L’HABITANT
DE LA CITE NUMERIQUE.
André Jean-Marc Loechel, Président du Réseau
européen des Villes Numériques
« Incarnez d’abord vous-mêmes le changement que vous voulez apporter », Gandhi
A l’instar de plusieurs communications au sein de ce colloque, il s’agit pour nous ici, à plusieurs reprises, de nous faire l’écho de propos et d’analyses exploratoires. Si en effet l’objet même de nos recherches - la ville numérique - atteint aujourd’hui une décennie d’existence, son traitement (et les analyses premières qui en sont issues) compte à peine cinq années : c’est dire le petit nombre de constats que l’on peut considérer avec quelque assurance comme scientifiquement assurés. Ce qui est ainsi vrai pour le champ urbain, l’est naturellement encore d’avantage pour celui qui y habite et y travaille.
C’est dire surtout les difficultés qui nous attendent dans des démarches comme celle présentée ici même. Notre habitant d’une cité numérique se trouve en effet, par exemple, marketisé « citoyen » conjointement par les acteurs économiques et politiques (avec, au demeurant, une quasi-synchronie et une réelle parenté dans la formulation). Stratégies et propositions d’expérimentations de tout type entendent en effet souvent le modéliser avant tout comme consommateur d’analyses, au demeurant souvent élémentaires. On attend d’abord de lui qu’il valide, au travers de certaines postures comportementales et émotionnelles, des discours et schémas qui permettent à leurs postulants d’atteindre une sorte de masse critique rhétorique, vecteur de crédibilité apparente pour eux et leurs préconisations. Une analyse tant soit peu sérieuse ne peut évidemment que se heurter à de telles pratiques de verbiage pseudo sociologique, notamment particulièrement fréquentes en France : barrage pour l’analyse et un réel suivi, elle constitue aussi un facteur éminemment négatif pour la diffusion de pratiques réellement innovantes et leur accompagnement.
Assurant le suivi de nombreuses réalisations et expérimentations urbaines en Europe en matière d’utilisation des technologies numériques pour le développement économique, mais aussi l’accompagnement dans la réalisation de services nouveaux pour les habitants[1], au-delà même de la diversité des horizons culturels dans lesquelles ces observations se situent, nous pouvons néanmoins aujourd’hui commencer à esquisser un premier portrait de l’homme hypermoderne.
Pour ce qui est de son inscription temporelle, l’habitant de la cité numérique se trouve tout d’abord à l’interaction des enjeux de l’identité et de l’innovation, tant il est vrai que les processus innovants exigent une gestion rigoureuse de la mémoire collective. Pour ce qui est de son inscription spatiale, l’interaction nouvelle est celle de l’univers professionnel et du vécu territorial : l’entreprise et l’ensemble de son univers professionnel d’une part, le territoire et tout le vécu de son offre d’autre part. Dans les deux cas, c’est tout un monde de savoirs (avec les mécanismes de leur transmission) et de signes (avec ceux de leur décodification) qui se trouvent au cœur de telles interactions et qui constituent le contexte même de la vie de notre homme hypermoderne.
[1] Voir : www.espaces-multimedia.org