Heureuses
disparités territoriales ?
La nécessaire inscription spatiale de la dimension cognitive des activités liées à un territoire.
S’avère
indispensable aujourd’hui une révision collective de nos modes de pensée :
il s’agit de prendre en compte réellement les trajectoires des territoires dans
leur dimension historique qui en font un construit d’activités
économiques.
Lorsque l’on procède ainsi, pour ce qui est des projets numériques par exemple menés par des collectivités territoriales, on s’aperçoit bien sûr que la poussée à l’agglomération des activités technologiques est surtout liée à la reconfiguration de réseaux déjà existants et instaurés parfois depuis bien longtemps. Ce sont donc les acquis des constructions antérieures de chaque collectivité qu’il convient donc d’abord de conforter. Les meilleurs des modèles transposables ne sauraient l’être de la même manière : les ignorances relatives au passé urbain peuvent ainsi coûter cher au développement économique d’un territoire, tant « l’atmosphère » chère à Alfred Marshall et le contexte culturel de manière générale font que selon les lieux les logiques cognitives à l’œuvre s’avèrent bien différentes.
Prendre seulement en compte les disparités entre territoires dans leur compétition pour accueillir les investissements productifs constitue l’une des hypocrisies majeures des formulations contemporaines. Ce dont il s’agit entre territoires et entreprises souhaitant s’y installer - plusieurs chercheurs ont récemment souligné ce point -, c’est d’une construction commune territorialisée, avec un réel apprentissage collectif et de véritables dynamiques de co-production de ressources. Aussi, il ne s’agit pas tant aujourd’hui de considérer le nomadisme de certaines activités économiques à l’aune des disparités que d’aider à rendre plus crédibles les incitations développées par certaines villes à l’ancrage territorial d’activités économiques nouvelles et à ce qu’il est convenu d’appeler une endogénéisation réciproque.
La nécessaire complexité de l’articulation des logiques et des images rend en effet difficile à gérer le rapport entre acteurs territoriaux souvent éloignés de par leurs stratégies institutionnelles. Là réside l’inéquation constatée à maintes reprises face aux enjeux par exemple des financements territoriaux européens et notamment la grande saga des programmes FEDER. Alors que nos interlocuteurs cultivent leurs référents spatiaux, il s’est avéré à bien des reprises difficile de leur faire partager des logiques d’un territoire pertinent perçu à travers des critères quelque peu nouveaux - dans le domaine des activités relatives à l’imagerie numérique par exemple - en matière de dynamiques de développement et de choix stratégiques.
Au
sein des collectivités, il est donc essentiel à l’avenir de faciliter une vraie
convergence des représentations des différents acteurs concernés et de
déterminer les conditions concrètes d’une co-construction des compétences
et surtout et avant tout l’inscription spatiale de cette dimension cognitive.
Une telle inscription s’avère en fait beaucoup plus importante, on le sait bien
aujourd’hui, que celle des interactions entre infrastructures et développement
économique territorial.
Une autre conséquence essentielle d’un tel constat s’érige en termes de nécessité absolue : il s’agit d’œuvrer de manière à conforter des pôles de développement économiques qui soient solidaires au niveau interrégional, aussi bien à l’échelle européenne qu’internationale. Et là, pour ce qui est de l’action des acteurs territoriaux et des synergies qu’il leur faut établir - en matière de contribution en termes de veille et d’intelligence économique par exemple -, il convient de reconnaître que l’essentiel reste à accomplir, dans le domaine précisément surtout de la mise en place des stratégies d’apprenance collective.
Les savoirs nécessaires à la constitution territoriale de pôles de compétence et de compétitivité obéissent en effet à une véritable dynamique de constitution et de mise en œuvre dans un environnement : en ce sens on peut parler de dynamique locale des savoir-faire.
C’est ainsi un questionnement plus général, quasi-philosophique, que l’on a pu récemment en déduire, susceptible d’inspirer peut-être à l’avenir le sujet d’une nouvelle rencontre: « le changement technique global n’est-il que le fruit de processus locaux de différenciation ? ».
Nous préférons naturellement pour cette raison même, dans le cadre des travaux et analyses du Réseau européen des Villes Numériques (www.villesnumeriques.org), utiliser le terme de différenciation que celui de disparité. Si la disparité est évidemment souvent subie, la différenciation se trouve aujourd’hui heureusement souhaitée, préconisée et recherchée.