Didactique
de langues et partage de connaissances
Dialogue avec Laura Garcia Vitoria,
GRAMAL
(Groupe de Recherche et d’Analyse
Multimédia Langue)
- Laura, comment travaillez-vous pour enseigner les langues à vos étudiants ?
- Je travaille avec le Web.
- Tu enseignes l’espagnol en utilisant les techniques du multimédia avec tes étudiants, en faisant un travail transdisciplinaire. Qu’est ce que tu peux nous en dire ?
- Je travaille avec mes élèves en profitant de tous ce qu’ils savent déjà dans d’autres matières ou dans d’autres sujets qui ne soient pas l’apprentissage ou la pédagogie de l’espagnol, et en profitant de tous les savoirs que les élèves ont acquis pendant des années. Je détermine un point de départ et à partir de ce point les élèves construisent eux-mêmes leurs propres parcours d’apprentissage. Moi je les suis dans ce parcours en les dirigeant afin qu’ils apprennent la langue espagnole, la grammaire, le vocabulaire et tous ce qui est nécessaire pour pouvoir parler une langue étrangère.
- Dans ce que vous venez de dire est-ce une méthode ou une absence de méthode ?
- Je pense que dans un futur proche il y aura des méthodes et pas uniquement une méthode. En fait, je tiens compte de ce que l’on appelle l’intelligence collective. Au début de l’année, je propose aux élèves avant de commencer, de pouvoir travailler de deux façons différentes. D’une façon traditionnelle, telle qu’ils l’ont toujours fait, et d’une nouvelle façon. Je leur explique ensuite comme procéder:
Il faut d’abord qu’ils se regroupent par équipe, par affinité ou par Equipe de compétences différentes. Il faut quelqu’un qui connaisse un peu le Web ou l’informatique. Même chose pour les sujets qu’ils devront choisir et autour desquels ils vont travailler, il est préférable qu’ils aient des connaissances sur ces thèmes. Je demande en principe qu’il n’y ait pas plus de 4 personnes par équipe afin d’éviter tous problèmes, 5 personnes Ètant vraiment le maximum. Je leur demande ensuite de me rédiger une ou quelques pages de leurs projets. Pour ma part je leur fournis une page de directive ‡ ce niveau.
- Donc, il y a un travail préalable de préparation ?
-Oui, il y déjà un travail de préparation avant d’effectuer des recherches sur le Web afin de déterminer plus précisément leurs sujets de recherche. Ensuite, ils vont voir sur le Web en utilisant des moteurs de recherche en espagnol et enfin ils me donnent un sujet précis.
- D’accord, donc avant de choisir le sujet, il y a un travail de recherche documentaire sur le Web ?
- Oui, et bien sur je leur donne tous les éléments pour qu’ils puissent faire cette recherche.
- Et ensuite vous intervenez en tant qu’enseignant sur ce premier travail de recherche ?
- Je leur donne 4 ou 5 pages d’adresses, ensuite je les laisse libres. Par exemple des élèves voulaient faire un musée et voulaient y mettre beaucoup de tableaux. Je leur ai explique qu’il ne s’agissait pas de faire un musée mais d’apprendre l’espagnol; je les ai laissés faire et un mois plus tard ils sont venus me voir et m’ont dit que j’avais raison. Une fois qu’ils ont vu ce qu’ils peuvent faire, on peut vraiment commencer à travailler mais autrement. Je leur donne alors des directives plus précises, ainsi que des cours par rapport à l’image, comme par exemple comment analyser une œuvre d’art, du vocabulaire par rapport ‡ l’œuvre d’art et un plan pédagogique pour qu’ils puissent analyser l’image.
- Ce que vous leur donnez là, est-ce en fonction du travail qu’ils ont fait que vous l’élaborez pour eux ?
- Oui, bien sur ‡ chaque fois je fais un travaille par rapport à ce que mes élèves font et non l’inverse.
- En fait, c’est un énorme travail pour l’enseignant ?
- Oui c’est un travail de titan, il faut vraiment aimer ça.
- Et vous pouvez suivre et accompagner combien de groupes de 4 élèves en même temps?
- Cela dépend du temps que vous voulez y consacrer. Cette année, j’avais 9 heures de cours par tranche d’une heure et demi et je pense que j’avais 5 groupes et dans chaque groupe il y avait déjà 5 ou 6 groupes.
- Et avec à chaque fois une proposition pédagogique sur l’espagnol adaptée au projet ?
- Oui.
- Et ils sont tous différents ?
- Oui, car parfois même si les élèves choisissent des sujets approchants, le sujet n’est jamais traité de la même façon. Par exemple, 3 groupes ont choisi le sport et parmi ceux-ci, 2 groupes ont choisi le football; même dans ce cas le football n’est pas traité de la même façon. Par contre, pour l’autre équipe qui a choisi le sport en général et surtout la moto, le travail est diffèrent. Un autre groupe a choisi l’Èquitation et là c’est encore une autre approche
- Mais, quel est le point commun dans votre démarche pédagogique avec des groupes qui vous proposent des sujets aussi différents? L’espagnol ?
- C’est l’espagnol et c’est la façon d’enseigner. C’est à dire que ce n’est pas moi qui construit leur propre parcours d’apprentissage, mais en les regardant faire je peux construire mon cours par rapport ‡ leurs besoins.
- Les étudiants que vous aviez ne parlaient pas l’espagnol au départ ?
- Si, j’ai choisi de commencer avec des élèves moyens ou forts en espagnol. On peut le faire aussi avec des débutants, mais pour cette première expérience que je mené depuis 1 an et demi, j’ai choisi ceux que j’ai estimé les plus fiables. Avec des débutants, cela requiert un travail plus guidé; on ne peut pas leur demander de choisir un thème de cette façon, il faut changer complètement la pédagogie.
- C’est donc une démarche qui est adaptée à des élèves qui connaissent bien la langue?
- Non , qui connaissent un peu la langue espagnole.
- Quel ‚âge ont vos élèves ?
- Des Ètudiants de 18 à 25 ans, mais il serait aussi intéressant de le faire avec des enfants car ils sont plus imaginatifs et plus créatifs. Pour les débutants, je suis en train de créer des cours sur le Web au sein de l’université virtuelle, mais à ce niveau, la méthode sera différente tout au moins la première année.
- Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
- La première année c’est le professeur qui doit construire la méthode puisque l’élève ne connaît rien. Il faut tout de même avoir des cours déjà construits sinon l’élève ne s’y retrouvera pas. On peut déjà intégrer une logique pour que l’élève soit autonome et qu’il puisse par la suite construire lui-même son propre apprentissage. On peut notamment lui demander de proposer des activités, des exercices ou des sujets en rapport avec sa culture, même si cela se fait à moitié en français et ‡ moitié en espagnol. C’est ce que l’on fait dans l’université virtuelle depuis le mois d’août l’année dernière. Il existe une activité qui s’appelle “ C’est ton tour ” où on leur demande de proposer des activités ludiques ou autres.
- Votre proposition est d’inverser la proposition au bout d’un moment. D’une approche volontariste, où vous proposez un parcours guidé d’apprentissage de l’espagnol, vous faite en sorte que vos élèves se prennent en main pour construire eux-mêmes leur propre parcours pédagogique ?
- Tout à fait, et je pense que ce n’est pas uniquement valable pour l’espagnol. C’est une démarche qui existe depuis des années mais qui ne s’est jamais vraiment développée. On parle d’autonomie mais on ne s’y met pas d’une façon pratique.
- Quels sont pour vous les freins ‡ une telle démarche pédagogique ?
- Les freins sont surtout au niveau des intermédiaires ou des institutions.
- C’est ‡ dire qu’il faut faire bouger les choses Ètablies ?
- Je pense que, comme je l’ai déjà dit dans des colloques, le sommet a compris, une certaine partie de la base aussi, mais les intermédiaires n’ont pas, ou ont trop bien compris, et ils ont peur de perdre leur pouvoir.
- Les enseignantes se sentent remis en cause ?
- Non, pour moi les enseignants ne sont pas les intermédiaires. Les élèves et les enseignants constituent la base. Ce sont surtout les élèves qui ont bien compris puisque ce sont eux qui m’ont le plus suivi. Evidemment, quand les élèves et les intermédiaires sont d’accord, cela ne pose pas de problème, mais, il est vrai que sous la pression de certains professeurs, cela n’avance pas et c’est ce qui se passe actuellement. Les intermédiaires cèdent à la pression de certains enseignants; j’insiste sur “certains” car il y a bien des enseignants travaillent déjà de cette façon.
- L’intervention du Web et des nouvelles technologies dans votre pédagogie. Est-ce que c’est au centre du dispositif, ‡ la périphérie ou est-ce que cela aurait pu fonctionner sans? Qu’est ce que cela apporte de plus d’utiliser les nouvelles technologies, les réseaux de communications, Internet dans votre approche pédagogique ?
- Le Web et les nouvelles technologies vont vraiment nous permettre de faire en sorte que l’on puisse Èconomiser de l’argent et du temps. On dit que les nouvelles technologies vont enlever des postes aux professeurs, je crois plutôt que ce sera le contraire. Par exemple, si dans l’université il y a 1 heure et demi de cours d’espagnol cela est totalement insuffisant pour apprendre la langue, surtout dans le cadre où nous le faisons actuellement cela ne sert strictement à rien. D’autant plus que l’élève n’a jamais le temps pour travailler ensuite pendant la semaine. Avec les nouvelles technologies nous pouvons avoir 1 heure et demi de cours présentiel et 1 heure et demi de cours ‡ distance. Pour son autonomie l’élève peut aller dans un centre de langue ou dans un centre de ressource ou même chez lui (s’il en a la possibilité) en complément de ses cours prèsentiels. Je ne suis pas convaincue que le Web et les nouvelles technologies vont remplacer les professeurs, c’est impossible. Il n y a aucune machine qui les remplacera, puisque sans homme il n y a pas de vraie communication. Pour moi ce n‘est pas seulement la communication en soi, c’est tout ce que l’on véhicule ‡ travers les mots, les gestes, la voix. C’est plus facile de comprendre une langue que l’on ne parle pas bien quand on est face à face. Au téléphone c’est déjà plus difficile. Je suis sure que s’il n’y a pas de cours présentiels cela est impossible.
- D’accord, dans le cadre d’une formation à longue échéance, avec le support des cours disponibles en ligne. Mais aujourd’hui dans la pratique, comment pouvez vous Èvaluer, par rapport à ce que vous faisiez auparavant, l’apport des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans votre pratique vers l’autonomie sur des projets transversaux ? Qu’est ce qui fait que cela fonctionne mieux ou moins bien ?
- Je vais vous donner un exemple. Quand j’ai commencé en tant que professeur les premières années j’ai travaillé avec la formation continue. Il y a 30 ans, enseigner l’espagnol était intéressant. Nous n’avions pas de groupes de 40 élèves ; on pouvait avoir l’impression que l’on apprenait quelque chose. J’ai été aussi professeur dans une grande université française, il y a maintenant 15 ans et c’était aussi très intéressant. Nous avions de petits groupes de 15 personnes maximum. Les élèves étaient contents et moi aussi ; il existait un échange entre les élèves et les professeurs qui était très enrichissant. Je reçois d’ailleurs toujours des lettres de ces élèves des années plus tard. Avec la massification de l’université, il y a eu un changement radical au niveau de l’enseignement. J’ai pu constater la différence entre 15 et 45 élèves. Des que les nouvelles technologies sont arrivées j’ai vu que ces 40 élèves pouvaient faire la moitié de leur travail grâce à ces nouvelles technologies en divisant le groupe en 2,3,4 ou 10 ‡ la limite.
- Est-ce que pour vous les nouvelles technologies permettent l’individualisation de la formation, du savoir ou du rapport avec l’enseignant, ce qui finalement peut être une solution à la massification dont vous parliez au sein de l’université ?
- Je ne crois pas que l’on puisse transmettre quoi que ce soit du professeur à l’élève ou bien de l’élève au professeur si vous avez en face de vous une foule. La transmission du savoir ne peut se faire dans un amphi. S’il y a un savoir à transmettre, parce qu’on met en doute maintenant qu’il puisse y avoir quelque chose à transmettre, cela ne doit pas se faire à sens unique comme on le pensait auparavant. Le professeur était Dieu et avait le savoir. J’ai toujours pensé que le professeur avait un savoir mais les élèves aussi ont les leurs. Nous avons peut être eu ce savoir mais nous l’avons perdu peu à peu pour en acquérir un autre. Avec le contact de ces élèves on redevient plus jeune, ils nous apportent cela et nous leur apportons notre expérience. Les élèves m’ont beaucoup appris. J’ai beaucoup travaillé et je crois avoir beaucoup apporté puisqu’ils me l’ont dit et écrit eux-mêmes. Pour moi le savoir c’est ça, c’est un échange. S’il n’y a pas échange c’est que quelque chose ne fonctionne pas. Ceci est valable pour l’enseignement mais aussi pour les autres domaines.
- L’utilisation d’Internet dans l’enseignement des langues est considéré par certains comme une expérience nouvelle, une expérience pédagogique intéressante. Qu’est ce que vous en pensez ?
- C’était une expérience pour moi en 94. J’ai dirigé la première expérience de télé-enseignement en langues totalement interactive, ce que de nos jours nous appelons appelle le travail coopératif et la visioconférence. Par la suite cela ne devrait plus être une expérience mais une réalité.
Pour moi la marche ne s’est pas faite en observant, c’est à dire que je mets en pratique les résultats et les expériences que j’ai fait pendant des années avec mes élèves, notamment en matière d’autonomie des élèves et du parcours pédagogique.
- Pouvez vous formuler en 2 ou 3 points l’apport du multimédia, des nouvelles technologies, dans votre pratique de la pédagogie des langues ?
- Je ne suis pas le professeur qui a un savoir unique et merveilleux. Nous sommes à deux et une langue doit se partager. La pédagogie des langues est un partage. La salle de classe ne devrait pas être comme elle est traditionnellement. Pour les langues, il devrait y avoir le centre de la classe avec les élèves eux-mêmes et non pas le professeur.
- Mettre les élèves au centre du dispositif ?
- C’est ce qu’il faut faire. Je l’ai fait bien avant les nouvelles technologies, ce qui m’a causé beaucoup d’ennuis.
- En quoi les nouvelles technologies aident à ça ?
- Tout d’abord, l’élève n’est pas quelque chose de secondaire mais d’important. On le savait avant les nouvelles technologies mais celles ci vont permettre de rendre plus efficace le temps d’enseignement et le temps d’apprentissage.
- L’outil informatique fait se recentrer le groupe autour de l’écran et finalement oblige l’étudiant à s’impliquer, car s’il ne bouge pas la souris il ne se passe rien ?
- Non, je ne dirais pas que le groupe doit se recentrer sur la souris.
- Autour de l’écran ?
- Non, je fais de telle sorte que le groupe se centre sur lui-même pour transmettre ce qu’il a de riche pour le transposer sur la souris ce qui est diffèrent. Ce sont eux qui transmettent leur propre savoir et leur expérience. Les nouvelles technologies et l’informatique sont un point de rencontre.
- Ce n’est pas un point de focalisation, c’est un lien ?
- C’est un lien uniquement.
- Au niveau du temps passé, vous semble t-il plus efficace ?
- Oui, il est plus efficace car nous n’avons pas la notion du temps et de l’espace et on peut enseigner n’importe ou et à n’importe quelle heure, puisque nous avons cette possibilité de pouvoir travailler à distance. L’élève qui n’est disponible qu’à 8 heures du soir par exemple peut travailler à ce moment là.
- Vous voulez dire que vous cassez la disposition habituelle du dispositif enseignant et vous cassez aussi la disposition temporaire de la leçon dans un cadre donné ?
- Par exemple on me reproche que mes élèves travaillent trop pour l’espagnol à l’université. Ils auraient du plutôt être contents qu’ils soient aussi motivés et intéresses par l’espagnol et par cette nouvelle façon d’apprendre ; c’est pour cela qu’ils y consacraient beaucoup de temps. Malgré les désagréments que cela pouvait engendrer pour eux car certains ont du recommencer 2 ou 3 fois le même travail qui avait disparu du disque dur de l’ordinateur.
- Donc les problèmes de la technique ne les ont pas rebutés dans leur apprentissage ?
- Non, pas du tout. Il n’y a eu qu’un seul élève qui après avoir recommencé pour la deuxième fois son travail en a eu assez. En revanche, d’autres élèves sont venus en dehors des cours pour poursuivre leur travail en bousculant ainsi l’institution. Si cette façon de travailler a pu se faire ce n’est pas grâce à l’institution mais grâce aux professeurs et aux élèves.
- Autrement dit, les nouvelles technologies, par l’autonomie qu’elles permettent, incitent ‡ un plus grand investissement personnel des élèves ?
- Oui, car cela les intéresse. Ce n’est pas un savoir qui vient d’ailleurs, mais c’est un savoir qu’ils ont déjà dès le départ. Ils voient dès le début qu’ils savent quelque chose. Dans un cours traditionnel, l’élève se croit ignorant. Là, ils comprennent qu’ils savent des choses et pas uniquement en espagnol. Une des choses que l’on me dit souvent c’est “ merci madame, car grâce à vous on a appris l’espagnol, mais on a aussi appris autre chose”.
- De quoi s’agit-il ?
- Ils apprennent la culture, la peinture et en travaillant en équipe ils apprennent beaucoup de leurs camarades.
- Si on fait le point, les nouvelles technologies cassent la disposition technique dans la salle, cassent la disposition physique au niveau du temps et ouvrent à une culture plus générale, et en plus elles sont un facteur de motivation personnelle. Est-ce que ces 4 ou 5 points vous semblent être le fruit du hasard et de l’expérience, ou est-ce que vous l’aviez prévu au départ de votre pratique avec les élèves ?
- En 94 c’était pour moi une expérience et je ne l’avais pas prévu. Depuis cette date se sont des choses plus pensées et réfléchies. Même si cela avait l’air d’être du au hasard, ce n’était pas du tout le cas. C’était fait de façon telle que l’élève n’ait pas peur et qu’il puisse avoir la liberté d’aller là où il voulait. Il ne fallait surtout pas les diriger, car il est Evident qu’avec un projet de ce type on ne sait pas où l’on va puisque ce sont les élèves qui vont décider. L’enseignant est juste là pour contrôler ces savoirs et pour ce que vous pouvez leur apporter en plus. Evidemment, je parle parfaitement espagnol puisque je suis Espagnole. J’ai fait des études de didactique en langue espagnole; j’ai un certain savoir mais ce n’est pas grâce à ça qu’ils vont apprendre l’espagnol. Il faut qu’eux-mêmes trouvent un intérêt à apprendre cette langue et cet intérêt ils l’ont trouvé ‡ travers le sujet qu’ils ont choisi. A travers ce parcours ils ont également fait parfois des exercices traditionnels, par exemple des Q.C.M. Cela n’élimine pas la façon traditionnelle d’enseigner. Les exercices de grammaire sont devenus des exercices multimédia autour de cette approche traditionnelle, et ils l’ont fait de façon plus efficace.
- Les élèves s’approprient aussi les outils didactitiens ?
- Oui, ils ont presque fait les didactitiens avec le Web.
- Que vont devenir les enseignant si les élèves se mettent à utiliser leurs propres outils ?
- Je suppose qu’au début il y aura des problèmes, mais on ne peut pas aller contre le progrès. Si ce n’est pas dans 2 ou 5 ans, ce sera dans 10 ans. Mais, si les enseignants ne prennent pas conscience qu’il faut qu’ils s’approprient cela, ce seront les marchands de soupes et les commerciaux qui se l’approprieront. C’est aux enseignants de faire des produits, du multimédia avec leur élèves, ce n’est pas aux commerciaux qui ne possèdent pas le savoir pédagogique. Des enseignants, n’ont pas encore compris qu’ils sont en train de se faire voler leur emploi et qu’ils sont en train de tuer le métier d’enseignant.
- Les enseignants ne doivent pas se laisser prendre leur métier de formateur par des gens qui font des CD-Rom de formation aux langues par exemple. Aujourd’hui, l’enseignant qui est prêt a passer au multimédia est en fait un distributeur de CD-Rom. On leur demande donc uniquement de choisir et de démissionner de leur position. Alors, dites-nous quelle est pour vous la position de l’enseignant ‡ l’heure des nouvelles technologies, puisque la pédagogie est remise en cause ?
- Quand on m’a demandé de choisir des CD-Rom, j’ai volontairement refusé de les utiliser. Le seul que j’ai choisi était un conte pour enfant car c’était le seul où vous pouviez vous-même raconter votre propre conte. J’étais une des rares enseignantes de mon université à refuser d’utiliser des titres de CD-Rom déjà construits. Dans le département d’anglais, ils ont inséré le CD-Rom d’anglais dans la machine, et se sont dit ainsi qu’ils avaient introduits les nouvelles technologies. Cela coûte cher à l’institution et ne sert à rien. Il n’y a aucun apport nouveau dans l’enseignement des langues à travers ces CD-Rom. Le véritable apport se fera quand l’enseignant se rendra compte qu’il doit revenir à ce qu’était le métier de professeur il y a très longtemps. Il ne doit pas être un répétiteur, car la machine peut très bien le faire.
- Pour vous le métier d’enseignement c’est quoi ?
- le métier d’enseignant est comme un levier. Ce n’est pas quelqu’un qui a un grand savoir, c’est quelqu’un qui doit tenir compte de chaque élève personnellement pour l’aider à progresser. Si vous avez 40 élèves dans un cours vous ne pouvez pas suivre chaque élève. Les nouvelles technologies permettent que chaque groupe se prenne en charge lui-même. La première chose que je dis dans mon cours est qu’il est nécessaire de s’aider pour faire le parcours ensemble et s’il y en a un qui tombe vous êtes dans l’obligation de l’aider. De cette façon, on peut apprendre si les élèves sont en accord avec cette méthode. En ce qui concerne la notation, il n’y aura pas la même note pour tout le monde, mais il y aura quand même une note de groupe. Il faut tenir compte de l’effort que chaque personne a fourni pour que cette équipe gagne. Quand vous êtes dans une entreprise il faut travailler en équipe pour qu’elle puisse marcher; dans un cours de langues c’est la même chose ; une langue se partage
- Vous changez la disposition spatiale de la classe, le temps, la motivation des élèves, la place du professeur et aussi la façon de noter. Avez vous l’impression d’être perçue comme quelqu’un qui a des idées novatrices que l’on a envie de suivre ou est-ce que ces idées sont rejetées ?
- Il y a une minorité de gens qui ont compris et qui admirent le courage des professeurs pionniers et entreprenants, surtout les élèves et j’en suis très heureuse.