Croissance,
information, savoir et sécurité : vulnérabilité
des démocraties libérales et nouvel ordre mondial.
M.-P. Verlaeten -http://www.arenotech.org
C.I.S. ( Centre International de l’économie mondiale des savoirs - Premier trimestre
2003
Développement :
un bouleversement des ancrages identitaires partout conduisant
à des vulnérabilités internes et externes des démocraties libérales
A. Pays développés : diagnostic.
Sens et changement.
- Changements et sens. Changer n’est
pas facile quand il y a beaucoup de changements et que le sens global des
changements n’apparaît pas facilement. Machiavel, dans le Prince, le disait
très bien, on cherche son intérêt avant tout : «Il n’est rien de plus
difficile que de s’engager dans un nouvel ordre des choses car le changement
a pour ennemis ceux qui ont prospéré dans les conditions passées et a pour
tièdes défendeurs tous ceux qui ne voient pas encore comment prospérer dans
le nouvel ordre ». Mais pour la plupart des citoyens dans nos
pays riches, cet intérêt n’est pas évident. Le changement apporte, en effet,
son lot de contraintes et il les rassemble au sein de processus identitaires
qu’il vide de leurs certitudes avant que d’autres perspectives positives d’être
ne surgissent et ne soient diffusées. Les citoyens voient des intérêts isolés
mais pas ou peu d’intérêts partagés. L’exemple le plus pertinent est l’identité
par le travail salarié à temps plein. Ce mode s’effrite sans qu’on sache comment
le replacer dans un cadre où cependant on travaillera toujours. La question
du comment l’emporte quand on songe au travail pour un grand nombre avec ce
qu’il induit en termes de cohésion monétaire, de cohésion globale et de cohérence
de cet ordre politique : la démocratie libérale.
L’univers des certitudes : de l’identité par le travail salarié à temps
plein à la cohésion sociale dans la démocratie libérale.
L’identité par le travail salarié à
temps plein. Avant le premier choc pétrolier, le statut de travailleur
salarié à temps plein donne identité à une masse nombreuse de personnes. Il
s’agit bien d’un ancrage identitaire puisque des formes diverses de protection
tout au long de la vie et pour les conjoints et les enfants y sont associées.
En outre, c’est par l’intermédiaire de cet ancrage qu’une équité inter-générationnelle
est construite. La demande macro-économique issue de la productivité du travail
organisée liée au statut de salarié à temps plein dans les entreprises privées
et publiques alimente une croissance et une redistribution de revenu relativement
prévisibles. La demande est sensible aux revenus du travail . Les économistes
disent qu’elle y présente une élasticité positive élevée. Le développement
des activités économiques est fonction de consommations de masse satisfaisant
des besoins considérés comme objectifs. Ils sont marqués par les valeurs
de la famille tout d’abord en ce qui concerne leur vitesse de croissance et
puis par celles de la jeunesse , des enfants et des tout petits en fin de
processus quand cette croissance, devenue incertaine, sera de plus en plus
segmentée pour être maintenue. Les consommateurs envisagent le déroulement
d’un revenu dit permanent sur lequel des théories économiques sont construites.
Les couches dites populaires acceptent des sacrifices de revenus relatifs
pour que leurs enfants bénéficient d’un revenu tout aussi permanent mais plus
élevé par saut dans une nouvelle classe sociale plus favorable. Leurs rêves
sont mis en forme symbolique renvoyant à des pays faisant mythe. On pense
dans ce cas à l’Amérique et donc au rêve américain. Les rêves sont ainsi ancrés
dans l’économie stable de la productivité et des revenus salariaux distribués,
de besoins objectifs satisfaits, sur un espace politique démocratique paisible
du point de vue des différences. Ils le sont aussi dans un aboutissement mythique
qui donne au pays qui est ainsi désigné une puissance « douce »
mais forte. Un peu comme une écologie politique avant la lettre! Il
y a bien des aléas à la croissance et à sa redistribution mais ils sont
conjoncturels seulement. Le monde est certain en tendance. Quand les économistes
songent aux tendances, ils font référence aux techniques qui, par leurs productivités
induites, sont les outils de pilotage d’un rattrapage des performances des
E.-U. Elles sont donc aussi un enjeu politique et symbolique. Il rend légitime
les transformations des démocraties libérales. Les changements techniques
ont lieu avec des fréquences par ensemble d’années. Ils sont diffusés dans
le cadre d’un processus d’imitation , qui réduit les gains qui récompensaient
ceux qui avaient introduit les changements, appelant de nouvelles techniques.
Le changement technique est une « gale » destructrice et créatrice
de croissance ainsi que Schumpeter, le fameux économiste autrichien, l’indique
déjà en 1920. Il prend suffisamment de temps que pour entraîner sa lisibilité
par tout un chacun. Ou plus précisément pour être ancré dans les mémoires.
Information. Les informations qui
circulent concernent les aléas et leurs anticipations et non les tendances.
Les économistes et les gouvernements oublient le long terme pour le court terme.
Ils pensent à un moyen terme qui n’est au plus qu’un court moyen terme. Les
entreprises ( tout comme les gouvernements) collectent des informations sur
les aléas survenant sur leurs marchés. Les instruments utilisés sont des modèles
économétriques où le respect de tests statistiques standard assurent la fiabilité
des prévisions. Les entreprises, surtout les grandes pilotent leurs modèles
en toute confiance. Elles n’envisagent pas qu’elles puissent perdre leurs marchés.
Elles sont ancrées dessus. Les gouvernements ont la même pensée. Les tendances
à repérer avec l’appareil statistique des pays, par exemple via des tableaux
d’entrées sorties, ne sont mesurables que par période de dix ans car les tableaux
indiqués ne sont revus que tous les dix ans. Pour de nombreuse entreprises,
il existe toujours, en outre, une frontière naturelle de protection, à savoir :
leurs marchés domestiques. Elles y connaissent leurs consommateurs et vice-versa
et surtout sont en relation de qualité avec de nombreux décideurs publics. Elles
y ont donc des protections diverses qui les aident à supporter les aléas des
marchés dits extérieurs c’est-à-dire des exportations. Elles sont vulnérables
aux aléas conjoncturels mais pas aux risques de renversement des tendances.
Dans ce cadre de croissance, les informations sont coûteuses à obtenir. C’est
pourquoi elles sont le privilège du sommet de l’entreprise qui décide de leur
circulation en son sein en nature, qualité et interprétation. Ainsi que l’a
indiqué R. Cloase, prix Nobel d’économie en 1961, l’entreprise ressemble à une
organisation militaire vue sous l’angle de l’information collectée, diffusée
et interprétée. Elle est ancrée dans une base d’information coûteuse. Le coût
d’obtention explique aussi que les banques de données globales soient publiques,
fassent partie des investissements décidés en faveur des appareils statistiques
et analytiques des comptabilités nationales. Les appareils d’information sont
concentrés tout comme ceux de la communication.
Rupture petroliere. Les chocs pétroliers
des années 70 et ultérieurement cassent les attentes de croissance. Ils libèrent
des forces d’inflation par les salaires et laissent craindre une non-maîtrise
de celle –ci d’autant qu’ils permettent à des économistes de démontrer qu’il
y a danger car il y avait déjà une inflation rampante bien avant les chocs
(fin de la décennie 60) et aussi un essoufflement de la croissance.
Rupture théorique. La théorie macro-économique
de la croissance dominante, toujours marquée par Keynes, et donc l’attention
portée aux anticipations de demande effective au motif d’assurer le plein-emploi
( en souvenir de la grande crise de l’entre-deux guerre), cède le pas à des
courants dits monétaristes et d’anticipations rationnelles ( et puis à d’autres
qui ne remettront pas les courants monétaristes en cause) marqués par M. Friedman,
l’économiste de Chicago bien connu, pour lequel l’inflation est le mal monétaire
de la croissance. L’inflation doit être maîtrisée par une politique monétaire
restrictive clairement communiquée aux échangistes. Elle doit être confiée à
une banque centrale indépendante pour être à l’abri des pressions du pouvoir
politique. Alors, la politique monétaire peut être anticipée rationnellement
dans ses cibles d’inflation. Il n’y a pas d’illusion monétaire. Ainsi tranquillisé,
le secteur privé réalisera la croissance potentielle de l’économie en utilisant
tous les facteurs disponibles de celle-ci lorsque les marchés sont flexibles,
soit que les prix y régulent les états, et que les capitaux circulent librement.
Alors aussi les marchés seront en équilibre. Ceci est particulièrement important
pour celui de l’emploi marqué à l’époque par la montée du sous-emploi suite
à l’affaiblissement du soutien à la croissance apporté par le plan Marshall
en Europe et à ses effets positifs sur l’offre de production aux E.-U. Ceci
est donc aussi important pour la force d’impulsion du mythe américain. De fait
le pays est entré dans un affaiblissement de position concurrentielle face à
l’Europe qui va aboutir à la remise en cause de la régulation monétaire mondiale
issue des accords de Bretton Woods ( début de la décennie 70 : abandon
de la liaison du dollar à l’or, passage d’un système monétaire de parités fixes
à flexibles).L’affaiblissement sera aussi signalé par le climat général suivant
la défaite face au Vietnam. Face aux E.-U. en difficulté de croissance et d’image
, l’Europe monte en puissance économique mais pas en identité ni en puissance
géostratégique car elle est partagée en volonté politique et faible en défense.
La seconde guerre mondiale et ses souvenirs empêchent de penser à la défense
en termes d’un keynésianisme militaire que les E.-U. ne vont pas oublier. Le
Japon y songe mais dans le cadre d’accords mondiaux limitant ses efforts de
défense. Il entre à cause de cela sur les marchés militaires américains comme
pourvoyeur de technologies à double usage, militaire et civil.
Cohésion sociale et cohésion monétaire.
Avec les nouveaux courants, qui donnent rationalité économique à des courants
politiques en faveur de la réduction du poids des Etats, les gouvernements ne
doivent plus soutenir la demande au motif du plein emploi. Ce soutien crée
de l’inflation et creuse les déficits publics. L’économie en fonctionnement
d’équilibre doit être ancrée dans les prix des marchés et non dans les revenus
et leur distribution. Si les soutiens publics sont moins nécessaires, les Etats
massifs sont moins utiles. L’ancrage identitaire, monétaire et symbolique des
citoyens va changer dans ce nouveau cadre politico-économique qui va être communiqué
pour être diffusé. Le monde s’ouvre la perméabilité de la croissance à l’ouverture
l’entraîne. En fait, cette logique n’est qu’un a posteriori car des décisions
politiques et techniques ont été prises librement dans les années 60 pour changer
le monde par ce qui sera les N.T.I.C. plus tard sous une culture se voulant
globale de flexibilité des citoyens. Cela va avoir des répercussions
partout quoique avec des intensités diverses sur une cohésion sociale de
plus en plus mesurée par les résultats de la monétarisation distributive de
l’interactivité de trois ancrages, à savoir : l’individu dans le salariat,
l’entreprise dans ses marchés et le gouvernement sur l’espace politique qu’ils
forment, bien qu’elle ne soit pas que cette distribution. Sur l’espace politique
des pays développés, les différences sont non conflictuelles en nature car tout
le monde partage les mêmes valeurs, la même culture et puis ces pays sont assez
riches . En plus, ils sont aussi titillés par le bloc de l’Est et surtout
par une symbolique sociale entretenue qui y est liée. Il y a des conflits de
partage certes mais pas de remise en cause du système. La société étant habituée
à la résolution des conflits par des partages est peu attentive aux intérêts
corporatistes, voire aux tribalismes, qu’ils véhiculent aussi. De même elle
l’est peu à des érosions de responsabilités individuelles et collectives. Les
partages noient tout dans la confusion . En Europe, le souvenir de grandes fractures
liées à la seconde guerre mondiale reste vivant donc on distribue quand on sait.
La légitimité des conflits de partage est acquise pour ces raisons ! De
façon générale, les sociétés sont peu attentives aux « écarts »
entre cohésion monétaire et cohésion sociale tout court. Cette dernière
est un ensemble de valeurs partagées au service desquelles il y a des processus
d’implémentation afin de les vivre et des processus monétaires de redistribution
qui sont liés. Dans ce cadre, il y a des droits et des responsabilités. C’est
tout cela qui rend la société cohérente en tant qu’ordre politique. Mais en
fait, les évolutions favorisent plus les droits que les responsabilités qui
se diluent à l’opposé des premiers dans les partages que la richesse permet.
La lecture au quotidien des valeurs des démocraties libérales est en train
de s’affaiblir et donc aussi leur cohérence. Elles y sont peu attentives.
L’univers des incertitudes : une culture d’inégalités, la montée de
la prise de risque individuelle face à l’adversité , la flexibilité, le nomadisme
de capitaux gourmands de profit .
- Mondialisation : Culture d’inégalités
de coûts, prix et revenus . Sensiblement, depuis le premier choc pétrolier,
le scénario de développement de la croissance macro-économique, via la redistribution
des gains de productivité du travail ,organisé par le salariat à temps plein
du plus grand nombre qui vient d’être éclairé ne va pas cesser de s’éroder.
Des politiques de flexibilité, soit d’ajustement des marchés par leurs prix
seront conduites partout . En fait avec la mondialisation un monde d’ancrages
identitaires s’est écroulé : celui du salariat à temps plein et donc
aussi celui de la croissance par une demande de masse à forte élasticité
à la distribution de revenus salariaux, celui de l’entreprise établie sur
son marché et enfin celui de l’espace politique de cohésion aux différences
acceptées car en attente de résolution légitime de partage. La perte de lisibilité
démocratique en cours va aussi s’accéléré. Avec la mondialisation, une croissance
sur base d’inégalités de coûts venant de partout donc aussi de prix de revient
concurrentiels a surgi. Elle est plus élastique aux prix qu’aux revenus car
son spectre de choix parmi les coûts de production dont en priorité ceux
du travail est plus large même si au début des questions de qualité des facteurs
de production sont posées. Elle va aussi devenir plus impatiente de profit
du fait d’une circulation libérée des capitaux, que patiente d’une rentabilité
bien fondée des entreprises en entendant ainsi sur leurs bases productives.
En fait, elle est construite sur des différences de coûts, de rentabilités
et de demande. En effet, elle va de plus en plus s’adresser aux consommateurs
en les segmentant. Cela permet de valoriser des demandes spécifiques à l’opposé
du passé. Cela est aussi à inscrire dans un climat de poussée de l’individualisme
, d’érosion de la famille et même du couple. La lecture privilégiée de chacun
c’est chacun puisque à l’ « extérieur » le flou règne. Les
consommateurs auront ainsi l’impression d’être satisfait à la carte donc que
l’économie veut être plus proche d’eux, presque comme une bonne mère !
Une nouvelle fidélité et sa symbolique en naîtront.
- Prise de risques individuelle et flexibilité.
Le changement de logique de croissance va véhiculer un choc culturel important
sur la dynamique monétaire construisant la cohésion sociale. Le choc est
symbolique de la libération de nouvelles forces individuelles, voulant conquérir
le monde, mais il a lieu dans des contextes sociétaux peu préparés où la distribution
est la norme quoique avec des intensités variant selon les pays. La conséquence
en est que dans ces contextes les citoyens n’ont plus l’habitude de supporter
les risques d’une croissance de plus grandes aventures en se prenant plus
en charge face aux protections institutionnalisées, aux modalités de solidarité
collective. En contre-partie de ces dernières, on leur demandait d’être productifs
et ils l’étaient. La montée de la prise de risque individuelle est vrai aussi
pour de nombreux chefs d’entreprise. Le choc est culturel. Il sera tout
autant monétaire. Comme la croissance est partout difficile à induire car
tous les pays riches doivent changer, ses chocs pèsent plus que ses gains.
Elle est donc naturellement plus basse en gains annuels que la précédente
toutes choses étant par ailleurs égales c’est-à-dire quand elle n’est pas
poussée par de nouvelles décisions publiques appliquées. Durant une longue
période, la croissance restera marquée par des gains annuels de productivité
du travail très bas comparés aux « golden sixties » et cela partout
mais tout particulièrement aux E.-U. comparés au Japon et à l’Europe. Ces
derniers maintiennent des gains annuels moyens positifs, ils sont à zéro aux
E.-U. Ils rendent partout difficile le soutien à la distribution des revenus
du passé et, par conséquent, les charges y associées. Le sous-emploi qui s’étend
pose donc des problèmes de coûts : immédiats et à plus long terme par
réduction de la capacité contributive des actifs pour les retraites. Les systèmes
de répartition sont sous contrainte. La réponse sera d’accroître la flexibilité
des marchés soit le pouvoir d’ajustement de ceux-ci par leurs prix et la promotion
d’acteurs financiers non-bancaires gérant l’épargne des ménages. La flexibilité
du marché du travail pose problème tout particulièrement en Europe. Dans ce
cas, il faut reconnaître qu’en Europe ni les marchés des biens ni ceux des
facteurs de production ne sont flexibles puisque la croissance est liée à
la redistribution. Cela veut dire que les gains de productivité du travail
sont partagés en revenus salariaux et puis en prix modifiés et en versements
aux actionnaires. Dans la suite des évolutions économiques, cette hiérarchie
sera renversée. La productivité du travail devient la clef majeure de la
rentabilité alors qu’aux E.-U. on accorde aussi de l’attention à celle du
capital. La différence entre les deux est le coefficient de capital de la
main d’œuvre, soit les machines mises à la disposition des personnels. Le
choix américain est clair : jouer ce capital machine avec intelligence
c’est-à-dire en qualité. Le futur est inscrit dans un choix stratégique de
productivités combinées. L’Amérique va refaire rêver !
- La flexibilité est pratiquée systématiquement
d’abord dans les économies qui, par leur histoire, ont une culture de flexibilité
que certains qualifient de précarité. On pense ici aux E.-U. ou encore à l’Australie
et ultérieurement au R.U. sous les décisions d’une certaine « dame de
fer ». Ensuite, elle sera diffusée partout dans le cadre de réformes
institutionnelles lancées mais avec de nombreuses difficultés obligeant à
des arrêts, des révisions voire des ruptures qui entraînent un affaiblissement
de leurs lisibilités et des efficacités contrariées. Quoi qu’il en soit les
démocraties libérales entrent ainsi dans l’univers des marchés flexibles.
La nouvelle croissance est ainsi promue. Elle demande plus de flexibilité
sur le marché du travail pour occuper la même quantité de travailleurs toutes
choses étant par ailleurs égales. Mais cela n’est pas tout, les entreprises
vont elles aussi supporter un choc sur leur valorisation à l’instar des salariés.
Il va revenir sur ces derniers en exigences supplémentaires de flexibilité.
La flexibilité n’a pas pour but d’établir la dictature des prix même
si elle en a des aspects. Elle vise à promouvoir un mode de fonctionnement
économique autorégulé dans le cadre d’un système décentralisé élargi au monde.
Mais ce dernier est marqué par la concurrence donc les rivalités et leurs
inégalités. La flexibilité en outre, va favoriser la mise sur le marché
rapide des innovations en rétribuant vite leurs acteurs. Dans ce cadre,
le profit naît non du volume de chiffre d’affaire ( comme sous croissance
par consommation de masse) mais de la marge sur les coûts de revient qui est
mise dans le prix que le consommateur paie. Ce sont les consommateurs, par
leurs engouements bien plus que par leurs besoins, qui créent l’effet de
revenus et non pas la productivité distribuée d’une masse certaine de salariés
à temps plein. Bien sûr cela présuppose que les consommateurs avaient encore
suffisamment de revenus que pour amorcer la croissance et aussi qu’ils ne
se lassent pas d’être ainsi transformés. Donc qu’ils continuent d’acheter
des innovations en pensant qu’ainsi leurs besoins objectifs sont mieux satisfaits.
Les informations sont biaisées au motif de croissance. A posteriori, la lenteur
des réformes institutionnelles n’est pas neutre non plus. Elle aide aussi
à lisser la transition culturelle. Le terme engouement est important dans
ce cadre. En effet, l’individualisme est accompagné par de nouvelles préoccupations
pour les loisirs, les jeux, la beauté du corps et ses soins. Le ludisme est
porteur tout comme le corps. En fait, la valeur « travail », érodée
par les chocs économiques, s’affaiblit au profit d’éléments liés au bonheur
personnel ( ou ainsi communiqués) qui font aussi de nouveaux marchés. Dans
ce cadre, on apprend aussi à parier tout en jouant pour devenir riche. Les
sociétés développées vivent une contraction du temps des achèvements, le revenu
permanent dans ce cas, comparées au passé. Tout de suite devient une symbolique
puissante.
- Le nomadisme de capitaux… Depuis
le début des années 80, une libéralisation des marchés des capitaux
ainsi qu’une déréglementation ont été organisées en même temps qu’avait
lieu un autre partage des marchés financiers en faveur d’opérateurs non bancaires
rentabilisant les épargnes privées le plus vite possible et avec la rentabilité
la plus élevée .Au début, ils recyclent ainsi les masses importantes de pétrodollars
.Après, ils accroissent des moyens mis au service des enveloppes nécessaires
pour payer les retraites de populations qui vieillissent et vivent plus longtemps
Dans ce cadre, ils apportent une solution pour les retraites des générations
à venir, mises sous contrainte de contribution du fait des chocs du sous-emploi,
sans accroître les coûts des entreprises et sans modifier l’équité inter-générationnelle
en défaveur des nouveaux entrants sur le marché du travail. De nombreuses
activités de services financiers montent en puissance pesant de plus en plus
dans l’ensemble des activités faisant le P.I.B. Cette transformation des économies
opère comme l’industrie à l’égard de l’agriculture dans le passé des pays
développés et le quotidien des autres. Elle a en effet lieu dans un rapport
de prix qui désavantage la plupart des autres secteurs qui sont aussi plus
exposés à la concurrence mondiale. Leurs gains de productivité servent à
payer des services chers et à réduire les prix de vente d’une production
abondante de plus en plus mais pas à y accroître l’emploi. Elle entraîne l’Europe
dans une évolution sociale difficile car, au motif d’attirer les capitaux
flottants, elle tire au maximum sur la productivité du travail face aux E.-U.
hypothéquant le développement de ses emplois. L’écart défavorable du sous-emploi
face aux E.-U. se creuse ainsi d’autant que ses marchés sont moins flexibles.
Toutefois , il convient d’indiquer que les statistiques des E.-U. sont aussi
biaisées face aux statistiques communautaires à cette époque .
- Gourmands
de profit.. Le monde ouvert à la circulation de plus en plus libre
des capitaux est devenu très sensible à leur rentabilité envisagée partout
selon des normes standard élevées et à vite rencontrer. Cela a entraîné des
mouvements importants de délocalisations et des restructurations tendancielles
d’activité sous des fusions et des acquisitions. Dans ce cadre, des
études par l’O.C.D.E. révèlent, qu’à court moyen terme, deux-tiers d’entre-elles
ne furent même pas profitables pour les actionnaires. Elles furent organisées
sans grande réflexion portant sur les améliorations structurelles de la rentabilité
des entreprises sur lesquelles elles tombaient et aussi sans grand souci pour
les consommateurs. Dans ce cadre, la concurrence entre les salariés du monde
ouvert s’est accrue tout comme la concurrence entre les entreprises. Pour
de nombreux postes de travail, il devenait facile de trouver un travailleur
moins cher et pas moins bien formé. La flexibilité demandée auparavant était
dans ce cadre exigée pour rester employé, ce terme voulant dire avec des intensités
très variables donc des protections aussi. La flexibilité passait d’autant
plus que le bloc de l’Est s’était écroulé. Dans ce cadre, les statistiques
d’emploi et de sous-emploi utilisées pour conduire les politiques publiques
perdirent leur signification. On les modifia d’ailleurs pour cette raison
et de multiples fois au point que l’O.C.D.E. y consacra une étude fouillée
en 1994 selon laquelle aux E.-U. par exemple le sous-emploi sous les définitions
communautaires admises était le double de ce qui était communiqué. La concurrence
orchestrée entre les entreprises n’est pas moins cruelle. Elle en fait disparaître
beaucoup. Cette concurrence va en outre devenir d’autant plus redoutable qu’elle
est décloisonnée c’est-à-dire qu’elle vient d’opérateurs inattendus c’est-à-dire
n’appartenant pas à l’industrie de l’entreprise ( Swatch qui fait une voiture
avec Mercedes) et qu’elle est monopolistique. Dans ce dernier cas, elle ne
vise pas fondamentalement à accroître le nombre des offreurs sur les marchés
pour y réduire les prix aux consommateurs par amélioration d’efficacité dans
le cadre d’une meilleure connaissance des marchés mondiaux c’est-à-dire plus
objective. Elle vise bien plus à créer des champions mondiaux directement
ou indirectement partout en position de faire passer leurs décisions. Ces
champions veulent être ancrés dans le monde comme marché stratégique une fois
pour toutes. Les autres entreprises doivent être mobiles et flexibles , tout
comme leurs salariés dans ce dernier cas ,a fortiori, quand elles sont en
sous-traitance.
L’univers de l’information, la communication et l’innovation
- Age de l’information et de la communication.
Depuis le début des années 80, on assiste aussi à la montée rapide en puissance
des technologies de la communications et de l’information, sous les fruits
de décisions publiques prises avant aux E.-U. ( depuis les années 60), qui
ont été expliquées avec la patience et la communication qui convenaient pour
être diffusées à toutes les autorités publiques de la planète, et des analyses
d’impacts économiques espérés toujours surévalués à ce jour. Ensuite à leur
convergence dans des cadres institutionnels préparés. Ces derniers ont permis
une libéralisation du secteur des télécommunications partout et sa privatisation.
Cette convergence permet vraiment à Internet, là depuis longtemps, de décoller
d’abord dans les jeux, la société en a prix l’habitude et puis dans les achats
entre les entreprises et ensuite vers les ménages. Les informations
et le sens à leurs donner deviennent alors un actif financier de valeur
inestimable car ils sont le nerf de la guerre concurrentielle planétaire
dans le monde ouvert. On les extrait de partout et avec des moyens sans
cesse plus sensibles au point que l’on doit protéger la vie privée qui semble
fondre comme une neige au soleil sous les moyens d’espionner. On les codifie
et on les met en banques publiques et privées accessibles et confidentielles.
Avec Internet, elles circulent , gratuitement ou en payant , en atteignant
les « centres » et les « périphéries » désirées.
Les informations circulent quels que soient leurs fondements car : « tout
va très bien madame la marquise ». La communication des informations
se prête à des manipulations et des intoxications. Il n’y a pas d’autorité
de régulation mondiale. Il y a des autorités nationales agissant sur trois
fronts : le respect de la concurrence via la circulation ( pas de stratégie
d’information dite asymétrique : pas de délit d’initié), le respect de
la vie privée des personnes via des comités d’éthique et des codes d’éthique
dans les entreprises et la sécurisation des transactions électroniques avec
une résolution des conflits dits en ligne.
- Société de la connaissance. Les
entreprises découvrent qu’elles doivent extraire le maximum de valeur des
informations si non elles sont coûteuses compte tenu des coûts des investissements
induits et donc pénalisantes en termes de profit attendu par des actionnaires
gourmands. Elles découvrent alors qu’elles doivent devenir innovantes en tendance
car si non il se trouve toujours un concurrent qui le fera et prendra le marché.
Dans le monde ouvert et où les informations circulent sans cesse, il faut
« tirer » le premier et pour cela innover en continu. L’innovation
est un véritable choc culturel pour une majorité des entreprises car elle
oblige à « regarder » autrement les personnels que par le passé
car l’innovation vient de l’intelligence et la créativité de personnels bien
mal menées de façon générale par la flexibilité. A ce but, de nombreux
changements ont lieu en leur sein qui sont autant d’apprentissages. Donc,
il y a de nombreux échecs. Et notamment en ce qui a trait aux modes d’organisation
pour rendre plus fécond le « capital humain ». Les organisations
sont transformées. Elles sont plus aplaties et les informations y circulent
mieux partout. Dans ce cadre, la flexibilité aide à rentabiliser les innovations
venant des N.T.I.C. en renforçant les élasticités aux prix, les gains attendus
de la productivité du travail se faisant attendre. La flexibilité a donc pris
l’aspect d’une stratégie financière de constitution de capitaux pour que
l’ « engin » (information-innovation) roule ! En fait
elle intègre ses motifs en devenant une culture comme attendu par ceux qui
y pensèrent dans les années 60. Mais ce carburant n’est pas suffisant. Il
faut ajouter des capitaux d’amorçage et pousser la bourse pour valoriser les
efforts d’investissements, en continu et vite, par la valorisation des actions
des entreprises engagées dans de véritables paris informatiques. Les innovations
mises sur le marché ne sont pas sans poser des problèmes aux consommateurs
(personnes privées ou entreprises) car de nombreux produits pas assez mûrs
arrivent sur les marchés. Dans ce cadre, même quand ils sont peu chers compte
tenu des possibilités qu’ils offrent, leur prix effectif est plus élevé si
l’on tient compte de la nécessité de les racheter à court terme quand ils
auront été un peu modifiés. En fait, beaucoup de prix deviennent les éléments
d’une chaîne de coûts qui s’entraînent quand on veut en retirer la productivité
annoncée. Les économistes parlent dans ce cadre de la constitution d’une économie
de marchés captifs créant des rentes, monopolistiques en informatique. Une
telle stratégie est aussi une façon de « fidéliser » des consommateurs
dont les engouements sont bien moins distributifs qu’envisagés.
- Productivité et innovation. Malgré
les nouvelles modalités de financement, la question du gain tendanciel à retirer
de l’informatisation des activités reste posée. Encore en 1987, dans le cas
des E.-U., l’économie la plus avancée en la matière, R Solow, économiste brillant
connu pour ses travaux sur l’offre de production et le progrès technique,
lance une remarque : « les ordinateurs sont partout mais pas dans
les gains tendanciels de la productivité du travail ! . Pourquoi ? »
. Les études aujourd’hui disponibles révèlent que pour obtenir cette productivité,
il faut que l’informatique soit entrée dans la culture de travail des personnels.
Il ne suffit donc pas d’acheter du matériel informatique. Il faut aussi organiser
autrement les personnels et améliorer le climat relationnel dans les entreprises.
L’innovation est donc un choc social aussi. En même temps, la question
de l’innovation systématique dans les entreprises pose problème car elle demande
une culture de l’innovation que la majorité d’entre-elles n’ont pas.
Les entreprises se posaient peu des questions de culture pour croître
car, comme leurs marchés , cette dernière était certaine. Elles y sont obligées
maintenant ! Elles doivent trouver leurs cultures d’innovation tout
autant que leurs marchés en même temps qu’elles doivent rencontrer les exigences
de la valorisation. C’est peut-être la chance des personnels qui sont
incontournables tant en termes d’intelligence que de créativité. Chance si
l’on cherche ces dernières partout, mais pas si l’on accepte la seule valorisation
d’intelligence et de créativité ciblées que certains ont à l’opposé d’autres.
Ceci appelle des politiques publiques nouvelles dans la mesure où l’on désire
une transformation massive des entreprises en entreprises innovantes en tendance
( M-P. Verlaeten). En fait, la concurrence est si forte que cette transformation
est inévitable si l’on veut maintenir et développer un nouveau socle de richesse
à partager pour recréer de la cohésion sociale.
- Veiller. L’innovation est la question
centrale du positionnement des entreprises sur les marchés et de la cohésion
sociale. Aujourd’hui, l’entreprise n’est plus protégée nulle part. La concurrence
atteint aussi ses marchés domestiques. Les consommateurs sont volatiles et,
en outre, requièrent des compréhensions culturelles car ils viennent du monde
entier. L’entreprise ne fait plus face à des aléas localisés mais à des renversements
de tendance mondialisés. Pour y faire face, les entreprises ont d’abord développé
des activités de veille ciblée et puis de veille globale dite d’intelligence
économique. Autant que faire ce peut, elles s’efforcent en effet de comprendre
ce qui est en cours . Elles donnent reconnaissance à des chercheurs
( exemple H.dou ) qui ont consacré du temps et de l’énergie à convaincre qu’il
fallait veiller partout y compris au niveau de la Commission européenne .
La veille selon D. Rouach est partagée en cinq types de veille globale.
Dans la veille guerrière, les activités d’intelligence sont intégrées
au sein du dispositif stratégique avec une équipe permanente et un budget
très important. Dans la veille offensive, il y a montée en puissance
de la cellule de veille avec des moyens importants. Dans la veille active,
des moyens limités sont donnés pour observer la concurrence uniquement. Avec
la veille réactive, l’entreprise pense à ses réactions seulement quand
elle est attaquée. Enfin, en cas de veille endormie, il n’y a pas
d’action concrète entreprise. Veiller coûte cher et ,en outre, n’est pas facile
puisqu’il faut décrypter beaucoup d’informations et aussi s’assurer de leur
qualité. C’est pourquoi la majorité des P.M.E. en Europe n’ont pas encore
ces activités stratégiques à l’opposé des E.-U. et du Japon qui ont généralement
des veilles actives au moins. Toutefois tous les pays ont des enseignements
de veille avec des diplômes et des normes comme en qualité. Mais tout ne va
pas mieux pour autant c’est-à-dire quand on a des activités de veille. En
effet, beaucoup d’entreprises voient leurs efforts d’innovation hypothéqués
quand elles doivent négocier avec des bailleurs de fonds obsédés par une cible
élevée à court terme. Dans de nombreux cas, des projets de profits sont promus
qui ne sont pas des projets d’entreprise c’est-à-dire qui ne sont pas compatibles
avec les fondamentaux de celles-ci. Depuis la crevaison de quelques bulles
financières et surtout la mise en lumière des faiblesses des bilans de plus
d’un compte d’entreprise, cela va mieux même s’il est encore trop tôt pour
dire si un peu de sagesse est vraiment entré dans le « jeu économique ».
Ce qui est vrai pour les P.M.E. l’est aussi pour les futurs entrepreneurs.
Rendre certaine une cible de profit est un non- sens qui tue l’envie d’entreprendre.
Le profit en termes de rentabilité est construit sur des appréciations raisonnables
du projet d’entreprise et de son développement en échéances. C’est une règle
appliquée dans les incubateurs fertiles. En fait, il faut re-ancrer les résultats
financiers des entreprises dans des rationalités d’efficacité productive combinée.
C’est une question de survie des projets entrepris, des entreprises qui en
naissent et aussi des emplois qui sont générés. C’est aussi une façon d’améliorer
l’image de l’éthique des entreprises!
- Les activités de veille globale ne semblent
déjà plus suffisantes aujourd’hui compte tenu de l’instabilité mondiale. Dans
ce cadre, les grandes entreprises reprennent une pratique qui leur a déjà
valu des critiques et même plus que cela. Elles essaient de sécuriser au mieux
leurs positions dans des zones à risques par des investissements dits culturels.
Elles engagent donc du personnel local à la seule fin de faciliter les dialogues
nécessaires avec les autorités locales. Elles peuvent donc parfois « piloter »
des comportements de dérive que certains qualifieront de maffieux. La plupart
des P.M.E. n’ont pas les moyens d’agir ainsi. Et pourtant, elles aussi doivent
faire face à de multiples chocs culturels dans leur recherche de marché. En
fait, les P.M.E. supportent une double contrainte culturelle, à savoir :
aller à la recherche de marchés dans le monde donc approcher des « différences »
de l’extérieur et devenir innovante en tendance, soit aller à la recherche
de l’intelligence et la créativité de leurs personnels, des « différences »
approchées de l’intérieur. Dans leur confrontation avec les grandes sur
l’innovation, elles pourraient bien gagner, pour peu qu’elles soient aidées,
en arrivant à se transformer en systèmes collectifs d’intelligence et de créativité
efficaces et citoyens alors que les grandes continueraient à acheter des
savoirs à l’extérieur et à bénéficier de la manne de R-D publique liée à la
défense.
- Prospective
.Les gouvernements ont aussi modifier leurs outils d’information
afin de mieux lire l’avenir. Dans de nombreux pays des instituts de prospective
sont nés ou de plus petites unités y travaillant. Parfois les anciennes organisations
en charge des plans ont été transformées au but de la prospective. Dans la
majeure partie des cas, il s’agit de prospective technologique. Les gouvernements
et surtout les élites croient en la résolution des conflits par les techniques
de par l’apport de celles-ci aux productivités des facteurs sans lesquelles
comment redistribuer ( et maintenir le pouvoir) toutes choses étant
par ailleurs égales? Au niveau européen, il existe deux entités, l’une pour
la prospective économique et politique à Bruxelles et l’autre pour la prospective
technologique à Séville. Il y a aussi un front de prospective sur des questions
d’enjeux stratégiques mondiaux tels l’énergie ou l’eau, des questions liées
au développement d’Internet, aux échanges électroniques et un front sur des
questions liées aux effets du vieillissement des populations, par exemple
sur les systèmes de protection sociale. Il y a peu d’entités faisant de la
prospective sur les perceptions et interprétations collectives, un paradoxe
sous un age de l’information et donc aussi des manipulations et intoxications.
L’univers financier : des risques accrus
et même de système mais sans régulation.
- >Risques financiers et de système.
La transformation financière des économies se développe de plus en
plus. En fait , le système financier est dans une transition. En synthèse,
on y assiste au passage d’un système fondé sur les banques et leur architecture
de régulation ( banques centrales et organisations internationales :
F.M.I., Banque des règlements internationaux, etc. ) à un système de marché
,c’est-à-dire avec de nouveaux opérateurs, à la recherche d’une régulation.
Cette transformation est réalisée par mouvements. Il y a tout d’abord ( années
80, aux E.-U., ensuite au R.U. et plus tard en Europe) la montée en importance
de la gestion des pétrodollars et de l’épargne des ménages par de nouveaux
opérateurs, des fonds, prenant le marché des banques. Dans ce cadre, les banques
réagissent en se lançant sur des marchés dits porteurs pour lesquels elles
manquent d’expertise afin d’attirer leurs consommateurs par des rentabilités
prometteuses. Le contexte est celui d’acteurs agressifs ou fonds spéculatifs
qui attaquent partout à un moment où il y a des bulles spéculatives. Les banques
constituent ainsi des porte-feuilles avec de créances douteuses. Or, il y
en a beaucoup car l’univers des transactions mondiales est opaque. De nombreux
flux circulent sans contrôle et avec peu de traçabilité. Les transactions
sont effet de plus en plus électroniques et transfrontalières. En plus,
elles ont des paradis fiscaux. Des fonds se cassent les reins et des banques
aussi. Il y a presque toujours des grandes banques mises en déroute dans
les crises financières qui ont lieu. Dans un second mouvement, les banques
ont donc diversifié leurs porte-feuilles en nature de titre et en zone géographique
et construit de nouvelles architectures de titres pour réduire les risques.
Toutefois les grandes banques ont continué à avoir des titres à risque par
exemple des créances sur les télécoms, les grandes entreprises et sur des
Etats. Or, actuellement ces titres sont douteux du fait de l’endettement des
opérateurs des télécoms, de l’éclatement de la bulle spéculative liée à la
galaxie Internet et des biais comptables marquant de nombreuses grandes entreprises
et aussi du fait de la faillite ou quasiment de certains Etats. Il y a donc
des risques financiers importants qui peuvent par contagion devenir de système.
Or, il n’y a d’assureur en dernier ressort si ce n’est l’ensemble des citoyens
du monde. Il y a de grandes institutions financières mondiales avec des réserves
pas inépuisables. Mais cela n’est pas tout, le transfert des risques lié à
la diversification organisée par les banques pose la question des risques
en des termes liés aux autres opérateurs et donc renvoie finalement à l’économie
financière de marché qui a surgit. Ce marché n’a pas plus naturellement d’autorégulation
que les autres. La question d’une régulation externe s’y pose donc tout autant
bien qu’avec une intensité plus forte car c’est du système financier mondial
dont il s’agit. Comment réguler ? Personne ne sait aujourd’hui. En effet,
il y a certes des convergences de règles mais dans des cadres de pilotage
divers. Dans certains pays, il y a des pilotes ( E.-U. ) , dans d’autres peu
voire un seul ( scénario qui serait retenu par les autorités européennes).
En outre, les spectres de couverture des régulations sont différents. Que
faut-il choisir comme spectre et par qui réguler ? Des éléments de réponses
pourraient rapidement venir de l’Europe qui tente d’intégrer ses marchés financiers.
Elle proposera à ce but un modèle de régulation, sa force d’exemple viendra
à l’évidence de son efficacité. Les risques financiers ne sont pas que liés
à des créances douteuses ou à risques stratégiques. Il y a en effet de grandes
puissances dites riches mais riches de dettes aussi qui ne posent pas de problème
aussi longtemps que tout un chacun accepte d’en détenir la monnaie. Les E.-U.
sont sévèrement endettés en termes du secteur privé et en ceux des comptes
extérieurs. Les dettes privées sont la contre- partie des investissements
du passé pour pousser les N.T.I.C., Internet et aussi du paiement de licences
coûteuses y relatives aux gouvernements. Les dettes publiques via le déficit
des comptes extérieurs sont la contre-partie du niveau de vie et des choix
publics américains : la production américaine n’est pas suffisante que
pour nourrir la consommation des ménages. L’économie importe donc de partout.
Dans ce cadre, les choix publics avantagent la R-D et la défense. Les décideurs
publics aux E.-U. déterminent ainsi un nouveau modèle par rapport
au passé, celui d’une puissance militaire d’abord ! Le rêve véhiculé
par l’Amérique n’est plus le même . Actuellement celui d’un gendarme du
monde. Retrouver des sources réelles de profit s’impose dans ce cadre surtout
qu’il y a maintenant une nouvelle monnaie de réserve : l’euro qui met
en lumière non une puissance militaire mais une puissance économique véritable :
l’Europe. Cette puissance a aussi des problèmes de dettes, son secteur des
télécommunications est encore plus endetté que son homologue américain, mais
elle a globalement des comptes extérieurs en boni. Elle a aussi des problèmes
de cohésion sur un espace politique élargi marqué par des diversités régionales
de revenus par habitant et d’autres diversités .quand au Japon in n’arrive
pas à sortir d’une crise qui a commencé dans les années 80 (bulle immobilière).
Tous les débats aux E.-U. sur les gains attendus de productivité du travail
des nouvelles technologies de l’information et la communication et d’Internet
se comprennent mieux dans le cadre multipolaire des puissances économiques.
Ils doivent permettre de desserrer la contrainte des endettements qui est
aussi celle d’une dépendance à l’égard de l’extérieur via l’acceptation du
dollar. S’il s’avérait que les attentes n’étaient pas fondées ou très mal,
un choc boursier global aurait lieu car tout l’argent dépensé dans le passé
pour l’obtenir et tous les changements induits sur le territoire américain
et ailleurs où ils firent exemple n’auraient servi à rien ! Dans ce cadre,
les autorités américaines conviennent qu’il faut être très attentif aux bulles
financières qui peuvent être le signal de départ du choc. Or, il reste des
bulles tout le monde le sait!
L’univers des statistiques de pilotage .
- Statistiques de pilotage macroéconomique.
L’univers d’incertitude renforcée qui naît des transitions économiques qui
s’enchaînent et des réponses y apportées est mal saisi par un appareil statistique
public marqué par des ignorances et des absences de priorité. Il y a des ignorances
quant au comment mesurer de nombreuses grandeurs telle la productivité en
ligne , la qualité des nouveaux biens ou comment traiter certaines dépenses
telle un logiciel qui peut être un investissement ou une consommation intermédiaire.
Mais en outre, il y a un volume important d’activités non enregistrées non
nécessairement illégales pour cela. Sur le marché du travail, emploi et sous-emploi
ont perdu leurs significations du fait de la grande variabilité de l’intensité
de travailler. Il y a en effet des travailleurs sous-employés qui travaillent
plus que des employés permanents. Il y a aussi des travailleurs plus pauvres
que des assistés. L’inflation est mesurée avec des indices de prix apurés
à la carte, cette modification provoque même une harmonisation des indices
de prix sur l’espace européen. De façon générale, elle reste concernée exclusivement
par les prix des biens alors que ceux des actifs financiers influencent sensiblement
la demande et l’offre du fait de la création de richesse par la constitution
de patrimoine de titres financiers, de biens immobiliers. Paradoxe d’autant
plus qu’en surgissent des bulles spéculatives qui éclatent mais pas en totalité
faisant craindre des effets d’éclatement pouvant entraîner une dépression
générale des revenus puis des prix et des masses monétaires. Et puis, il y
a aussi toutes les difficultés pour saisir l’économie du savoir particulièrement
sous l’angle des investissements immatériels et des innovations. Enfin, avec
la déréglementation financière et le développement des échanges électroniques
, les flux financiers circulent librement autour de la planète. Quelle est
alors la signification des masses monétaires contrôlées par les banques centrales ?
De façon générale, le contrôle des régulateurs historiques sur les échanges
transfrontaliers quels qu’ils soient , a été réduit. Or, ainsi tout peut
être acheté aujourd’hui. La situation éclairée a peu conduit à des priorités
publiques de renforcement des statistiques. Donc le contrôle exercé par
les gouvernements sur la richesse mondiale a été réduit. Cette position les
a aussi mis en situation de réduction de capacité financière d’intervention
sur l’espace politique intérieur d’où la nécessité de lutter plus sensiblement
contre la fraude fiscale et d’où aussi une inégalité entre agents :
entre ceux qui ont les moyens d’échapper au contrôle face aux autres.
- Statistiques de pilotage microéconomique.
De nombreux comptes d’entreprise posent problème. Pour des raisons liées à
la valorisation soutenue des patrimoines des grands groupes, les bilans sont
volontairement « modifiés ». Certes il y a eu l’affaire Enron (
100 milliards de dollars ou 1% du PIB américain) qui a changé cet état et
dans beaucoup de pays. Mais il reste encore des comptes douteux . C’est pour
cela que le président américain a lancé un appel à la communauté des affaires.
Que feraient les marchés financiers si le doute sur les comptes ne disparaissait
pas ?Sur le front des ressources humaines, les comptes privés posent
aussi problème. La vision du passé sur les hommes continuent d’être inscrite
dans les comptes, les tableaux de bord des entreprises. Donc, elles suivent
difficilement les traces de l’intelligence et la créativité de leurs personnels.
En fait, elles pilotent la transition de l’immatériel ( age de l’information
et de l’innovation) avec des difficultés de lecture interne . Cette lecture
les pénalise face à des bailleurs de fonds gourmands mais pas gourmets. En
effet, elle leur rend difficile le dialogue en cas de demande de financement
et de contestation conduisant à de la restructuration. Il arrive ainsi que
des entreprises jettent des savoirs qu’elles doivent racheter ensuite. En
fait, les entreprises découvrent qu’elles n’ont pas identifié leurs savoirs
alors qu’elles sont des bases de savoir. C’est cela qui explique le manque
d’outils pour apprécier l’intelligence et la créativité en leur sein. Et pourtant,
il y a partout des communications sur le management des compétences. Il y
a aussi des formations ad hoc avec des diplômes !
- Analyse globale. Les analyses globales
des transformations en cours ne sont pas nombreuses. En entendant par cela
que les organismes publiques d’études ne produisirent pas une abondance d’études
de cette nature. Il a bien davantage existé des penseurs assez isolés qui
mirent des ouvrages sur les marchés. Beaucoup d’ouvrages ont été reçus comme
des exercices de spéculation intellectuelle fascinants à lire mais de portée
limitée pour décider autrement.
L’univers des citoyens : Insécurité et cohésion
sociale : subjectivité et objectivité , la difficulté de trouver du sens
et l’aide des élites, ne plus rêver pour ses enfants, les responsabilités confuses,
vulnérabilité interne des démocraties libérales.
- Insécurité. Les chocs qui viennent
d’être éclairés ont profondément atteint les ancrages identitaires des uns
et des autres et leur monétarisation distributive dans les démocraties libérales
. Les citoyens ont eu l’impression qu’il n’y avait plus un dehors de protection
face à un extérieur. De même qu’il n’y avait plus d’altérité radicale tout
le monde étant devenu fragile partout. Leur réalité avait changé non seulement
d’image mais aussi de nature face à l’information. Ils devaient apprendre
à regarder autrement et à agir dans ce cadre . Ils n’étaient pas préparés
à cette nécessité d’intelligence et de relativité. Ils n’ont pas trouvé beaucoup
d’aide en dehors d’eux. Ainsi peut-on tenter d’expliquer que beaucoup de personnes
aient ressenti une insécurité existentielle donc globale dépassant en intensité
l’insécurité objective. Et cela d’autant plus que les discours politiques
ont banalisé le thème sécuritaire pour éviter son appropriation. En effet,
dans ce cadre, la question du « pourquoi il y avait un écart
se posait naturellement ? » Au lieu d’une réponse mettant en lumière
subjectivisme et objectivité la réponse communiquée par certains fut celle
de la surenchère : « parce que les décideurs publics n’avaient
pas suffisamment agi ». Cela discréditait ces derniers déjà coupables
d’avoir peu et mal anticipé. Il restait donc ainsi peu de fronts vertueux
où ils pouvaient briller !
- Cohésion
sociale. La cohésion sociale a été atteinte du fait de la contrainte
de redistribution. Globalement elle a aussi été regardée d’autre une autre
façon. La demande de cohésion s’est accrue du fait que chacun s’est senti
plus seul et en insécurité face à l’adversité. Le discrédit jeté sur la classe
politique n’a pas aidé pas plus que les comportements des élites. Alors
de nombreux citoyens ont compris que la cohésion qu’ils avaient construite
produisait des solidarités monétaires surtout et qu’ils étaient en manque
d’autres solidarités venant ou non des processus appliqués dans leurs sociétés.
Ils ont alors regardé toutes les solidarités avec des yeux nouveaux et se
sont découverts « nus ». Ainsi a été perçu l’affaiblissement
( dilution dans les partages en fait) des responsabilités face aux droits
acquis, aux corporatismes et autres tribalismes, une mollesse des démocraties
libérales .Elles avaient perdu leur cohérence politique.
- De nombreux citoyens ont perdu leurs repères
identitaires et n’ont pas encore découvert des sorties de crise. En outre,
plus la crise se prolonge et plus ils ont des doutes pour leurs enfants. Ils
perdent le droit de rêver pour eux, librement ou dans des canevas préparés
par les médias, qui les conduisaient à supporter ce qui n’étaient que des
aléas aussi. Aujourd’hui, ils savent que le monde est plein de gens qui entrent
en concurrence pour travailler quelles qu’en soient les modalités. Certains
arrivent même « régulièrement » sur leur espace politique pour y
travailler à toute force soit aussi de façon illégale. Tous les concurrents
sont en outre de mieux en mieux formés. Les entrepreneurs savent que s’ils
n’innovent pas une autre entreprise le décidera et prendra le marché. En
outre, les citoyens ont aussi des craintes quand ils pensent au changement
dans la nature de la croissance en faveur de cerveaux ciblés. Leurs enfants
n’ont pas tous les savoirs ciblés qui font le capital intellectuel que le
marché valorise. Graduellement, par conséquent, de nombreux citoyens doutent
de l’avenir car ils découvrent que les chocs face à eux ne sont pas conjoncturels
mais issus de tendances nouvelles interactives qu’ils sont incapables de lire
suffisamment et de maîtriser pour donner à nouveau un peu de certitude à leurs
vies et surtout à leurs attentes pour leurs enfants. Ils sont dans un monde
nouveau mais qui est-il ? Qui enfin donnera la lecture ? Que dire
alors si celui qui s’y essaie dit : « il n’y a pas qu’une
lecture… ».
- Elites. Dans leur recherche de lecture
et de réponses, les citoyens ont été mal aidés par leurs élites ( citoyens
qui par leur formation sont les acteurs de la réalisation de l’excellence
dans les raisonnements ; les élites disent le sens laïc face aux églises)
au point qu’on a parfois parlé de trahison des clercs. Les élites ont cherché
à maintenir leurs positions autant que possible. Dans ce comportement assez
humain, on a aussi pu déceler, selon E. Todd, les marques d’une croyance
en une supériorité en vertu de laquelle elles ne seraient pas vraiment concernées.
Les transitions auraient à la longue assez peu de prise sur elles. Ce sentiment
de supériorité n’est pas l’apanage des seules élites des pays riches. On le
trouve dans les autres pays au point que leurs élites sont souvent plus proches
de celles des pays riches que du reste de la population de leurs pays. Dans
ce cadre, la poussée vers l’éducation supérieure fait vivre une marche vers
l’oligarchie et cela partout alors que celle vers l’alphabétisation, dans
une perspective historique, favorise la démocratie . Les membres de l’oligarchie
sont peu différenciés par leurs opinions politiques. Ils sont au-dessus d’elles
en quelque sorte .Dans les pays en développement, cette évolution construit
un scénario selon lequel les élites supportent mal la contrainte du suffrage
universel quand il existe. Cela explique aussi le peu de volonté pour organiser
la démocratie. Dans les pays riches, le développement de l’oligarchie est
un surprenant retour au monde d’Aristote dans lequel l’oligarchie pouvait
succéder à la démocratie. Ce qui vient d’être indiqué débouche aussi sur
une faible volonté de réduire les inégalités . De façon un peu caricaturale,
les inégalités ont peut -être « un peu » été envisagées comme une
façon de marquer la différence entre deux « régions » du monde !
En outre, dans une « posture » existentielle difficile, d’une part,
elles aident à maintenir le pouvoir car les contestataires sont occupés à
essayer de survivre et de l’autre, ils sont donc aussi faciles à diviser quand
triomphe le chacun pour soi. Le pouvoir élitiste est aussi fasciné par la
science et surtout la technique. Il croit en les solutions techniques de façon
globale car il y pense en termes de progrès non contestable. Ils les recommandent
donc aux gouvernements. En plus, les élites, par leurs formations, sont spécialisées.
Elles ont donc de la peine à décrypter des globalités car celles –ci sont
autres qu’une somme de parties. Croire en le progrès technique et global
est donc aussi une façon de cesser de se faire du souci pour « quelque
chose » entre la totalité et la globalité qui pourrait bien être l’humain
tout simplement. Les élites vivent en fait une religion qui ne dit pas son
nom : celle d’être des élites tout simplement. Cela explique qu’elles
aient été faciles à conquérir par les sectes, sensiblement quand y est proposé
un « cocktail » liant religion d’un age nouveau et science.
Les élites pouvaient y trouver refuge sans perdre la face. Cela explique aussi
que les couches populaires aient déserté certains partis par rejet des élites
qui y régnaient et donc qu’elles soient tombées dans les bras d’autres partis
faisant du populisme.
- Société. Une vision caricaturale
du divorce en cours entre les élites et le reste de la population , toujours
réversible donc qui n’est pas une fatalité, et qui fera réfléchir pourrait
être la suivante. Il ne s’agit plus de deux régions d’un même monde mais
de deux mondes de plus en plus éloignés. Le monde des élites est celui de
la raison, les « autres » ont celui des passions. Ainsi les premiers
sont là pour gérer partout avec raison le monde des autres qui vient
au hasard tel que Fr. von Hayek l’a expliqué depuis l’entre-deux guerre
et qu’un courant de pensée politique qui l’entoure véhicule dans les cabinets
et les organisations internationales . Les individus étant par nature ignorants,
paresseux mais imaginatifs l’organisation sociétale naît de leurs apprentissages
dans des cadres culturels donnés. Il ne sert à rien de poursuivre des
projets d’organisation politique volontaire dans ce cadre. En effet, ils ne
recevront jamais adhésion bien longtemps. Hayek proscrit ainsi la démocratie
comme le socialisme ou encore le totalitarisme en fait l’universalisme et
ses modes d’organisation. Et puis le hasard fait bien les choses en ne conservant
que les meilleures expériences. Etant la capacité intellectuelle de gérer
par excellence, les élites sont mobiles. Elles vont partout. Elles s’affranchissent
de la contingence de localisation alors que la majorité des personnes employées
restent toujours localisée par suite d’une non-organisation politique de
sa mobilité. Le pouvoir est construit en effet sur un espace local de même
que sur des rêves d’une génération pour ses enfants donc aussi sur une temporalité.
Leur monde est leur village d’ancrage à la différence des autres personnes
résidentes ou non résidentes. Elles se libèrent aussi du temps par des outils
d’information réaction en instantané. Elles vivent par conséquent avec la
conviction que leur valeur, mondialisée, est élevée, presque incommensurable.
Donc leurs salaires sont aussi des moyens de marquer la différence. Ils sont
donc complétés de diverses façon qui ne sont que des mesures approchées de
leur valeur intangible. En somme ainsi les élites essaient de régler les problèmes
de valeur que la statistique macroéconomique n’a pas résolus. Par contre,
pour les autres, cette précision, qui est la règle de capture de la valeur,
aboutit à des mesures d’apothicaires de la productivité , l’intelligence et
la créativité. Or, il y a problème dans ce cadre. Donc les personnels des
entreprises ont le sentiment d’être roulés une fois de plus quand ils ont
été mobilisés à ces buts et qu’ils ont répondu « présents ». L’entreprise
comme entité est aussi sous pression car on lui demande de réagir en temps
réel. Mais il est difficile à mesurer lui-aussi . En plus cela a-t-il du sens
en termes de potentiel d’innovation lequel demande une culture donc des apprentissages
et donc des « pertes » de temps ?. Dans l’univers mental des
élites, il y a des vices de fonctionnement mais pas de système. Donc il y
a des faits d’insécurité mais pas d’état d’insécurité. Les étrangers qui
cherchent du travail sur les espaces locaux modifient cette vision car ils
perturbent les « bonnes gens » qui alors questionnent les élites.
Les étrangers sont donc autant des faits que des symboles. En fait les élites
sont de moins en moins enclines à penser à l’humain car il est un facteur
de perturbation. Il est le facteur de perturbation. Dans ce cadre, la science
financée est la voie de compréhension des choses par priorité mais pas des
hommes sauf s’ils deviennent des marchandises. Il en est de même des informations
collectées.
- Classes moyennes.. La pensée de
élites sur la gestion du monde se heurte aux bureaucraties dont c’est le gagne-pain.
Ces dernières sont aussi une classe intermédiaire qui a accueilli les enfants
des couches populaires cherchant à s’élever. Partout des mesures sont prises
pour réduire les bureaucraties au prétexte des coûts concurrentiels qu’elles
engendrent. Avec les effets économiques du reflux des salaires sur la demande
et donc la croissance, les contraintes de la concurrence sur l’entreprenariat
et le salariat à temps plein, la poursuite de l’érosion des paysans, la résorption
des bureaucraties participe à un laminage des classes dites moyennes. Par
conséquent de nombreux parents cessent de rêver pour leurs enfants. De
nombreux citoyens apprennent à vivre dans l’instant seulement. Il s’agit d’un
véritable choc psychologique collectif.
- Médiatisation. Ces considérations
sur les élites bien que « forcées » expliquent pourquoi elles ne
produisirent que peu de « fou du roi » et donc aussi que cet «
espace », fut facile à conquérir par les médias. Dans ce cas, il serait
mal venu de critiquer ces derniers de façon forte pour avoir donné des réponses
de plus en plus dans l’instant au motif d’accroissement de leur audience.
En effet, il s’agissait d’activités économiques qui, lorsqu’elles étaient
régulées, l’étaient plus en termes de concurrence à respecter qu’en ceux d’une
éthique démocratique, pas mal érodée en outre. Les médias organisèrent aussi
de la solidarité collective par exemple pour favoriser la recherche de remèdes
à de grandes maladies.
- Responsabilités des artistes. En
remplacement des élites de nombreuses questions furent posées par les artistes
. Certains d’entre -eux non contents de donner des réponses se mirent à
l’ouvrage en les pratiquant de telle sorte qu’elles se sont inscrites graduellement
dans le paysage des solidarités démocratiques recherchées.
- Internet et la démocratie. Internet apporte une symbolique
démocratique qui ne peut qu’être la bienvenue sur des espaces politiques où
la démocratie est atteinte pour ceux qui ont failli. Internet sert d’alibi
La question est alors quelle est réellement l’appropriation que les citoyens
en feront dans l’avenir ?
- Doute et responsabilités confuses.
La recherche de lecture et de solutions des citoyens a eu lieu dans le cadre
d’un doute de la classe politique coupable d’avoir mal et/ou trop peu anticipé
et décidé puisque incapable de protéger sous les averses des changements.
Ce doute sera d’autant plus puissant que des affaires éclatèrent mettant
en lumière une classe politique corrompue ( en faits quelques personnes seulement
) en plus de devoir supporter le discrédit. Mais est-elle seule responsable
de cet état ou ne faut-il pas non plus reconnaître une responsabilité collective ?La
difficulté est en effet qu’avec le temps tout le monde a pris l’habitude de
vivre dans le cadre sociétal en crise. Il y a des responsabilités multiples
mais confuses parce que noyées dans les partages qui faisaient culture .Ici
aussi il y a choc. Le doute dans ce cadre va conduire à désigner plutôt
qu’ à rechercher sous des remises en cause émotionnelles de la nation à
l ‘égard de son pouvoir .Il s’agit bien de quelque chose d’émotionnel car
de passionnel que l’on peut symboliser par la phrase suivante : «
le pouvoir (homme) est à conquérir , la nation ( femme) est à courtiser ».
Et dans ce cadre, il en vient des enfants qui sont des rêves d’espoir aussi.
Ces remises en cause vont s’enchaîner d’autant plus facilement que « nul
nouveau soleil ne se lève » et que l’avenir des enfants est hypothéqués
en tendance malgré une communication continue d’informations ciblées sur
les succès de quelques-un présentés comme des normes toujours accessibles
pour un plus grand nombre moyennant quelques changements supplémentaires
tout aussi peu précisés qu’en leur débuts alors qu’ils impliquent des remises
à plat de plus en plus profondes de systèmes imbriqués. Cette communication
et le flou qui accompagnent les changements, tout comme les statistiques,
entretiennent l’espoir et la patience mais pas à l’infini. Au fur et à mesure
que le temps passe, la patience s’érode sous la corrosion des doutes voire
des désespoirs. En fait sous la sensation de plus en plus insupportable d’être
en insécurité globalement et de devoir léguer cet état aux enfants. Les
enfants sont la dernière frontière symbolique du monde qui s’écroule.
Pour eux les citoyens descendent encore dans la rue en masse quand leurs intégrités
physiques et psychiques sont en jeu (les cas de pédophilie) ou leurs avenirs.
Le sentiment d’insécurité modifie toutes les perceptions dont d’insécurité
objective. Tout est déformé comme si l’on regardait dans un miroir mal poli.
Alors l’enchaînement des réactions devient plus rapide et présente des conséquences
de type « effet papillon » une petite cause qui s’ajoute engendre
de grands effets diffusés. Et finalement, on aboutit à un climat sociétal
particulièrement dégradé où le mal d’être de certains explose en sociodrames
dans des théâtres privilégiés que deviennent certaines banlieues, écoles
ou certains moyens de transports en commun ou de divertissement pour être
objectivé et ainsi en sortir. Dans ce cadre, plus personne ne croit en les
informations diffusées ou les statistiques par ce que certains appellent le
« système » en faisant référence à un possible « Léviathan
étatique et de communication » dépassant en intensité celui pensé par
Hobbes , il y a très longtemps. En plus l’éthique globale est floue. Des recherches
individuelles et groupées de bouc -émissaire ont lieu. Elles veulent sanctionner
« la différence responsable des maux » laquelle s’écrit de plus
en plus au pluriel et s’étale de plus en plus sous les yeux. Cette différence
est aussi comme la recherche d’une maîtresse responsable des infidélités du
pouvoir à l’égard de la nation. Les recherches sont en fait aussi comme de
l’intégrisme laïc qui se veut fondateur d’une nouvelle éthique pour la société
puisque la « lumière » des démocraties libérales est éteinte !Un
divorce aussi puisque l’amour est mort !
- Vulnérabilité interne des démocraties
libérales. Le mal d’être décrit est un excellent terreau pour certaines
manipulations voire intoxications. Elles sont d’autant plus aisées que tout
le monde est libre. Surgissent ainsi des discours politiques de discrédit
visant non plus certains acteurs mais le système qu’ils symbolisent, la démocratie
libérale , en lui rendant difficile l’apport de réponses. Pour cela, ils
continuent de rendre de plus en plus difficile possible le dialogue entre
les citoyens et leur classe politique. Les pays riches en sont tous là aujourd’hui
quoique avec des degrés d’intensité diverse. Il y règne une grande incommunication,
diverses formes de violence et donc de l’insécurité objective bien que toujours
contenue car il y domine encore un pouvoir d’achat élevé et partagé. Mais
cela n’empêche pas qu’il ait fallu clairement renforcer les politiques de
sécurité partout sur les espaces de ces démocraties par suite de violences
de plus en plus sanglantes et de signaux de vote clairs. Des votes « extrêmes »
sont apparus partout. Certes, ils ne signifient pas que leurs émetteurs désirent
tous changer de régime politique mais il faut leur donner attention. En effet,
il s’agit d’une « grosse protestation » indiquant une « grosse
impatience » quoique toujours mâtinée d’un reste d’espoir. Toutefois
l’histoire de l’Europe enseigne que tout peut vite basculer. Il ne faut nulle
révolution pour cela. Les démocraties découvrent ainsi qu’elles sont
vulnérables de l’intérieur, par l’érosion de leur cohésion sociale et par
l’affaiblissements de l’arc droits- responsabilités soit par une cohérence
problématique .Mais aussi par manque de rencontre du besoin de lecture et
de compréhension des citoyens. Quel choc pour des projets politiques et économiques
qui « pensaient » qu’ils avaient force naturelle de maintien et
de compréhension du simple fait qu’ils étaient arrivés à devenir des démocraties.
Les acteurs de ces dernières avaient insuffisamment apprécié la substitution
opérée dans le temps entre cohésion sociale et cohésion monétaire en faveur
de la dernière. Ils avaient peu réfléchi à la cohérence du projet. Ils
avaient aussi insuffisamment informé laissant cette responsabilité à d’autres,
permettant que les subjectivités remplacent les objectivités. Tout était information,
les manipulations et les intoxications aussi. En fait, ces démocraties commencent
seulement à apprécier l’age dit des informations que les N.T.C.I. portent
qui est celui d’un immatériel puissant qui doit être encadré par un partage
de valeurs vécues, une citoyenneté effective , tout aussi puissant si non
…
L’univers de la vie humaine : le développement
durable.
- >Développement durable. Mais c’est
n’est pas la fin de l’histoire. En effet, il y des changements climatiques
en cours dont on ne connaît pas la portée car il y a de nombreuses controverses
stérilisantes. Quoi qu’il en soit les études mondiales disponibles semblent
bien démontrer qu’il faille changer de mode énergétique de croissance ( réduire
l’énergie fossile consommée) mais aussi de production et de consommation car
les risques de santé publique sont sérieux. Ils peuvent en outre dépasser
un seuil finançable par une répartition en crise, en outre. Le développement
durable passe par des accords mondiaux problématiques sur lesquels pèse le
développement inégal du passé. Et surtout pour l’entraîner dans des systèmes
de marchés, il faut une internalisation de celui-ci dans le vecteur de communication
entre les agents économiques, les prix. Ce qui renvoie à la question de prix
mondiaux dans lesquels les forces de l’infinité des agents sont dans de nouveaux
équilibres. Tant que cela n’est pas le cas, il ne sert pas beaucoup d’internaliser
de nouvelles informations dans des prix de marché qui ne sont pas ouverts
aux réalités de leurs marchés ! Donc il faut négocier des consensus de
partage à défaut de s’entendre sur un universalisme qui sera qualifié d’utopique.
Comment plaider ce dernier encore, en effet , alors que son laboratoire privilégié,
la démocratie libérale est en crise.
L’univers des autres : vulnérabilité externe des démocraties libérales :
le terrorisme, les réactions de renforcement, le droit.
- Terrorisme. Et enfin, en plus de
ce qui précède, il y a des peurs extérieures appelant des actions publiques
au niveau mondial pour renverser des tendances dangereuses mettant en lumière
des vulnérabilités extérieures des démocraties libérales. Elles sont
contestées comme modèle idéal particulièrement sous leur réalité américaine.
Elles perdent leur pouvoir d’attraction universelle pour des raisons objectives
liées au développement inégal, à la corruption qu’elles favorisent et aussi
à la fixation d’abcès symboliques ( le conflit entre Israël et les Palestiniens
,la violation du sol sacré…) et des raisons subjectives. Les raisons sont
imbriquées. Les premières permettent de les discréditer en nature et partialité
et les secondes d’y proposer des substituts de sauvetage. Puisqu’elles ne
symbolisent plus la marche providentielle d’A. de Tocqueville ou encore la
fin de l’histoire de Fr. Fukayama vers le progrès des hommes, il faut leur
préférer d’autre voie de sauvetage dans lesquelles les « non-occidentaux »
peuvent retrouver la propriété d’un univers identitaire. La voie de rappropriation
ou de reconquête est le fondamentalisme religieux. Celui-ci s’inscrit dans
un retour vers ce qui a pour mission de dire la vérité universelle,
quoique déposée localement, la religion, dans les imaginaires collectifs.
De fait, beaucoup de gens, partout dans les pays riches, ont retrouvé le chemin
des églises au fur et à mesure que les transitions se déroulent faisant ainsi
revenir sur la phrase de Nietzsche « Dieu est mort ». Le fondamentalisme
religieux d’aujourd’hui est missionnaire comme hier en Europe. Il est agressif
car il a les moyens de l’être. Attention, il peut aussi être utile pour changer
le cours des choses !Il peut être intoxication !
- Réactions de renforcement. Le terrorisme
religieux a surpris du fait par sa violence. Et pourtant il existe de nombreux
instituts d’études dites stratégiques. Ils ont des moyens d’études et, en
outre, sont en relation avec de grandes institutions militaires publiques
chargées de l’ « écoute » du monde. De nombreux rapports sont
rédigés et sont communiqués. Une autre anticipation du terrorisme aurait donc
pu avoir lieu réduisant sa violence. Quoi qu’il en soit les peurs aujourd’hui
appellent des actions à l’extérieur et à l’intérieur. En effet, l’histoire
montre que les barbares envahissent les empires quand ils sont minés de l’intérieur !
Or, les démocraties libérales le sont en termes de cohésion, communication
, lecture globale, responsabilité et cohérence. En outre, sur leurs espaces,
il y a de plus en plus de différences portées par des « autres et leurs
enfants ». Sans conteste, il faut améliorer l’intégration ce qui renvoie
à la cohésion et la cohérence. En fait, les démocraties doivent apprendre
à construire volontairement sur des différences internes et externes et avec
cohérence partagée faisant cohésion. Comme l’économie elles sont ouvertes
! Ce sont des espaces politiques en voie de mondialisation comme l’économie.
Elles sont à la recherche de processus fédérateurs de façon à ne pas être
noyées dans les polarisations des diversités.
- Droit et démocratie. Dans l’avenir,
les démocraties devront apprendre à naviguer avec attention entre deux créations
de droits acquis. La première, ancienne, est liée à des valeurs universelles
faisant principes, lois et droits. Les « esprits y consentent »
et puis les hommes essaient des applications ( exemple : la déclaration
mondiale des droits de l’homme de 1948 ).Le droit latin est imprégné de cette
création. La seconde qui monte en importance au niveau international est
liée à des valeurs relatives négociées dans des consensus de partage. Tout
est relatif et par conséquent il faut offrir aux autres un « gain »
pour éviter des blocages. Avec le temps, les démocraties libérales ont connu
une montée de la deuxième création de droits acquis. Pour certains, les différences
se pilotent mieux ainsi ou encore cette conception est plus appropriée au
monde ouvert avec toutes
ses
transitions qui remettent tout en cause, engendrent de multiples lectures.
Le communautarisme ou encore le tribalisme est ainsi éclairé. Il est favorable
aux élites du moins au début. Il faudra faire attention car la demande des
citoyens n’est peut-être pas de cette nature. Dans un monde « venteux »,
les citoyens cherchent des solidarités robustes et non des solidarités
nécessairement nouvelles et à la carte. Dans un tel monde, les différences
sont des pièges, ce qui importe est que chacun ait des droits avec des responsabilités
et des solidarités qui n’en dépendent pas. Dans un monde de diversités donc
de relativités, il faut un peu d’absolu qui les fédère!