Croissance, information, savoir et sécurité : vulnérabilité des démocraties libérales et nouvel ordre mondial.
M.-P. Verlaeten -http://www.arenotech.org
C.I.S. ( Centre International de l’économie mondiale des savoirs - Premier trimestre  2003

Développement :
un bouleversement des ancrages identitaires partout conduisant à des vulnérabilités internes et externes des démocraties libérales

A. Pays développés : diagnostic.

Sens et changement.
  1. Changements et sens. Changer n’est pas facile quand il y a beaucoup de changements  et que le sens global des changements n’apparaît pas facilement. Machiavel, dans le Prince, le disait très bien, on cherche son intérêt avant tout : «Il n’est rien de plus difficile que de s’engager dans un nouvel ordre des choses car le changement a pour ennemis ceux qui ont prospéré dans les conditions passées et a pour tièdes défendeurs tous ceux qui ne voient pas encore comment prospérer dans le nouvel ordre  ». Mais pour la plupart des citoyens dans nos pays riches, cet intérêt n’est pas évident. Le changement apporte, en effet, son lot de contraintes et il les rassemble au sein de processus identitaires qu’il vide de leurs certitudes avant que d’autres perspectives positives d’être ne surgissent et ne soient diffusées. Les citoyens  voient des intérêts isolés mais pas ou peu d’intérêts partagés. L’exemple le plus pertinent est l’identité par le travail salarié à temps plein. Ce mode s’effrite sans qu’on sache comment le replacer dans un cadre où cependant on travaillera toujours. La question du comment l’emporte quand on songe au travail pour un grand nombre avec ce qu’il induit en termes de cohésion monétaire, de cohésion globale et de cohérence de cet ordre politique : la  démocratie libérale.

L’univers des certitudes : de l’identité par le travail salarié à temps plein à la cohésion sociale dans la démocratie libérale.

  • L’identité par le travail salarié à temps plein. Avant le premier choc pétrolier, le statut  de travailleur salarié à temps plein donne identité à une masse nombreuse de personnes. Il s’agit bien d’un ancrage identitaire  puisque des formes diverses de protection tout au long de la vie et pour les conjoints et les enfants y sont associées. En outre, c’est par l’intermédiaire de cet ancrage  qu’une équité inter-générationnelle est construite. La demande macro-économique issue de la productivité du travail organisée liée au statut de salarié à temps plein dans les entreprises privées et publiques alimente une croissance  et une redistribution de revenu relativement prévisibles. La demande est sensible aux revenus du travail . Les économistes disent  qu’elle y présente une élasticité positive élevée. Le développement des activités économiques est fonction de consommations de masse  satisfaisant des besoins  considérés comme  objectifs. Ils sont marqués par les valeurs de la famille tout d’abord en ce qui concerne leur vitesse de croissance et puis par celles de la jeunesse  , des enfants et des tout petits en fin de processus quand cette croissance, devenue incertaine, sera de plus en plus segmentée pour être maintenue. Les consommateurs envisagent le déroulement d’un revenu dit permanent sur lequel des théories économiques sont construites. Les couches dites populaires acceptent des sacrifices  de revenus relatifs pour que leurs enfants bénéficient d’un revenu tout aussi permanent mais plus élevé par saut dans une nouvelle classe sociale plus favorable. Leurs rêves sont mis en forme symbolique renvoyant à des pays  faisant mythe. On pense dans ce cas à l’Amérique et donc au rêve américain. Les rêves sont ainsi ancrés dans l’économie  stable de la productivité et des revenus salariaux distribués, de besoins objectifs satisfaits, sur un espace politique démocratique paisible du point de vue des différences. Ils le sont aussi dans un aboutissement mythique qui donne au pays qui est ainsi désigné une puissance « douce » mais forte. Un peu comme une écologie politique  avant la lettre! Il y a bien des aléas  à la croissance  et à sa redistribution  mais ils  sont conjoncturels seulement. Le monde est certain en tendance. Quand les économistes songent aux tendances, ils font référence aux techniques qui,  par leurs productivités induites, sont les outils de pilotage d’un rattrapage des performances des E.-U. Elles sont donc aussi un enjeu politique et symbolique. Il rend légitime les transformations des démocraties libérales. Les changements techniques ont lieu avec des fréquences par ensemble d’années. Ils sont diffusés dans le cadre d’un processus d’imitation , qui réduit les gains qui récompensaient ceux qui avaient introduit les changements,  appelant de nouvelles techniques. Le changement technique est une « gale » destructrice et créatrice de croissance ainsi que Schumpeter, le fameux économiste autrichien,  l’indique déjà en 1920. Il prend suffisamment de temps que pour entraîner sa  lisibilité par tout un chacun. Ou plus précisément pour être ancré dans les mémoires.
  • Information. Les informations qui circulent concernent les aléas et leurs anticipations et non les tendances. Les économistes et les gouvernements oublient le long terme pour le court terme. Ils pensent à un moyen terme qui n’est au plus  qu’un court moyen terme. Les entreprises ( tout comme les gouvernements) collectent des informations sur les aléas survenant sur leurs marchés. Les instruments utilisés sont des modèles économétriques où le respect de tests statistiques standard assurent la fiabilité des prévisions. Les entreprises, surtout les grandes pilotent leurs modèles en toute confiance. Elles n’envisagent pas qu’elles puissent perdre leurs marchés. Elles sont ancrées dessus. Les gouvernements ont la même pensée. Les tendances à repérer avec l’appareil statistique des pays, par exemple via des tableaux d’entrées sorties, ne sont mesurables que par période de dix ans car les tableaux indiqués ne sont revus que tous les dix ans. Pour de nombreuse entreprises, il existe toujours, en outre, une frontière naturelle de protection, à savoir : leurs marchés domestiques. Elles y connaissent leurs consommateurs et vice-versa et surtout sont en relation de qualité avec de nombreux décideurs publics. Elles y ont donc des protections diverses qui les aident à supporter les aléas des marchés dits extérieurs c’est-à-dire des  exportations. Elles sont vulnérables aux aléas conjoncturels mais pas aux risques de renversement des tendances. Dans ce cadre de croissance, les informations sont coûteuses à obtenir. C’est pourquoi elles sont le privilège du sommet de l’entreprise qui décide de leur circulation en son  sein en nature, qualité et interprétation. Ainsi que l’a indiqué R. Cloase, prix Nobel d’économie en 1961, l’entreprise ressemble à une organisation militaire vue sous l’angle de l’information collectée, diffusée et interprétée. Elle est ancrée dans une base d’information coûteuse. Le coût d’obtention explique aussi que les banques de données globales soient publiques, fassent partie des investissements décidés en faveur des appareils statistiques et analytiques des comptabilités nationales. Les appareils d’information sont concentrés tout comme ceux de la communication.
  • Rupture petroliere. Les chocs pétroliers des années 70  et ultérieurement cassent les attentes de croissance. Ils libèrent des forces d’inflation  par les salaires et laissent craindre une non-maîtrise de celle –ci d’autant qu’ils permettent à des économistes de démontrer qu’il y a danger car il y avait déjà une inflation rampante bien avant les chocs (fin de la décennie 60)  et aussi un essoufflement de la croissance.
  • Rupture théorique. La théorie macro-économique de la croissance dominante, toujours marquée par Keynes, et donc l’attention portée aux anticipations de demande effective au motif d’assurer le plein-emploi  ( en souvenir de la grande crise de l’entre-deux guerre), cède le pas à des courants  dits monétaristes et d’anticipations rationnelles ( et puis à d’autres qui ne remettront pas les courants monétaristes en cause) marqués par M. Friedman, l’économiste de Chicago bien connu, pour lequel l’inflation est le mal monétaire de la croissance. L’inflation doit être maîtrisée par une politique monétaire restrictive clairement communiquée aux échangistes. Elle doit être confiée à une banque centrale indépendante pour être à l’abri des pressions du pouvoir politique. Alors, la politique monétaire peut être anticipée rationnellement  dans ses cibles d’inflation. Il n’y a pas d’illusion monétaire. Ainsi tranquillisé, le secteur privé réalisera  la croissance potentielle de l’économie en  utilisant tous les facteurs disponibles de celle-ci  lorsque les marchés sont flexibles, soit que les prix y régulent les états, et que les capitaux circulent librement. Alors aussi les marchés seront en équilibre. Ceci est particulièrement important pour celui de l’emploi marqué à l’époque par la montée du sous-emploi suite à l’affaiblissement du soutien à la croissance apporté par le plan Marshall en Europe et à ses effets positifs sur l’offre de production aux E.-U. Ceci est donc aussi important pour la force d’impulsion du mythe américain. De fait le pays est entré dans un affaiblissement de position concurrentielle face à l’Europe qui va aboutir à la remise en cause de la régulation monétaire mondiale issue des accords de Bretton Woods ( début de la décennie 70 : abandon de la liaison du dollar à l’or, passage d’un système monétaire de parités fixes à flexibles).L’affaiblissement sera  aussi signalé par le climat général suivant la défaite face au Vietnam. Face aux E.-U. en difficulté de croissance et d’image , l’Europe monte en puissance économique mais pas en identité ni en puissance géostratégique car elle est partagée en volonté politique et faible en défense. La seconde guerre mondiale et ses souvenirs empêchent de penser à la défense en termes d’un keynésianisme militaire que les E.-U. ne vont pas oublier. Le Japon  y songe mais dans le cadre d’accords mondiaux limitant ses efforts de défense. Il entre à cause de cela sur les marchés militaires américains comme pourvoyeur de technologies à double usage, militaire et civil.
  • Cohésion sociale et cohésion monétaire. Avec les nouveaux courants, qui donnent rationalité économique à des courants politiques en faveur de la réduction du poids des Etats, les gouvernements ne doivent plus soutenir la demande au motif  du plein emploi. Ce soutien crée de l’inflation et creuse les déficits publics. L’économie en fonctionnement d’équilibre doit être  ancrée dans les prix  des marchés et non dans les revenus et leur distribution. Si les soutiens publics sont moins nécessaires, les Etats massifs sont moins utiles. L’ancrage identitaire, monétaire et symbolique des citoyens va changer dans ce nouveau cadre politico-économique qui va être communiqué pour être diffusé. Le monde s’ouvre la perméabilité de la croissance à l’ouverture l’entraîne. En fait, cette logique n’est qu’un a posteriori car des décisions politiques et techniques ont été prises librement  dans les années 60 pour changer le monde par ce qui sera les N.T.I.C. plus tard sous une culture se voulant globale de flexibilité des citoyens. Cela va avoir des répercussions partout quoique avec des intensités diverses sur une cohésion sociale  de plus en plus mesurée par les résultats de la monétarisation distributive de l’interactivité de trois ancrages, à savoir : l’individu dans le salariat, l’entreprise dans ses marchés et le gouvernement sur l’espace politique qu’ils forment, bien qu’elle ne soit pas que cette distribution. Sur l’espace politique  des pays développés, les différences sont non conflictuelles en nature car tout le monde partage les mêmes valeurs, la même culture et puis ces pays sont assez riches . En plus,  ils sont  aussi titillés par le bloc de l’Est et  surtout par une symbolique sociale  entretenue qui y est liée. Il y a des conflits de partage certes mais pas de remise en cause du système.  La société étant habituée à la résolution des conflits par des partages est peu attentive aux intérêts corporatistes, voire aux tribalismes, qu’ils véhiculent aussi. De même elle l’est peu à des érosions de responsabilités individuelles et collectives. Les partages noient tout dans la confusion . En Europe, le souvenir de grandes fractures liées à la seconde guerre mondiale reste vivant donc on distribue quand on sait. La légitimité des conflits de partage est acquise pour ces raisons ! De façon générale, les sociétés sont peu attentives aux « écarts » entre cohésion monétaire et cohésion sociale tout court. Cette dernière est un ensemble de valeurs partagées au service desquelles il y a des processus d’implémentation afin de les vivre et des processus monétaires de redistribution qui sont liés. Dans ce cadre, il y a des droits et des responsabilités. C’est tout cela qui rend la société cohérente en tant qu’ordre politique. Mais en fait, les évolutions favorisent plus les droits que les responsabilités qui se diluent à l’opposé des premiers dans les partages que la richesse permet. La lecture au quotidien des  valeurs des démocraties libérales est en train de s’affaiblir et donc aussi leur cohérence. Elles y sont peu attentives.
  • L’univers des incertitudes : une culture d’inégalités, la montée de la prise de risque individuelle face à l’adversité , la flexibilité, le nomadisme de capitaux gourmands de profit .

    1. Mondialisation : Culture d’inégalités de coûts, prix et revenus . Sensiblement, depuis le premier choc pétrolier, le scénario de développement de la croissance macro-économique, via la redistribution des gains de productivité du travail ,organisé par le salariat à temps plein du plus grand nombre qui vient d’être éclairé ne va pas cesser de s’éroder. Des politiques de flexibilité, soit d’ajustement des marchés par leurs prix seront conduites partout . En fait avec la mondialisation  un monde d’ancrages  identitaires s’est écroulé : celui du salariat à temps plein et donc aussi celui de la croissance par une demande  de masse à forte élasticité à la distribution de revenus salariaux, celui de l’entreprise établie sur son marché et enfin celui de l’espace politique de cohésion aux différences acceptées car  en attente de résolution légitime de partage. La perte de lisibilité démocratique en cours  va aussi s’accéléré. Avec la mondialisation, une croissance sur base d’inégalités de coûts venant de partout donc aussi  de prix de revient concurrentiels a surgi. Elle est plus élastique aux prix qu’aux revenus car son spectre de choix parmi les coûts  de production  dont en priorité ceux du travail est plus large même si au début des questions de qualité des facteurs de production sont posées. Elle va aussi  devenir plus impatiente de profit du fait d’une circulation libérée des capitaux,  que patiente d’une rentabilité bien fondée  des entreprises en entendant ainsi sur leurs bases productives. En fait, elle est construite sur des différences de coûts, de rentabilités et de demande. En effet, elle va de plus en plus s’adresser aux consommateurs en les segmentant. Cela permet de valoriser des demandes spécifiques à l’opposé du passé. Cela est aussi à inscrire dans un climat de poussée de l’individualisme , d’érosion de la famille et même du couple. La lecture privilégiée de chacun c’est chacun puisque à l’ « extérieur » le flou règne.  Les consommateurs auront ainsi l’impression d’être satisfait à la carte donc que l’économie veut être plus proche  d’eux, presque comme une bonne mère ! Une nouvelle fidélité  et sa symbolique en naîtront.
    2. Prise de risques individuelle et flexibilité. Le changement de logique de croissance va véhiculer un choc culturel important sur la dynamique monétaire construisant la  cohésion sociale. Le choc est symbolique de la libération de nouvelles forces individuelles, voulant conquérir le monde, mais il a lieu dans des contextes sociétaux peu préparés où la distribution est la norme quoique avec des intensités variant selon les pays. La conséquence en est que dans ces contextes les citoyens n’ont plus l’habitude de supporter les risques d’une croissance de plus grandes aventures en se prenant plus en charge face aux protections institutionnalisées, aux modalités de solidarité collective. En contre-partie de ces dernières, on leur demandait d’être productifs  et ils l’étaient. La montée de la prise de risque individuelle est vrai aussi  pour de nombreux chefs d’entreprise. Le choc est culturel. Il  sera  tout autant  monétaire. Comme la croissance  est partout difficile à induire car tous les pays riches doivent changer, ses chocs pèsent plus que ses gains. Elle est donc naturellement  plus  basse en gains annuels que la précédente toutes choses étant par ailleurs égales c’est-à-dire quand elle n’est pas poussée par de  nouvelles décisions publiques appliquées. Durant une longue période, la croissance restera marquée par des gains annuels de productivité du travail très bas comparés aux « golden sixties » et cela partout mais tout particulièrement aux E.-U. comparés au Japon et à l’Europe. Ces derniers maintiennent des gains annuels moyens positifs, ils sont à zéro aux E.-U. Ils rendent partout difficile le soutien à la distribution des revenus du passé et, par conséquent, les charges y associées. Le sous-emploi qui s’étend pose donc des problèmes de coûts : immédiats et à plus long terme par réduction de la capacité contributive des actifs pour les retraites. Les systèmes de répartition sont sous contrainte. La réponse sera d’accroître la flexibilité des marchés soit le pouvoir d’ajustement de ceux-ci par leurs prix et la promotion d’acteurs financiers non-bancaires gérant l’épargne des ménages. La flexibilité du marché du travail pose problème tout particulièrement en Europe. Dans ce cas, il faut reconnaître qu’en Europe ni les marchés des biens ni ceux des facteurs de production ne sont flexibles puisque la croissance est liée à la redistribution. Cela veut dire que les gains de productivité du travail sont partagés en revenus salariaux et puis en prix modifiés et en versements aux actionnaires. Dans la suite des évolutions économiques, cette hiérarchie sera renversée. La productivité  du travail devient la clef  majeure de la rentabilité alors qu’aux E.-U. on accorde aussi  de l’attention à celle du capital. La différence entre les deux est le coefficient de capital de la main d’œuvre, soit les machines mises à la disposition des personnels. Le choix américain est clair : jouer ce capital machine avec intelligence c’est-à-dire en qualité. Le futur est inscrit dans un choix stratégique de productivités combinées. L’Amérique va refaire rêver !
    3.  La flexibilité est pratiquée systématiquement d’abord dans les économies qui, par leur histoire, ont une culture de flexibilité que certains qualifient de précarité. On pense ici aux E.-U. ou encore à l’Australie et ultérieurement au R.U. sous les décisions d’une certaine « dame de fer ». Ensuite, elle sera diffusée partout dans le cadre de réformes institutionnelles lancées mais avec de nombreuses difficultés obligeant à des arrêts, des révisions voire des ruptures qui entraînent un affaiblissement de leurs lisibilités et des efficacités contrariées. Quoi qu’il en soit les démocraties libérales entrent ainsi dans l’univers des marchés flexibles. La nouvelle croissance est ainsi promue. Elle demande plus de flexibilité sur le marché du travail pour occuper la même quantité de travailleurs toutes choses étant par ailleurs égales. Mais cela n’est pas tout, les entreprises vont elles aussi supporter un choc sur leur valorisation à l’instar des salariés. Il va revenir sur ces derniers en exigences supplémentaires de flexibilité. La flexibilité n’a pas pour but d’établir la dictature des prix même si elle en a des aspects. Elle vise à promouvoir un mode de fonctionnement économique autorégulé dans le cadre d’un système décentralisé élargi au monde. Mais ce dernier est marqué par la concurrence donc les rivalités et leurs inégalités. La flexibilité en outre, va favoriser la mise sur le marché rapide des innovations en rétribuant vite leurs acteurs.  Dans ce cadre, le profit naît non du volume de chiffre d’affaire  ( comme sous croissance par consommation de masse) mais de la marge sur les coûts de revient qui est mise dans le prix que le consommateur paie. Ce sont les consommateurs, par leurs engouements  bien plus que par leurs besoins, qui créent l’effet de revenus et non pas la productivité  distribuée d’une masse certaine de salariés à temps plein. Bien sûr cela présuppose que les consommateurs avaient encore suffisamment de revenus que pour amorcer la croissance et aussi qu’ils ne se lassent pas d’être ainsi transformés. Donc qu’ils continuent d’acheter des innovations en pensant qu’ainsi leurs besoins objectifs sont mieux satisfaits. Les informations sont biaisées au motif de croissance. A posteriori, la lenteur des réformes institutionnelles n’est pas neutre non plus. Elle aide aussi à lisser la transition culturelle. Le terme engouement est important dans ce cadre. En effet, l’individualisme est accompagné par  de nouvelles préoccupations pour les loisirs, les jeux, la beauté du corps et ses soins. Le ludisme est porteur  tout comme le corps. En fait, la valeur « travail », érodée par les chocs économiques, s’affaiblit au profit  d’éléments liés  au bonheur personnel ( ou ainsi communiqués) qui font aussi de nouveaux marchés. Dans ce cadre, on apprend aussi à parier tout en jouant pour devenir riche. Les sociétés développées vivent une contraction du temps des achèvements, le revenu permanent dans ce cas, comparées au passé. Tout de suite devient une symbolique puissante.
    4. Le nomadisme de capitaux…  Depuis le début des années 80, une libéralisation des marchés des capitaux ainsi qu’une déréglementation  ont été organisées en même temps qu’avait lieu un autre partage des marchés financiers en faveur d’opérateurs non bancaires rentabilisant les épargnes privées le plus vite possible  et avec la rentabilité la plus élevée .Au début, ils recyclent ainsi les masses importantes de pétrodollars .Après, ils accroissent des moyens mis au service des enveloppes nécessaires pour payer les retraites de populations qui vieillissent et vivent plus longtemps Dans ce cadre, ils apportent  une solution pour les retraites des générations à venir, mises sous contrainte de contribution du fait des chocs du sous-emploi, sans accroître les coûts des entreprises et sans modifier l’équité inter-générationnelle en défaveur des nouveaux entrants sur le marché du travail. De nombreuses activités de services financiers  montent en puissance pesant de plus en plus  dans l’ensemble des activités faisant le P.I.B. Cette transformation des économies  opère comme l’industrie à l’égard de l’agriculture dans le passé des pays développés et le quotidien des autres. Elle a en effet lieu dans un rapport de prix qui désavantage la plupart des autres secteurs qui sont aussi plus exposés à la concurrence mondiale. Leurs gains de productivité  servent à payer des services chers  et à réduire les prix de vente  d’une production abondante de plus en plus mais pas à y accroître l’emploi. Elle entraîne l’Europe dans une évolution sociale difficile  car, au motif d’attirer les capitaux flottants, elle tire au maximum sur la productivité du travail face aux E.-U. hypothéquant le développement de ses emplois. L’écart défavorable du sous-emploi face aux E.-U. se creuse ainsi d’autant que ses marchés sont moins flexibles. Toutefois , il convient d’indiquer que les statistiques des E.-U. sont aussi biaisées face aux statistiques communautaires à cette époque .
    5. Gourmands de profit.. Le monde  ouvert à la circulation de plus en plus libre des capitaux est devenu très sensible à  leur rentabilité envisagée partout selon des normes standard élevées et à vite rencontrer. Cela a entraîné des mouvements importants de délocalisations  et  des restructurations tendancielles  d’activité sous des fusions et des acquisitions. Dans ce cadre, des études par l’O.C.D.E. révèlent,   qu’à court moyen terme, deux-tiers d’entre-elles ne furent même pas profitables pour les actionnaires. Elles furent organisées sans grande réflexion portant sur les améliorations structurelles de la rentabilité des entreprises sur lesquelles elles tombaient et aussi sans grand souci pour les consommateurs. Dans ce cadre, la concurrence entre les salariés du monde ouvert s’est accrue  tout comme la concurrence entre les entreprises. Pour de nombreux postes de travail, il devenait facile de trouver un travailleur moins cher et pas moins bien formé. La flexibilité demandée auparavant  était dans ce cadre exigée pour rester employé, ce terme voulant dire avec des intensités très variables donc des protections aussi. La flexibilité passait d’autant plus que le bloc de l’Est s’était écroulé. Dans ce cadre, les statistiques d’emploi et de sous-emploi  utilisées pour conduire les politiques publiques perdirent leur signification. On les modifia d’ailleurs pour cette raison et de multiples fois au point que l’O.C.D.E. y consacra une étude fouillée en 1994 selon laquelle aux E.-U. par exemple le sous-emploi sous les définitions communautaires admises était le double de ce qui était communiqué. La concurrence orchestrée entre les entreprises n’est pas moins cruelle. Elle en fait disparaître beaucoup. Cette concurrence va en outre devenir d’autant plus redoutable qu’elle est décloisonnée c’est-à-dire qu’elle vient d’opérateurs inattendus c’est-à-dire n’appartenant pas à l’industrie de l’entreprise ( Swatch qui fait une voiture avec Mercedes) et qu’elle est monopolistique. Dans ce dernier cas, elle ne vise pas fondamentalement à accroître le nombre des offreurs  sur les marchés pour y réduire les prix aux consommateurs par amélioration d’efficacité dans le cadre d’une meilleure connaissance des marchés mondiaux c’est-à-dire plus objective. Elle vise bien plus à créer des champions mondiaux directement ou indirectement partout en position de faire passer leurs décisions. Ces champions veulent être ancrés dans le monde comme marché stratégique une fois pour toutes. Les autres entreprises doivent être mobiles et flexibles ,  tout  comme leurs salariés dans ce dernier cas ,a fortiori, quand elles sont en sous-traitance.
    L’univers de l’information, la communication et l’innovation
    1. Age de l’information et de la communication.  Depuis le début des années 80, on assiste  aussi à la montée rapide en puissance des technologies de la communications et de l’information, sous les fruits de décisions publiques prises avant  aux E.-U. ( depuis les années 60),  qui ont été expliquées avec la patience  et la communication qui convenaient pour être diffusées à toutes les autorités publiques  de la planète, et des analyses d’impacts économiques espérés  toujours surévalués à ce jour. Ensuite à leur convergence dans des cadres institutionnels préparés. Ces derniers  ont permis une libéralisation du secteur des télécommunications partout et sa privatisation. Cette convergence permet vraiment à Internet, là depuis longtemps, de décoller d’abord dans les jeux, la société en a prix l’habitude et puis dans les achats entre les entreprises et ensuite vers les ménages.  Les informations et le sens à leurs donner deviennent alors un actif financier de valeur inestimable  car ils  sont le nerf de la guerre concurrentielle planétaire dans le monde ouvert. On les extrait de partout et avec des moyens sans cesse plus sensibles au point que l’on doit protéger la vie privée qui semble fondre comme une neige au soleil sous les moyens d’espionner. On les codifie et on les met en banques publiques et privées accessibles et confidentielles. Avec Internet,  elles circulent ,  gratuitement ou en payant , en atteignant les « centres »  et les « périphéries »  désirées. Les informations circulent quels que soient leurs fondements car : « tout va très bien madame la marquise ». La communication des informations se prête à des manipulations et des intoxications. Il n’y a pas d’autorité de régulation mondiale. Il y a des autorités nationales agissant sur trois fronts : le respect de la concurrence via la circulation ( pas de stratégie d’information dite asymétrique : pas de délit d’initié), le respect de la vie privée des personnes via des comités d’éthique et des codes d’éthique dans les entreprises et la sécurisation des transactions électroniques avec une résolution des conflits dits en ligne.
    2. Société de la connaissance.  Les entreprises découvrent qu’elles doivent extraire le maximum de valeur  des informations si non elles sont coûteuses compte tenu des coûts des investissements induits et donc pénalisantes en termes de profit attendu par des actionnaires gourmands. Elles découvrent alors qu’elles doivent devenir innovantes en tendance  car si non il se trouve toujours un concurrent qui le fera et prendra le marché. Dans le monde ouvert et où les informations circulent sans cesse, il faut « tirer » le premier et pour cela innover en continu. L’innovation est  un véritable choc culturel pour une majorité des entreprises car elle oblige à « regarder » autrement les personnels que par le passé car l’innovation vient de l’intelligence et la créativité de personnels bien mal menées de façon générale par la flexibilité. A ce  but, de nombreux changements ont lieu en leur sein qui sont autant d’apprentissages. Donc, il y a de nombreux échecs. Et notamment en ce qui a trait aux modes d’organisation pour rendre plus fécond le « capital humain ». Les organisations sont transformées.  Elles sont plus aplaties et les informations y circulent mieux partout. Dans ce cadre, la flexibilité aide à rentabiliser les innovations venant des N.T.I.C. en renforçant les élasticités aux prix, les gains attendus de la productivité du travail se faisant attendre. La flexibilité a donc pris l’aspect d’une stratégie financière  de constitution de capitaux pour que l’ « engin » (information-innovation) roule ! En fait elle intègre ses motifs en devenant une culture comme attendu par ceux qui y pensèrent dans les années 60.  Mais ce carburant n’est pas suffisant. Il faut ajouter des capitaux d’amorçage et pousser la bourse pour valoriser les efforts d’investissements, en continu  et vite, par la valorisation des actions des entreprises engagées dans de véritables paris informatiques.  Les innovations mises sur le marché ne sont pas  sans poser des problèmes aux consommateurs (personnes privées ou entreprises) car de nombreux produits pas assez mûrs arrivent sur les marchés. Dans ce cadre, même quand ils sont peu chers compte tenu des possibilités qu’ils offrent, leur prix effectif est plus élevé si l’on tient compte de la nécessité de les racheter à court terme quand ils auront été un peu modifiés. En fait, beaucoup de prix deviennent les éléments d’une chaîne de coûts qui s’entraînent quand on veut en retirer la productivité annoncée. Les économistes parlent dans ce cadre de la constitution d’une économie de marchés captifs créant des rentes, monopolistiques en informatique. Une telle stratégie est aussi une façon de « fidéliser » des consommateurs dont les engouements sont bien moins distributifs qu’envisagés.
    3. Productivité et innovation. Malgré les nouvelles modalités de financement, la question du gain tendanciel à retirer de l’informatisation des activités reste posée. Encore en 1987, dans le cas des E.-U., l’économie la plus avancée en la matière, R Solow, économiste brillant connu pour ses travaux sur l’offre de production et le progrès technique, lance une remarque : « les ordinateurs sont partout mais pas dans les gains tendanciels de la productivité du travail ! . Pourquoi ? » . Les études aujourd’hui disponibles révèlent que pour obtenir cette productivité, il faut que l’informatique soit entrée dans la culture de travail des personnels. Il ne suffit donc pas d’acheter du matériel informatique.  Il faut aussi organiser autrement les personnels et améliorer le climat relationnel dans les entreprises. L’innovation est donc un choc social aussi. En même temps,  la question de l’innovation systématique dans les entreprises pose problème car elle demande une culture de l’innovation que la majorité d’entre-elles n’ont pas. Les entreprises se posaient peu des questions de culture pour croître car, comme leurs marchés , cette dernière était certaine. Elles y sont obligées maintenant ! Elles doivent trouver leurs cultures d’innovation tout autant que leurs marchés en même temps qu’elles doivent rencontrer les exigences de la valorisation. C’est peut-être la chance des personnels qui sont incontournables tant en termes d’intelligence que de créativité. Chance si l’on cherche ces dernières partout, mais pas si l’on accepte la seule valorisation d’intelligence  et de créativité ciblées  que certains ont à l’opposé d’autres. Ceci appelle des politiques publiques nouvelles dans la mesure où l’on désire une transformation massive des entreprises en entreprises innovantes en tendance ( M-P. Verlaeten). En fait, la concurrence est si forte que cette transformation est inévitable si l’on veut maintenir et développer un nouveau socle de richesse à partager pour recréer de la cohésion sociale.
    4. Veiller. L’innovation est la question centrale du positionnement des entreprises sur les marchés et de la cohésion sociale. Aujourd’hui, l’entreprise n’est plus protégée nulle part. La concurrence atteint aussi ses marchés domestiques. Les consommateurs sont volatiles et, en outre, requièrent des compréhensions culturelles car ils viennent du monde entier. L’entreprise ne fait plus face à des aléas localisés mais à des renversements de tendance mondialisés. Pour y faire face, les entreprises ont  d’abord développé des activités de veille ciblée et puis de veille globale dite d’intelligence économique. Autant que faire ce peut, elles s’efforcent en effet de comprendre ce qui est en cours . Elles donnent reconnaissance à des chercheurs  ( exemple H.dou ) qui ont consacré du temps et de l’énergie à convaincre qu’il fallait veiller partout y compris au niveau de la Commission européenne . La veille  selon D. Rouach est partagée en cinq types de veille globale. Dans la veille guerrière, les activités d’intelligence sont intégrées au sein du dispositif stratégique avec une équipe permanente et un budget  très important. Dans la veille offensive, il y a montée en puissance de la cellule de veille avec des moyens importants. Dans la veille active, des moyens limités sont donnés pour observer la concurrence uniquement. Avec la veille réactive, l’entreprise pense à ses réactions seulement quand elle est attaquée.  Enfin, en cas de veille endormie, il n’y a pas d’action concrète entreprise. Veiller coûte cher et ,en outre, n’est pas facile puisqu’il faut décrypter beaucoup d’informations et aussi s’assurer de leur qualité. C’est pourquoi  la majorité des P.M.E. en Europe n’ont pas encore ces activités stratégiques à l’opposé des E.-U. et du Japon qui ont généralement des veilles actives au moins. Toutefois tous les pays ont des enseignements de veille avec des diplômes et des normes comme en qualité. Mais tout ne va pas mieux pour autant  c’est-à-dire quand on a des activités de veille. En effet, beaucoup d’entreprises voient leurs efforts d’innovation hypothéqués quand elles doivent négocier avec des bailleurs de fonds obsédés par une cible élevée à court terme. Dans de nombreux cas, des projets de profits sont promus qui ne sont pas des projets d’entreprise c’est-à-dire qui ne sont pas compatibles avec les fondamentaux de celles-ci. Depuis la crevaison de quelques bulles financières  et surtout la mise en lumière des faiblesses des bilans de plus d’un compte d’entreprise, cela va mieux même s’il est  encore trop tôt pour dire si un peu de sagesse est vraiment entré dans le « jeu économique ». Ce qui est vrai pour les P.M.E. l’est aussi pour les futurs entrepreneurs. Rendre certaine une cible de profit est un non- sens qui tue l’envie d’entreprendre. Le profit en termes de rentabilité est construit sur des appréciations raisonnables du projet  d’entreprise  et de son développement en échéances. C’est une règle appliquée dans les incubateurs fertiles. En fait, il faut re-ancrer les résultats financiers des entreprises dans des rationalités d’efficacité productive combinée. C’est une question de survie des projets entrepris, des entreprises qui en naissent et aussi des emplois qui sont générés.  C’est aussi une façon d’améliorer l’image de l’éthique  des entreprises!
    5. Les activités de veille globale ne semblent déjà plus suffisantes aujourd’hui compte tenu de l’instabilité mondiale. Dans ce cadre,  les grandes entreprises reprennent  une pratique qui leur a déjà valu des critiques et même plus que cela. Elles essaient de sécuriser au mieux leurs positions dans des zones à risques par des investissements dits culturels. Elles engagent donc du  personnel  local à la seule fin de faciliter les dialogues nécessaires avec les autorités locales. Elles peuvent donc parfois « piloter » des comportements de dérive que certains qualifieront de maffieux. La plupart des P.M.E. n’ont pas les moyens d’agir ainsi. Et pourtant, elles aussi doivent faire face à de multiples chocs culturels dans leur recherche de marché. En fait, les P.M.E. supportent une double contrainte culturelle, à savoir : aller à la recherche de marchés dans le monde donc approcher des «  différences » de l’extérieur et devenir innovante en tendance, soit aller à la recherche de l’intelligence et la créativité de leurs personnels, des «  différences » approchées de l’intérieur. Dans leur confrontation avec les grandes sur l’innovation, elles pourraient bien gagner, pour peu qu’elles soient aidées, en arrivant à se transformer en systèmes collectifs d’intelligence et de créativité efficaces et citoyens alors que les grandes continueraient à acheter  des savoirs à l’extérieur et à bénéficier de la manne de R-D publique liée à la défense.
    6. Prospective .Les gouvernements ont aussi modifier leurs outils d’information afin de mieux lire l’avenir. Dans de nombreux pays des instituts de prospective sont nés ou de plus petites unités y travaillant. Parfois les anciennes organisations en charge des plans  ont été transformées au but de la prospective. Dans la majeure partie des cas, il s’agit de prospective technologique. Les gouvernements et surtout  les élites croient en la résolution des conflits par les techniques de par l’apport de celles-ci aux productivités des facteurs sans lesquelles comment redistribuer  ( et maintenir le pouvoir) toutes choses étant par ailleurs égales? Au niveau européen, il existe deux entités, l’une pour la prospective économique et politique à Bruxelles et l’autre pour la prospective technologique à Séville. Il y a aussi un front de prospective sur des questions d’enjeux stratégiques mondiaux tels l’énergie ou l’eau, des questions liées au développement d’Internet, aux échanges électroniques et un front sur des questions liées aux effets du vieillissement des populations, par exemple sur les systèmes de protection sociale. Il y a peu d’entités faisant de la prospective sur les perceptions et interprétations collectives, un paradoxe sous un age de l’information et donc aussi des manipulations et intoxications.

    L’univers financier : des  risques accrus et même de système mais sans régulation.

    1. >Risques financiers et de système. La  transformation financière  des économies se développe de plus en plus. En fait , le système financier est dans une transition. En synthèse, on y assiste au passage d’un système fondé sur les banques et leur architecture de régulation ( banques centrales et organisations internationales : F.M.I., Banque des règlements internationaux, etc. ) à un système de marché ,c’est-à-dire avec de nouveaux opérateurs, à la recherche d’une régulation. Cette transformation est réalisée par mouvements. Il y a tout d’abord ( années 80, aux E.-U., ensuite au R.U. et plus tard en Europe) la montée en importance de la gestion des pétrodollars et de l’épargne des ménages par de nouveaux opérateurs, des fonds, prenant le marché des banques. Dans ce cadre, les banques  réagissent en se lançant sur des marchés dits porteurs pour lesquels elles manquent d’expertise afin d’attirer leurs consommateurs par des rentabilités prometteuses. Le contexte est celui d’acteurs agressifs ou fonds spéculatifs qui attaquent partout à un moment où il y a des bulles spéculatives. Les banques constituent ainsi des porte-feuilles avec de créances douteuses. Or, il y en a beaucoup car l’univers des transactions mondiales est opaque. De nombreux flux circulent sans contrôle et avec peu de traçabilité.  Les transactions sont  effet  de plus en plus électroniques et transfrontalières. En plus, elles ont des paradis fiscaux. Des fonds se cassent les reins et des banques aussi. Il y a presque toujours des grandes banques mises en déroute  dans les crises financières qui ont lieu. Dans un second mouvement, les banques ont  donc diversifié leurs porte-feuilles en nature de titre et en zone géographique  et construit de nouvelles architectures de titres pour réduire les risques. Toutefois les grandes banques ont continué à avoir des titres à risque par exemple des créances sur  les télécoms, les grandes entreprises et sur des  Etats. Or, actuellement ces titres sont douteux du fait de l’endettement des opérateurs des télécoms, de l’éclatement de la bulle spéculative liée à la galaxie Internet et des biais comptables marquant de nombreuses grandes entreprises et aussi du fait de la  faillite ou quasiment de certains Etats. Il y a donc des risques financiers importants qui peuvent par contagion devenir de système. Or, il n’y a d’assureur en dernier ressort si ce n’est l’ensemble des citoyens du monde. Il y a de grandes institutions financières mondiales avec des réserves pas inépuisables. Mais cela n’est pas tout, le transfert des risques lié à la diversification organisée par les banques pose la question des risques en des termes liés aux autres opérateurs  et donc renvoie finalement à l’économie financière de marché qui a surgit. Ce marché n’a pas plus naturellement d’autorégulation  que les autres. La question d’une régulation externe s’y pose donc tout autant  bien qu’avec une intensité plus forte car c’est du système financier mondial dont il s’agit.  Comment réguler ? Personne ne sait aujourd’hui. En effet, il y a certes des convergences de règles mais  dans des cadres de pilotage divers. Dans certains pays, il y a des pilotes ( E.-U. ) , dans d’autres peu voire un seul ( scénario qui serait retenu par les autorités européennes). En outre, les spectres de couverture des régulations sont différents. Que faut-il choisir comme spectre et par qui réguler ? Des éléments de réponses pourraient rapidement venir de l’Europe qui tente d’intégrer ses marchés financiers. Elle proposera à ce but un modèle de régulation, sa force d’exemple viendra à l’évidence de son efficacité. Les risques financiers ne sont pas que liés à des créances douteuses ou à risques stratégiques. Il y a en effet de grandes puissances dites riches mais riches de dettes aussi qui ne posent pas de problème aussi longtemps que tout un chacun accepte d’en détenir la monnaie. Les E.-U. sont sévèrement endettés en termes du secteur privé et en ceux des comptes extérieurs. Les dettes privées sont la contre- partie des investissements du passé pour pousser les N.T.I.C., Internet  et aussi du paiement de licences coûteuses y relatives aux gouvernements. Les dettes publiques  via le déficit des comptes extérieurs sont la contre-partie du niveau de vie et des choix publics américains : la production américaine n’est pas suffisante que pour nourrir la consommation des ménages. L’économie importe donc de partout. Dans ce cadre, les choix publics avantagent la R-D et la défense. Les décideurs publics  aux E.-U. déterminent  ainsi un nouveau modèle  par rapport au passé,  celui d’une puissance militaire d’abord ! Le rêve véhiculé par l’Amérique n’est plus le même . Actuellement celui d’un gendarme du monde.   Retrouver des sources réelles de profit s’impose dans ce cadre surtout qu’il y a maintenant une nouvelle monnaie de réserve : l’euro qui met en lumière non une puissance militaire mais une puissance économique véritable : l’Europe. Cette puissance a aussi des problèmes de dettes, son secteur des télécommunications est encore plus endetté que son homologue américain,  mais elle a globalement des comptes extérieurs en boni. Elle a aussi des problèmes de cohésion sur un espace politique élargi marqué par des diversités régionales de revenus par habitant et d’autres diversités .quand au Japon in n’arrive pas à sortir d’une crise qui a commencé dans les années 80 (bulle immobilière).  Tous les débats aux E.-U. sur les gains attendus de productivité du travail  des nouvelles technologies  de l’information et la communication et d’Internet se comprennent mieux dans le cadre multipolaire des puissances économiques. Ils doivent permettre de desserrer la contrainte des endettements qui est aussi celle d’une dépendance à l’égard de l’extérieur via l’acceptation du dollar. S’il s’avérait que les attentes n’étaient pas fondées ou très mal, un choc boursier  global aurait lieu car tout l’argent dépensé dans le passé pour l’obtenir et tous les changements induits sur le territoire américain et ailleurs où ils firent exemple n’auraient servi à rien ! Dans ce cadre, les autorités américaines conviennent qu’il faut être très attentif aux bulles financières qui peuvent être le signal de départ du choc. Or, il reste des bulles  tout le monde le sait!

    L’univers des statistiques de pilotage .

    1. Statistiques de pilotage macroéconomique. L’univers d’incertitude renforcée  qui naît des transitions économiques qui s’enchaînent et des réponses y apportées est mal saisi par un appareil statistique public marqué par des ignorances et des absences de priorité. Il y a des ignorances quant au comment mesurer de nombreuses grandeurs telle la productivité en ligne , la qualité des nouveaux biens ou comment traiter certaines dépenses telle un logiciel qui peut être un investissement ou une consommation intermédiaire. Mais en outre, il y a un volume important d’activités non enregistrées non nécessairement illégales pour cela. Sur le marché du travail, emploi et sous-emploi ont perdu leurs significations du fait de la grande variabilité de l’intensité de travailler. Il y a en effet des travailleurs sous-employés qui travaillent plus que des employés permanents. Il y a aussi des travailleurs plus pauvres  que des assistés. L’inflation est mesurée avec des indices de prix apurés à la carte, cette modification provoque même une harmonisation des indices de prix sur l’espace européen. De façon générale, elle reste concernée exclusivement par les prix des biens alors que ceux des actifs financiers influencent sensiblement  la demande et l’offre du fait de la création de richesse par la constitution de patrimoine de titres financiers, de biens immobiliers. Paradoxe d’autant plus qu’en surgissent des bulles spéculatives  qui éclatent mais pas en totalité faisant craindre des effets d’éclatement pouvant entraîner une dépression générale des revenus puis des prix et des masses monétaires. Et puis, il y a aussi toutes les difficultés pour saisir l’économie du savoir particulièrement sous l’angle des investissements immatériels et des innovations. Enfin, avec la déréglementation financière et le développement  des échanges électroniques , les flux financiers circulent librement autour de la planète. Quelle est alors la signification des masses monétaires contrôlées par les banques centrales ? De façon générale, le contrôle des régulateurs historiques sur les échanges transfrontaliers quels qu’ils soient , a été  réduit. Or, ainsi tout peut être acheté aujourd’hui. La situation éclairée a peu conduit à des priorités publiques de renforcement des statistiques. Donc le contrôle exercé par les gouvernements sur la richesse mondiale a été réduit. Cette position les a aussi mis en situation de réduction de capacité financière d’intervention  sur l’espace politique intérieur d’où la nécessité  de lutter  plus sensiblement contre la fraude fiscale  et d’où aussi une inégalité entre agents : entre ceux qui ont les moyens d’échapper  au contrôle face aux autres.
    2. Statistiques de pilotage microéconomique. De nombreux comptes d’entreprise posent problème. Pour des raisons liées à la valorisation soutenue des patrimoines des grands groupes, les bilans sont volontairement « modifiés ». Certes il y a eu l’affaire Enron ( 100 milliards de dollars ou 1% du PIB américain) qui a changé cet état et dans beaucoup de pays. Mais il reste encore des comptes douteux . C’est pour cela que le président américain a lancé un appel à la communauté des affaires. Que feraient les marchés financiers si le doute sur les comptes ne disparaissait pas ?Sur le front des ressources humaines, les comptes privés posent aussi problème. La vision du passé sur les hommes continuent d’être inscrite dans les comptes, les tableaux de bord des entreprises. Donc, elles suivent difficilement les traces de l’intelligence et la créativité de leurs personnels. En fait, elles pilotent la transition de l’immatériel ( age de l’information et de l’innovation) avec des difficultés de lecture interne . Cette lecture  les pénalise face à des bailleurs de fonds gourmands mais pas gourmets. En effet, elle leur rend difficile le dialogue en cas de demande de financement et de contestation conduisant à de la restructuration. Il arrive ainsi que des entreprises jettent des savoirs qu’elles doivent racheter ensuite. En fait, les entreprises découvrent qu’elles n’ont pas identifié leurs savoirs alors qu’elles sont des bases de savoir. C’est cela qui explique le manque d’outils pour apprécier l’intelligence et la créativité en leur sein. Et pourtant, il y a partout des communications sur le management des compétences. Il y a aussi des formations ad hoc avec des diplômes !
    3. Analyse globale. Les analyses globales des transformations en cours ne sont pas nombreuses. En entendant par cela que les organismes publiques d’études ne produisirent pas une abondance d’études de cette nature. Il a bien davantage existé des penseurs assez isolés qui mirent des ouvrages sur les marchés. Beaucoup d’ouvrages ont été reçus comme des exercices de spéculation intellectuelle fascinants à lire mais de portée limitée pour décider autrement.

    L’univers des citoyens : Insécurité et cohésion sociale : subjectivité et objectivité , la difficulté de trouver du sens et l’aide des élites, ne plus rêver pour ses enfants, les responsabilités confuses, vulnérabilité interne des démocraties libérales.

    1.  Insécurité. Les chocs qui viennent d’être éclairés ont profondément atteint les ancrages identitaires des uns et des autres et leur monétarisation distributive dans les démocraties libérales . Les citoyens ont eu l’impression qu’il n’y avait plus un dehors de protection face à un extérieur. De même qu’il n’y avait plus d’altérité radicale tout le monde étant devenu fragile partout. Leur réalité avait changé non seulement  d’image mais aussi de nature face à l’information. Ils devaient apprendre à regarder autrement et à agir dans ce cadre . Ils n’étaient pas préparés à cette nécessité d’intelligence et de relativité. Ils n’ont pas trouvé beaucoup d’aide en dehors d’eux. Ainsi peut-on tenter d’expliquer que beaucoup de personnes aient  ressenti une insécurité existentielle donc globale dépassant en intensité l’insécurité objective. Et cela d’autant plus que les discours politiques ont banalisé le thème sécuritaire pour éviter son appropriation. En effet, dans ce cadre, la question du «  pourquoi  il y avait un écart  se posait naturellement ? » Au lieu d’une réponse mettant en lumière subjectivisme et objectivité la réponse communiquée par certains fut celle de la surenchère : «  parce que les décideurs publics n’avaient pas suffisamment agi ». Cela discréditait ces derniers déjà coupables d’avoir peu et mal anticipé. Il restait donc ainsi peu de fronts vertueux où ils pouvaient briller !
    2. Cohésion sociale. La cohésion sociale a été atteinte du fait de la contrainte de redistribution. Globalement elle a aussi été regardée d’autre une autre façon. La demande de cohésion s’est accrue du fait que chacun s’est senti plus seul et en insécurité face à l’adversité. Le discrédit jeté sur la classe politique  n’a pas aidé pas plus que les comportements des élites.  Alors de nombreux citoyens ont compris que la  cohésion qu’ils avaient construite produisait des solidarités monétaires surtout et qu’ils étaient en manque d’autres solidarités venant ou non des processus appliqués dans leurs sociétés. Ils ont alors  regardé  toutes les solidarités avec des yeux nouveaux et se sont découverts « nus ». Ainsi  a été perçu l’affaiblissement ( dilution  dans les partages en fait) des responsabilités face aux droits acquis, aux corporatismes et autres tribalismes, une mollesse des démocraties libérales .Elles avaient perdu leur cohérence politique.
    3.  De nombreux citoyens ont perdu leurs repères  identitaires et n’ont pas encore découvert des sorties de crise. En outre, plus la crise se prolonge et plus ils ont des doutes pour leurs enfants. Ils perdent le droit de rêver pour eux, librement ou dans des canevas préparés par les médias, qui les conduisaient  à supporter ce qui n’étaient que des aléas aussi. Aujourd’hui, ils savent que le monde est plein de gens qui entrent en concurrence pour travailler quelles qu’en soient les modalités. Certains arrivent même « régulièrement » sur leur espace politique pour y travailler à toute force soit aussi de façon illégale. Tous les concurrents sont en outre de mieux en mieux formés. Les entrepreneurs savent que s’ils n’innovent pas une autre entreprise le décidera et prendra le marché.  En outre, les citoyens ont aussi des craintes quand ils pensent au changement dans la nature de la croissance en faveur de cerveaux ciblés. Leurs enfants n’ont pas tous les savoirs ciblés  qui font le capital intellectuel que le marché valorise. Graduellement, par conséquent, de nombreux citoyens doutent de l’avenir car ils découvrent que les chocs face à eux ne sont pas conjoncturels mais issus de tendances nouvelles interactives qu’ils sont incapables de lire suffisamment et de maîtriser pour donner à nouveau un peu de certitude à leurs vies et surtout à leurs attentes pour leurs enfants. Ils sont dans un monde nouveau mais qui est-il ? Qui enfin donnera la lecture ? Que dire alors si celui qui s’y essaie dit :  « il n’y a pas qu’une lecture… ».
    4. Elites. Dans leur recherche de lecture et de réponses, les citoyens  ont été mal aidés par leurs élites ( citoyens qui par leur formation sont les acteurs de la réalisation de l’excellence dans les raisonnements ; les élites disent le sens laïc face aux églises) au point qu’on a parfois parlé de trahison des clercs. Les élites ont cherché à maintenir leurs positions autant que possible.  Dans ce comportement assez humain, on a aussi pu  déceler, selon E. Todd, les marques d’une croyance en une supériorité en vertu de laquelle elles ne seraient pas vraiment concernées. Les transitions auraient à la longue assez peu de prise sur elles. Ce sentiment de supériorité n’est pas l’apanage des seules élites des pays riches. On le trouve dans les autres pays  au point que leurs élites sont souvent plus proches de celles des pays riches que du reste de la population de  leurs pays. Dans ce cadre, la poussée vers l’éducation supérieure fait vivre une marche vers l’oligarchie et cela partout alors que celle vers l’alphabétisation, dans une perspective historique, favorise la démocratie . Les membres de l’oligarchie sont peu différenciés par leurs opinions politiques. Ils sont au-dessus d’elles en quelque sorte .Dans les pays en développement, cette évolution construit un scénario selon lequel les élites supportent mal la contrainte du suffrage universel quand il existe. Cela explique aussi le peu de volonté pour organiser la démocratie. Dans les pays riches, le développement de l’oligarchie est un surprenant retour au monde d’Aristote dans lequel l’oligarchie pouvait succéder à la démocratie.  Ce qui vient d’être indiqué  débouche aussi sur une faible volonté de réduire les inégalités . De façon un peu caricaturale, les inégalités ont peut -être «  un peu » été envisagées comme une façon de marquer la différence entre deux «  régions » du monde ! En outre, dans une « posture » existentielle difficile, d’une part, elles aident à maintenir le pouvoir car les contestataires sont occupés à essayer de survivre et de l’autre, ils sont donc aussi faciles à diviser quand triomphe le chacun pour soi. Le pouvoir élitiste est aussi fasciné par la science et surtout la technique. Il croit en les solutions techniques de façon globale car il y  pense en termes de progrès non contestable. Ils les recommandent donc aux gouvernements. En plus, les élites,  par leurs formations, sont spécialisées. Elles ont donc de la peine à décrypter des globalités car celles –ci sont autres qu’une somme de parties. Croire en le progrès  technique  et global est donc aussi une façon de cesser de se faire du souci pour « quelque chose » entre la totalité et la globalité qui pourrait bien être l’humain tout simplement.  Les élites vivent en fait une religion qui ne dit pas son nom : celle d’être des élites tout simplement. Cela explique qu’elles aient été faciles à conquérir par les sectes, sensiblement quand y est proposé un « cocktail » liant religion d’un age nouveau et science. Les élites pouvaient y trouver refuge sans perdre la face. Cela explique aussi que les couches populaires aient déserté certains  partis  par rejet des élites qui y régnaient et donc qu’elles soient tombées dans les bras d’autres partis faisant du populisme.
    5. Société. Une vision caricaturale du divorce en cours entre les élites et le reste de la population , toujours réversible donc qui  n’est pas une fatalité, et qui fera réfléchir pourrait être la suivante. Il ne s’agit  plus de deux régions  d’un même monde mais de  deux mondes de plus en plus éloignés. Le monde des élites est celui de la raison, les « autres » ont celui des passions. Ainsi  les premiers sont là pour gérer partout avec raison le monde des autres qui vient au hasard tel que Fr. von Hayek l’a expliqué depuis l’entre-deux guerre et qu’un courant de pensée politique qui l’entoure véhicule dans les cabinets et les organisations internationales . Les individus étant par nature ignorants, paresseux mais imaginatifs l’organisation sociétale naît de leurs apprentissages dans des cadres culturels donnés. Il ne sert à rien de poursuivre des projets d’organisation politique volontaire dans ce cadre. En effet, ils ne recevront jamais adhésion bien longtemps. Hayek proscrit ainsi la démocratie comme le socialisme ou encore le totalitarisme en fait l’universalisme et ses modes d’organisation. Et puis le hasard fait bien les choses en ne conservant que les meilleures expériences. Etant la capacité intellectuelle de gérer par excellence, les élites sont mobiles. Elles vont partout. Elles s’affranchissent de la contingence de localisation alors que la majorité des personnes employées restent toujours localisée par suite d’une non-organisation  politique de sa mobilité. Le pouvoir est construit en effet sur un espace local de même que sur des rêves d’une génération pour ses enfants donc aussi sur une temporalité.  Leur monde est leur village d’ancrage à la différence des autres personnes résidentes ou non résidentes. Elles se libèrent aussi du temps par des outils d’information réaction en instantané. Elles vivent par conséquent avec la conviction que leur valeur, mondialisée, est élevée, presque incommensurable. Donc leurs salaires sont aussi des moyens de marquer la différence. Ils sont donc complétés de diverses façon qui ne sont que des mesures approchées de leur valeur intangible. En somme ainsi les élites essaient de régler les problèmes de valeur que la statistique macroéconomique n’a pas résolus. Par contre, pour les autres, cette précision, qui est la règle de capture de la valeur, aboutit à des mesures d’apothicaires de la productivité , l’intelligence et la créativité. Or, il y a problème dans ce cadre. Donc les personnels des entreprises ont le sentiment d’être roulés une fois de plus quand ils ont été mobilisés à ces buts et qu’ils ont répondu « présents ». L’entreprise comme entité est aussi sous pression car on lui demande de réagir en temps réel. Mais il est difficile à mesurer lui-aussi . En plus cela a-t-il du sens en termes de potentiel d’innovation lequel demande une culture donc des apprentissages et donc des « pertes » de temps ?. Dans l’univers mental des élites, il y a des vices de fonctionnement mais pas de système. Donc il y a des faits d’insécurité  mais pas d’état d’insécurité.  Les étrangers qui cherchent du travail sur les espaces locaux modifient cette vision  car ils perturbent les « bonnes gens » qui alors questionnent les élites. Les étrangers sont donc autant des faits que des symboles. En fait les élites sont de moins en moins enclines à penser à l’humain car il est  un facteur de perturbation. Il est le facteur  de perturbation. Dans ce cadre, la science financée est la voie  de compréhension des choses  par priorité mais pas des hommes sauf s’ils deviennent des marchandises. Il en est de même des informations collectées.
    6. Classes moyennes.. La pensée de élites sur la gestion du monde se heurte aux bureaucraties dont c’est le gagne-pain. Ces dernières sont aussi une classe intermédiaire qui a accueilli les enfants des couches populaires cherchant à s’élever. Partout des mesures sont prises pour réduire les bureaucraties au prétexte des coûts concurrentiels qu’elles engendrent. Avec les effets économiques du reflux des salaires sur la demande et donc la croissance, les contraintes de la concurrence sur l’entreprenariat et le salariat à temps plein, la poursuite de l’érosion des paysans, la résorption des bureaucraties participe à un laminage des classes dites moyennes. Par conséquent de nombreux parents cessent de rêver pour leurs enfants. De nombreux citoyens apprennent à vivre dans l’instant seulement. Il s’agit d’un véritable choc psychologique collectif.
    7. Médiatisation. Ces considérations sur les élites bien que « forcées » expliquent pourquoi elles ne produisirent que peu de «  fou du roi » et donc aussi que cet «  espace », fut facile à conquérir par les médias. Dans ce cas,  il serait mal venu de critiquer ces derniers de façon forte pour avoir  donné des réponses de plus en plus dans l’instant au motif d’accroissement de leur audience.  En effet, il s’agissait d’activités économiques qui, lorsqu’elles étaient régulées, l’étaient plus en termes de concurrence à respecter qu’en ceux d’une éthique démocratique, pas mal  érodée  en outre. Les médias organisèrent aussi de la solidarité collective par exemple pour favoriser la recherche de remèdes à de grandes maladies.
    8. Responsabilités des artistes. En remplacement des élites de nombreuses questions furent posées par les artistes . Certains d’entre -eux non contents  de donner des réponses  se mirent à l’ouvrage en les pratiquant de telle sorte qu’elles se sont inscrites  graduellement dans le paysage des solidarités démocratiques recherchées.
    9. Internet et la démocratie. Internet apporte une symbolique démocratique qui ne peut qu’être la bienvenue sur des espaces politiques où la démocratie est atteinte pour ceux qui ont failli. Internet sert d’alibi La question est alors quelle est réellement l’appropriation que les citoyens en feront dans l’avenir ?
    10.  Doute et responsabilités confuses. La recherche de lecture  et de solutions des citoyens a  eu lieu dans le cadre d’un doute de la classe politique coupable d’avoir mal et/ou trop peu anticipé et décidé  puisque incapable de protéger sous les averses des changements.  Ce doute  sera d’autant plus puissant que des affaires éclatèrent mettant en lumière une classe politique corrompue ( en faits quelques personnes seulement ) en plus de devoir supporter le discrédit. Mais est-elle seule responsable de cet état ou ne faut-il pas non plus reconnaître une responsabilité collective ?La difficulté est en effet qu’avec le temps tout le monde a pris l’habitude de vivre dans le cadre sociétal en crise. Il y a des responsabilités multiples mais confuses parce que noyées dans les partages qui faisaient culture .Ici aussi il y a choc. Le doute dans ce cadre va conduire à désigner plutôt qu’ à rechercher  sous des  remises en cause émotionnelles  de la nation à l ‘égard de son pouvoir .Il s’agit bien de quelque chose d’émotionnel car de passionnel  que l’on peut symboliser par la phrase suivante : «  le pouvoir (homme)  est à conquérir , la nation ( femme) est à courtiser ». Et dans ce cadre, il en vient des enfants qui sont des rêves d’espoir aussi. Ces remises en cause vont  s’enchaîner d’autant plus facilement que « nul nouveau soleil ne se lève » et que l’avenir des enfants est hypothéqués en tendance malgré une  communication continue d’informations ciblées sur les succès de quelques-un présentés comme des normes toujours accessibles pour un plus grand nombre moyennant quelques changements  supplémentaires tout aussi peu précisés qu’en leur débuts alors qu’ils impliquent des remises à plat de plus en plus profondes de systèmes imbriqués. Cette communication et le flou qui accompagnent les changements, tout comme les statistiques,  entretiennent l’espoir et la patience mais pas à l’infini. Au fur et à mesure que le temps passe, la patience s’érode sous la corrosion des doutes voire des désespoirs. En fait sous la sensation de plus en plus insupportable  d’être en insécurité  globalement et de devoir léguer cet état aux enfants. Les enfants sont la dernière frontière symbolique du monde qui s’écroule. Pour eux les citoyens descendent encore dans la rue en masse quand leurs intégrités physiques et psychiques sont en jeu (les cas de pédophilie) ou leurs avenirs. Le sentiment d’insécurité modifie toutes les perceptions dont d’insécurité objective. Tout est déformé comme si l’on regardait dans un miroir mal poli. Alors l’enchaînement  des réactions devient  plus rapide et présente des conséquences de type «  effet papillon  » une petite cause qui s’ajoute engendre de grands effets diffusés. Et finalement, on aboutit à un climat sociétal particulièrement dégradé où le mal d’être de certains explose en sociodrames dans des théâtres privilégiés que deviennent certaines banlieues, écoles ou certains moyens de  transports en commun ou de divertissement pour être objectivé et  ainsi en sortir. Dans ce cadre, plus personne ne croit en  les informations diffusées ou les statistiques par ce que certains appellent le « système » en faisant référence à un possible « Léviathan étatique et de communication » dépassant en intensité celui pensé par Hobbes , il y a très longtemps. En plus l’éthique globale est floue. Des recherches individuelles et groupées de bouc -émissaire ont lieu. Elles veulent  sanctionner «  la différence  responsable des maux » laquelle s’écrit de plus en plus au pluriel et s’étale de plus en plus sous les yeux.  Cette différence est aussi comme la recherche d’une maîtresse responsable des infidélités du pouvoir à l’égard de la nation. Les recherches sont en fait aussi comme  de l’intégrisme laïc qui se veut  fondateur d’une nouvelle éthique pour la société puisque la « lumière » des démocraties libérales est éteinte !Un divorce aussi puisque l’amour est mort !
    11. Vulnérabilité interne des démocraties libérales. Le mal d’être décrit est un excellent terreau pour certaines manipulations voire  intoxications. Elles sont d’autant plus aisées que tout le monde est libre. Surgissent ainsi des discours politiques de discrédit visant non plus certains acteurs mais le système qu’ils symbolisent,  la démocratie libérale , en lui rendant difficile l’apport de réponses. Pour cela,  ils continuent de rendre  de plus en plus difficile possible le dialogue entre les citoyens et leur classe politique. Les pays riches en sont tous là aujourd’hui quoique avec des degrés d’intensité diverse. Il y règne une grande incommunication, diverses formes de violence et donc de l’insécurité objective bien que  toujours  contenue car il y domine encore un pouvoir d’achat élevé et partagé. Mais cela n’empêche pas qu’il ait fallu  clairement renforcer les politiques de sécurité partout sur les espaces de ces démocraties  par suite de violences de plus en plus sanglantes et de signaux de vote clairs. Des votes « extrêmes »  sont apparus partout. Certes,  ils ne signifient pas que leurs émetteurs désirent tous changer de régime politique mais il faut leur donner attention. En effet, il s’agit d’une « grosse protestation » indiquant une « grosse impatience » quoique toujours mâtinée d’un reste d’espoir. Toutefois l’histoire  de l’Europe enseigne que tout peut vite basculer. Il ne faut nulle révolution pour cela.  Les démocraties découvrent ainsi qu’elles sont vulnérables de l’intérieur, par l’érosion de leur cohésion sociale et par l’affaiblissements de l’arc droits- responsabilités soit par une cohérence problématique .Mais aussi par  manque de rencontre du besoin de lecture et de  compréhension des citoyens. Quel choc pour des projets politiques et économiques qui « pensaient » qu’ils avaient force naturelle de maintien  et de compréhension du simple fait qu’ils étaient arrivés à devenir des démocraties. Les acteurs de ces dernières avaient insuffisamment apprécié la substitution opérée dans le temps entre cohésion  sociale et cohésion monétaire en faveur de la dernière. Ils avaient peu réfléchi à la cohérence  du projet. Ils avaient aussi insuffisamment informé laissant cette responsabilité à d’autres, permettant que les subjectivités remplacent les objectivités. Tout était information, les manipulations et les intoxications aussi. En fait, ces démocraties commencent seulement à apprécier l’age dit des informations que les N.T.C.I. portent qui est celui d’un immatériel puissant qui doit être encadré par un partage de valeurs vécues, une citoyenneté effective ,  tout aussi puissant si non …

    L’univers de la vie humaine : le développement durable.

    1. >Développement durable. Mais c’est n’est pas la fin de l’histoire. En effet, il y des changements climatiques en cours dont on ne connaît pas la portée car il y a de nombreuses controverses stérilisantes. Quoi qu’il en soit les études mondiales disponibles semblent bien démontrer qu’il faille  changer de mode énergétique de croissance ( réduire l’énergie fossile consommée) mais aussi de production et de consommation car les risques de santé publique sont sérieux. Ils peuvent en outre dépasser un seuil finançable par une répartition  en crise, en outre. Le développement durable passe par des accords mondiaux problématiques sur lesquels pèse le développement inégal du passé. Et surtout pour l’entraîner dans des systèmes de marchés, il faut une internalisation de celui-ci dans le vecteur de communication entre les agents économiques, les prix. Ce qui renvoie à la question de prix mondiaux dans lesquels les forces de l’infinité des agents sont dans de nouveaux équilibres. Tant que cela n’est pas le cas, il ne sert pas beaucoup d’internaliser de nouvelles informations dans des prix de marché qui ne sont pas ouverts aux réalités de leurs marchés ! Donc il faut négocier des consensus de partage à défaut de s’entendre sur un universalisme qui sera qualifié d’utopique. Comment plaider ce dernier encore, en effet , alors que son laboratoire privilégié, la démocratie libérale est en crise.
    L’univers des autres : vulnérabilité externe des démocraties libérales : le terrorisme, les réactions de renforcement, le droit.
    1. Terrorisme. Et enfin, en plus de ce qui précède,  il y a  des peurs extérieures appelant des actions publiques au niveau mondial  pour renverser des tendances dangereuses mettant en lumière des vulnérabilités extérieures des démocraties libérales. Elles sont contestées comme modèle idéal particulièrement sous leur réalité américaine. Elles perdent leur pouvoir d’attraction universelle pour des raisons objectives liées au développement inégal, à la corruption qu’elles favorisent et aussi à la fixation d’abcès symboliques ( le conflit entre Israël et les Palestiniens ,la violation du sol sacré…) et des raisons subjectives. Les raisons sont imbriquées. Les premières permettent de les discréditer  en nature et partialité et les secondes d’y proposer des substituts de sauvetage. Puisqu’elles ne symbolisent plus la marche providentielle d’A. de Tocqueville ou encore la fin de l’histoire  de  Fr. Fukayama vers le progrès des hommes,  il faut leur préférer d’autre voie de sauvetage  dans lesquelles les « non-occidentaux » peuvent retrouver la propriété d’un univers identitaire. La voie de rappropriation ou de reconquête est le fondamentalisme religieux. Celui-ci s’inscrit dans un retour vers ce qui a pour mission de dire la vérité  universelle, quoique déposée localement,  la religion, dans les imaginaires collectifs. De fait, beaucoup de gens, partout dans les pays riches, ont retrouvé le chemin des églises au fur et à mesure que les transitions se déroulent faisant ainsi revenir sur la phrase de Nietzsche «  Dieu est mort ». Le fondamentalisme religieux  d’aujourd’hui est missionnaire  comme hier en Europe. Il est agressif car il a les moyens de l’être. Attention, il peut aussi être utile pour changer le cours des choses !Il peut être intoxication !
    2. Réactions de renforcement. Le terrorisme religieux a surpris du fait  par sa violence. Et pourtant il existe de nombreux instituts d’études dites stratégiques. Ils ont des moyens d’études et, en outre, sont en relation avec de grandes institutions militaires publiques  chargées de l’ « écoute » du monde. De nombreux rapports sont rédigés et sont communiqués. Une autre anticipation du terrorisme aurait donc pu avoir lieu réduisant sa violence. Quoi qu’il en soit les peurs aujourd’hui appellent des actions à l’extérieur et à l’intérieur. En effet, l’histoire montre que les barbares envahissent les empires quand ils sont minés de l’intérieur ! Or, les démocraties libérales le sont en termes de cohésion, communication , lecture globale,  responsabilité et cohérence. En outre, sur leurs espaces, il y a de plus en plus de différences portées par des « autres et leurs enfants  ». Sans conteste,  il faut améliorer l’intégration ce qui renvoie à la cohésion et la cohérence. En fait, les démocraties doivent apprendre à construire volontairement sur des différences internes et externes et avec cohérence partagée faisant cohésion. Comme l’économie elles sont ouvertes ! Ce sont des espaces politiques en voie de mondialisation comme l’économie. Elles sont à la recherche de processus fédérateurs de façon à ne pas être noyées dans les polarisations des diversités.
    3. Droit et démocratie. Dans l’avenir, les démocraties devront apprendre à naviguer avec attention entre deux créations de droits acquis.  La première, ancienne, est liée à des valeurs universelles faisant principes, lois et droits. Les «  esprits y consentent » et puis les hommes essaient des applications ( exemple : la déclaration mondiale  des droits de l’homme de 1948 ).Le droit latin est imprégné de cette création.  La seconde qui monte en importance au niveau international est liée à des valeurs relatives négociées dans des consensus de partage. Tout est relatif et par conséquent il faut offrir aux autres  un « gain » pour éviter des blocages. Avec le temps, les démocraties libérales ont connu une montée de la deuxième création de droits acquis. Pour certains, les différences se pilotent mieux ainsi ou encore cette conception est plus appropriée au monde ouvert avec toutes ses transitions qui remettent tout en cause, engendrent de multiples lectures. Le communautarisme ou encore le tribalisme est ainsi éclairé. Il est favorable aux élites du moins au début. Il faudra faire attention car la demande des citoyens n’est peut-être pas de cette nature. Dans un monde « venteux », les citoyens cherchent des solidarités robustes  et non des solidarités nécessairement nouvelles et à la carte. Dans un tel monde, les différences sont des pièges, ce qui importe est que chacun ait des droits  avec des responsabilités et des solidarités qui n’en dépendent pas. Dans un monde de diversités donc de relativités,  il faut un peu d’absolu  qui les fédère!