Croissance,
information, savoir et sécurité :
vulnérabilité des démocraties libérales et nouvel ordre mondial.
M.-P. Verlaeten - http://www.arenotech.org
C.I.S. ( Centre international de l’économie mondiale des savoirs)
Premier trimestre 2003
C. Agir dans les pays développés : Croissance,
identité, citoyenneté, progrès, sécurité
- Sans renforcement d’une croissance mieux
partagée, il est illusoire d’espérer réduire en tendance les risques d’insécurité,
qui sont partout dans le village planétaire et les vulnérabilités induites,
même avec de nouvelles modalités de sécurité et d’anticipation des crises.
Les pays développés sont, par conséquent, contraints d’agir sur deux fronts,
à savoir : celui du redéploiement stratégique de leurs ressources et
celui du développement des pays moins avancés. De nombreuses opinions publiques
ou encore des sommités comme J. Stiglitz, prix Nobel d’économie, mettent
en avant l’accroissement des inégalités partout qui serait issu de la mondialisation.
Et aussi la pauvreté tendancielle qu’elle maintiendrait. La mondialisation
aurait lieu sans contre pouvoir face à celui de l’argent. Il y a de l’objectivité
dans ces raisonnements mais pas de fatalité. On peut remédier à cela par
la promotion d’une autre croissance et l’installation d’un dialogue
de citoyenneté partout autant que possible. Le monde en a les moyens.
L’insécurité et ses drames présents peuvent renforcer les volontés.
- Croissance
nouvelle. La croissance aujourd’hui est faite par des savoirs spécifiques
à l’opposé d’autres savoirs. Les citoyens qui les ont sont ainsi protégés
face aux autres. Ils jouissent, en effet, de bons emplois et des protections
qui les accompagnent. Ils ont une identité forte. Mais aucune société n’est
composée que de tels citoyens. Il faut autrement que par le passé se soucier
des autres citoyens au risque, si non, de faire la fin de la citoyenneté
et de sa cohésion en clair d’accepter la transformation de la démocratie libérale
en une oligarchie. Il faut donc éviter que les autres citoyens deviennent
des laissés pour compte de la croissance, condamnés à être de plus en plus
flexibles pour être occupés sur le marché de l’emploi salarié à temps plein et,
encore pour un temps seulement, car, dans le village planétaire, il y a beaucoup
de flexibles obligés. Citoyens aussi condamnés à laisser leur flexibilité
comme héritage à leurs enfants. Or, ils ont des savoirs qui sont loin d’être
épuisés. En ces temps de crise, les gouvernements doivent reconstruire
des politiques de croissance capitalisant sur l’abondance des savoirs, c’est-à-dire
les savoirs de tous, et non sur la rareté de ceux-ci au motif que le marché
l’impose. Il s’agit d’une question d’intérêt général bien compris car
il s’agit d’aider à recréer des ancrages identitaires dans du travail, des
protections et des solidarités et ainsi un socle de sécurité.
- Réduire les insécurités en tendance
dans les pays développés, c’est faire rimer croissance et identité ancrée
pour le plus grand nombre plutôt que croissance et inégalité. C’est aussi
ainsi qu'il s'agit de convaincre qu’il faille se mobiliser pour redonner
du souffle à la citoyenneté front stratégique sur lequel tous les gouvernements
doivent travailler. La citoyenneté effective est dans l’intérêt de
tous ou plutôt est l’intérêt général de tous. C’est aujourd’hui
le message majeur qu’il faut faire passer et, pour ce faire, il faut donner
des preuves de bonne volonté publique car le discrédit est grand. C’est aussi
dans ce cadre que les soutiens publics aux secteurs consommateurs de travail
peu qualifié qui sont des protections organisées peuvent être réduits sans
que des troubles en sortent. Voici un exemple de ce qu’il faudrait soutenir
dans le cadre de la nouvelle politique. Les entreprises sont des bases de
savoir mais se sont aussi de belles endormies car, dans la plupart des cas,
leurs savoirs n’ont pas été identifiés même en cas de restructuration Or,
pour être concurrentielles et faire évoluer leurs marchés, elles doivent
apprendre à innover en continu. Comment le peuvent-elles si elles n’ont pas
découvert les « trésors » qui les habitent ? En achetant sans
cesse de nouvelles ressources humaines ? Impossible car intenable :
trop cher pour la majeure partie des entreprises qui sont des P.M.E.
même en achetant ces ressources dans le reste du village planétaire! La survie
des P.M.E. des pays développés demande qu’aucun talent ne soit oublié en leur
sein ce qui est le cas actuellement. En outre, quand les talents sont peu
identifiés l’entreprise est mal organisée. En effet, l’organisation sert à
fluidifier la liaison connaissance, compétence, ressources techniques et création
de valeur, c’est-à-dire celle entre la croissance, l’emploi et la rentabilité
non spéculative. Or, aujourd’hui, il faut rester rentable tout en évitant
de créer de nouvelles bulles spéculatives. Pour ce faire, il faut que la rentabilité
soit fondée sur les facteurs réels « patrimoniaux » de l’entreprise,
parmi lesquels les savoirs bien organisés de celle-ci, de son réseau et de
ses alliances.
- Les savoirs identifiés en continu au
cours du développement de l’entreprise et la transformation conjointe de
son organisation sont les clefs de sa survie et de son développement. C’est
dans cette dynamique que se trouvent les gains tendanciels de productivité
des facteurs dont on parle depuis longtemps. Point n’est besoin de dire
qu’ainsi l’entreprise est moins étranglée financièrement car elle crée plus
de valeur pour la même enveloppe financière mise à sa disposition Et enfin,
cette politique améliore grandement le climat social dans l’entreprise car
elle débouche sur un dialogue plus objectif quant à la potentialité des hommes
dans l’entreprise. Sur le plan macro-économique, la concertation sociale est
améliorée car chaque partenaire voit mieux ses intérêts et responsabilités.
Dans ce cadre, les politiques d’encadrement des pouvoirs publics peuvent être
plus ciblées. Elles ne sont pas plus coûteuses car les entreprises sont
plus fortes. En fait les politiques publiques sont mieux concertées ce qui
est précieux en période d’incertitude et de remise en cause. Or, cela est
le bienvenu car ces pouvoirs doivent décider de politique d’éducation formation
tout au long de la vie qui font peur en termes de charge financière et
surtout du comment partager cette charge. Ces politiques sont de la poudre
aux yeux et sont trop chères si on les imagine comme des « mannes bibliques
« donnant à tous les enfants des savoirs rares. Par contre, elles ont
du sens et seront bien moins coûteuses si on y pense en termes de soutiens
continus aux savoirs de chacun dans un cadre de concertation améliorée car,
dans ce cas, les prises de responsabilités des uns et des autres s’enchaînent
tout naturellement puisque tous y ont intérêt. C’est dans ce cadre, qu’il
faut discuter de la mobilité du travail sur l’espace des pays développés car
la protection des savoirs est une des bases de la mobilité.
- Mais cela n’est pas
tout, voici un second exemple de la nouvelle politique ayant trait
à l’entreprenariat. Ces dernières années, on en a parlé beaucoup et
partout car, tout comme dans le cas de l’entreprise, on s’est rendu compte,
que sans entrepreneurs, il n’y avait pas de croissance. Oui, certes, mais
encore ne faut-il pas seulement imaginer l’entrepreneur à la Ronsard soit
« comme une fleur, éclose au matin et fanée à la soirée. Il y a
des tas d’activités qui sont « bouchées » à un surcroît
d’entreprenariat même quand des acteurs compétitifs se présentent. Par contre,
il y a de nombreux besoins insatisfaits car ils n’ont pas leurs entrepreneurs.
Il ne s’agit pas seulement de besoins dits sociaux ou encore de ceux du plombier,
du menuisier, c’est-à-dire ayant trait à l’entretien de la maison. Non, il
s’agit aussi, par exemple, du besoin de recréation de l’espace dans les villes,
les banlieues, à la campagne ou encore du besoin de beauté à faire éclore
par des jardins ou dans des jardins, de celui de l’entretien des paysages,
des besoins dits « verts », en fait de besoins rendant plus facile
et agréable la vie ensemble particulièrement quand les diversités humaines
s’accroissent sur les espaces des différents pays. L’intangible n’existe
pas seulement dans les investissements. Il est aussi caché au creux du vivre
ensemble sans lequel il n’y a pas non plus de citoyenneté. Pour tous ces
besoins, il faut des entrepreneurs car il y a matière à occuper des savoirs
disponibles dans les démocraties. Dans celles-ci, il y a donc beaucoup
de besoins à révéler en laissant vivre les savoirs disponibles. En procédant
de la sorte, ce sont des jardins d’entrepreneurs que l’on fait naître et non
des tapis de fleurs vendues, coupées et mortes aussitôt. Cette réflexion
sur l’entreprenariat doit conduire à revoir les politiques y relatives car,
dans beaucoup de cas, l’argent public est gaspillé chez des fleuristes !
Une telle proposition a été communiquée à l’O.C.D.E. ( M-P. Verlaeten ). C’est
aussi dans le cadre de la nouvelle politique qu’il faut prendre des décisions
permettant à chaque citoyen de travailler comme il veut, en étant protégé,
cette protection demandant de la croissance et de la flexibilité dans les
statuts du travail. Par les exemples qui viennent d’être proposés, croissance
rime avec identité, épanouissement, responsabilité et citoyenneté donc avec
progrès. C’est en tendance comment réduire l’insécurité et surtout la
vulnérabilité intérieure des démocraties libérales même si on accompagne cette
tendance par des mesures ad hoc. C’est le nouveau cadre politique qui leur
donnera une qualité d’espace empêchant qu’elles s’accroissent de façon exagérée
en portant atteinte de façon outrancière aux libertés individuelles.
- La nouvelle politique offre
des défis aux pays riches et donc à l’O.C.D.E. le super bureau d’études qu’ils
ont. De ce point de vue, il faudrait s’en servir pour remodeler l’organisation
à un moment où cette question est posée. On pourrait donc proposer
ce qui suit : que chaque pays réfléchissent à la nouvelle politique
et indique à l ’O.C.D.E, avant la fin de cette année sur quels fronts y relatifs,
il lui est demandé de « phosphorer. Dans ce cadre, le S.G. serait
chargé de l’élaboration d’une note objectifs moyens restructurations intégrant
les demandes des pays. La nouvelle politique serait bien évidemment parmi
les priorités les plus hautes de l’organisation. Elle aurait donc des moyens
certains et serait sous la responsabilité d’un comité restructuré qui, à
cause de cette responsabilité, deviendrait un comité principal de l’organisation.
Ce comité proposerait le programme de travail sur la nouvelle politique avec
ses échéances. Quoi qu’il en soit, les premiers résultats des travaux devraient
être présentés lors de la prochaine Réunion Ministérielle de l’O.C.D.E. à
la mi-2003.