Croissance,
information, savoir et sécurité :
vulnérabilité des démocraties
libérales et nouvel ordre mondial.
M.-P. Verlaeten -http://www.arenotech.org
C.I.S. (centre international de l'économie des savoirs)
Premier trimestre 2003
B.
Pays en voie de développement : diagnostic .
Un développement inégal en attente d’espoir effectif.
- Insécurité
et développement. Dans le reste du village planétaire, il y a aussi beaucoup
d’insécurité dans le cadre d’un doute des perspectives du développement futur.
L’ombre du passé véhicule ce doute. En effet et de façon très caricaturale,
le monde peut être partagé en deux grandes zones de développement inégal :
les pays dits riches qui regroupent l’U.E., les E.-U., le Canada, l’Australie
et la Nouvelle Zélande et ensuite un autre groupe rassemblant tous les autres
pays. Certes ces pays sont plus développés( nonobstant le cas du Japon) sur
deux siècles de mesure statistique mais les premiers aussi de sorte que l’écart
les séparant s’est accru. Oui, il y a moins de pauvres vivant avec moins
de deux dollars par jour voire un dans le deuxième groupe, mais la monétarisation
de l’économie s’est accrue tellement sur deux siècles qu’être à ces niveaux
de revenu par habitant veut dire ne plus vivre comme un être humain. Dans
le reste du village planétaire aussi on cherche des raisons à l’état de moindre
développement. Il y a le fonctionnement économique des marchés. Il n’existe
pas de marchés mondiaux sous l’angle de la formation des prix et des forces
équivalentes des échangistes. Donc les marchés reflètent des intérêts de coalitions
qui se font concurrence. Les prix ne traduisent pas les états des marchés
donc ils ne les autorégulent pas. Dans ce cadre, il existe aussi de nombreux
modes de protection qui « tordent » les prix caducs. Et puis
il y a une corruption endémique. Il y a aussi de nombreuses guerres qui sont
loin de n’avoir que des motifs intérieurs. Et enfin, il y a une profonde incapacité
des citoyens à dialoguer avec le pouvoir en place car la démocratie est problématique
dans de nombreux pays alors que l’alphabétisation et le contrôle des naissances
y poussent. La démocratie n’est que faiblement aidée par des élites formant
des oligarchies riches (20% de la population en moyenne mais 50% de la richesse).
Il en résulte des stratégies de pauvreté ou d’éradication molle ainsi que
le prix Nobel 2000 d’économie, A. Sen, l’a bien montré dans ses travaux.
Développement, éradication de la pauvreté et démocratie ne vont donc pas de
pair dans le reste du village planétaire. Cela conduit certains à critiquer
le modèle de l’OUEST dont tout particulièrement son logo américain qui a en
outre provoqué une érosion de ce qui faisait leurs civilisations, l’ensemble
de leurs ancrages identitaires. La critique débouche sur la volonté de changer
à tout prix non pour inventer l’avenir mais pour retourner dans le passé
comme si ainsi l’Ouest pouvait être oublié. Dans ce cadre de fondamentalisme,
il y a des symboliques fortes qui déclenchent des violences fortes aussi.
Depuis quelques années la violence de l’oubli de l’Ouest n’est plus limitée
aux espaces de quelques pays car elle se veut exemplaire pour devenir salvatrice.
Dans ce cadre, l’Ouest, malgré ses collectes d’information, a ignoré la psyché
de nombreux acteurs qu’il a poussés sous des intérêts spécifiques. Il fait
donc face à une violence débouchant sur un terrorisme se voulant global
lui – aussi puisque salvateur.
Doha : une nouvelle chance
- Doha. Les accords
espérés sur l’agenda de Doha sont les bienvenus dans ce contexte mais ils
ne suffiront pas. Déjà ils ont une faiblesse. En effet, ces accords,
d’accès améliorés aux marchés mondiaux ou encore de protection relative d’objectifs
d’intérêt général dont la santé publique par exemple, ont une zone d’ombre :
le changement dans la nature de la croissance en faveur des investissements
dit immatériels, c’est-à-dire composés de dépenses en R-D, capital intellectuel
ciblé, PC, logiciels, marketing et conseils en excellence diverse, et donc
à l’avantage des pays développés comparés aux autres pays. Il faut le
prendre en compte aujourd’hui. Dans le futur, les pays en voie de développement
devront donc agir sur deux fronts celui de la croissance classique et celui
de la nouvelle croissance. Sur le premier, il s’agira toujours de passer de
l’agriculture vers l’industrie manufacturière, de première transformation
tout d’abord et de seconde ensuite. L’accès amélioré aux marchés est fondamental
dans ce cadre. Tous les pays doivent limiter leurs protections avec des
échéances clairement négociées car il y a des décisions de politique structurelle
qui doivent être prises. Voici un exemple. L’ouverture des marchés auxquels
correspondent des activités consommant de la main d’œuvre peu qualifiée dans
un pays développé est facilitée quand ce dernier a une politique de redéploiement
de ses ressources humaines car de redéploiement de sa croissance. Ceci requiert
une bonne dose de prospective donnant naissance à des politiques stratégiques
dont d ‘éducation et de formation de ces ressources. Cela est évident
et pourtant c’est peu souvent le cas. Ce qui a lieu se sont des politiques
qui accompagnent les redéploiements des investissements privés avec des accompagnements
sociaux institutionnels du sous-emploi induit par les allocations nouvelles
de ressources. Dans ce cadre, le risque est grand d’ouvrir peu voire de ne
pas ouvrir plus qu’avant Doha. Sur le second, il y a des difficultés. En effet,
il faut se donner les investissements ad hoc. Ils doivent être financés en
même temps que les investissements classiques. Mais la création de valeur
par les deux types d’investissements n’est pas la même, elle est, en effet,
favorable aux investissements immatériels à l’opposé des investissements classiques.
- Dans le futur, il y a donc plus qu’une
double charge d’investissement à financer par les pays en voie de développement.
Elle doit être supportée dans un cadre où de nombre de ces pays doivent
aussi par priorité réduire la pauvreté et améliorer la santé de leurs populations.
Cela veut donc dire que les engagements financiers pour provoquer une rupture
positive dans les tendances passées du développement doivent être multipliés
par un facteur élevé. Il ne fait aucun doute que les pays en voie de développement
n’y arriveront pas seuls. Une aide extérieure est nécessaire. Mais il faut
éviter de s’affoler. En effet, dans le passé, les pays riches ont aussi utilisé
l’aide au développement pour d’autres motifs qui n’ont pas été sans influence
sur la corruption de plus d’un pays et, finalement, cette stratégie a eu des
effets sur l’efficacité de l’argent octroyé. Il faut en finir avec une telle
pratique qui n’impliquait pas qu’un seul agent responsable. Quoi qu’il en
soit, il faut provoquer une rupture positive dans le développement de ces
pays si l’on veut réduire l’insécurité alimentée par les inégalités de croissance
et les manipulations volontaires des opinions publiques de ces pays s’appuyant
sur une dévalorisation de leurs cultures. Il faut agir vite mais en entraînant
la confiance car plus le temps passe et plus augmentent les risques d’effets
« papillon » négatifs liés aux décisions de certains. Dans ce cadre,
certains pays ont beaucoup d’intérêts économiques à ce que l’insécurité règne
car il s’agit d’un facteur de croissance de certaines dépenses et donc d’activités
économiques !