Théo, le « MALGRE-NOUS »

En ces temps de guerre et de destruction de la mémoire, vient de disparaître l’un de ceux sans lesquels ARENOTECH n’existerait pas.

Sa modestie ne l’a jamais porté à se mettre en avant, pour nous il restera donc Théo le « malgré nous », en allusion à l’un des épisodes les plus tragiques du second conflit mondial, celui des alsaciens dont le malheur fut non seulement d’être enrôlés de force dans l’armée allemande, mais aussi de connaître les camps staliniens de Sibérie, « là - lui dit-on alors - où le soleil ne se couche jamais » et où l’on se rassurait au petit matin au cri de « les morts sont tous vivants ».

Nul moins que lui fut préparé à ainsi traverser une Europe qu’il ne reconnaissait pas, puis à son retour un pourtour méditerranéen qui sans ses éternels soubresauts pourrait assurer une vie de plénitude à bien des peuples.

Nul n’a voulu pourtant conserver davantage que lui la foi en l’homme, la conviction que dans tout être reste une volonté dénuée d’esprit de lucre, d’intérêt personnel, de capacité à se détacher des règlements administratifs et des contraintes sociales qui n’étaient pas en mesure de se faire vecteurs de justice et de bon droit. En cela même (pensons aux représentations vénitiennes de Saint Théodore), il portait bien son nom de baptême.

A ses yeux, comme l’a rappelé à l’occasion de la cérémonie funèbre qui s’est déroulée en la cathédrale de Strasbourg le Frère Paul - Irénée Fransen, moine de Maredsous, l’honneur de l’homme était d’abord d’écouter l’autre et de le servir. Au point que dans son enfance il rêvait de devenir un « petit marchand de glace » distribuant un peu de bonheur et de rêve. Même s’il dut convenir à bien des reprises, et ce jusqu’à la fin de son existence, que telle n’était pas forcément la disposition première et la nature même de tous les hommes.

A quatre-vingt ans, il s’en est allé un matin, aussi discrètement qu’il aura vécu, alors même que les premières fleurs d’un nouveau printemps apparaissaient à ses fenêtres. Un premier printemps où il ne nous accompagnera plus.

Il restera pourtant, jour après jour, un modèle pour chacun d’entre-nous : les compétences et les « savoirs invisibles » et savoirs d’action de chacun, il convenait de les respecter ; toute connaissance que nous avions la chance de posséder, il convenait d’en informer autrui et de la partager. Ce fut d’ailleurs pour lui le sens même des premiers ordinateurs personnels.

C’est donc sous l’égide de sa mémoire qu’ARENOTECH poursuivra la réflexion engagée.

Laura Garcia Vitoria