La ville numérique et le son

UN NOUVEAU RAPPORT AU SON ET A SON ESPACE D’EMISSION

Le rapport à la musique, les liens entre la musique et l’image au travers notamment de nouveaux terminaux mobiles, la gestion du bruit et les tolérances aussi bien que les intolérances qu’il génère, tout cela constitue un chapitre important de l’écriture de la vie dans la ville numérique de demain.

Deux projets européens - LISTEN et CARROUSO - auxquels participent en France France Telecom Recherche et Développement, l’IRCAM ou encore l’Université de Paris VI permettent aujourd’hui d’imaginer un nouveau rapport entre les auditeurs et le son.

Grâce en effet au traitement informatique, les instruments et les voix se libèrent des haut-parleurs, en conservant leur positionnement originel et ce quel que soit l’endroit où se trouve l’auditeur : libéré, celui-ci peut opter pour toute forme de mobilité dans l’espace de diffusion où il se trouve. Grâce à l’utilisation de la diffusion d’une série de sources secondaires, le son conserve son attachement à l’espace d’où il a été émis.

Le spatialisateur du projet CARROUSO

Les travaux menés par l’IRCAM depuis dix ans permettent de rendre la partition fondamentalement indépendante de la manière dont elle est reproduite : le système permet donc de passer d’une grande salle de concert à un simple casque stéréo. On choisit le système de diffusion au dernier moment et c’est le spatialisateur - mis au point par l’IRCAM et dont un démonstrateur sera présenté dès la fin de 2003 - qui se charge de l’adaptation.

Aussi bien la texture que la couleur du son se trouvent de la sorte emprunts de l’ambiance qui était celle au moment de la prise de son que naturellement de l’espace dans lequel il se trouve reproduit. Mais c’est encore tout un travail sur les interfaces qui s’avère riche de possibilités dans les prochains développements.

Le projet LISTEN et la sonorisation des espaces d’exposition

Les lieux qui seront ainsi parmi les premiers concernés seront les lieux patrimoniaux, religieux et archéologiques à travers l’organisation des concerts qu’ils proposent, mais aussi en vue de leur rediffusion dans les mêmes lieux.

C’est d’ailleurs la visite d’exposition qui se trouve le champ d’application visé par le projet LISTEN, où les universités autrichiennes et allemandes ont apporté d’importantes contributions. Et ce afin de fournir d’abord des informations personnalisées tout au long de la visite : lorsque le visiteur revient devant un tableau, il n’entend pas une fois de plus la même explication - ce qui ne saurait clairement que le dissuader de revenir à certaines images ou objets pour mieux les comprendre -, mais au contraire des explications complémentaires, augmentant ainsi le plaisir avec lequel il est possible de démultiplier les savoirs sur un objet qui lui apparaît d’autant plus accessible et qui lui propose en quelque sorte de démultiplier les liens personnels et de plus en plus personnalisés : jeu avec l’image, jeu avec une iconographie jugée complexe, mais dont la clef finalement apparaît potentiellement à sa portée. Le Kunst Museum de Bonn vient ainsi, dans l’exposition consacrée à un artiste suisse, de proposer une création sonore constituée aussi bien de textes que de musique autour d’une installation interactive.

Le visiteur est muni en ce cas d’un casque audio et bien évidemment d’un système de localisation et bénéficie donc ainsi d’un environnement audio augmenté.

Comme le souligne Michel Alberganti dans un récent article, les travaux de l’IRCAM en matière d’analyse de la perception humaine des sons dans l’espace s’inspirent d’abord de travaux néerlandais - ceux de Huygens - menés au moment même où au XVIIème siècle se développait la pensée scientifique en Europe. Rien d’étonnant à cela au fond, tant les actuelles mutations de cette dernière l’amènent aujourd’hui à un salutaire retour aux sources.

Quoiqu’il en soit, ce sont ainsi de nouveaux univers sonores qui caractériseront la ville de demain.