
Atelier à Futurinfo
sous l'égide du Conseil Scientifique
d'ARENOTECH
Résume de l'intervention de Métive
La
tradition orale et les nouvelle technologies
Expérience du Centre d’Etudes, de Recherche et de Documentation sur l’Oralité
(CERDO)
UPCP-Métive
L’apparition de nouveaux moyens de communication, transports et/ou médias, favorisant l’échange et le dialogue, a cependant fragilisé les liens privilégiés inter générations, rompant parfois la chaîne de la mémoire d’un Pays. C’est pourquoi, à divers niveaux, un travail de sauvegarde a été engagé.
A l’heure ou « la nouvelle société d’information », « le multimédia », et autres « autoroutes de l’information » génèrent des sentiments mêlés d’enthousiasme (extraordinaire puissance) et d’appréhension (impacts sur le tissu social ? Dérive vers un schéma culturel monolithique...), les traditions orales peuvent donner un sens supplémentaire à l’outil : préserver la mémoire de l’Humanité, et la rendre accessible pour tous.
C’est l’essence du projet de l’UPCP-Métive (Union Pour la Culture Populaire en Poitou-Charentes et Vendée) qui veut ainsi montrer que les cultures régionales, loin d’être tournées vers le passé, peuvent au contraire s’approprier les nouvelles technologies de communication.
Une
structure d’accueil
Créée en 1968-1969, l’UPCP-Métive a pour objectif de développer un projet culturel régional en lien avec un réseau œuvrant pour la défense et la valorisation de la culture et de la langue poitevine-saintongeaise. La mission de ce réseau associatif qui comprend une cinquantaine d’associations est assurée et prolongée grâce à plusieurs outils : La Maison des Cultures de Pays (centre culturel régional au cœur de la cité médiévale de Parthenay, siège de l’union), Geste Éditions (éditeur des publications écrites et sonores régionalistes, premier diffuseur du Centre-Ouest) et le CERDO (centre d’Etudes, de recherche et de Documentation sur l’Oralité)
L’UPCP-Métive est l’un des onze centres français de Musiques et de Danses Traditionnelles en région (C.M.D.T.) conventionné par le Ministère de la Culture ; il est membre de la Fédération des Associations de Musiques et Danses traditionnelles (FAMDT).
Le travail de l’UPCP-Métive bénéficie de l’aide de nombreux autres partenaires : le Ministère de la Jeunesse et des Sports, le Ministère de l’Éducation nationale, le Conseil régional Poitou-Charentes, le Conseil général des Deux-Sèvres, le Syndicat Mixte du Pays de Gâtine, les villes de Parthenay, Niort et La Roche-sur-Yon ainsi que la Bibliothèque nationale de France.
Un centre de ressources (le CERDO)
Le CERDO (Centre d’Études, de Recherche et de Documentation sur l’Oralité) a été constitué en 1994 au sein de la Maison des Cultures de Pays de Parthenay (Deux-Sèvres). C’est un lieu de recherche et de documentation sur les littératures orales créé au départ pour assurer la gestion des fonds documentaires (écrits , sons, images fixes et images animées) de l’UPCP-Métive, et plus particulièrement les enregistrements sonores résultant des enquêtes de terrain conduites par les membres du réseau associatif depuis environ 40 ans, essentiellement en Poitou-Charentes et Vendée. S’y ajoutent d’autres fonds d’importance moindre, concernant la Loire-Atlantique, l’Anjou, la Mayenne, la Bretagne, le Québec, l’Italie, l’Afrique du Nord.
Les archives du CERDO
Les archives inédites
- 8000 heures d'archives sonores collectées auprès de personnes âgées (1960-2002) pour la littérature orale (Contes-légendes-récits, chansons traditionnelles, musiques et danses traditionnelles, langue poitevine-saintongeaise, savoirs thématiques et récits de vie), et auprès des écoles des Deux-Sèvres pour la tradition orale enfantine. Ces documents sont partiellement numérisés sur disques compacts (à ce jour 1100 CD accompagnés de leur fiche descriptive, soient 25000 séquences sonores)
- 50000 photographies (diapositives, négatifs, papier) dont 40000 photos de reportages ethnographiques et 10000 reproductions de cartes postales anciennes et photos d'albums familiaux consultables majoritairement sur planches-contacts.
- 800 heures d' archives audiovisuelles (vidéo et cinéma) dont 36 heures consultables
- 450 dossiers thématiques (travaux universitaires, notes d'enquêtes, cahiers de chansons, tablatures de violon, partitions manuscrites...).
Les archives éditées
- 1100 cassettes et disques compacts sur les musiques métissées et traditionnelles
- 2000 ouvrages sur l’ethnologie et la culture régionale
- 370 titres de périodiques
- 100 classeurs de presse évoquant l'histoire du mouvement associatif de l'UPCP-Métive de 1966 à 2002
- 2500 ouvrages émanant de l'ancienne Société d'agriculture des Deux-Sèvres (du XVIIIe au XXe siècles) traitant spécifiquement de l'agriculture, l'élevage et la botanique.
- Le fonds documentaire de la Société de mythologie française
Accès à l’information et nouvelles technologies
Soucieux de restituer à un large public (enseignants, animateurs, artistes, étudiants et scolaires, familles des informateurs) et de faciliter la consultation au réseau immédiat des informations confinées au fond des enregistrements sonores, l’UPCP-Métive s’est heurtée comme d’autres centres en France à la méthodologie d’identification des séquence sonores (items) et à leur l’accès.
C’est ainsi qu’une commission documentation voit le jour en 1990 au sein de la FAMDT en créant une équipe de travail capable de proposer une harmonisation des systèmes de description et d’interrogation documentaires particulièrement sur le son inédit
En intégrant les préconisations de la commission le CERDO travaille jusqu’en 1995 sur des supports analogiques en se posant plus de questions sur la sauvegarde-conservation (duplication régulière) du document que sur l’accès à l’information. Les limites sont évidentes : la description manuelle minutée est pertinente mais l’accès physique à l’information est fastidieuse. Pour aller à la 43e minute il faut soit attendre 43 minutes, tâtonner sans véritables repères ou utiliser des lecteurs de cassettes à temps réel qui demandent un calage perturbant pour le public. Il y a donc une difficulté majeure pour séduire un public qui n’est ni préparé culturellement à ce genre de consultation, ni spécialiste.
En 1995 le CERDO met en place une chaîne technique de numérisation permettant d’indexer les plages sonores (une chanson et son commentaire, un conte, une opération détaillée d’un savoir-faire…). Le repérage de l’information est d’autant plus facilité par l’acquisition d’un progiciel de traitement documentaire (texto Windows) à partir duquel il est désormais possible d’appliquer les préconisations du Guide d’analyse documentaire du son inédit FAMDT (première mouture) auquel le CERDO à participé. Cette fois-ci le découpage est certes subjectif mais d’accès aisé ; cependant la base de données documentaire qui n’est consultable que localement, est peu conviviale et n’est utilisable presque exclusivement que par les documentalistes après formulation des besoins
A partir de1997 l’UPCP-Métive bénéficie de l’infrastructure et de la logistique informatique inhérente au projet européen de « ville numérisée » de Parthenay (câblage, accès permanent à internet) ce qui a contribué largement au choix de l’internet comme moyen de diffusion de notre fonds documentaire. Malheureusement l’option choisie, à savoir l’interface proposé par le fabricant du logiciel documentaire, n’était véritablement pas adaptée à nos besoins et au cahier des charges induit par le guide FAMDT. Nous avons dû changer de stratégie en demandant à une entreprise informatique de Parthenay de développer une application répondant à notre cahier des charges. La base de données sonores dans un premier temps a nécessairement évolué vers une base de données de type multimédias, tout du moins en ce qui concerne les notices catalographiques car seul le développement du module d’accès sonore a pu être actuellement développé. Affinée jusqu’en 2002, cette application nous permet désormais une interrogation conviviale et un accès partiel au son, tant en local qu’à partir de l’extérieur (3000 séquences sonores accessibles : www.cerdo-metive.org)
Il faut toutefois rappeler que les matériaux que nous traitons et auxquels nous donnons accès, sont des sons inédits soumis à une législation contraignante. Parfois, il peut s’agir de créations d’œuvres orales qui sont soumises aux droits d’auteur, mais en général les œuvres collectées émanent du domaine public et par conséquent ne rentrent pas dans le cadre des droits d’auteur. Nos documents sont issus, pour la plupart, de collectage ; en France l’enquêteur est assimilé au producteur phonographique (1ère fixation) et peut prétendre à un droit moral et aux droits patrimoniaux. Quant à l’informateur, il bénéficie des droits voisins des droits d’auteur en tant qu’artiste-interprète (législation qui s’appuie sur le Traité de Rome), les droits patrimoniaux s’appliquant à partir du 1er janvier 1986.
Malheureusement - et on peut l’imaginer en terme de qualité de relation humaine sachant que la collecte (1971-1985) était une opération de sauvegarde patrimoniale systématique qui valorisait également les rencontres intergénérationnelles - ces enquêtes sont rarement accompagnées des autorisations nécessaires (acteurs ou ayants droit) pour une diffusion ou une exploitation ; nous sommes par conséquent hors-la-loi en diffusant publiquement ces documents. C’est donc un problème majeur au regard de l’exploitation patrimoniale revendiquée.
L’expérience
européenne Notre expérience en matière de gestion d’archives sonores inédites, visible à travers les communications de la ville de Parthenay, nous a conduit à collaborer à un projet européen initié par le musée de la ville de Toroella de Montgri en Catalogne.
Le projet « Phonomedia-Traditio » avait pour objectifs la sauvegarde, la mise en valeur, la diffusion de la musique et de la danse traditionnelles en Europe à travers les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). La première étape de ce projet, dont on pourrait imaginer un prolongement avec le réseau FAMDT (www.famdt.com), devait permettre une meilleure connaissance des traditions populaires en Italie, Catalogne et France (Poitou-Charentes-Vendée) à travers la musique, la danse et la fête ; la création d’un modèle de recherche et d’accès à la documentation sur les traditions populaires en utilisant les possibilités offertes par la technologie multimédia et le réseau internet.
Ce projet a été présenté en 1998 par la ville de Toroella de Montgri (Catalogne-Espagne),
la Discothèque d’Etat (Rome-Italie) et l’association UPCP-Métive (Parthenay-France).
Il a été soutenu par la commission européenne dans le cadre du programme Raphaël
(promotion de projets de coopération internationale entre institutions muséographiques
de différents pays membres de l’Union européenne) et approuvé en décembre 1998
(www.phonomedia.org) ;
il s’est achevé en début d’année 2001. Jean-Louis Neveu, Responsable du CERDO - http://www.arenotech.org