Journée d’études de l’Observatoire des Mutations de l’Internet
(Pessac - 17 octobre 2002)

Un nouveau rapport des territoires au savoir dans la culture numérique

André Jean-Marc Loechel, président du Réseau européen des Villes Numériques

Le champ d’analyses que nous entendons développer à l’occasion de la journée organisé par l’Observatoire des Mutations de l’Internet est naturellement celui des nouvelles architectures territoriales que nous voyons apparaître, en partie d’ailleurs sous l’influence d’Internet et des réseaux : celui de l’e-être des territoires.

Le territoire numérique, qu’est-ce au fond ? C’est un territoire pleinement porteur - du fait notamment du déploiement des réseaux - de son image et de sa mémoire [1]. Avec tout ce que véhicule une collectivité ou une région en termes de savoirs, d’apprentissage, de transmission de connaissances, d’horizon culturel et bien sûr de marquage visuel.

Or, ce sont ces mêmes  rapports du territoire à la mémoire qui agissent aujourd’hui souvent comme autant de vecteurs d’innovation à l’échelle locale.

Dans un sens comme dans l’autre donc, les contenus de l’Internet et ses mutations apparaissent aujourd’hui clairement comme un facteur de tout premier ordre du devenir des entités régionales et locales.

L’espace public, l’horizon urbain, la réalité territoriale nous semblent donc comme se situer au cœur de la problématique présentement abordée. Ceci au travers des modalités naissantes en matière de production de savoirs et de création de connaissances [2], à l’échelle aussi d’un nouvel univers des possibles dans le domaine de l’aménagement économique et culturel de nos régions, tant il est vrai que ce sont les mécanismes de transfert de savoirs qui conditionnent largement l’émergence des territoires innovants

Le Milken Institute de Santa Monica a ainsi travaillé depuis plusieurs années sur ce qu’il dénomme de manière fort opportune les Knowledge value Cities [3], précisant ainsi des analyses développées notamment par l’Université Carnegie Mellon [4]. Un tel concept va ainsi au-delà des expressions traditionnellement admises de first-tier Cities ou encore d’emerging - technology Cities, ainsi que le confirment les approches qui sont celles de l’Observatoire européen des Espaces Multimédia. 

Ce ne sont d’ailleurs pas seulement les technologies - réseaux, mais bien l’ensemble des technologies de la convergence (les NBIC, regroupant les nano, bio et infotechnologies, ainsi que celles basées sur les sciences cognitives, qui accompagnent son développement) qui portent les transformations de notre environnement territorial et les images émergentes d’un certain nombre de nouveaux espaces urbains.

Telles sont en tout cas les principaux constats qu’entend présenter, au travers de ses analyses, le Réseau européen des Villes Numériques à l’occasion de cette journée d’études.


[1] Autant dire qu’il convient d’écarter de notre propos les fameux comptages chers aux consultants ignorant tout de l’histoire de la région ou de la ville qu’ils prétendent accompagner. Les territoires sur Internet, ce n’est pas le nombre de sites - plaquettes mises en ligne, ce ne sont pas non plus les discours sur une soi-disante citoyenneté considérée indépendamment de ses référents locaux. Le web a aussi réinventé de nouveaux sophistes jouant de leurs arguties sur l’agora. C’est bien évidemment de tout autre chose qu’il s’agit.

[2] C’est ainsi que de nombreuses régions souhaitent être à nouveau actrices à part entière dans le domaine de la formation. Produire des connaissances est une fonction ancienne des territoires, gommée sans réflexion adéquate souvent par les âges de l’industrialisation.

[3] Rappelons que le terme a été introduit en 1991 par l’économiste japonais Taichi Sakaiyadans son ouvrage The Knowledge-value Revolution or a History of the Future.

[4] Il y a moins de deux ans, Richard Florida a notamment publié à l’université Carnegie Mellon une Géographie économique du talent.