entre de vraies métropoles comme Genève et Lyon, dans le cadre notamment de la constitution d’un pôle de hautes technologies dans le pays de Gex, autour du CERN, constituent à cet égard un matériau d’analyse extrêmement riche [40]. Plusieurs régions d’Europe présentent, on le sait, des cas similaires.
Aussi la portée symbolique des nouvelles localisations sur le territoire des métropoles tient-elle aujourd’hui de l’évidence : la polarisation médiatico-culturelle et créative constituera à l’évidence l’arme économique majeure des métropoles européennes dans les années à venir. Berlin n’incarne-t-elle pas jusqu’à la caricature un tel ancrage avec le choix de Daimler-Chrysler pour la Potsdamer Platz ou encore avec la rénovation par Vivendi des studios de Babelsberg. Lille ou encore Lyon ont récemment parfaitement su intégrer une telle démarche dans leurs analyses stratégiques.
Mais si l’identité et toutes les composantes du genius loci attirent et polarisent les activités économiques liées notamment (mais non pas du tout exclusivement) aux hautes technologies, le champ de l’industrie liée aux médias et à la connaissance - dont ces activités font partie ou avec laquelle elles sont en relation plus ou moins étroite - façonne à son tour un complément d’identité culturelle dont elle continue en quelque sorte l’élaboration séculaire.
Le cercle vertueux de ces nouveaux horizons économiques et culturels se clôt de la sorte: c’est là incontestablement la grande chance des « métropoles numériques ».
Il ne fait en tout cas plus guère de doute aujourd’hui [41] que le regroupement sur un même site d'un grand nombre de moteurs de l’innovation (universités, organismes de R&D, multinationales, petites entreprises dynamiques ou laboratoires de recherche publics) facilite la création d’une structure de type « cluster » et à en récolter les fruits. A cette fin, nombreuses sont les régions qui se trouvent amenées à élaborer d’importants programmes dans le but d’étendre et de renforcer la coopération et les interactions entre la recherche publique, la vie culturelle et scientifique et la communauté des entreprises.
Ce d’autant que les pôles de compétence territoriaux se trouvent aujourd’hui pleinement concernés par les stratégies de la communauté européenne relatives à l’innovation territoriale. Le VIe programme-cadre européen devrait précisément contribuer, nous l’espérons du moins, à la mise en réseau des capacités régionales en vue de stimuler la mise en place de véritables réseaux de compétence scientifique et technologique et de faciliter ainsi le transfert des connaissances.
Les actions innovatrices portent notamment sur trois thèmes, dont le premier (Economie régionale fondée sur la connaissance et l’innovation technologique) revêt une importance particulière pour la réalisation des objectifs de l’espace européen de la recherche : il a pour but de permettre aux régions de devenir compétitives grâce à la création de systèmes régionaux de recherche et d’innovation.
Il s’agit par ces stratégies d’encourager et de soutenir les synergies entre les activités de recherche existantes dans plusieurs régions d’Europe [42].
Comme le précise la Commission européenne dès 2001, tous les acteurs locaux doivent être intégrés dans la stratégie régionale, à savoir les autorités régionales, le secteur privé, le domaine des institutions culturelles et scientifiques[43], ainsi que les partenaires sociaux et la société civile.
Dans ce contexte, il manque d’ailleurs une vraie réflexion de la part des acteurs culturels sur les groupements entrepreneuriaux particulièrement innovants en Europe et leur distribution géographique. C’est là l’une des tâches que l’ARENOTECH s’est donnée au travers même de son positionnement et de ses préconisations.
[1]Voir la présentation du projet sur notre site : www.arenotech.org (projets européens).
[2] L’ARENOTECH est une organisation non gouvernementale qui entend mettre en réseau les acteurs européens sur le champ des technologies de l’information et de la culture, et ce notamment à partir des constats de l’Observatoire Européen des Espaces Multimédia et des analyses du Club d’Analyses Prospectives. Crée il y a huit ans suite à l’Appel de Venise, elle ressemble régulièrement au travers de ses séminaires (récemment à Arles, Bruxelles et Laval) les principaux acteurs des projets relatifs à l’image (voir une brève présentation de l’ONG dans l’annexe 1).
[3]Après sa participation au projet MOSAIC, ARENOTECH a développé deux programmes d’action complémentaires à l’échelle des pays de la Communauté:
celui relatif aux musées virtuels et à la mise en ligne de patrimoine des collectivités territoriales (programme Arts et Sciences) visant à créer un portail du patrimoine des villes et régions d’Europe.
celui concernant les pôles d’activités économiques focalisés sur les industries de l’image (programme Pôles image) avec pour objectif la mise sur pied d’un Institut européen de l’Image.
[4] On se reportera au programme de la journée sur le site www.villesnumeriques.org (et notamment à la communication de notre collègue du Heinrich Hertz Institut de Berlin sur le traitement d’un monument comme objet virtuel).
[5]Nous vous convions à vous reporter là encore à l’analyse que nous avons présentée sur ce point à la Convention pour l’avenir de l’Europe.
[6]Les récents travaux de France Telecom Recherche et Développement permettent de développer des approches expérimentales relatives à une nouvelle génération d’appareils photographiques. La difficulté pour les laboratoires de Minolta par exemple reste aujourd’hui d’accueillir de nouveaux composants et donc de se confronter à la nécessaire miniaturisation du zoom optique par exemple.
[7]Un premier identifiant international a vu le jour avec le DOI (Digital Object Identifier), sur le même principe que les codes uniques pour les produits. Ce service est offert par la Fondation DOI internationale.
[8] Françoise Waquet, Parler comme un livre. L’oralité et le savoir (XVIe-XXe siècle), Paris, 2003.
[9]Au travers notamment des enseignements de sa chaire « Communication et systèmes multimédia ».
[10]Un compte-rendu sera prochainement réalisé sous l’égide du Club d’Analyses Prospectives d’ARENOTECH.
[11] N’oublions pas que l’iconoclasme et les interdictions relatives à la représentation ont fait l’objet ont, très tôt, fait d’analyses dans des revues dédiées aux infotechnologies…
[12] La dernière expérimentation du concept a eu lieu dans la région de New Haven aux Etats-Unis et a été suivie par l’Université de Yale. Elle portait sur le dialogue régional et sur les apports entre une quinzaine de petites villes dans le domaine économique.
[13] Les scénarios prospectifs restent naturellement à développer de la part des futurs partenaires territoriaux et les choix des matériaux méditerranéens à faire : le rôle de proposition de toutes les entités territoriales sera évidemment essentiel à cet égard.
[14]Pierre Musso en introduction d’un récent colloque tenu en juin 2001 sous l’égide de l’école doctorale de science politique de la Sorbonne, introduction intitulée « Le réseau : de la mythologie grecque à l’idéologie d’Internet » (Réseau et société, Presses Universitaires de France, Paris, 2002).
[15] Revue « Sociétal », livraison du 1er trimestre 2002.
[16] « La présence et le dynamisme d’usines à savoir deviennent bien plus importants que maints facteurs supposés marquer la compétitivité d’une économie ou d’une micro-économie » (Alain Minc, in Savoirs et relations internationales, Paris, 2001).
On se rappellera cette observation de Jacques Attali : « le pouvoir géostratégique n’ira pas à celui qui vendra de l’information, mais à celui qui produira l’image de marque suffisante pour vendre son label » (in Savoirs et relations internationales, Paris, 2001).
[17] « La présence et le dynamisme d’usines à savoir deviennent bien plus importants que maints facteurs supposés marquer la compétitivité d’une économie ou d’une micro-économie » (Alain Minc, in Savoirs et relations internationales, Paris, 2001).
[18] On se rappellera cette observation de Jacques Attali : « le pouvoir géostratégique n’ira pas à celui qui vendra de l’information, mais à celui qui produira l’image de marque suffisante pour vendre son label » (in Savoirs et relations internationales, Paris, 2001).
[19] On rappellera les quatre catégories d’indicateurs du tableau de bord européen de l’innovation (septembre 2001) : ressources humaines - création de nouvelles connaissances - transmission et mise en œuvre du savoir - financement, production et marchés de l’innovation).
[20] Un récent rapport souligne très justement qu’il s’agit par là-même de « réinterroger tous les temps : celui de la formation, de la transmission, de la recherche, de la construction, celui de l’exposition, de la représentation, de l’exploitation ». Il s’agit donc d’en développer toutes les possibilités culturelles et urbaines et de ne plus considérer donc les acteurs territoriaux comme de simples consommateurs culturels, mais de vrais partenaires associés aux démarches de création.
[21] Mario d’Angelo (« Les politiques culturelles en Europe », Editions du Conseil de l’Europe) souligne ainsi, outre les mécanismes d’attirance de l’identité territoriale, l’enjeu économique de la scène urbaine branchée et donc les stratégies de marketing territorial visant à distinguer les avant-gardes émergentes dans la mesure même où « l’habitus des milieux branchés se situe dans des comportements non normés de défrichage et de création de modes ».
[22] On entendra « innovation » au sens grec de Tekné, c’est-à-dire de savoir-faire, d’art ». Une définition largement confirmée par les repérages opérés par les Centres européens d’entreprises et d’innovation.
[23] Il faudra notamment suivre de près le travail d’inventaire en la matière de l’Observatoire européen des nouvelles expressions, mais aussi celui de l’Agence européenne des jeunes créateurs.
[24] Un cas exemplaire est celui de Martinsried, centre de la région Bio-Tech de Munich, où quelque 47 entreprises de biotechnologies ont été créées depuis fin 1999.
25 Depuis le lancement de l'initiative BioRegio par le gouvernement fédéral allemand en 1996, à partir d’un concours entre régions, une dynamique d’innovation s’est traduite par une création accrue d'entreprises et d'emplois: dans la seule région Bio-Tech de Munich, de 300 employés au départ, on a atteint le pic de 1500 en décembre 1999 (le nombre d'entreprises créées au cours de la même période va de 35 en 1996 à 93 en 1999).
[26] C’est l’une des raisons de la récente création en France d’une Mission interministérielle dédiée aux « lieux intermédiaires », qui aura à accompagner le développement de ces nouveaux territoires. Son installation au sein du nouvel Institut des Villes se révèle à ce titre tout à fait significative, de même d’ailleurs que la création pour ce faire de nouveaux instruments juridiques tels que les Etablissements publics de coopération culturelle, qui auront à mettre en place pour les collectivités territoriales françaises une prise en charge plus systématique de la gestion des partenariats culturels.
[27] Formulation de plus en plus utilisée par certains concepteurs de projets d’aménagement.
[28] Cette approche sera développée à l’occasion du congrès du Réseau international pour le développement urbain à la Haye les 23-26 juin prochains.
[29] Tous facteurs qui supposent de nouveaux outils de développement de la cohésion et de l’intégration territoriale et de gestion des partenariats urbains (Ruhrregio).
[32] On adoptera ici sans état d’âme tous les enseignements de la chronologie braudelienne.
[33] Nous faisons allusion à la présentation récente de ces objectifs par son président Philippe Jürgensen.
[36] Journal les Echos, 15-16 mars 2002.
[37] De même en est-il de la réflexion menée par la région Aquitaine en matière de géographie des formations comme élément de structuration de l’espace régional, avec une systématisation des rapprochements à des fins de mutualisations entre pépinières d’entreprises et pôles de formation : une métropole comme Paris ne devrait-elle pas envisager davantage une telle approche ?
[38]K pour Knoledge naturellement.
[39]Jean-Michel Charpin, in Savoirs et relations internationales, Paris, 2001.
[40]Ce d’autant certains outils de connaissance et de suivi territorial récemment développés apparaissent exemplaires, tels que, à Genève, le SITG (Système d’Information du Territoire Genevois), au travers notamment de sa volonté d’être d’abord une mémoire du territoire et de constituer une image réellement dynamique en termes de potentialités de développement.
[41] C’était loin d’être le cas il y encore quelques années, comme le démontrent un certain nombre d’études canadiennes à la fin de la dernière décennie que nous serons amenés à évoquer par la suite.
[42] Les universités et leurs réseaux d’institutions culturelles forment ainsi des noeuds de recherche régionaux et des partenariats d'innovation, qui revêtent des formes différentes, allant des liens fructueux avec la communauté locale des PME (ainsi les exemples célèbres de l’Université danoise d'Aalborg et de l’Université anglaise de Strathclyde) à des approches plus larges dans un contexte régional (ainsi l’Université de Technologie de Compiègne en France). Le consortium européen des universités innovantes (European Consortium of Innovative Universities) (ECIU) constitue un exemple d'interrelation positive naissante entre les universités et leur « hinterland ». Fondé en 1996 par l'Université de Twente (Pays-Bas), il comprend à présent des universités les plus innovantes et les plus entreprenantes d'Europe : son objectif consiste à mettre en place des interactions dynamiques avec le milieu environnant dans les domaines de l'éducation, de la recherche, du transfert de technologie de l'information, de l'éducation permanente, du développement régional et de divers services.
Les entreprises, que ce soit dans le cadre de leurs opérations courantes ou de leurs centres de R&D, apportent aussi une expérience à ces partenariats, notamment dans le domaine du développement technologique ou de la gestion des droits de propriété intellectuelle (DPI).
[43] On se reportera sur ce point au travail de F.Schutte et P.C. van der Sijde : “The University and its region. Examples of régional development from the European Consortium of Innovative Universities” (Twente University Press, 2000).
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