DON JUAN

  1. Don Juan et la légende
  2. Le Don Juan littéraire espagnol
  3. Don Juan et l'écriture
  4. Le personnage de Don Juan
  5. Don Juan et son discours
  6. Don Juan défini par les autres
  7. Don Juan et le symbole
  8. Don Juan et la femme: le Don Juanismme
  9. Tirso y Zorrilla
  10. Casanova et Don Juan: le type et le mythe
  11. Conclusion

Laura García Vitoria (5-11-1985)

DON JUAN ET LA LÉGENDE

Don Juan es un personnage légendaire qui a eu dans la littérature et au théâtre une brillante destinée. Son origine est espagnole. La Chronique de Seville raconte que Don Juan Tenorio tua une nuit le Commandeur Ulloa, après avoir enlevé sa fille. Les franciscains, dans la chapelle desquels, le commandeur avait été enterré, attirèrent Don Juan dans leur couvent, et le tuèrent. Ils firent courir le bruit que Don Juan était venu insulter le commander sur son tombeau, et que la statue l'avait englouti et entraîné dans l'enfer. Les poètes ont adopté la version des franciscains et ont attribué le châtiment au ciel. Le premier, Tirso de Molina (un moine) composa la comédie : "El Burlador de Seville y el Convidado de Piedra".

LE DON JUAN LITTÉRAIRE ESPAGNOL

L'Espagne du Siècle d'or a donné à notre culture le personnage de Don Juan, avec une pièce, produite vers 1620, du moine Gabriel Tellez, de l'ordre de la Merci, plus connu sous son pseudonyme de Tirso de Molina. Le titre original et fameux de cette pièce est "l'invité de Pierre" avec un sous-titre "Le Trompeur de Séville". "Tan largo me lo fiaís", "quel long délai tu me donne", c'est le leitmotiv du Burlador quand on lui rappelle que le temps des hommes a une fin.

La légende de Don Juan n'est pas la même chez Tirso, Mozart, Molière ou Zorrilla. Nous ne nous occuperons ici que celle de Tirso y Zorrilla. Signalons aussi que tant Don Quijote que Don Juan sont espagnols et des symboles universels.

DON JUAN ET L'ÉCRITURE

"Écrire est aussi une sorte de thérapeutique qui permet de surmonter la désillusion, la monotonie; elle fait travailler l'imaginaire, elle peut être aussi un moyen de communication, un moyen de défense".

Don Juan est un texte, un livre, qui a été fait pour qu'on le croie ou on le suive, mais pour être analysé, pour nous faire réfléchir ou nous amuser tout simplement. Nous devons nous demander ce que ce texte veut dire, non pas ce qu'il dit. Mais… contradiction, Don Juan ne se questionne pas, il vit, il agit, il n'est pas un penseur, mais un simple qui a su découvrir l'intuition de l'individuel face au sage qui a l'habitude de se perdre dans des lois générales. Ma tâche consistera donc à essayer d'exprimer avec clarté conceptuelle la vérité implicite de Don Juan.

Je me trouve donc face au texte de Don Juan et j'aperçois deux personnages : le Don Juan individuel qui vit et le Don Juan signe, idée et image que je veux me faire de lui à travers ma propre expérience. Autrement dit : Don Juan vit, je le pense.

Don Juan est une image et l'idée est un signe des choses, et l'image est le signe de l'idée. Don Juan est, à partir  de cette prémisse, signe d'un signe. A partir de l'image de Don Juan, je peux donc reconstruire si non le corps, au moins l'idée que j'ai de ce corps. C'est à dire que pour arriver à l'idée singulière de Don Juan je dois passer par une série d'autres signes encore.

Écrire n'est qu'une tentative de séduction et la séduction est la seule sédation de notre frustration universelle.

Voici les divers sédatifs de la séduction:

Qu'est-ce que Don Juan fait? Qu’est-ce que nous faisons quand nous écrivons, lisons, parlons? Quel est notre but de chacune d'entre nous et du groupe individuel auquel nous appartenons?

Don Juan est un texte destiné à nous fasciner, à nous faire jouir, à nous séduire sous l’œil vigilant, mais complice du "Grand Organisateur": minutieusement, de façon calculée, universellement. Laisser régner la loi d'or de Don Juan qui satisfera notre inclination au changement; reste à savoir si le lecteur n'est pas également trompé et pris au piège.

LE  PERSONNAGE DE DON JUAN

Don Juan est espagnol, certes, mais un Andalou déraciné, qui revient après avoir fait le tour du monde, qui apprend sa technique dans ses allées et venues à travers les cours d'Italie et d'Espagne.

Il y a 4 éléments constitutifs du personnage: le séducteur, le rebelle, le prince du temps, le vivant. La séduction, la rébellion, le choix du temps contre l'éternité, la mort. Nous trouvons trois invariants:

1)      l'inconstant

2)      le groupe féminin pluriel

3)      le mort

L'inconstant cour de femme en femme (groupe féminin); lors d'une de ses entreprises galantes, il tue le père de la femme séduite, ce père assassiné sera le mort provoqué et punisseur.

Deux phases décisives: une séduction suivie d'un meurtre, puis la rencontre du mort, d'où naît le dénuement. Deux Don Juan :

Nous faisons remarquer que Don Juan existe au travers du discours d'un autre, Casanova au travers du discours sur lui-même.

Don Juan est représentations du désir immédiat (je fais ce que je veux, quand je veux, Il n'y a pas de règle), la tromperie contre les lois et l'ordre.

Don Juan ne soutient pas des conversations philosophiques sur le pouvoir ou l'argent, il affirme tout simplement qu'il est riche et noble et que cela lui donne des droits pour l'obtention de ses désirs,  pour pouvoir tromper. Pour obtenir ce que l'on veut il faut, donc, être noble et riche, nous dit-il.

Il dépend de l'instant, il s'empare du présent et fait face à la réalité immédiate. Il ne viole, ni force jamais une femme, il séduit et il est séduit. Il ne trompe pas la femme dans la mesure qu'elle se laisse tromper elle-même. Nous avons, même, l'impression qu'elles se font les victimes face au pouvoir qui les empêche de faire ce qu'elles on envie de faire. Après les femmes veulent attraper et conserver cet instant qu'elles ont vécu ou qu'elles attendaient vivre et elles font appel à la loi pour ce faire.

Il est aussi possible qu'elles se sentent trompées parce qu'elles n'ont pas vécu cette expérience de feu et de passion qu'elles attendaient de Don Juan (Don Juan ne reste que quelques instants lors du prétendu délire érotique). Don Juan n'est pas un coureur de jupons, il est plutôt un anticonformiste, un hors la loi, un marginal, mais un écarté de la société par choix.

Don Juan se moque de la femme et méprise l'homme. Ce qui veut dire qu'il se moque du désir, du présent, de l'honneur, de l'inconstance, du feu de la passion, de l'injustice, des désordres matériels, et qu'il méprise le devoir, l'éternité, le futur, l'honneur, la constance, le feu éternel, la justice et l'ordre spirituel. Il lance un défi perpétuel à la société, à l'Église et à Dieu. Les mouvements de Don Juan sont les suivantes:

Femme

Homme

Tromperie/possession/fuite

(se moque d'elle)

Tromperie/Mort/fuite

(il lui mépris )

Signification:

désir

présent / temporalité / mobilité

déshonneur

inconstance

feu de la passion

injustice

désordre matériel

Significations:

devoir

éternité / futur / immobilité

honneur

constance

feu éternel

justice

ordre spirituel

Chez Don Juan il n'y a ni conscience, ni réflexion ni temps antérieurs. Don Juan ou la lutte entre le séducteur et Dieu. Il aime la minute de l'illusion qui passe, mais cet amour prévoit déjà le désespoir et la mort.

Don Juan est l'orgueil absolu. Il n'est pas foudroyé au moment du présume délire érotique, ou dans la tromperie, il succombe au cours d'un dialogue métaphysique qui oppose l'homme à Dieu. Don Juan affirme l'homme dans sa nature profonde, il reste Don Juan jusqu'au but.

Don Juan espère se dérober de l'angoisse par la recherche de la sensualité et la mort, elle se tient entre lui et son désir. Il suit son bon plaisir, il le fait avec éclat et une gaieté propre à scandaliser le vulgaire, mais il se laisse prendre au piège et tombe sur une loi qu'il dit ne pas reconnaître, il s'y jette.

Don Juan n'est pas libre dans la mesure où sa mission est de détruire et non d'être libre. Il détruit une instance sociale et accomplit d'avantage l'homme. Il n'est même pas libre de choisir sa mort et il a peur de cette mort. Il est un instrument pour libérer l'homme.

Don Juan est un héros. La mort est le fond même de sa vie, le contrepoint et la résonnante de son apparente jovialité, elle est sa suprême conquête, l'amie fidèle, toujours sur le pas, l'imminence constante de la mort consacre ses aventures.

L'homme vaillant est prêt à donner sa vie pour quelque chose qui soit capable de la remplir, c'est ce que nous appelons l'idéal, et Don Juan il est toujours prêt à donner la sienne.

Don Juan et le désir

Le désir chez Don Juan est dispersion infinie, il ne saurait s'assouvir ni se reposer en aucun être, la possession physique de l'objet de ce désir aussitôt l'en éloigne, rend cet objet indésirable.

Don Juan et le masque

Don Juan apparaît déguisé, protégé par la nuit, venant de séduire Isabelle sous le masque d'Octavio, son amant. Don Juan choisit le masque et sous le masque disparaît dans la nuit. Il ne séduit dans le sens particulier et restrictif de tromper par l'intermédiaire de fallacieuses promesses de mariage ou par le biais du déguisement.

Don Juan et la fuite

Don Juan est maître du commencement et de la fin, il est maître de l'illusion, d'y rentrer de s'y laisser submerger, de la subir, mais aussi de s'y soustraire, de la casser; c'est ainsi qu'il échappe, qu'il s'échappe. Il n'est jamais pris ou prisonnier.

Don Juan ne réapparaît que pour redisparaître, il se déguise pour échapper, il est insaisissable du fait de sa mobilité, de sa métamorphose. C'est toujours lui qui possède l'initiative

DON JUAN ET SON DISCOURS

Don Juan se définit comme:

Quand le roi le surprend avec Isabelle, il répond à la question: qui es-tu? par: Un homme et une femme.

C'est à dire Don Juan se définit non pas comme un être individuel, mais comme un homme symbole, un sexe, un être ou pluriel, un homme noble avec du pouvoir, aimant la tromperie et l'échange. Il donne se grâces contre la promesse de mariage, promesse qui ne sera jamais tenue. Le marché proposé par Don Juan est le mariage contre l'honneur, marché que Don Juan ne respecte jamais.

Don Juan n'est pas quelqu'un, mais une puissance impersonnelle de séduction, un être passif sans calcul, dont le propre est de subir les événements en s'y adaptant, avec une sorte de génie picaresque. Il est la faculté de tirer parti des mauvais pas où il peut se trouver entraîner et de rétablir la situation à son avantage.

Don Juan-un-être-des-désirs, donnant grâces et cueillant charmes en retour. Lois de circulation et d'échange régissent le mécanisme, économies minant production, accumulation et change. Don Juan ou le mot pour les mots sans aucune signification. Don Juan ou, le commencement de l'irresponsabilité, le manque d'engagement, le triomphe du plus fort, plus riche, complice du pouvoir, pouvoir corrompu, pouvoir tromperie, car cette tromperie n'est possible que grâce à l'argent et la noblesse et ses droits.

Don Juan paie avec des mots, chaque femme est payée de mots, parée de promesses. Indéfini. Réversibilité du mouvement et du signe, le mot à perdu son pouvoir de dénomination, de dénotation. Les mots ne veulent plus rien dire. C'est le commencement de la modernité, la lettre, la culture se vulgarise et perd son signifié-signifiant. Langage comme révolution contre le pouvoir établi, contre la loi, le pouvoir des mots contre le pouvoir en place.

Don Juan trompe, mais les autres aussi. Tout subordonné trompe celui qui est subordonné, par obligation, par intérêt, pour se sauver. Seulement Don Juan trompe par plaisir ou désespoir. Il se moque de tous, de celui qui est en haut et de celui qui est en bas.

DON JUAN DÉFINIT PAR LES AUTRES

Il est définit comme fumée, poussière, feu, neige, grand parleur, châtiment de femmes et trompeur d'Espagne:

DON JUAN ET LE SYMBOLE

Tenorio veut dire posséder, et aussi ténor, le chanteur à la voix équivoque, dont les notes, dans la sérénade nocturne volent comme des flèches empoisonnées.

Don Juan ou le symbole du ferment tragique qui larvé se trouve dans les tréfonds de tous les hommes, les soupçons que tous nos idéals sont mutilés, incomplets, frénésie d'une heure d'ivresse qui s'achève en désespoir. Symbole du désir fugace, la temporalité, la mobilité. Symbole séducteur, mais non pas sans doute le séducteur vulgaire, il est un grand seigneur libertin, un homme à bonnes fortunes à une certaine époque ou la femme avait un rôle en tant que marchandise.

Don Juan symbole du mélange de l'amour et la mort qui prend tout son sens en relation avec la faute. Don Juan périt parce qu'il a transgressé les lois divines et humaines.

Don Juan est coupable d'avoir cédé à une force sacrée qui devait demeurer cache. Il est le symbole de la gaieté, santé, surabondance de vie puissante du présent et plus encore avide du futur et lointain.

DON JUAN ET LA FEMME : LE DON JUANISME

La femme est définie par:

C'est à dire que la femme est inconstante, elle n'a pas d'honneur, elle est mauvaise conseillère et se laisse prendre au que dira -t-on des autres, les hommes. Elles n'ont pas d'opinion.

Le Don juanisme suppose un degré subtil de liberté et d'aliénation chez la femme; il faut qu'elle enfreigne beaucoup de tabous moraux, religieux, sociaux.

Don Juan est la promesse de mariage, l'épouser du genre humain. Le contexte social est si important que finalement certaines femmes reprochent moins au burlador de ne plus aimer que de ne pas les épouser. Ici apparaît nettement à quel point, dans l'univers de don juannisme, il est nécessaire que la femme soit attachée aux interdits qui la ligotent.

Le Don Juan Tenorio de Zorrilla, est un moment important de la métamorphose du thème de Don Juan, deux personnalités opposées, en un même personnage. La première est l'imitation assez fidèle de celui de Tirso: c'est le saccageur, mais Zorrilla a introduit un deuxième stade: le Don Juan amoureux, séduit enfin par une femme . La deuxième partie nous montre l'évolution du repentir, le cheminement de la conversion, le combat entre le premier et l'homme nouveau racheté par amour. La fin de la pièce nous montre la miséricorde de Dieu et l'apothéose de l'amour et par là-même un hymne à la femme.

Dans le Don Juan de Zorrilla la femme apparaît en reine, Dieu est humanisé, la femme divinisée.

TIRSO Y ZORILLA

Du XVII nous passons au XIX et les concepts changent, nous entrons dans la modernité et avec elle des nouveaux concepts apparaissent. Le premier Don Juan brave audacieusement le ciel et descends aux enfers, il est condamné, il s'écrit à la dernière minute: qu'on appelle un prêtre pour que je me confesse et qu'il m'absolve. l'auteur était moine et moine de son époque. Il ne transigea pas, ne se laisse pas attendrir par ce repentir tardif et il lui répond: il n'est plus temps. Tu te souviens de  mois trop tard. Zorrilla lui pardonne, ce qui représente une victoire de la foi populaire, la foi du charbonnier, ici Don Juan pense sur la tombe de la femme aimée ce qui revient à dire qu'il n'est plus Don Juan. L'élément légendaire, l'orgueil satanique et la vision de sa propre mort disparurent quand le mythe évolua.

Dans le XIX siècle Don Juan devient un problème physiologique et sensuel, il ne se souviendra plus de la statue du commandeur, il n'invitera plus jamais les morts. Nous nous trouvons face à la rivalité de deux hommes, un pari entre eux: Don Luis : Don Juan. Deux pères aussi, celui de Don Luis et celui de Don Juan. Personne aide cette fois-ci Don Juan dans sa tromperie sauf son valet et la Celestine. Il n'y a pas nom plus de complicité entre Don Juan et le pouvoir réel.

Apparaissent l'amour et la Rédemption à travers cet amour. Les thèmes ne sont pas mythologiques comme chez Tirso. Nous ne retrouvons plus le thème du temps, si important chez Tirso. Chez Zorrilla, le langage est moins hermétique, on dirait presque une comédie de mœurs.

La proie de Don Juan et son Amour est jeune et sans expérience, enfermée dans un couvent, elle a 17 ans. Nous voyons apparaître la Celestine qui aide Don Juan, le discours sur le dehors et ses plaisirs, face au monde intérieur du couvent. L'amour moderne entre en scène et avec lui naisse une nouvelle conception de la séduction.

Ines tombera amoureuse surtout du monde de dehors et ses plaisirs, de la liberté, le savoir. L'amour spirituel sauvera Don Juan (el amor que hoy se atesora en mi corazón mortal, no es un amor terrenal), ainsi s'adresse Don Juan à Doña Inés. Nous nous trouvons en face d'un Don Juan plus nuancé, moins radical, et en même temps, plus cruel, plus amoral. Il paraît accepter l'excitation insensée pour la soumission finale.

Dans le premier Don Juan la main de la justice humaine facilite aussi bien la tromperie que la fuite, et la main de la justice divine le condamnera, tandis que dans le deuxième, celui du XIX ème, il est sauvé par l'amour et l'amour d'une femme.

En fait, la grande innovation chez Zorrilla c'est d'avoir juxtaposé deux sortes de merveilleux: un Don Juan macabre, fait de statues de spectres, d'ombres, de couleurs, d'os, de cendres et de feu et un autre bien veillant, flamboyant, fait de fleurs, d'angelots, de musique, de lumière d'aurore.

Alors, que chez Tirso le merveilleux final était justifié par une volonté de didactisme, chez Zorrilla il relève la préoccupation romantique d'un certain esthétisme et le goût de la profusion allant jusqu'à l'outrance.

La fin de Tirso est brutale et brève, définitive, celle de Zorrilla est long douce et par paliers successifs. Le Dieu de Tirso est austère et intransigeant de l'Ancien Testament, celui de Zorrilla est bien celui du Nouveau Testament.

CASAVOVA ET DON JUAN : LE TYPE ET LE MYTHE

Un type est un abstrait réel, le héros mythique, un réel concret. Typer, c'est dégager à partir des individus observables un certain nombre de traits représentatifs d'une catégorie. Le mythe meurt dès que les rêves des hommes, cessant d'aller de l'imaginaire vers le réel, sont inversement orientés du réel à l'imaginaire.

Casanova est un type, comme le roué du même siècle. Casanova a des traits du personnage typique que s'oppose à l'essentiel héros mythique. Celui-ci n'a pas de traits, il est une silhouette, une individualité animée d'une dite force unique.

Don Juan, le mythe, est un conflit incarné dans un personnage exemplaire, Don Juan en conflit entre le choix rebelle de l'immanence contre une transcendance insupportable. Don Juan vit pour et il est dit par les autres. Casanova vit et il est dit par lui même, d'où l'égocentrisme, la pédanterie, voir la névrose du "je" de Casanova, révélé si bien par le film de Felini. Don Juan est un être qui vit pour le social, contre le social, le héros prêt à remettre en question, à se remettre en question, payant de sa personne. Casanova est l'anti-héros préoccupé par lui-même, égocentrique et névrose, Don Juan et son dérivé: le don juanisme incarné par Casanova. l'esprit devenant matière, le mythe qui meurt dans le réel et se fait imaginaire chez Casanova.

CONCLUSION

Don Juan est l'historique d'un défi, d'un amour du danger qui conduira irrémédiablement à la mort, il est une perpétuelle recherche de la mort; il se révolte contre le Père Dieu, l'ordre établi. Il joue avec la mort et avec le femmes mais celles-ci ne joueront pas avec lui, elles ne sont pas tout à fait ses complices, parce qu'elles ne sont pas libres.

Don Juan rivalise avec les hommes et les défis à travers la séduction de la femme. Don Juan un  non initié qui cherche l'initiation à travers les femmes, la femme. Il ne s'agit pas pour Don Juan d'une recherche intérieure, mais d'une recherche du néant, de la mort, il cherche le salut à travers la mort comme unique solution à l'impuissance et le désespoir.

Don Juan ne s'arrête pas, n'écoute pas, il ne fait pas le silence, il s'étourdit, il défie pour oublier sa peur, seule présence à la fin de la pièce. Don Juan orgueilleux, révolte contre le pouvoir, terrorisme récupéré et récupérable, ou terrorisme insensé de nos jours. Don Juan ou l'action sans profit, quelqu'un d'autre en profitera: le don juannisme.

Don Juan ou l'extrême solitude…

De même que la nature a besoin de tempêtes et des cyclones, pour donner carrière à son excès de force, un révolté violente contre sa propre stabilité. L'esprit a besoin de temps en temps, d'un être démesuré, dont la puissance se dresse contra la communauté de la pensée et la monotonie de la norme. Ces révoltés héroïques ne sont pas moins des sculpteurs silencieux car c'est toujours uniquement par des natures tragiques que nous prenons conscience de la profondeur des sentiments et ce n'est que grâce aux esprits démesurés que l'humanité reconnaît sa mesure extrême. Diversifions-nous,  allons plus loin dans notre extrême solitude.