
Une exposition au Palais de Tokyo à Paris
Là
encore, les artistes de la Renaissance, dignes héritiers eux-mêmes des scriptoria
enlumineurs de portulans et autres cartographies de la mémoire, connaissent,
à l’heure de l’informatique, une descendance quasi-assurée au travers d’un recours
insistant des créateurs aux tableaux de données, diagrammes, images satellitaires,
cartes, atlas et plans. L’objet ne saurait qu’en être identique, permettant
à un commissaire d’exposition de souligner qu’« il faudrait remonter plusieurs
siècles en arrière pour voir les artistes explorer le monde physique avec une
telle ardeur [1]».
Après les épisodes de préfiguration d’un Land Art cher à l’homme postmoderne, c’est bien évidemment le référent numérique qui assure le meilleur support aux contenus métaphoriques de telles réalisations et une matérialité assumée à ses exigences de connectivité et de tissage de liens. Des réalisations récentes du ZKM de Karlsruhe, mais aussi une exposition également présentée à Barcelone et Madrid [2] ont bien mis en évidente l’impérieux besoin pour de nombreux artistes de visualiser les flux communicationnels, en allant jusqu’à leur conférer des traits corporels, les flux de la société informationnelle se faisant ainsi les vecteurs de référence au Banquet platonicien.
Nouvelles
géographies du tendre et représentations géopolitiques de toutes les utopies,
ces créations obéissent à l’émotion et pour cela bien souvent contournent et
réutilisent à des fins affectives diverses des matériaux dont doit souvent être
scrupuleusement vérifiée leur non-adéquation, voire leur non-confirmité à un
quelconque usage : c’est souvent la mémoire qui en constitue l’instance
suprême bien d’avantage qu’une éventuelle utilité immédiate.
A travers de telles cartographies d’enquêtes véritables ou parodiques, l’artiste, cinq siècles après les contemporains de Jacopo de Barbari, se veut accompagner l’architecte et l’urbaniste en se réappropriant, pour les transmettre à leurs contemporains en quête de repères, les terrains de l’intégration topographique et de la cosmogonie.
[1] Nicolas Bourriaud, GNS (Global Navigation System), Paris, Palais de Tokyo, 2003.
[2] Exposition « Métabolisme et communication », Barcelone, Karlsruhe et Madrid, 2003.
André
Jean Marc Loechel
Président du Réseau
européen des Villes Numériques
