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Conférence européenne sur les Weblog - Centre pour les nouveaux média

Université du Danube - Krems - Mai 2003

Le Carnet Web de l’ARENOTECH :

quelles stratégies pour de nouvelles formes d’agencement de savoirs ?

Laura Garcia Vitoria, Présidente de l’ONG européenne ART - EDUCATION - NOUVELLES TECHNOLOGIES

Au-delà des moblog, pocketblog et weblog de toute nature, le carnet Web de l’ARENOTECH reflète une tradition entretenue depuis un bon moment par bon nombre de nos correspondants et interlocuteurs.

Plusieurs entrées du site www.arenotech.org ont d’ailleurs été conçues dès le départ sous un tel angle.

L’actuel développement de ce genre de pratique d’écriture et d’édition doit nous amener à reprendre le processus dans sa globalité pour en analyser les possibilités de pertinence informationnelle et ses apports possibles à un véritable agencement de savoirs.

Les industries culturelles européennes ont à ce jour totalement échoué dans la mise en place de nouvelles modalités de distribution et d’aide à la structuration de connaissances.

De manière éminemment informelle, se sont ainsi en place des communautés épistémiques cherchant par leurs seuls moyens et souvent une réelle créativité à utiliser les outils à leur disposition pour œuvrer à cette fin.

Tâtonnements multiples, réinvention d’évidences et manque évident et de persévérance sont parfois les travers manifestes de certains des acteurs d’un tel chantier.

L’ARENOTECH a souhaité quant à elle entamer sur ce sujet une réflexion à long terme, basée sur une réelle expertise de son réseau, et les carnets Web peuvent en constituer à ses yeux l’une des composantes.

Ce sont donc les principaux axes de cette réflexion que la présence intervention se donne pour tache de présenter à votre conférence.

En effet, la formulation de George Siemens énoncée à l’occasion de la préparation de notre rencontre constitue une véritable énumération de la plupart des composantes évoquées dans maints projets européens depuis qu’à Lisbonne la Commission européenne avait affichée il y a de cela maintenant trois ans l’ambition de la création d’une véritable société de la connaissance en Europe : la prise en compte de référents confortant les analyses personnelles et autorisant la diffusion d’une information, le cadrage spatio-temporel de celle-ci, une connaissance réelle des mécanismes de l’innovation et de production de connaissances…

Les destinataires des weblogs et les intentionnalités de constitution de communautés épistémiques constituent donc à nos yeux un premier champ de réflexion. L’articulation de weblogs avec la création d’un carrefour des compétences constitue une autre de nos préoccupations que nous souhaitons évoquer dans notre intervention. Enfin, il n’est évidemment guère envisageable d’omettre la prise des comptes des rapports spécifiques à l’espace et au temps ainsi généré.

1 - Les weblogs s’inscrivent d’abord et avant tout, de manière incontestable, dans de nouveaux construits sociaux.

Au travers de l’usage des carnets, ce sont des sortes de communautés médiatées qui prennent forme, même si en rendre compte aujourd’hui au travers du concept de communauté peut poser problème tant les anciens attributs autrefois liés à ce terme ne jouent plus ici guère de rôle.

Au-delà de l’objet informationnel commun, le carnet Web est donc d’abord et avant tout un lieu où l’Homo Reciprocans tant évoqué aujourd’hui cherche peu un lien interpersonnel.

L’objet informationnel sera requis d’abord pour sa logique de constitution, autour d’un projet global notamment, mais surtout pour sa dynamique.

Sur ce dernier plan, le débat est évident : pour l’ARENOTECH, c’est le matériau immédiatement transposable dans le corpus culturel de chacun qui prime.

C’est donc très vite une communauté épistémique qui parallèlement se construit lentement et qui d’une manière ou d’une autre y alimente ses analyses et sa topologie. Plus qu’une confrontation de savoirs, c’est un savoir algorithmique qui se forme.

Mais un tel processus est exigeant et peu ouvert, si ce n’est en version back-office, à un agencement qui devrait plus au hasard des temps de correspondance qu’à une sorte d’auto confortation des données.

 

L’utilisateur d’un carnet - dans le contexte épistémique ici décrit - n’entend pad reprendre et vérifier le travail qui est sensé avoir déjà été fait autour de l’objet informationnel en question.

Pour l’ARENOTECH, un tel carnet réside d’abord dans la constitution d’un savoir réparti ou à répartir. Y participer repose dès lors sur une expertise reconnue de manière plus ou moins formelle et codifiée de manière précise.

2 - C’est précisément pour cette raison que l’ARENOTECH a envisagé la constitution d’un véritable carrefour des compétences qui constituera dès mars 2003 l ‘un des points clefs permettant le développement du carnet.

Très brièvement, de quoi s’agit-il ?

Thématiques et sous thématiques permettent à tous ceux concernés par les approches proposées par l’ARENOTECH - au travers du carnet Web par exemple - de mettre à disposition leurs écrits, travaux, analyses, l’ensemble des écrits et documents iconographiques illustrant leurs réactions et positionnements.

Leurs auteurs pourront ainsi par là suite y faire référence en envoyant photos et observations, au moment par exemple de leur présence sur le terrain au moyen de leurs outils mobiles.

Nous avons voulu mettre ainsi sur pied un dispositif informationnel donnant tout son sens au carnet comme outil de constitution de connaissances.

Le dispositif s’articule autour de six thèmes : territoires numériques, pôles de compétence territoriaux, gestion des savoirs (rapports des territoires aux savoirs et accès aux réseaux), culture et territoire (lieux patrimoniaux, nouveaux espaces de création et structures d’expertise, économie et technologies du numérique (programmes, technologies, outils, usages et économie du numérique) et patrimoine en ligne et musées virtuels (analyses et projets).

Nous réfléchissons aujourd’hui aux possibilités éventuellement offertes par une prise en compte des informations du carnet à l’intérieur du carrefour de compétence et inversement.

Un menu déroulant permet ainsi notamment la prise en compte de toutes les régions d’Europe - puisque, sans oublier nos partenaires canadiens et libanais par exemple, le cadre d’analyse arénotéchien est celui de l’Europe.

3 - Nous devons donc pleinement intégrer dans une analyse d’un tel Weblog les nouveaux rapports qui sont les nôtres à l’espace et au temps.

L’ambition épistémique clairement évoquée précédemment doit pouvoir mettre à disposition un certain nombre d’outils conceptuels sans lesquels un carnet Web reste un instrument ludique sans grand intérêt.

Il faut souligner combien de tels pré-requis, qui peuvent sembler en première instance quelque peu dissuasifs, rassurent en fait quant à la qualité de l’apport informationnel.

Une fois en place, ils ne nuisent nullement au temps de l’écrit, quant à sa rapidité intrinsèque certes, mais aussi pour ce qui est d’un recul tout autant nécessaire.

Ils permettront également à l’avenir d’intégrer tous les avantages d’un Moblog. ceci sans préjuger de leur insertion par exemple dans des dispositifs d'information parlée de proximité (on pense ici au système MPN - Matrix Public Network - récemment mis au point  à l'université de Brême par Tom Nicolai et Ansgar Schmidt). Mais d’autres intervenants évoqueront certainement ces questions.

C’est dès lors, si l’on suit notre approche, une véritable systémique comparatiste qui se trouve mise au service de l’écriture et qui pourrait être l’un des apports majeurs de la publication d’un carnet Web : ne jamais s’aventurer à avancer un jugement ou quelque propos que ce soit sans allusion à d’autres lieux et à d’autres temps.

Seule une telle démarche assure en effet une configuration interactive efficace. Nous savons tous en effet combien une rhétorique sans fondements tue l’interactivité.

Tous les rédacteurs de tels carnets devraient ainsi méditer les formulations de Pierre Musso en introduction d’un récent colloque tenu en juin 2001 sous l’égide de l’école doctorale de science politique de la Sorbonne, introduction intitulée « Le réseau : de la mythologie grecque à l’idéologie d’Internet » [1].

Tout comme Internet a son saint, pourquoi en effet ne pas placer le Weblog sous le patronage de la figure grecque de la métis, « une intelligence du changement, comme le sera toute pensée du réseau ».

A l’attention de tout rédacteur de carnet, on adoptera donc ici sa propre conclusion :

« La métis grecque, l’Encyclopédie, le saint-simonisme ou la première cybernétique cherchent dans le réseau un mode de connaissance…Le réseau demeure tout à la fois une technologie de la connaissance et une figure symbolique de l’intermédiaire. Il est toujours biface parce qu’il sépare et relie : un lien invisible entre des lieux visibles ou un passage visible vers des lieux invisibles ».


[1] Réseau et société, Presses Universitaires de France, Paris, 2003