POUR
UN MUSEE VIRTUEL DE LA GUYANNE
Une contribution à la réflexion lancée par l’Université de la Communication d’Amazonie
Dans le cadre de l’évocation de la Guyane numérique, il est difficile - si ce n’est impossible - d’évoquer les chantiers du futur sans mentionner ce qui constitue à nos yeux la condition première de la réussite de ceux-ci : la gestion de l’identité du territoire.
Nous n’avons cessé de la rappeler au travers de l’ensemble de nos préconisations et accompagnements des projets en la matière : il ne saurait y avoir de mise en œuvre de processus d’innovation sociale et technologique sans une prise en compte prioritaire de l’identité d’une région.
L’EST DE L’AMERIQUE LATINE : UN BERCEAU CIVILISATIONNEL MECONNU ?
Et c’est en cela précisément que réside pour Cayenne et la Guyane toute l’actualité de la démarche que nous nous proposons d’analyser à l’occasion de la présente séance : car c’est en effet au moment même où semble être réunies toutes les conditions de l’ouverture du grand chantier de la Guyane numérique que les archéologues travaillant dans la partie orientale de l’Amérique du sud contribuent - et ils sont loin d’être les seuls - à mettre en avant la nécessité pour ce territoire de s’appuyer sur l’ensemble de ses référents identitaires, récents ou lointains, afin de scénariser son futur.
Il y a à peine trente ans en effet, tous les historiens du continent sud-américain étaient convaincus que seule la partie occidentale avait connu plusieurs civilisations urbaines successives, et ceci deux millénaires avant même l’arrivée européenne.
A l’Est des Andes, il n’était nullement question (un article récent de Nicolas Journet le rappelle encore dans la toute dernière livraison de la revue Sciences Humaines) d’évoquer l’existence d’une quelconque civilisation, du fait même - disait l’archéologue Betty Meggers - du déterminisme naturel qu’aurait constitué le climat et la nature des sols.
On
le sait, trois décennies de découvertes ont rompu avec cette vision du passé
précolombien : on connaît depuis peu de temps l’existence d’importantes
agglomérations se trouvaient le long de l’Amazone, de même que la qualité des
aménagements retrouvés en Amazonie bolivienne qui a permis de voir émerger une
civilisation parfaitement comparable, semble-t-il, à celle des cités méditerranéennes
les plus anciennes. Nicolas Journet souligne d’ailleurs qu’un archéologue comme
Donald Lathrap avait en quelque sorte même inversé le « mouvement civilisationnel »
en estimant que c’est en Amazonie que s’était faite la domestication des premières
espèces végétales et non pas à l’ouest des Andes.
C’est donc un passé incontestablement assez brillant que révèle l’archéologie des basses terres, au point de nous permettre, au travers de ces découvertes, de parler bel et bien d’une véritable revanche de l’Amazonie.
Par ailleurs, au moment où la sémantique du déclin d’un pays ou d’une civilisation constitue un débat d’actualité entre économistes, il est intéressant de constater que les raisons de celui des civilisations amazoniennes ne l’est pas moins entre spécialistes du monde amérindien.
Quoiqu’il en soit, au-delà des revendications d’identité, au delà aussi des possibilités pour une région comme la Guyane de devenir un laboratoire du e-tourisme aux côtés d’autres territoires comme celui de la Réunion, il nous semble important d’esquisser ce que peut être une stratégie de mise en ligne du patrimoine et de dresser un rapide panorama des outils disponibles et des projets en cours. Laura Garcia Vitoria, Présidente d'ARENOTECH