Atelier «  Patrimoine et culture »

Les territoires méditerranéens, producteurs de connaissances et de contenus.

Identité patrimoniale, innovation territoriale et coopération technologique :
le projet de Musée virtuel de la Méditerranée.
Laura Garcia Vitoria, Présidente de l’ONG ARENOTECH

C - Il ne saurait y avoir création de contenus sans mise en place d’actions d’apprentissage collectif et de gestion de savoirs à l’échelle locale.

Nous ne pouvons aujourd’hui réfléchir sur les nouveaux contenus culturels sans la prise en compte de l’espace territorial qui est le leur. Nous l’avons dit : il y a les technologies pour participer à l’évolution de nos habitudes de perception visuelle et de nos modalités d’apprentissage ; il y a les hommes avec leurs paroles, leur présence physique, leurs gestes transmettant savoirs faire et mémoire collective. Mais il a aussi les territoires et la réflexion sur leur aménagement , leur développement économique et leur devenir.

1 - La mise en ligne du patrimoine et la réflexion sur de nouvelles formes de contenus culturels constitue un vecteur important de la création de milieux innovants et MEd DIVIdE entend se consacrer à l’analyse de la genèse de tels milieux dans le monde méditerranéen.

Parmi les conséquences de mutations technologiques fortes, figure toujours la nécessaire inscription culturelle de l’innovation économique territoriale. Un état des lieux des meilleures pratiques et toutes nos analyses démontrent combien il est vain d’espérer des processus d’innovation technologique territoriale sur le long terme si ne se trouvaient pas développées de véritables stratégies de contextualisation - voire de recontextualisation - identitaire -. La dialectique de l’identité et de l’innovation constitue par là même à juste titre le cœur des préoccupations d’un grand nombre d’acteurs territoriaux européens [8] : les processus régionaux d’innovation devant constamment se réinventer eux-mêmes, seule une telle inscription culturelle peut en effet fournir un terreau suffisamment riche pour générer de nouvelles approches [9].

Le rapport des processus d’innovation et des mécanismes identitaires est au coeur du développement des réseaux et d’une diffusion des savoirs qui est la condition même de la création d’un milieu innovant. Le patrimoine virtuel et les référents identitaires régionaux sont amenés à devenir ainsi non seulement le domaine par excellence des paris technologiques, mais également l’illustration même des enjeux d’une véritable gestion des connaissances et de leur partage. 

2 - Une telle stratégie culturelle - et économique - permet également tout naturellement la création de liens entre compétences à l’échelle de la région, mais aussi entre pôles de compétences. Ceci pour les entreprises certes, mais également pour les administrations publiques : la collaboration entre les villes italiennes pour la création de véritables services en ligne en constitue une illustration exemplaire, comme le montre notamment l’exemple de Sienne.

3 -  C’est un vocabulaire et tout un langage commun qui se trouve ainsi reconstitué. A l’avenir - et le projet s’efforcera également de développer des rencontres adéquates à cet égard -, de telles stratégies peuvent par exemple amener les responsables territoriaux à mettre en place des « pôles de délibération » en matière de création de contenus territoriaux.

L’un des défis majeurs pour les acteurs de la démocratie territoriale dans les années qui viennent sera à l’évidence la gestion de l’information et une réelle intelligence du complexe. Dans les domaines que nous venons d’évoquer, il s’avère donc tentant de mettre en pratique le concept développé par James Fischking (Université du Texas) consistant à rassembler un groupe d’habitants pour un premier sondage sur une question concernant le développement de leur territoire, puis de faire appel à des experts en vue de leur fournir le matériau informationnel le plus complet possible et enfin de procéder à un second sondage. L’évolution des opinions suite à l’information reçue est ensuite transmise aux autorités locales afin qu’ils puissent tenir compte dans leur décision des éventuels changements constatés [10].

Le concept de laboratoire numérique territorial [11] - que nous avons développé récemment pour un certain nombre d’acteurs territoriaux espagnols - place cette question de même au cœur de tous les dispositifs [12]. Le point commun de telles approches réside de toute manière dans la création et la circulation des connaissances.

Ville intelligente, cité savoir, quartier apprenant, peu importe au fond la sémantique utilisée et les modalités de mise en œuvre de tels objectifs. Pour le marché local du travail, les relations entre les entreprises et les lieux de recherche, l’essentiel réside dans une gestion locale des connaissances, dans l’intelligence collective territoriale chère à Pierre Lévy. Et la création locale de contenus culturels en constitue naturellement un vecteur majeur.