Les bornes Wi-Fi : de nouveaux enjeux

Une fois de plus, les promesses technologiques ne sont parfois guère au rendez-vous lorsque se développent les premiers usages… Le test développé à la Gare du Nord dure jusqu’au 2 août, mais son coût est jugé prohibitif par quelques utilisateurs étrangers habitués dans leurs villes à des usages gratuits ou peu coûteux : cinq euros pour prendre une information sur un site Internet (un coût de 20 minutes de connexion, même si seulement quelques minutes sont utilisées) ne saurait en tout cas faire rentrer son utilisation dans les mœurs de la plupart des passagers. Attendons l’expérimentation prévue dans le TGV Atlantique. Le hot spot de la SNCF permet tout au plus de réserver gratuitement ses billets - c’est bien le moins -, ou de télécharger de la musique, activité dont on se demande si elle correspond bien aux urgences premières des passagers de la gare…

C’est d’ailleurs le même état d’esprit qui préside à l’accord entre Orange et la chaîne Accor (900 hôtels): il s’agit même là d’un véritable partenariat, dans la mesure où Accor percevra une partie des revenus générés.

Un test plus sérieux est conduit par la RATP, où le service sera gratuit tout au cours de cette phase. Par ailleurs, il est clairement conduit en vue d’une généralisation du service. Le réseau WIXOS est composé en un premier temps de bornes installées aux abords de douze stations de métro, le long du tracé en fait de la ligne de bus n°38, à partir précisément de la Gare du Nord et ce jusqu’à la porte d’Orléans. 24 antennes ont été installées, reliées par un anneau Gigabit Ethernet.

On espère que la plus grave des erreurs ne sera pas commise dans l’installation de toutes ces bornes. Non pas - du tout - qu’il faille mettre en place forcément des accès gratuits partout : l’absence générale d’un modèle économique cohérent aurait certainement très vite raison, en ces temps difficiles pour les opérateurs, de ce type d’accès.

Par contre, toute autre serait une stratégie volontariste de dynamisation d’un certain nombre de lieux permettant de valider des usages nouveaux (dans le domaine touristique par exemple) et de rendre plus familières les ressources en ligne, notamment lorsqu’elles sont en étroit rapport avec les espaces en question. Un champ d’expérimentation de premier ordre pour des technologies et des applications véritablement nouvelles s’offre ainsi.

Autrement dit, regardons de très près des expériences comme celle de Hambourg où la ville a choisi le modèle de la gratuité pour cette raison même, en toute cohérence par exemple avec ses choix d’aménagement urbain et surtout d’être elle-même pilote de l’opération.

Issy-les-Moulineaux a bien compris, une fois de plus, un tel intérêt. Trois hot spots à 11 Mbits/s ont été mis en place au centre administratif, au restaurant du stade et au parc municipal des sports, avec à chaque fois la gratuité d’utilisation. Un accès à 54 Mbits/s a par ailleurs été installé dans la salle multimédia du centre administratif. Le tout pour un investissement municipal de 3000 euros…

On ose espérer que telle sera l’attitude des diverses mairies parisiennes concernées par ces différents tests - telles que celle du IIIème arrondissement -, mais aussi des collectivités locales qui doivent prendre conscience de tels enjeux.

Il faut en effet également tenir compte des offres communautaires de connexion gratuite qui concernent d’ores et déjà 500 bornes de relais gratuits à Paris (dans un rayon de 150 mètres maximum) : un début, dans la mesure où une ville comme Saragosse en Espagne est aujourd’hui en grande partie couverte par des antennes communautaires. 1200 personnes se trouvent par ailleurs aujourd’hui inscrites sur le site web de l’association « Paris sans fil ».

L’évolution des expérimentations aux Etats-Unis sera ainsi particulièrement intéressante à suivre, qu’il s’agisse des villes les plus équipées telles que Portland, ou au contraire de zones rurales : ainsi à Sebastopol en Californie, Port Townsend dans  l’Etat de Washington et dans plusieurs collectivités de l’Iowa et du Montana. Mais c’est sans conteste du Bay Area Research Wireless Network de San Francisco que viendront les enseignements les plus concrets.

En tout cas, on retiendra - parmi notamment les propositions de l’Association française de l’Internet Mobile - celle consistant à permettre aux collectivités locales d’accéder au statut d’« opérateur de communications électroniques ». Cela passera par une modification du Code Général des Collectivités Territoriales : ces dernières pourront dès lors dans ce cadre agir par elles-mêmes, choisir leur gestionnaire de réseau, leur opérateur sous-traitant... http://www.arenotech.org