INTRODUCTION
“ Et
la machine créa la femme ”, tel fut le titre du magazine
CRÉATION à l’occasion d’IMAGINA 1994. Les technologies
émergentes de la fin de ce siècle seront-elles à
l’origine d’une nouvelle IMAGE de la femme, on peut légitiment
se poser la question.
Une telle question, qui sera la nôtre ce soir,
nous apparaît d’autant plus pertinente qu’elle ne constitue
qu’une interrogation parmi d’autre sur le terrain des implications
sociales et mentales induites par ces mutations technologiques, que ce
soit la question du travail -avec tout l’arsenal conceptuel qui
lui est attaché-, ou encore celle des repères fondamentaux
de temps et d’espace. Sans vouloir rentrer dans une bataille de
chiffres au fond sans intérêt, il est cependant important
pour la suite de notre débat que les différents instituts
de perspective avancent certes des données très variables,
mais confirment tous la FÉMINISATION du Web: selon SRI International,
le pourcentage des femmes internautes serait passé en 1995 de 27%
en février à 40% en octobre. L’été dernier,
O’Reilly estimait ce chiffre à 33%, Nielsen à 37%
alors qu’entre les sondages GVU d’avril et de l ’été
1995, on passait de 17 à 29%. Un faible taux qui peut s’expliquer
par le caractère international des enquêtes CVU: aux États-Unis,
les femmes internautes seraient plus nombreuses que dans le reste du monde.
Ce que tendent à confirmer les enquêtes sur l’Europe:
le NOP Research Group de Grande-Bretagne estime à 33% la présence
féminine sur l’Internet. La France serait très en
retrait si l’on en croit Ana Neves, rédactrice en chef du
mensuel Planète Internet, qui affirme qu’elles ne sont que
5 à 6% des connectés français. Bien loin de la “ moitié
du ciel ” nous dit Libération.
I. LES PERCEPTIONS NATIONALES S’AVERENT LARGEMENT
DIFFERENTES
Monique NEUBOURG dans l’un des articles toujours
aussi surprenants publiés par le supplément “ multimédia ”
de Libération, utilise des formules que nous pouvons à bon
droit reprendre ici, notamment lorsqu’elle évoque “ ce
Web où l’on se promène au féminin ”.
Son analyse du site “ Pléiades ” crée
par Cindy Bishop à Harward est, en effet, très caractéristique
d’une perception française un peu superficielle du phénomène. “ Pléiades
nous vient du pays du sexuellement correcte, de ce côté de
l’Atlantique où une jeune fille complimentée sur sa
nouvelle robe par un camarade de lycée soupçonne illico
le harcèlement. Mais Pléiades n’a rien de dogmatique.
Le site, qui se conjugue plus au féminin qu’au féministe,
propose aussi bien un bref vade-mecum pour démarrer facilement
sur le réseau, des liens vers d’autres sites pour les femmes
et un ensemble de forums où l’on parle avec la même
flamme de santé et technique que de cuisine ou mariage ”[1]
Une telle attitude tranche singulièrement avec
l’approche anglo-saxonne, nous le verrons, qui vise bien davantage
à être utile, expliquer, mettre un minimum d’informations
techniques au services des femmes, que ce soit par exemple le site de
la FOUNDATION FOR WOMEN, l’association NOW, la “ Feminist
Mayority ”, ou encore bien mieux VIRTUAL SISTER HOOD [2].
GREEK GIRL est un site crée par Rosie CROSS, écrivain
d’origine australienne et productrice d’émissions de
radio, il s’agit donc d’un magazine avant tout, avec des interview
d’artistes femmes, mais aussi des informations sur la femme dans
les médias et à l’université.
Le parallèle est déjà surprenant
avec les exemples qui viennent d’être évoqués.
Cela n’est rien en vérité si l’on prend en compte
le texte de Georges IFRAH dans Elle, dernière semaine du mois de
mars :“ La femme est l’avenir du multimédia ”.
Je cite: “ La femme a le pouvoir de décision et la maîtrise
du foyer. Elle gère le budget, elle travaille, s’occupe des
loisirs et de l’éducation des enfants… En fait, tout
est affaire de séduction quand il s’agit des femmes et je
veux être charmeur.. C’est par la fibre sensible que l’on
peut les conduire vers le multimédia… Comme elles sont très
pragmatiques, je veux leur prouver l’intérêt de ces
nouveaux médias… pour qu’elles puissent faire leur
shopping en toute sécurité. ”.
Dans ce même magazine “ Elle ”
Karen Mulder, la belle virtuelle que nous retrouverons plus méchament
par la suite, nous dit: “ Avant de m’y intéresser,
le monde du multimédia me faisait penser aux mathématiques:
je n’y comprenais vraiment rien. Déjà le Minitel était
un mystère… Georges Ifrah m’a montré des CD-ROM
sur la mode comme sur la cuisine. Tout à coup, cela m’a paru
plus simple et plus amusant de consulter et de stocker des recettes sur
un ordinateur plutôt que sur un carnet ”.
On n’ose comparer de tels bavardages à certaines
sites pour la plupart là encore anglo-saxons et qui soulignent
avec force la place de la femme face à la science et à la
technologie. Par exemple, “ WOMEN in technology ”
est le serveur de l’International Network of Women in technology
où se retrouvent des femmes provenant de diverses disciplines.
Il est important de signaler au passage qu’il propose notamment
des informations sur WITI qui est une liste de diffusion auquel il est
naturellement possible de s’abonner.
Un autre serveur propose une documentation sur la place
de la femme dans l’histoire des sciences depuis l’Antiquité.
Un autre encore se donne pour objectif de les situer -elles et les autres
“ minorités ”- au sein des métiers
scientifiques.
Peut-être plus significatif encore, le Comité
de Femmes dans les Sciences et l’Ingénierie (qui constitue
depuis cinq ans maintenant une section à part entière du
Conseil National de la Recherche des États-Unis) propose sur le
Net une liste des organisations regroupant soit des scientifiques, soit
des femmes s’adressant à elles aux États-Unis.
II. DU SUPERFICIEL AU COMPLEXE
A la fois pour mettre en valeur ces caractéristiques,
mais aussi pour nous divertir un peu, voyons comment un top model, peut
déchaîner la presse spécialisée du multimédia.
Deux articles (parus successivement dans CD-Rama
et dans Interactif) nous permettent d’évoquer un CD-ROM “ pour
femmes ”. CD-Rama) -aucun non de journaliste n’est
évidement mentionné- croit devoir reprendre la question
à sa racine: “ pourquoi les femmes semblent-elles si
peu concernées par les NT? Et c’est là que rentre
un scène un responsable de Hachette Filipacchi Grolier: “ la
cause en est le manque de produits susceptibles de s’adresser aux
femmes ” C.Q.F.D (c’est tout trouvé). On
craindra le pire pour la suite et on aura raison. “ L’édition
française -écrit le magazine- a donc orienté (nous
citons) une partie de sa stratégie 96 sur LA CIBLE FÉMININE ”.
Nous voilà donc transformés en cible par l’éditeur
qui à lui tout seul se met en devoir de reverser “ la
tendance à la masculinisation du marché ” (le
mot est d’ailleurs choisi bien à tort, puisque la tendance,
précisément, est inverse!).
Pour tout changer, il faut consacrer la collection à
donner des conseils et à l’orienter sur la vie pratique!:
un site Web a donc été consacré au magazine Elle,
alors qu’un CD-Rom reprend les fiches cuisine du magazine, suivi
par un autre sur les enfants en bas-âge. Le travail ne s’arrête
néanmoins pas en si bonne voie: à l’occasion du Milia,
Grolier présente un CD-Rom consacré aux secret de beauté
de Karen Mulder: quels mouvements de gymnastique faire, comme se maquiller.
La sortie du produit est prévue pour septembre prochain. CD-Rama
est bon prince dans son commentaire. Le choix est vu comme pertinent -
il serai le support idéal des produits de loisirs féminins
des femmes - et permettrait de pronostiquer “ un déferlement
des femmes parmi les clients du multimédia ”
La revue Interactif témoigne, quant à elle, d’un
véritable ras-le-bol, et fait preuve même d’une certaine
violence dont témoigne le titre de l’article: “ C’est
du placenta de porc. Poufiasse! ”. Les commentaires sont à
l’avenant: “ ces muses robotiques ne pourront qu’entraîner
dans leur chute la benne à ordures de leurs produits dérivés ”.
La suite? “ Regroupés autour du performa familial, les
jeunes filles à points noirs du monde occidental écouteront
religieusement Karen la gâteuse - une star bidon, une icône
préfabriquée - leur prodiguer des vieux trucs éculés
d’esthéticienne ”. Et le magazine de conclure:
“ n’oubliez pas de transformer ce CD-Rom en hachoir ménager ”.
Édifiant, non? Et là, l’article est signé (Marin
Canto).
Et si tout de même, nous allions un peu au-delà? “ Attentes
féminines ”, “ Goûts féminins ”,
a-t-il été dit? Et si nous nous interrogions sur la pertinence
même de l’adjectif?
Nous revenons pour ce faire à une source beaucoup
plus sérieuse, plus rigoureuse, qui est une étude publiée
il y a de cela trois mois par le Centre de Communication Avancé
(CCA). L’étude de Bernard Cathelat, (réalisé
en partenariat avec Euro ESCG, dans le cadre de l’Observatoire International
des tendances sociologiques) entend contribuer à définir
les grandes tendances qui devraient structurer la société
à venir, tendance qu’elle résume en trois valeurs
fondamental, dont ce qu’elle appelle l’alternative des valeurs
féminines. Il s’agit d’un modèle en faveur des
valeurs dominantes féminines où la force physique et la
puissance matérielle céderait le pas à la force morale
et au charisme affectif et spirituel dans lequel l’esprit d’agressivité,
de challenge, disparaîtrait au profit de la coopération,
de l’assistance et où le respect de la seule autorité
impérative laisserait la place à une “ autre
forme d’autorité plus initiative, moins autoritariste, plutôt
persuasive, en gants de velours ” (Le Monde 6 février
96).
Le site CYBER WIDOWS, nous permet quant à lui
d’assister à la naissance de la “ cyber veuve ”.
Sur un site bien réel, et face à certaines situations qui
ne le sont certes pas moins, on assiste à la genèse de toute
une mythologie, toute une galerie d’images “ cybernétiques ”
où la femme joue un rôle incontestablement non négligeable.
Ainsi en est-il des questions que vous pourrez trouver sur Cyber Widows;
nous en citerons deux. Première question mettant en jeu l’outillage
mental des cybernautes: “ prenez-vous souvent vos repas seule
parce que votre homme pique-nique sur l’ordinateur?. Seconde question
plus ambigüe reprenant la vielle image du bavardage féminin
au téléphone: “ Avez-vous commencé à
parler à votre chien parce que, quand votre époux est en
ligne, personne ne peut vous téléphoner ”?. Il
parait donc que la femme doit reprendre les choses en main, ce que ne
fait que confirmer Hugues Henry dans un article d’Internet Reporter
(livraison de mai 1996): “ Épouses de tous les pays,
serrez-vous les coudes! Désormais, quand votre Jules laissera brûler
le rôti et laissera refroidir la soupe ET L’ÉPOUSE
aimante qui l’attendaient, il ne sortira plus nécessairement
d’une réunion arrosée entre collègues ou de
la couette de cette allumaise de Marie-Jeanne… ”
aujourd’hui donc, les mythes féminins changent “ certaines
américaines l’ont compris, poursuit le journaliste, et regrettent
d’avoir offert à leur mari un modem flambant neuf l’hiver
dernier: depuis, il ne cesse de se connecter au monde… ”.
Nouvelle image donc que je vous propose ce soir: celle
du modem destructeur de ménage. Image de fantasme pour “ cyberveillées ”
ou constat plus réel qu’il n’y paraîtrait? Viktor
Brenner, du département de psychologie de l’Université
de Buffalo, a crée récemment la première enquête
en ligne sur les effets psychologiques de l’usage -et de l’abus-
d’Internet. Un mois après l’ouverture de son “ enquête
en ligne ” sous forme de questionnaires, il a tiré ses
premières conclusions: le surfeur moyen a 32 ans, il est en majorité
masculin -cela, on le sait-, et il passe 20 heures environ par semaine
sur Internet, parfois plus. Si cela ne nuit que dans 10% des cas (ce qui
peut déjà être beaucoup) à son activité
professionnelle au à ses études, il faut surtout relever
le pourcentage élevé de divorcés: 38%. Serait-ce
là le résultat de l’action des cyber-veuves?. Ce serait
presque donner raison aux assertions bien négatives de Paul Virilio,
dans son dernier livre d’entretiens avec Philippe Petit: “ Cybermonde,
la politique du pire ”: “ il est à craindre,
écrit ce dernier -vous l’avez tous lu- que l’inertie
au le cocooning se développent. Et que le valide suréquipé
devienne l’équivalent de l’invalide équipé.
Il y a là une menace de paralysie et d’infirmité.
Mais aussi une menace psychologique, pour les générations
futures des sociétés de l’interactivité accomplie,
qui verraient le monde réduit à rien ”. A en
voire une telle analyse, la présence féminine sera décidément
déterminante.
CONCLUSION
Madame est servie sur Internet
Nous dit le journaliste du Monde Informatique. Les femmes
qui veulent savoir quelles sont les associations dédiées
aux problèmes socio-économiques des femmes, trouveront la
réponse sur le serveur http://www.iway.fr/femmes/. Grâce
à cet outil les femmes trouverons tous les renseignements et adresses
utiles regroupés dans un même service. Les données
sont classés par thème. Un index facilite la rechercha.Le
Web est bilingue (français-anglais).
Autre sites femmes
- http://www.softaid.net/-pleiades/
- http://www.oeh.uni-linz.ac.at:8001/-lisa/index.html
- http://www.shef.ac.uk/uni/projects/wivc/
- http://wwwerg.uio.no/WWW-other/sfk/
- http://www.igc.apac.org/vsister.html
- http://www.next.com.au/spyfood/geekgirl
- http://www.ora.com/info/research/user/charts/net-gender.html
- http://future.sri.com/vals/trends/gender.html
- http://www.nielsenmedia.com/whatsnew/execsum2.htm
- http://www.cc.gatech.edu/gvu/user_surveys/team.html
- http://www.maires.co.uk/users.html
- http://www.cyberbabe.com
- http://www.voyagerco.com/gg/gg.html)
- http://www..gnofn.org/-jbourg/grils/
- http://www.women.com/
- http://www.igc.apc.org/womensnet/
- http://sunsite.unc.edu./cheryb/women/wshome.html
[2] Site scientifiques femmes
- http://www.careermosaic.com/cm/witi (information sur l’association
professionnelle de femmes représentant diverses disciplines au
sein d’organismes à vocation technologique).
- http://www.a1.mit.edu/people/ellens/gen-der/worm and min.html (les
femmes et les minorités dans les sciences et les métiers
del’ingénieur).
- http://tweedledee.ucsb.edu/kris/wis.html
- http://xerxes.nas.edu:70/1/cwse (listes des organistions regroupant
des femmes scientifiqueset/ou s’adressant à elles aux Etats
Unis)
- http::mmm.dartmouth.edu/pages/wiskit.html
Messageries
Les abonnés souhaitant participer à des échanges
entre experts du monde entier partageant les mêmes centres d’intérêt
peuvent se connecter à ces diverses messageries internationales
sur les femmes :
- listserv@bitnic.educom.edu (liste de diffusion modérée
consacrée à des aspects de la technologie et de l’éducation
intéressant les femmes)
- listeserv@dawn.hampshire.edu (débat des rapports entre le féminisme
et la science et la technologie)
- listserv@uicvm.uic.edu (sur rôle de femmes dans la science,
les techniques de l’ingénieur et les mathématiques)
- witi@cup.portal.com
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