LA
LUNE (1983)
La lune est symbole de la connaissance indirecte, discursive, progressive, froide; astre des nuits qui évoque la lumière dans l'immensité ténébreuse. Passive et réceptive, elle est:
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Ma lune? est celle de García Lorca, lune révolutionnaire, révoltée contre le soleil trompeur, ce soleil qui:
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"
os encamina |
"vous
conduit |
Ma lune est la lune de Wagner, la lune astre de la nuit, la Sainte nuit qui est le sein des révélations d'une vérité nouvelle, qui est exempte du leurre du savoir et de la chimère, vérité inaltérable par le ratio. Nuits messagère des immémoriaux vrais histoires de l'Univers, du total anéantissement des frontières, de la fusion en une entité de la transcendance et de l’immanence.
[(Transcendance = l'existence de réalités par rapport aux consciences; substances permanentes et choses en soi, objets extérieurs aux consciences, qui dépassent un ordre de réalités déterminées). (Immanence = tout est intérieur à tout; un au-delà de la pensée est indispensable; qui réside dans le sujet agissant ].
| Ainsi parle Tristan:
"Malheur!
Maintenant, |
Je ne pense pas non plus que nous ayons accès aux mystères à travers la parole ou le discours. Je ne crois pas que Tamino, Siegfrid o Perce val avaient trouvé ou reçu la lumière par la parole.
Je ne veux pas entrer dans l'ordre du discours sur la lune tranchant et décisif. Je voudrais qu'il soie autour de moi comme un halo de lune, une transparence calme, une nuit de lune profonde indéfiniment ouverte et d'où les vérités répondraient à mon attente; comme ce silence qui s'est introduite en moi sans que moi j'aie à définir, trancher, décider. Je suis une plante dont les racines ont mûri aux rayons de la lune. Seule une jardinière a pu percevoir cet épanouissement souterrain
Neanmoins, si je rentre dans le tuteur du discours, la lune est un astre concret que je vois chaque nuit apparaître, et après réflexion, un symbole. Mais, je ne peux pas m'identifier totalement avec la lune puisque je suis double, triple et cercle, comme la lune elle-même. Par ailleurs, je ne veux pas rentrer dans un symbolisme déjà établi. L'essence de la lune ou de n'importe quel symbole ne s'acquiert pas par la parole. La démocratie, me donne le droit de m'exprimer et vous donne le droit de m'obliger à parler, de me faire taire ou dire ce que vous voulez entendre, de me sanctionner.
Je vous demande, en conséquence d'aller vers l'extériorité de mon discours, de ne pas aller du discours vers son noyau intérieur et caché, vers le cœur d'une pensée ou d'une signification qui se manifesteraient en lui. Je vous demande plutôt de partir du discours lui-même et d'aller vers ses conditions externes de possibilité, vers ce qui donne lieu à la série aléatoire qui fixe les bornes.
Laissons - nous bercer par la lune, enchanter par elle, laissons - nous ravir par ce halo de lune pour que, comme cette lune qui apparaît chaque soir, nous soyons renouvelées.
Ne nous imaginons pas que le monde tourne vers nous un visage lisible que nous n'aurions plus qu'à déchiffrer. Le monde, le discours, la lune, ne sont pas complices de notre connaissance. Il n'y a pas de providence prédiscursive qui le dispose en notre faveur.
Le discours est une violence que nous faisons à l'essence de choses, à la lune, une pratique que nous leurs imposons. C'est la raison pour laquelle plutôt que de prendre la parole, j'aurais voulu être enveloppée par elle et être portée bien au-delà de tout commencement possible.
Je ne veux pas être à l'extérieur de la lune et la considérer comme s'il y avait quelque chose de singulier, de redoutable, de maléfique. Qu'y a-t-il donc de si périlleux dans le fait que les gens parlent dans un discours indéfiniment indéfini? où est le danger?
Le
discours met en jeu le pouvoir et le désir. Je désire savoir et j'ai le pouvoir
de faire avec la discipline imposée. La discipline est un principe de contrôle
de la production du discours et lui fixe des limites par le jeu d'une identité.
Il se peut qu'on dise le vrai dans l'espace d'une extériorité, mais on n'est
dans le vrai qu'en obéissant aux règles discursives.
Le rituel définit la qualification que doivent posséder les individus qui parlent. Le discours n'est rien de plus qu'un jeu d'écriture dans un premier cas, de lecture dans un second, d'échange dans un troisième. Cette lecture, cette écriture ne mettent jamais en jeu que des signes, le discours s'annule ainsi dans sa réalité en se mettant à l'ordre du signifiant.
Si l'on veut analyser le discours dans sa condition, son jeu, et ses effets, il faut se résoudre à trois décisions: