Les Living
Labs espagnols.
Laura
Garcia Vitoria
Pendant des
années, tout au long de la longue maturation de nos propres
projets, je me suis souvent rendu en Espagne à
l’invitation de mains acteurs pour intervenir sur les Living Labs.
Nous souhaitions véritablement - moi-même et tous mes collègues
de la Fondation
des Territoires de Demain contribuer non seulement au développement
de telles entités, mais surtout assurer la genèse de synergies
nouvelles et de rapports réélaborés entre les divers
acteurs de l’innovation.
Avec certains d’entre eux, nous sommes restés
en contact très étroit (Soria, Cudillero, Tecnocampus Mataró…),
avec d’autres nous avons eu le plaisir de voir au bout de plusieurs
mois que de tels projets avaient été déposés;
avec les uns nous avons travaillé sur des projets communs, avec
d’autres nous avons simplement amorcé la partie espagnole
de notre cartographie européenne des territoires de l’innovation.
C’est donc aujourd’hui avec un réel
contentement que je proposerai ici un très rapide tour d’horizon
de quelques-uns de ces territoires, avec évidemment le souhait
de mieux connaître ceux d’entre eux que je connais moins bien !
19 lieux d’innovation et d’expérimentation donc à
visiter…
Ségovie
A Ségovie, l’objet de ma présence
était d’évoquer les villes numériques espagnoles
et latino-américaines; j’en ai naturellement profité
pour évoquer nos bien-aimés Living Labs. Le « Segovia
Tech Living Lab », dirigé par le « Círculo
de las Artes y la Tecnología » (CAT), aujourd’hui
existe et s’est tout naturellement donné pour objet quelques-unes
des thématiques pour lesquelles la ville se retrouvait en excellente
position et que nous avions d’ailleurs énumérés :
organiser des espaces de transmission de savoirs, des rencontres et des
expositions autour des grands thèmes de l’art et de la technologie.
Qui plus est, ce qui est aujourd’hui proposé par Ségovie
est destiné à devenir un élément essentiel
de la configuration de la structure urbaine avec une qualification nouvelle
pour le développement de la partie méridionale de la ville
à proximité de la nouvelle gare accueillant les trains à
grande vitesse. Sont prévus essentiellement deux séries
d’espaces distribués autour de deux axes : des services
organisés autour d’un centre pour l’innovation, le
développement entrepreneurial, les arts, expositions et congrès,
ainsi que le centre de la société de la connaissance et
de l’information. Des unités de développement économique
auront à fournir l’ensemble des services nécessaires
au fonctionnement du CAT. Une dizaine d’édifices aménagés
autour de squares accueilleront ainsi les principales composantes :
un centre de recherche sur le tourisme, un centre de données sur
les meilleures pratiques en matière d’utilisation des infotechnologies
pour une vraie efficience énergétique et le développement
durable, mais aussi les contenus numériques (TDT, IPTV, plate-forme
pour des outils de mobilité), les jeux vidéo et les arts
interactifs. Le CAT est essentiellement impliqué dans les techmédias
- les technologies de la communication et médias numériques
-. Les activités sont donc centrées sur la création
et la promotion de contenus numériques, la formation, des observatoires
et des plates-formes relatives notamment aux images 3D.
Cornella
Le laboratoire vivant de Cornella - nous l’avons beaucoup évoqué ces
derniers temps - est là encore le résultat de la collaboration
entre entités publiques et privées où les entreprises,
les organismes publics, les centres de recherche et les habitants se rejoignent
au sein du processus de innovation, co-créant et validant technologies,
plateformes, produits, services et modèles d'affaire, en matière
environnementale notamment, ceci dans des contextes bien réels
et tout à fait quotidiens. Travaillant avec une méthodologie
de recherche pour détecter, valider et perfectionner des solutions
complexes et évolutives dans le contexte du quotidien, le Citilab
met en scène une innovation ouverte et véritablement incrustée
au sein de l’environnement du tissu social, où l’on
procède à une diffusion du concept de logiciel ouvert à
l’innovation de manière générale et où
l’on trouve des espaces pour les usages des enfants (nanolab) et
du troisième âge (yayolab), une médiathèque,
une zone interconnectée au tissu social et destinée au développement
de projets internationaux, ainsi qu’un laboratoire numérique
d’innovation citoyenne. L’édifice de la Suris
où il est installé apparaît tout à la fois
comme un scénario et un conteneur : il témoignage du
passé industriel de la ville, il apporte les éléments
et la mémoire historique d’un modèle spécifique
et singulier de la révolution technologique. De même qu’à
l’époque de l’industrialisation, on s’est appuyé
sur la richesse et la capacité d’innovation des réseaux
locaux, la Suris aspire à se transformer en un pont entre ces valeurs
et la nouvelle révolution technologique. En 2007, il a obtenu le
prix “Fundetec 2007” dans la catégorie du meilleur
projet d’une entité à but non lucratif pour les citoyens
de la part de la « Fundación Privada para el Fomento
de la Sociedad del Conocimiento ». En 2008, lui a été
conférée, là encore après analyse de notre
conseil scientifique, un Trophée de l’Université d’été
des TIC pour les collectivités territoriales. Plus
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Saragosse
Nous avons beaucoup évoqué Saragosse
également au sein de la Fondation, et notamment son initiative
de la « Milla Digital », un projet urbain actuellement
en cours de réalisation sur une superficie de plus de cent hectares
qui se veut essentiellement un espace dédié à l’innovation
et à la créativité. Tant il est vrai que la collectivité
territoriale entend de développement comme ville de la l’innovation
et de la connaissance - ce qui explique le suivi d’un te projet
que nous avons mis en place comme pour tous les projets de villes et territoires
de la connaissance, dont le développement économique fait
appel à des activités essentiellement basées sur
le savoir. C’est, comme toujours, toute une mise en réseau
de services qui qualifie dans ce type de projets la création des
infrastructures irriguant les espaces publics. Le projet Zivis (zivis.zaragoza.es)
est ainsi consacré à une informatique en grille impliquant
1.800 usagers en vue de la création d’un super ordinateur
virtuel. Le projet Guvi, plus important à nos yeux, concerne les
services de e-mobilité; de même en est-il de Zaragozadirecto,
un service de streaming vidéo développé, parmi les
habitants, par plusieurs groupes d’usagers. Plus
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Berlanga del Duero - Soria
Après
une intervention qui m’avait été demandée dans
le cadre d’Atalaya
Lan, nous avons beaucoup travaillé avec nos collègues de
Soria - et ce n’est, je l’espère qu’un début
- dont nous avons tenu à appuyer de toutes nos forces la volonté
de création d’un environnement ouvert de recherche en vue
de l’expérimentation concrète de services destinés
également à donner une nouvelle vie à la vie économique
locale et à en promouvoir les activités. Nous y avons retrouvé
nos préoccupations dans l’accompagnement de multiples projets
de services finaux aux usagers dans le monde rural, des services destinés
d’abord et avant tout à les accompagner dans la genèse
d’une économie locale de la connaissance. Une préoccupation
qui est naturellement, on le sait, au cœur même de notre propre
Living Lab, mais également de nos analyses territoriales. Le résultat
de tels efforts a ainsi permis à la municipalité d’obtenir
un trophée de l’innovation à l’université
d’été des TIC pour les collectivités territoriales
en 2008. Le Living Lab est dirigé par ADEMA, un groupe d’action
locale comprenant une centaine d’acteurs privés et publics,
qui a notamment dirigé récemment, dans le cadre de LEADER
II, un programme de développement rural dont les objectifs résidaient
précisément dans le déploiement d’activités
innovantes au travers du développement de communautés d’usagers.
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Abla - Rio Nacimiento
Notre intervention dans le cadre des Premières Journées
des Villes et Collectivités territoriales de la Méditerranée
à Malaga nous ont permis aussi d’évoquer plusieurs
initiatives locales. La communauté de communes du Rio Nacimiento
regroupe ainsi, dans la province d’Alméria (Andalousie),
les communes de Abla, Abrucena, Fiñana, Gérgal, Las Tres
Villas, Nacimiento y Olula de Castro. Comme le précise là
encore sa présentation officielle - ce sera, sans nul doute, l’une
des grandes constances, du développement territorial européen
de ces prochaines années -, le Living Lab a pour objet l’innovation
économique et sociale dans sa mise en œuvre par un territoire
rural au travers bien évidemment d’abord de la création
de petites entreprises locales. Les habitants d’Alba ont été
impliqués dans les processus d’innovation depuis leur conception,
la mise en évidence des besoins et la contribution à l’identification
des solutions les plus appropriées. Ils ont réellement participé
à toutes les phases du processus de développement des biens
et des services, à leur implantation et leur évaluation.
Les principaux objectifs du Living Lab du Rio Nacimiento sont d’expérimenter
d’abord les mécanismes d’innovation à l’échelle
du tissu social local, tout particulièrement dans le domaine de
la santé, de faire prendre conscience des impacts potentiels de
l’usage des infotechnologies dans les divers secteurs du développement
rural, de promouvoir de nouveaux mécanismes de participation de
tous à l’innovation économique, de mettre en avant
le rôle de l’héritage culturel pour l’industrie
touristique, de même que le management des ressources naturelles,
le développement de sources d’énergie renouvelables
et surtout la mise en œuvre de toutes les ressources disponibles
en matière de formation. Les premiers acteurs impliqués
dans ce Living Lab sont en tout premier lieu les habitants d’Abla
et du territoire du Rio Nacimiento de manière générale,
les services de santé de la ville, les autorités locales
favorisant la participation de la population et l’Institut pour
l’innovation et le bien-être humain (I2BC), directement responsable
de la direction et de l’évaluation afin que les divers acteurs
disposent des outils nécessaires. Il faut citer également
aussi bien l’Université de Málaga que celle de Cordoue,
aux côtés de la Fondation FREE, en ce qui concerne aussi
bien les aspects technologiques que l’expertise en matière
de sciences sociales. La Fundation Vodafone lui fournit également
toute son expérience au travers d’initiatives d’inclusion
sociale menées à travers toute l’Espagne, de même
que des entreprises comme Lynka, Novasoft et Ihman. Tous ces acteurs contribuent
à réunir connaissances et expertises diverses en vue de
la réalisation de produits et de services basés sur les
technologies de la connaissance telles que des technologies créatrices
d’un environnement intelligent, des solutions d’interface
homme-machine ou encore de réalité virtuelle.
Le Living Lab “guifi.net”
Basé à Gurb, est consacré au développement
de réseaux ouverts de télécommunication, basés
depuis 2004 sur les connexions peer to peer qui voient les participants
au réseau connecter leur propre segment à celui des autres.
La nécessité de trouver des solutions pour le haut débit
dans le monde rural, l’accompagnement des municipalités soucieuses
d’inclusion digitale de manière générale et
des petites entreprises présentes dans ce domaine constituent sa
raison d’être majeure.
C’est donc à une vraie réflexion qu’il invite
sur les modèles de réseaux ouverts dans une société
de l’information, aux technologies sans fil et aux différents
outils ainsi développés : chaque participant s’y
retrouve en effet responsable de son propre segment au sein du réseau
et peut contribuer à d’autres.
i2Cat - Le
laboratoire numérique de Catalogne
La Fondation i2CAT est une organisation à but
non lucratif qui vise à promouvoir la recherché et l’innovation
dans les technologies avancées relatives à Internet. Le
modèle d’i2CAT vise à rendre la recherche sur Internet
et l’innovation accessible au reste de la société
à travers la collaboration entre le secteur public, les entreprises
et les groupes de recherche avec les universités et le monde de
l’éducation.
i2CAT promeut le développement de services et
d’applications large bande dans la recherche à la fois publique
et privée et au sein de communautés innovantes. L’objectif
est d’encourager les opérateurs de télécommunication,
les instances publiques aussi bien que les entreprises à mettre
en place des infrastructures aussi bien que des services expérimentaux.
La Fondation i2CAT est un centre de recherche et d’innovation organisé
en réseau afin de:
* développer la recherché et les projets innovants
* promouvoir et maximaliser la mise en oeuvre d’une recherche avancée
dans le domaine des réseaux et des applications haut débit.
* créer des plates-formes collaboratives entre le monde des entreprises
et les universités.
* promouvoir des équipes de travail en association avec des institutions
du reste du monde dont les objectifs et la recherche s’inscrivent
dans la ligne de ceux de la Fondation.
La Fondation i2CAT espère en réalité
faire de la Catalogne un leader en termes de recherché et d’innovation
dans les technologies Internet fournissant un accès aux réseaux
à tous et partout. De nombreux projets de recherche ont été
développés sous l’égide de i2CAT. Ceci inclue
la création d’une plate-forme de réseau expérimentale,
des applications génériques qui soient les plus avancées
en Europe et un ensemble de projets pour des secteurs spécifiques
(clusters). La plate-forme expérimentale comprend OptiCAT, MediaCAT,
GigaCAT, MobiCAT et GridCAT. Plus d'infos
VilanoLab - Neàpolis.
Le
projet Neàpolis a été développé par
la municipalité de Vilanova i la Geltrú - une ville de 65000
habitants - pour centraliser les politiques relatives aux infotechnologies
en direction des habitants et en faire un vrai potentiel économique
pour le territoire. Il est concrétisé par un équipement
de 8000 m2, assurant la promotion technologique, l’investigation
et l’innovation en matière de contenus numériques
à destination des habitants. Neàpolis coordonne, gère
et promeut les stratégies publiques pour doter la ville d’infrastructures
et de services de tout premier plan en matière technologique. Son
objectif est de constituer un support pour l'accès, les études,
les activités économiques et les propositions les plus innovants.
Le bâtiment accueille ainsi les initiatives en matière de
contenus mis en ligne au travers notamment de la création d’un
espace permanent pour la rencontre entre habitants et de créateurs
travaillant dans une démarche de réseau.
Il entend constituer un référent permanent pour la création
de contenus visuels interactifs en catalan au service de tous. Il porte
le Living Lab « VilanoLab « qui entend créer
parmi les habitants un réseau d’usagers. Neàpolis
comprend trois projets qui utilisent la méthodologie d’un
Living Lab et vont constituer les trois piliers du Vilanolab : les communautés
numériques, les médias numériques et la e-santé.
Le Living Lab des communautés numériques est un projet consistant
en la création d’une plate-forme ouverte de communautés
numériques, organisant notamment des événements autour
de contenus avec la participation de l’Observatoire de la Cybersociété.
The Living Lab Média vise à créer un nouveau modèle
en matière d’audiovisuel et de communication publique amenant
les habitants à recevoir, mais aussi à concevoir de nouveaux
contenus (associations de voisinage, écoles, universités,
associations culturelles…). Neàpolis- Vilanolab veut ainsi
jouer un rôle important dans la création de nouveaux services
autour de ce projet, au travers de la création d’outils audiovisuels.
Le Living Lab dédié à la santé et à
la dépendance consiste en un repérage des signes vitaux
Neàpolis/Vilanolab apporte au projet le concept de “livinglabisation”
de l’expérience à un groupe de la résidence
de jour de l’hôpital « Saint Antoine Abbé »
de Vilanova, en lui fournissant la technologie pour mener à bien
le projet en dehors de la sphère de l’hôpital, puis
apporter, dans une deuxième phase, un suivi médical aux
patients à leur domicile.
Valencia
On commencera ce tour d’horizon avec Valencia, le premier territoire
que nous avons eu l’occasion d’accompagner et de faire intervenir
au travers d’une dizaine de colloques et que j’ai eu l’occasion
d’analyser dans de nombreuses communications sur place depuis maintenant…
quatorze ans ! Aujourd’hui, tout naturellement - et heureusement
- Valencia crée un Living Lab, et ceci autour de l’incontournable
Université Polytechnique. (A suivre)
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