Colloque
orgagnisé par l’Inspection Académique de la Creuse
Ministère de l’Enseignement
Supérieur et de la Recherche, Guéret, 19 mai 2000
Les communautés
virtuelles
Laura García Vitoria
L’émergence
de nouvelles communautés virtuelles doit précisément nous amener à la prise
en compte des usages attendus d’une telle communauté en voie d’émergence et
de la pertinence des réponses susceptibles d’être fournies face à ces attentes.
Les rapports entre les partenaires d’une telle communauté - entreprises, laboratoires
de recherche et monde universitaire - en constituent l’un des aspects les plus
déterminants.
L’objectif en la matière d’une organisation non gouvernementale telle que l’ARENOTECH sera précisément d’expérimenter sur le terrain l’apport d’une communauté virtuelle en réseau aux besoins en matière d’éducation et de formation d’une part, mais aussi les conséquences de telles méthodes de travail sur des institutions aux pratiques souvent traditionnelles.
Il ne s’agit donc plus aujourd’hui de disserter sur les philosophies potentielles de telles communautés ainsi crées, mais bien d’en évaluer l’apport réel à des objectifs sociaux et intellectuels bien déterminés.
L’un des aspects majeurs réside dans la manière dont les usagers des réseaux accroissent leur sens d’appartenance communautaire dans une ville ou localité en les utilisant, comment une network community permet la mise en place de réseaux sociaux et sont parfois susceptibles de réactiver un véritable engagement civique : les rapports donc entre communautés virtuelles et structuration sociale, mais aussi le rôle du tissu de relations culturelles préexistantes.
L’analyse de la typologie des communications transitant entre les membres d’une communauté virtuelle constitue naturellement un autre point majeur (en partant notamment bien sûr - dans une vision critique - des travaux de Michel Maffesoli notamment).
Que devient la mémoire du lieu dans une communauté virtuelle ?
Question majeure à nos yeux, bien que récemment ébauchée par le travail de Federico Casalegno et Andrea Cavanaugh : question de la MEMOIRE d’un réseau virtuel, question du lieu virtuel comme « synthèse des souvenirs partagés par le groupe ». nous sommes là en présence d’un nouveau théâtre de la mémoire, phénomène majeur des interrogations culturelles d’il y a cinq siècles, à l’époque du développement de l’imprimerie. la dimension historique du développement des communautés virtuelles doit constituer un élément clef de leur analyse.
La question ne peut que s’insérer par ailleurs dans l’élaboration d’un cadre théorique, d’une grille d’interprétation des communautés en réseau [1] aboutissant à de nouvelles formes de socialité.
Les courants de pensée aux Etats-Unis évoquant cette question sont multiples. Il conviendra de les prendre en compte [2].
La perception de Howard Rheingold, dont on connaît en la matière le caractère précurseur absolu, devra être resitué dans ce contexte de l’histoire intellectuelle fin de siècle. Un exemple concret des potentialités futures sur lequel nous serons particulièrement amenés à nous appuyer - peut-être le plus pertinent dans notre contexte - est fourni par les premières utilisations à ce jour de technologies favorisant la création de mondes virtuels en intégrant des objets au format « 3D Studio » et facilitant la construction de sites accueillant de nombreux utilisateurs communiquant à l’aide d’avatars.
Dans quelle mesure chaque communauté virtuelle trouvera-t-elle un langage personnel pour développer son propre monde ? Le débat à ce jour est largement ouvert (pensons aux prises de position de Brandon J. Every dans la liste de diffusion « Virtual Worlds »).
[1] On se reportera aux travaux de Casalegno déjà cités.
[2] Analyses d’Amitai Etzioni, Peter Drucker, Jeremy Rifkin, Neil Postman, et surtout Mark Stefik et Stephen Doheny-Farina