Colloque
ARENOTECHAVNL’atelier est animé par : André
Jean-Marc LOECHEL, de la Cité des Sciences et de l’Industrie/ARENOTECH/
AVN
et Grégoire BESNIER, du Bureau de la Recherche Internationale et de la
Coopération technologiques de Vienne (Autriche).
Intervenants :
Nous avons beaucoup tenu à ce qu’un atelier sur les universités virtuelles soit inscrit dans le programme de ces rencontres. En effet, ce chantier du savoir universitaire en ligne apparaît souvent comme victime d’une rhétorique vague et de simples effets d’annonces. Pourtant, un peu partout en Europe, des collègues réalisent bien plus que des expérimentations.
C’est d’abord à eux que nous avons pensé en travaillant sur le programme de notre séance. Nous vous invitons donc à d’abord évoquer des réalisations plus que des souhaits, ceci en prenant compte la diversité des horizons dans lesquels ces réalisations s’élaborent : nous espérons en effet que ce serons des modèles très différents les uns des autres que produira l’Europe en matière de transmission des savoirs. C’est dans cette optique que j’ai demandé à Laura García et à Gregoire Besnier de m’accompagner dans une tache de cartographie de l’existant.
Grégoire BESNIERLe thème des universités virtuelles est vaste. Il peut être abordé sous des angles différents. Ce matin, nous privilégierons la dimension stratégique du sujet. Le marché du e-learning, en plein essor, devrait atteindre onze milliards de dollars en 2003. Jusqu’à présent, les succès enregistrés dans cette activité ont essentiellement été américains. Il est donc important que l’Europe réagisse et se positionne en fonction des spécificités de son marché.
Les grandes écoles françaises et le e-learningAndré Jean-Marc LOECHEL
Le Ministère de l’Education a mené toute une réflexion sur les enjeux des universités virtuelles depuis plusieurs années. Nous avons demandé à Monsieur Michel Moreau Belliart de faire le point pour nous des actions et des projets du Ministère.
Michel MOREAU-BELLIARD
Mon but est de vous présenter les actions du Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche.
I. Le contexteJ’appartiens en effet à la Direction de la Technologie, qui est en charge du développement des technologies numériques appliquées à l’éducation. Il s’agit donc d’une Direction transversale, dépendante des deux ministères.
La récente présidence française des Communautés Européennes a permis de manifester la préoccupation de nos dirigeants dans le domaine du e-learning.
Nous sommes conscients du contexte de mondialisation. Cependant, notre action s’inscrit dans le cadre d’une politique de service public. L’aspect de plus en plus commercial de la formation tend à induire que le e-learning constitue le marché du siècle. Les annonces dans la presse se multiplient. Face à cette effervescence, le service public a vocation à soutenir le partenariat, à la fois public et privé, et à maintenir un niveau de qualité élevé dans ses missions d’éducation traditionnelles.
La menace de l’invasion américaine est brandie systématiquement. Notre rôle est de préparer les établissements publics aux nouveaux besoins. Nous nous inscrivons de fait dans la stratégie du projet global e-Europe, basée sur l’initiative e-learning. Son but est de permettre l’évolution des systèmes éducatifs en adaptant leur environnement aux nouvelles technologies.
II. Les actions menéesLes politiques de deux ministères concernés sont complémentaires.
1. Au niveau de la rechercheLes projets relatifs à la Recherche et au Développement ont concouru à la mise en place de trois réseaux dédiés :
La création d’un incubateur d’entreprises multimédia participe également de cet élan. Cet incubateur a bénéficié en 1999 d’un budget de démarrage de vingt millions de francs. Ce budget devrait rapidement atteindre cent millions de francs.
Une action incitative visant à expérimenter les environnements d’apprentissage liés au développement des nouvelles technologies est également menée sous la forme du projet Ecoles et Sciences Politiques.
2.Au niveau de l’enseignement
Les projets dépendant de l’Education Nationale ont vocation à intégrer les technologies numériques dans l’enseignement.
Un dispositif de soutien permettant de développer les ressources numériques pédagogiques, aussi bien sur les services en ligne que sur les CD-Rom, est opérationnel depuis 1998. Ainsi, au niveau de l’Enseignement Supérieur, 47 projets innovants ont vu le jour.
L’action porte également sur la formation continue. De nombreuses formations ouvertes à distance se sont ainsi multipliées.
Le projet Campus, lancé en juin 2000, témoigne aussi de cette impulsion ministérielle.
Nous participons enfin, par expertise, à la politique contractuelle de l’enseignement. Les établissements publics français fonctionnent en effet dans le cadre de contrats quadriennaux. Au niveau des objectifs pédagogiques, l’accent a été mis sur le développement des technologies numériques.
III. La genèse des projets
1. Des contraintes de différentes natures
Dès 1998, la préparation de nos travaux a porté sur trois aspects majeurs de la problématique du e-learning.
Sur le plan technique, il a fallu mettre à niveau les établissements d’enseignement supérieur : achat d’équipement multimédia, ouvertures de centres de ressources, renforcement des réseaux…
Au niveau culturel, il a été nécessaire de développer en la banalisant l’approche TIC (Technologies de l’Information et de la Communication). Les équipes ont dû prendre consciences de l’importance des enjeux sous-tendus par cette nouvelle réalité.
D’un point de vue politique, il s’est avéré indispensable de mettre en place un groupe de travail permettant la concertation des différents acteurs du changement. Des discussions ont ainsi eu lieu avec les instituts traditionnels de formation à distance tels que le CNED.
2. Les objectifs de l’appel à projets Campus
L’appel à projets Campus a constitué le point d’orgue de cette politique. Ce projet répond en effet à une préoccupation de plus en plus forte. Consécutif à la phase de réflexion et de préparation, il permet de rentrer dans une période de réalisations plus concrètes.
Il s’agissait de favoriser l’émergence d’offres structurées de formation ouvertes et à distance. L’offre en question se devait de satisfaire l’ensemble des publics de l’Enseignement Supérieur. Son objet est de mutualiser les compétences et les contenus et de développer la coopération inter-universitaire.
Notre appel à projets se référait à la mise en place de consortiums thématiques. Les objectifs finaux étaient les suivants :
Précisons par ailleurs que la notion de présence est essentielle : un tiers des étudiants ratent des cours parce qu’ils travaillent pour financer leurs études.
L’intérêt de la formation à distance est de faciliter l’adaptation aux différentes contraintes.
Un autre aspect de cet appel d’offres concernait la modernisation du service public en matière d’Enseignement Supérieur, notamment sur le plan pédagogique, en proposant des formations flexibles ciblant des publics différenciés.
La préoccupation des politiques porte également sur la dimension internationale des projets. Le but est d’acquérir, par le biais des campus numériques, une expérience susceptible d’être transposée à l’échelon international, dans le cadre des accords de partenariat existants. La plupart des établissements d’Enseignement Supérieur en France jouissent en effet de nombreux partenariats conclus avec des homologues du monde entier.
3. Les premiers résultats
En juillet 2000, 86 dossiers Campus avaient été déposés. 27 projets ont été retenus :
Parallèlement, d’autres initiatives ont vu le jour, entre autres l’université virtuelle des Pays de la Loire, l’université numérique de Bretagne et la cyber-université franco-indienne.
La Direction de la Technologie soutient ces différents projets en phase de réalisation en les accompagnant. Le suivi des projets s’effectue par la voie électronique, via les forums de discussion notamment.
Le soutien des projets se caractérise également par la capitalisation des expériences. La mutualisation des savoir limite les risques pour les projets suivants.
Enfin, l’organisation de communautés de pratiques est nécessaire : la variété des contenus en ligne suppose l’homogénéisation des classements, de façon à rendre les échanges féconds.
IV. Des axes de progrès manifestes
Des points faibles ont été identifiés. Les Centres de Télé-Enseignement Universitaires restent marginaux au sein de l’activité générale des universités. Leur positionnement vis-à-vis des projets Campus demeure par conséquent incertain.
La maîtrise de la conduite de projet n’est malheureusement pas au centre de la culture des établissements d’Enseignement Supérieur.
La mise en place de dispositifs d’ingénierie de formation reste également problématique. Ces techniques ne correspondent pas au métier traditionnel de l’université. L’identification des publics concernés par les formations n’est pas non plus aisée, aussi bien d’un point de vue qualitatif que quantitatif.
Se pose par ailleurs le problème de l’analyse des coûts. Différents chantiers ont été ouverts en collaboration avec les acteurs des projets Campus et les interlocuteurs des établissement d’Enseignement supérieur. Le développement des formations ouvertes renvoie en effet au problème de redistribution des budgets des établissements.
Un chantier considérable est celui de la modularité des contenus. Aujourd’hui, aucune norme n’est établie. Il est nécessaire de mettre sur pied un système de formation flexible, capable de s’adapter à différents publics.
L’AFNOR s’appuie sur un groupe de travail européen œuvrant sur la définition de normes et de standards ad hoc.
Une autre préoccupation concerne la formation des acteurs de l’enseignement ouvert à distance : c’est une donnée indispensable pour que les formules recherchées puissent se développer.
Enfin, la dimension juridique ne peut être éludée. Du statut des enseignants-chercheurs aux définitions de la propriété intellectuelle, les enjeux réglementaires sont vastes.
V. L’avenir
Très prochainement, nous allons lancer un second appel à projets. Il sera doté d’un budget de cinquante millions de francs. Ses buts sont à la fois de consolider l’existant, en l’occurrence les projets acceptés lors du premier appel à projets, et de s’ouvrir vers d’autres champs disciplinaires.
Grégoire BESNIER
L’école Polytechnique jouit d’une réputation dépassant les frontières de la France. Quel est l’intérêt pour une telle école de s’ouvrir aux environnements virtuels ? Par ailleurs, quelle stratégie cette école va-t-elle adopter pour appréhender au mieux les mutations induites par l’émergence du e-learning ?
Roland SENEOR
I.L’école Polytechnique
L’école Polytechnique est une institution de petite taille, ne comptant dans ses effectifs qu’environ mille étudiants et autant de chercheurs.
Notre école se caractérise par deux valeurs fondamentales :
L’absence de temps est une donnée majeure de notre enseignement. Les élites dirigeantes, de même que l’ensemble des personnes exerçant des responsabilités, sont en permanence confrontées au manque de temps dans leurs activités professionnelles.
La sélection des candidats repose donc sur trois critères :
Les classes préparatoires, qui constituent l’antichambre des grandes écoles, complètent la vision du cursus et des facultés requises pour devenir polytechnicien.
II. Polytechnique et le e-learning
L’enseignement traditionnel et le e-learning peuvent, à mon sens, être complémentaires. L’enseignement à distance a vocation à être proposé au plus grand nombre et à réduire les contraintes spatiales. L’enseignement traditionnel, à l’instar de celui de Polytechnique, est au contraire un enseignement de proximité s’adressant à un petit nombre de personnes.
A priori, les deux méthodes semblent antinomiques et incompatibles. Pourtant, notre institution s’intéresse de très près au e-learning. Elle s’est rapprochée d’autres établissements de qualité. Certains de ces derniers proposaient des formations en ligne. Dorénavant, leurs formations en ligne sont diplômantes. Le plus souvent, le diplôme requiert la présence du candidat. Toutefois, la plus grande partie de l’enseignement s’effectue à distance.
Polytechnique ne peut se permettre d’ignorer ce courant. Cependant, quels enseignements doivent être mis en ligne ? A qui s’adressent-ils ? Dans quel but ? Sous quelle forme ?
En charge de l’ouverture internationale de l’école, j’ai contribué à son évolution : ainsi, désormais, une part non négligeable de nos étudiants ne sont plus issus des classes préparatoires.
L’adaptation des enseignements à l’évolution de la société me semble nécessaire.
Nos projets de délocalisation de l’enseignement tendent à conjuguer haut niveau de formation et enseignement de base. L’université virtuelle généralise par ailleurs la notion de proximité. Le problème fondamental dans ce contexte demeure le financement des projets.
Il aurait été simple pour nous de proposer un habillage multimédia aux cours que nous dispensons, et de les mettre en ligne de façon classique.
Il s’avère que nos cours n’intéressent que peu de personnes sur le marché. Il ne peut donc s’agir d’une activité motrice. En l’occurrence, elle sera complémentaire d’un bouquet d’offres de formation nettement plus étoffé.
Nos projets les plus avancés concernent des cours spécifiques, élaborés seuls ou en partenariat avec d’autres institutions. Avec HEC, nous réfléchissons ainsi à un module dédié à la finance, allant des principes d’économie élémentaires aux mathématiques financières les plus ardues. Ces formations pourraient être vendues aussi bien aux universités qu’aux entreprises, et éventuellement déboucher sur un diplôme.
Dans ce cadre, les gains reposent essentiellement sur le regroupement des connaissances et les économies d’échelle.
L’excellence peut également se décliner à différents niveaux d’application. Les formations sont susceptibles de s’adresser à des publics différents, notamment les techniciens supérieurs, plus proches de la production que les élites dirigeantes. Il peut aussi être utilisé comme un moyen de transférer des connaissances vers les pays en voie de développement.
Notre institution n’envisage pas pour l’instant de mettre sa formation principale en ligne. Les principes de densité et de sélection paraissent incompatibles avec les caractéristiques de l’enseignement à distance. En revanche, elle est disposée à développer le concept d’université virtuelle en menant des actions situées à la périphérie de ses compétences.
Dans tous les cas, le label d’excellence de notre école devra être préservé.
III. Les actions entreprises
La petitesse de notre institution nous oblige à regrouper nos efforts.
A l’échelle française, nous avons rejoint un groupement de neuf écoles d’ingénieurs parisiennes, Paritech afin de développer la mise en ligne de cours spécialisés.
A l’échelle européenne, nous avons intégré la structure Unitech. Celle-ci s’est vue offrir par IBM une assistance dans l’installation du réseau et la mise en ligne des premiers cours.
Notre stratégie consiste à privilégier essentiellement deux cibles.
La francophonie
Nous restons une institution de langue française. Cette spécificité constitue plus une richesse qu’un coût. Les échanges culturels et linguistiques sont une part de l’enseignement.
La confrontation frontale avec nos concurrents
Nous pensons être capables de proposer des formations au moins équivalentes à celles dispensées par les meilleures institutions du monde.
De la salle
Pourquoi les propositions de partenariat industriel émanent-elles de groupes comme IBM ? Les grandes écoles françaises n’ont-elles pas de contacts avec les industriels européens ?
Roland SENEORLe réseau Unitech regroupe les universités d’excellence en Europe. Il réunit également les industriels liés à chacune des cultures représentées. IBM a été introduit par l’Angleterre. Siemens n’a pas jugé opportun de s’associer à cette démarche. D’autres sociétés européennes participent au développement d’Unitech : ST-Microelectronics, Shell, Peugeot SA, L’Oréal, Ato-Fina …
Jacques DANG
I. L’école
HEC est une grande école de management proposant une gamme de formation assez large, allant des enseignements de gestion traditionnels aux formations plus spécialisées, de type MBA, mastère ou doctorat. Notre institution est d’une taille similaire à celle de Polytechnique.
L’international est une valeur fondamental de notre école : 49 nationalités sont représentées sur le campus, neuf langues y sont enseignées et le réseau d’échanges mondial s’étoffe régulièrement.
II. L’environnementLe marché global de la formation à distance et des universités virtuelles est en ébullition. Sur le marché particulier de la formation au management, HEC se trouve confronté à des défis particulièrement exigeants. Non seulement, la formation continue constitue une activité de plus en plus recherchée par les établissements spécialisés et les cabinets de conseil, mais en outre l’irruption des nouvelles technologies modifie les modalités de la pratique d’enseignement. Le modèle d’excellence des grandes écoles françaises, servant des étudiants aussi jeunes que brillants, s’oppose peu à peu à la logique selon laquelle une expérience professionnelle est nécessaire pour appréhender les outils et techniques dispensés dans le cadre de formations plus adaptées.
III. Les objectifsNotre démarche est avant tout pédagogique. Si le contenu peut être appréhendé via des procédés multimédia, il est clair que la présence en cours facilite, au delà du transfert de connaissance, le partage de l’expérience du professeur. La relation entre maître et élève demeure essentielle.
D’une façon générale, l’accès à la formation universitaire de base sera plus large dans les prochaines années. La différenciation s’effectuera sur la base de la présence. Celui-ci sera déterminant en terme d’interactivité entre enseignant et apprenant. Les segments du marché de la formation seront donc clairement différenciés.
La pluri-disciplinarité mérite également notre attention. Le système des grandes écoles français pâtit souvent d’un manque de lisibilité dû à la fois à la jeunesse des étudiants et à la taille limitée des institutions. Il importe donc que les principales écoles françaises réunissent leurs efforts de façon à financer les projets relatifs au e-learning.
Pour conserver une légitimité internationale, il appartient à HEC de nouer des partenariats, de moyens et d’objectifs, avec les grandes universités du monde : Stanford, Harvard, MIT…
IV. Les nouvelles technologiesLes méthodes pédagogiques doivent s’adapter aux nouvelles contraintes. Les contenus sont de plus en plus riches alors que le temps pour les analyser diminue : les nouveaux supports d’auto-formation multimédia doivent être performants. Les pratiques d’enseignement à distance peuvent être synchrones et asynchrones.
Le management des entreprises s’effectuant désormais en réseau, les contenus des formations se doivent d’évoluer : le marketing actuel n’a plus rien à voir avec le marketing industriel du passé.
V. L’enseignement à distanceLes supports d’auto-formation et les cas de simulation (notamment basés sur la salle de marché) requièrent des installations techniques particulières. Le transport de l’image animée en réseau satisfait les besoins aussi bien résidentiels que délocalisés.
L’enseignement à distance favorise également les partenariats avec d’autres établissements, voire la mise en place de diplômes communs. Les visioconférences peuvent aussi être utilisées dans le cadre de soutenances de thèse ou de recrutement, aussi bien d’élèves que de professeurs.
VI.Le projet UniversalIl s’agit d’un programme-cadre de Recherche et Développement de l’Union Européenne. Il regroupe 18 institutions européennes, notamment des centres de recherche et des écoles.
Son but est de concevoir une plate-forme d’échange de contenus pédagogiques paneuropéenne. Avant tout, c’est un service requérant des préalables liés à la définition de la propriété intellectuelle, la mise à jour de calendriers académiques distincts, l’actualisation des niveaux de qualification et d’évaluation. Ses problématiques vont donc bien au-delà de la seule dimension technologique.
Nous bénéficions d’un financement conséquent de la Commission Européenne.
Nous ne souhaitons pas nous convertir aux universités virtuelles parce que cela correspond à un phénomène de mode et que nous sommes susceptibles de jouir de financements importants. L’enseignement à distance s’intègre au contraire dans notre dispositif actuel dans le but de l’enrichir.
Nous associons à cette démarche une volonté de développement de marché en matière de formation continue. Cette volonté ne sous-tend pas qu’un objectif de rentabilité. Notre institution répond également à une mission de service public, intégrée aux enjeux de la francophonie.
L’enseignement à distance constitue un élément incontournable pour toute institution désireuse de s’affirmer à l’international. Au-delà du rayonnement induit par la qualité de l’enseignement, cette mutation représente également une source de financement importante.
De la salleComment sont traités les ingénieurs cinq ans après leur sortie d’école ? Pourrions-nous envisager un suivi des anciens étudiants à l’aide des dispositifs d’enseignement à distance ?
Roland SENEOR
Polytechnique n’est pas une école de spécialisation. La formation continue semble difficile à assurer dans des disciplines très pointues. Le contexte le plus approprié pour ce type de mise à niveau permanente est celui de Paritech, qui réunit des écoles aux compétences marquées dans des domaines précis. Un réseau de formation continue est ainsi à l’étude.
Jacques DANGNombre d’ingénieurs sont amenés à assumer des fonctions de management. Le projet commun reliant Polytechnique et HEC répond à cette problématique. La formation continue génère un chiffre d’affaires de cent millions de francs dans notre institut, ce qui correspond au tiers de notre activité. Il s’agit donc d’un élément vital en terme de financement des activités de formation initiale et de recherche.
De la salleAu-delà des facultés intellectuelles et de la capacité de travail, il importe de préciser que l’empathie et la pluridisciplinarité représentent d’autres qualités nécessaires au travail en équipe. La transmission des savoir est par ailleurs indépendante des nouvelles technologies.
Roland SENEORC’est juste. Les nouvelles technologies ne doivent pas être perçues comme des finalités mais comme des moyens. Elles peuvent néanmoins faciliter le travail en équipe en transcendant les localités et les frontières.
De la salleEn terme de budget de fonctionnement, la différence pouvant exister entre des écoles comme HEC ou Polytechnique et des universités prestigieuses telles que Stanford est-elle significative ?
Roland SENEORIl semble difficile de fournir des chiffres précis. Toutefois, la comparaison est édifiante. En France, les apports financiers sont bien moins conséquents qu’aux Etats-Unis. A Stanford par exemple, l’enseignement ne représente que 15 % des recettes de l’université, l’essentiel étant fourni sous forme de dons d’entreprises ou de particuliers.
Grégoire BESNIERLes partenariats européens inhérents au développement de l’enseignement à distance se multiplient. La naissance d’un MIT européen est-elle prévue ?
Roland SENEORLe regroupement de sept universités européennes au sein d’Unitech représente un poids scientifique et intellectuel comparable au MIT. D’ailleurs, certaines institutions d’Unitech sont elles-mêmes partenaires du MIT dans différents projets.
Daniel SAILLANEn tant qu’universitaire, ma vision de l’enseignement à distance est probablement moins opérationnelle en terme de recherche et d’applications.
Parler d’invasion américaine me semble quelque peu provocateur. Si les enjeux sont considérables, il importe de préciser que l’enseignement européen n’est pas encore en état de déliquescence. Toutefois, la menace pèse. Elle pèse d’autant plus que les technologies numériques risquent d’accentuer l’écart séparant les deux continents.
Les interventions précédentes me laissent penser que les solutions au problème de l’enseignement en Europe s’orientent dans de nouvelles directions, sur la base de procédés techniques innovants. A mon sens, il serait plus opportun de revoir dans un premier temps la structure même de nos systèmes éducatifs.
Prenons du recul par rapport au phénomène.
I. L’évolution de la société
1. L’industrialisation de la connaissance
Le savoir constitue dorénavant un produit comme les autres : il est créé, distribué et consommé. Les méthodes de rationalisation s’appliquent par conséquent à ce besoin économique.
L’industrie de la connaissance n’est pas nouvelle. Nous avons toujours utilisé du papier et des crayons. Toutefois, les produits sont désormais « médiatiques » : leur réalité est davantage relationnelle que physique.
2. L’émergence de la culture de l’informationLes individus vivent dans un bain d’informations. Aussi existe-t-il aujourd’hui un espace public de connaissance. Le savoir ne se trouve plus exclusivement dans les lieux qui lui sont dédiés (universités, bibliothèques, musées). Il est partout dans la société. C’est pourquoi il devient nécessaire de savoir trier les informations disponibles.
3. Une société de plus en plus interactiveL’accélération de la circulation des informations est patente. De même, les faits et les idées se trouvent amplifiés par la caisse de résonance du savoir. Enfin, les sphères de connaissance individuelle ne peuvent être dissociés des réseaux de vie qu’ils génèrent.
II. Les enjeux
Les enjeux sont considérables. La connaissance se trouvant de fait relativisée, espérer réformer les systèmes éducatifs en leur appliquant des méthodes du passé me semble illusoire. Appréhender les nouvelles technologies par le prisme de pratiques pédagogiques anciennes n’a pas de sens : cela peut même s’avérer dangereux. En effet, la relation systémique entre la technique et la gestion de l’information et la faculté qu’ont les hommes de détourner les outils risquent de nous priver des innombrables possibilités d’utilisation offertes par les nouvelles technologies. Nous courons le risque de mettre en place une structure de transfert de connaissance a priori moderne, mais en réalité fondée sur des principes anciens.
C’est pourquoi la réflexion doit porter en tout premier lieu sur les usages. Il faut prendre le temps de l’analyse.
Notre travail au sein de GEM nous incite à suivre attentivement les négociations internationales, notamment en matière de normes. Se pose toutefois un problème d’ordre économique. Les groupes ISO tâchent en effet de faire accepter la définition des modalités de création et de distribution des produits. En l’occurrence, les tenants des projets relatifs au e-learning ne savent pas quelles normes adopter. Il importe donc d’extraire des normes implicites vis-à-vis des produits d’enseignement à distance.
III. Les solutions préconiséesLa numérisation et la mondialisation sont deux des principaux attributs caractérisant l’évolution de la société. Une solution que nous avons développée tient au concept de learning bag. Ce « bagage de connaissance » offre une nouvelle dimension dans la relation pédagogique unissant maître et élève. Aujourd’hui en effet, la dissémination des objets de savoir dans la société est un fait avéré.
Le rôle de l’enseignant est aujourd’hui d’être un passeur. Dans nos domaines, l’important n’est pas de dire des choses qui semblent simples, mais d’en envisager les conséquences. Je pense par exemple à la question des droits d’auteurs pour les cours sur Internet. Lorsque l’on aborde l’outil numérique, c’est la totalité des déterminants de l’approche de la connaissance qui se trouve modifiée.
Laura GARCIA VITORIACertains d’entre nous estiment qu’il est parfaitement urgent d’attendre : je dois dire ici que je ne partage en aucune façon une telle analyse. Tout au contraire, l’Association que je préside a été crée au lendemain des projets que j’ai eu l’occasion de conduire en Espagne en matière de formation à distance, et pendant cinq années consécutives nous n’avons eu de cesse de pousser nos collègues à se rendre compte de toute une série d’urgences : urgence d’abord pour les enseignants puisqu’au-delà même de leurs activités c’est de leur vocation et de leurs compétences dont il est question. S’ils ne prennent pas les initiatives nécessaires, leur rôle en sera vite réduit aux exercices de taches secondaires : parler et écrire pour permettre à d’autres de réaliser et de produire. Urgence ensuite pour l’Europe et la conception qu’a toujours véhiculé notre continent, même dans ses heures les plus difficiles, d’une réelle diversité culturelle et linguistique. Nos amis québécois nous le prouvent chaque jour : il suffit souvent de le vouloir pour que nos convictions l’emportent. Urgence enfin d’une vraie visibilité : voyons les réalisations, leurs difficultés pour faire mieux au lieu de nous complaire dans un éternel débat de préséance.
Texte intégral de Laura García Vitoria
Daniel SAILLAN
Je tiens à préciser que je partage votre point de vue sur l’importance du rôle du professeur. Je pense que les techniques numériques permettent aujourd’hui de recouvrer la véritable fonction du professeur. Par ailleurs, si je pense comme vous qu’il convient de faire preuve de rapidité, il m’apparaît également qu’il ne faut pas agir trop hâtivement sans prendre conscience de l’enjeu des décisions.
Jacques DANGNos grandes écoles sont par essence assez traditionnelles dans leurs modes d’enseignement. Nous essayons aujourd’hui de nous ouvrir aux expériences qui ont été menées par d’autres avant nous. En revanche, je me dois de signaler que nous ne savons pas mobiliser aussi rapidement que nos amis nord-américains les fonds très importants qui sont nécessaires à la création de cours et à la mise en place des infrastructures technologiques.
Différentes approches européennes du e-learning
Grégoire BESNIER
Monsieur Paul Lefrere travaille pour l’Open University of England, institution pionnière en matière d’université virtuelle. Il est responsable des partenariats et dirige par ailleurs un institut de télécommunications.
Paul LEFREREThe Open University caters to students living within the United Kingdom and abroad. As 100 000 of our students use the Internet, we remain in advance of many universities. Our diverse student base is spread over 99 countries, where our local tutors offer support in 60 languages. With many students living in the former Soviet bloc, we must consider their infrastructure and methods of thinking. To facilitate this task, my job includes the conclusion of international partnerships. In France, we have entered into a strong partnership with the Paris Chamber of Commerce and Industry.
Our courses are taught in English, French, Spanish and German. Recently, our students have been granted access to several European campuses. During a recent visit to the United States, I discussed the harmonisation of international standards with our American colleagues. To counter the American dominance, the Open University has established a sister university, the United States Open University. Its vision revolves around the combination of modern technology with the expertise and values of traditional campus universities, such as Oxford, Bologna and Paris. In our experience, although our American partners possess the more advanced technology, their strong marketing ideas are incompatible with the European approach.
Common standards are key to future harmonisation. In 1999, the United States introduced a project, the Instructional Management Systems (IMS), aimed at overhauling their standards. However, it soon became apparent that the choice of words represented a mistaken view on education. Therefore, in 2000, the project was renamed Global Learning Consortium (GLS). In addition, they required European ideas to apply their standards internationally. In this regard, the European Commission’s education mechanism, PROMETHEUS, represents a strong discussion forum. At present, with the exception of France, all Member States actively participate in this forum.
Our co-operation with campus-based universities has been a success. For the sake of the future, universities such as Oxford have realised that their methods of operation must adapt to technological advances. This represents both a threat and an opportunity. Equally, co-operation with the Americans represents a dangerous opportunity for European universities: we must manage them, not vice versa. Our partnership with Oxford University consists of offering our best students the opportunity of studying for a degree on their campus, before choosing between an Oxford or Open University degree. Recently, we have also adopted a similar partnership model with Cambridge University. For both universities, the partnership contributes to their revenue during quiet summer months and offers a unique opportunity to reach a wider student base.
Johann GÜNTHERInability to speak a foreign language is not as important a handicap as we think. During my five years in France, my supervisor was English. When he left, he informed me that thanks to me, he did not learn French or German. Meanwhile, his English had deteriorated. Equally, during European Union lunches and dinners attended by Ministers, the policy of excluding translators and speaking English only poses a problem for the Irish and English, who have difficulty understanding their colleagues.
My university is quite new and represents a testing ground for the Austrian government. Our mission consists of establishing a European method for MBA and postgraduate education. Our students boast an average age of 42 and must pay from FRF 50 000 to FRF 250 000 per course. As most of them work parallel to their studies, their greatest difficulty remains time. Therefore, we have chosen to focus on virtual methods of education. Since the government covers only 25% of our costs, the remainder is met by the university and fees from our 7 600 students. Our courses vary from medicine to technology, where I am employed.
Over 15% of the technology department’s courses are taught by foreign teachers via video conferencing. It also operates an exchange programme with 25 other American and European universities, where an exchange of video lessons has contributed to an East-West education axis. Thanks to the proliferation of web cameras, we are able to teach students at home. Indeed, by 2002, we have decided that all students should own a web camera. Furthermore, each Masters student is allocated a laptop computer and the university no longer uses paper. To date, teachers seem to have encountered more difficulty than students have. To ensure a common point of departure for students, basic elements of our courses are offered on CD ROM format. Aside from post-graduate courses, we also offer some research programmes. One research programme, the virtual education network, has links with other universities in Finland, Greece and Austria. In this programme, our main problems were not linguistic but cultural, with translations giving rise to some confusion.
In an attempt to establish new teaching standards, we have introduced an e-learning platform, which provides all necessary documentation in a digital format. In compliance with a European Union decision, by the end of 2002, all our teachers will be trained in new media. In this regard, teachers seem to encounter less difficulty with the technical aspects of new media than with the fundamental changes involved in teaching. Moreover, since almost 30% of teacher income is based on the number of classes taught, weaker stronger teachers enjoy an added incentive. Finally, our university hosts 500 foreign teachers, students from 31 countries and employees from all over Europe. Our free choice of course location is compatible with the border-less ethos of a true virtual university.
(Question inaudible)
Johann GÜNTHER
Video conferencing requires the participants to apply makeup beforehand. At first, I did not believe this but it can sometimes contribute to a delay in starting a conference.
Tapio KOSKINEN, HelsinkiI work in the field of continuing education and divide my time between the Helsinki University of Technology and two Spanish universities. Therefore, I have experience in cultural differences. Despite its limited population, Finland occupies one of the leading positions in per capita Internet and mobile telephone use. Two years ago, 58% of Finns owned a mobile and 3.1% of GDP was spent on research and development.
The European PLATO project has defined five steps involved in the transformation of a standard university into a dual standard-virtual version. Although many European universities have experience of the first three or four steps, the final step consists of implementing systems to introduce dual education into mainstream education. In some cases, individual professors have taken the initiative of embracing technology to improve their own courses. However, they face many difficulties in producing and delivering such new approaches. In Finland, university authorities allocate resources to support teacher initiatives.
E-learning is not always correctly defined. However, it has many applications aimed at enhanced learning. These applications may be product-or process-oriented. Equally, the web may form the sole or support medium for learning. In the extreme case, the web allows students to discard learning materials and to develop their own materials through virtual interaction.
From the FloorI would like to know if you have entered into partnerships with industrial interests. If so, which form does it take?
Tapio KOSKINENAt present, we do not have any partnerships with industry but it is quite tempting from their point of view. Although I work within an institute that hosts the Finnish virtual university, I am not directly involved in the project.
From the FloorIn a recent study conducted among students, I learned that students welcomed the use of technology in their area. However, they also sought a more personal relationship with professors and other students.
Tapio KOSKINENThe use of new technology has often originated in the initiatives of active individual professors who want to improve their courses. However, internal resistance is often built into the educational system. Regarding interaction, the process-oriented approach to Internet use emphasises the advantages gained from collaboration, where students learn together. Therefore, I see no conflict between the use of Internet and the interaction between students and teachers. Even in classroom teaching, poorly prepared professors do not necessarily enhance student interaction. The Internet is just another medium for channelling the initiative of the participants.
From the FloorWhat are the goals of the Finnish virtual university?
Tapio KOSKINEN
As all our students have already registered in an existing university, the goal is not to establish a new university. The aim is co-ordinate small development projects within each university focused on the single access point of the virtual university.
From the Floor
What is the capacity requirement in the transfer of information for your system?
Tapio KOSKINEN
We do not use a single system. Most of the campus students are connected to the local area network and they enjoy speeds of up to 10Mb per second. Off campus students either use ISDN or normal 56 Mb modem to connect to the university service.
Les stratégies américaines et leurs pendants européens
I. Une expérience américaine : Unext
Maher KASSIR
Je souhaite tout d’abord vous présenter les réalisations d’Unext, de manière à vous permettre de comprendre les évolutions du marché américain, et nos expériences, tant négatives que positives.
Unext est une start-up qui a démarré en 1998. Nous comptons aujourd’hui plus de 400 employés : pour réaliser de beaux produits de e-learning, il faut des moyens humains importants. Nous devions au départ répondre à une question fondamentale : comment construire une formation e-learning autour de l’apprenant ? Le modèle classique de l’enseignement est pyramidal : un professeur transmet son savoir aux élèves. Les choses sont nécessairement différentes dans le domaine du e-learing : on apprend moins bien sur un écran qu’en salle de cours. Cela représente une contrainte que nous avons dû contourner.
Nous nous sommes donc interrogés sur la pédagogie à adopter, mais également sur les demandes des cadres, à qui notre offre s’adresse. Enfin, il s’agissait de savoir de quelle manière la connaissance devait être diffusée. Nous avons choisi la voie d’une université virtuelle, qui repose sur trois fondements.
1.Le contenuNous nous sommes adressés à quatre universités américaines et à la London School of Economics : nous utilisons leurs contenus, que nos équipes de pédagogues doivent adapter pour les diffuser sur Internet. Si nos apprenants ont la possibilité de suivre un même cours dans l’université concernée, nous leur conseillons de le faire, plutôt que d’avoir recours à nos services. Nous ne prétendons pas, en effet, pouvoir remplacer l’interaction humaine. A nos yeux, le e-learning ne constitue qu’un moyen d’ajouter de la valeur au présentiel. Enfin, nous cherchons actuellement à élargir notre gamme de partenaires sur le marché européen.
2. La pédagogieNotre pédagogie s’appuie sur le principe de l’action-formation : il s’agit de marier formation théorique et exercices plus pratiques. Par ailleurs, notre pédagogie repose sur une interaction. Un tuteur suit en ligne les élèves ; il a avant tout une mission d’animation, plus que d’enseignement. Nous essayons en effet de mettre en place un enseignement plus circulaire que pyramidal, en permettant aux apprenants d’échanger leurs informations. Nos tuteurs sont toutefois des enseignants, qui travaillent pour nous à temps partiel. Notre pédagogie repose enfin sur la flexibilité : nous faisons appels à différents média, pour prendre en compte le fait que les élèves n’apprennent pas tous de la même façon.
3. La qualité de la diffusionLe e-learning doit être développé sur une grande échelle. En termes de technologie, nous réalisons nous-mêmes le hosting, afin que nos clients n’aient pas besoin de changer leurs systèmes informatiques pour accéder à nos cours. Par ailleurs, l’abandon constitue l’un des grands défis de l’e-learning. Il en est effet beaucoup plus facile d’abandonner un cours dès lors que celui-ci est en ligne. Nous disposons d’un logiciel qui anticipe le click de l’apprenant afin d’anticiper les problèmes de celui-ci.
Chacun de nos cours débute avec un scénario qui place l’élève en situation. Chaque cours donne lieu à quatre devoirs. Pour les faire, les apprenants ont accès à des ressources, aux discussions de groupe et à une évaluation. Nous n’avons que peu recours à la vidéo, qui tend à notre sens à rendre passif l’apprenant.
Nous avons développé un logiciel de suivi qui nous donne une vision d’ensemble des apprenants. Les tuteurs disposent d’une base de données qui leur permet de répondre à leurs questions. Ce logiciel permet de connaître les interactions entre apprenants.
Le prix de nos cours est de 2 000 à 3 500 francs.
II. Une expérience européenne : Campus of Europe
Antoine DUBOST
Campus of Europe est une start-up basée en Auvergne, qui se lance dans le e-learning. L’Entreprise a été créée en collaboration avec des enseignants et des chercheurs. Notre but est que l’apprenant apprenne véritablement quelque chose par le biais du e-learning.
1. Nos activités, nos méthodes et nos valeurs
Nous collaborons avec les entreprises et les universités. A la différence d’Unext, nous conseillons aux entreprises d’intégrer de nouvelles applications à leurs systèmes pour bénéficier d’interactions de qualité. Nous préparons actuellement plusieurs projets avec différentes écoles et universités européennes.
Nous sommes en train de réunir des universités et des entreprises autour de concepts pédagogiques. En termes techniques, notre approche intègre les technologies de l’Internet comme celles des Intranets entreprises et des Intranets universités. Si la diffusion diffère entre entreprises et écoles, la connaissance diffusée est la même. Par ailleurs, Internet constitue un élément assez volatile : toute personne doit pouvoir apprendre n’importe quoi et n’importe quand. C’est par exemple le cas d’étudiants, qui pourront se connecter tant à l’université que dans les entreprises où ils sont en stage. De même, un consultant pourra accéder à la formation par le biais de l’Intranet de son entreprise, par le biais de l’Intranet de l’entreprise où il est en mission, ou encore par Internet, à son domicile.
Dans le système lui-même, nous avons divisé la formation proposée en plusieurs parties. En ce qui concerne la connaissance, nous mettons en place une bourse aux experts. Toutefois, cette expertise ne saurait être suffisante : elle nécessite la mise en place d’un tutorat.
Enfin, nous essayons de regrouper des universités de langues et de cultures différentes. Notre offre se veut pluridisciplinaire, pluri-niveaux et pluri-culturelle. Cela signifie que les cours de peuvent être stockés dans une seule norme ; chaque stockage de cours doit en effet intégrer douze langues et douze pédagogies différentes.
Nos valeurs sont une mise en partage des connaissances pour les écoles et universités, une collaboration des intervenants, par le biais de la bourse aux experts et d’une agora et une offre qui s’adapte à chaque pays, pour les entreprises comme les universités.
2. La rentabilité du systèmeLes professeurs et chercheurs ne sont généralement pas prêts à renoncer à leur propriété intellectuelle. Il n’est d’ailleurs pas souhaitable qu’ils la cèdent si l’on veut que les connaissances restent réactives et adaptées au marché. Nous proposons alors une mise en commun de la propriété intellectuelle : les connaissances amenées par les intervenants en créent une nouvelle, commercialisée en commun.
Par ailleurs, un problème auquel nous avons fait face est que lorsque les entreprises se voient communiquer des documents de formation, ceux-ci circulent souvent bien au-delà de leurs destinataires initiaux. C’est pourquoi nos systèmes commerciaux prévoient des abonnements : il ne s’agit plus d’acheter un cours, pour un apprenant déterminé, mais un lot de cours, pour un nombre d’apprenants laissé au choix de l’entreprise, contre paiement d’un prix mensuel. En outre, si une entreprise achète un cours pour plusieurs pays, celui-ci lui sera fourni dans différentes langues.
Pour disposer, au niveau européen, d’une offre de e-learning de qualité, plusieurs composantes doivent être réunies :
Sur quel terrain vous situez-vous d’abord, pour démarrer ? Privilégiez-vous la formation professionnelle ?
Antoine DUBOSTNos projets intègrent deux types de formations. La formation professionnelle est très rentable. La formation initiale l’est moins, mais elle n’est pas moins nécessaire. Toutefois, ces deux éléments sont liés.
Le rôle de la Commission européenne
I. Les initiatives européennes
Grégoire BESNIER
Monsieur Rosello, Chef d’unité « Education et formation » à la Commission européenne, va nous présenter la vision européenne de l’université virtuelle d’aujourd’hui et de demain. Il nous présentera également les possibilités de financements européens offertes à vos projets.
André LoechelIl convient de souligner la part personnelle qu’a prise Monsieur Rodriguez-Rosello dans la conduite d’une vrai politique de l’innovation en matière d’éducation au sein de la Commission Européenne. Nous sommes d’autant plus heureux qu’il est bien voulu nous présenter lui même les principaux axes à venir de la philosophie de la Commission en la matière.
Luis RODRIGUEZ- ROSELLO
1. Le contexte des initiatives européennes
Si l’on peut penser que la société de l’information permet le partage de la connaissance, on constate en réalité que de nombreux problèmes existent. On estime ainsi que l’on recherchera deux millions de spécialistes des nouvelles technologies dans deux ou trois ans. Par ailleurs, il est de plus en plus nécessaire de développer un apprentissage qui accompagne les individus durant toute leur vie.
Dans ce contexte, l’Europe a pour ambition de d’utiliser l’économie de la connaissance pour améliorer la cohésion sociale et renforcer le dynamisme du marché. Toutefois, l’impact des nouvelles technologies sur l’emploi s’avère beaucoup plus fort qu’on ne l’avait prévu. Ainsi, il est évident que les employeurs ne forment pas suffisamment leurs employés à ces technologies. A peine 18 % des Européens bénéficient d’une telle formation, fournie par leur employeur, alors que plus de 40 % utilisent d’ores et déjà l’informatique dans leur travail : les salariés s’adaptent à ces nouvelles technologies, mais leur apprentissage n’est pas suffisamment encadré.
2. Des initiatives politiques et technologiquesLa Commission a répondu à cette situation par une initiative politique – e-Europe –, en matière de e-learning, et par une réponse technologique. Un véritable élan politique a encouragé les citoyens, les écoles les entreprises et les administrations à se mettre en ligne. Il s’agissait notamment de créer une véritable culture numérique et que cela soit mené dans le cadre d’une intégration sociale. La Commission considère, par la voix de Romano Prodi lui-même, que l’Europe dispose, par le biais du e-learning, des éléments qui lui permettront de devenir une économie basée sur la connaissance. Le e-learning devient une véritable priorité, tant au niveau de la Commission et du Parlement que du Conseil européen. La politique e-Europe est dorénavant acceptée par tous les Etats membres ; elle est en train d’être mise en œuvre.
Les actions prioritaires concernent notamment l’accès à Internet des chercheurs et des étudiants. Nous sommes parvenus à mettre en place une liaison de 2,5 gigabits par seconde pour les connexions du réseau européen de la recherche. Il s’agit également de développer la culture numérique des jeunes, qui travailleront dans une économie basée sur la connaissance. Pour la nouvelle génération, la maîtrise d’Internet ne suffit pas : il s’agit d’utiliser les nouveaux outils pour apprendre et résoudre des problèmes, et de transformer l’information en connaissance. Il est pour cela essentiel de travailler de manière coopérative, par-delà les frontières et de développer la créativité des jeunes par le biais de l’utilisation des nouveaux média. La multidisciplinarité est également essentielle : les savoirs doivent être décloisonnés.
Au quotidien, nous devons utiliser des technologies qui ne sont pas conçues pour l’apprentissage. Il nous incombe donc de créer des systèmes qui répondent à nos besoins et de définir de nouveaux modes de pédagogie. En effet, une nouvelle approche pédagogique se doit d’être trouvée afin d’utiliser au mieux ces nouveaux instruments issus des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Outre la conception de nouveaux systèmes et la définition de nouveaux modèles pédagogiques, il est également impératif de développer de nouveaux modèles de marché et de réfléchir au mode de financement des programmes de formation à mettre en place.
Pour ma part, je suis convaincu que le principe d’Université Virtuelle ne pourra se développer que si l’environnement y est propice et que les moyens nécessaires à son développement sont mis en œuvre. Il est prévu qu’à l’horizon 2003 le concept d’Université Virtuelle brassera 12 milliards d’euros. Cependant, l’évolution du marché de l’apprentissage via les nouvelles technologies ne pourra être parfaitement linéaire. Aujourd'hui, le marché, en particulier en Europe, reste très éclaté. Certes, des projets locaux éclorent. Cependant, si aucune direction stratégique n’est donnée, le développement de l’Université Virtuelle ne pourra être pérennisé. Par conséquent, notre objectif est de déployer les infrastructures d’apprentissage aussi bien dans les écoles et dans les universités que dans les centres de formation et les entreprises.
3. Le concept d’Université FlexibleLe concept d’Université Flexible a désormais émergé. Nous parlons aussi du concept de e-campus européen. Dans la société de l’information, les universités continueront de jouer un rôle essentiel dans la distribution des connaissances. Elles resteront, sans aucun doute possible, des centres d’enrichissement et d’enseignement du savoir. Cependant, l’Université Flexible a l’avantage de pouvoir délivrer des cours personnalisés et adaptés à ses élèves. Les universités devront également se convertir en centres de formation continue professionnelle. Ainsi, les universités deviendront de véritables centres urbains de la connaissance pour l’apprentissage tout au long de la vie.
L’Union Européenne ne cherche pas à promouvoir un système d’université européenne unique à distance. Nous ne chercherons pas à copier le modèle de la Finlande. D’autres approches nous semblent beaucoup plus adaptées. Nous évoquons notamment aujourd'hui le concept d’un programme Erasmus virtuel grâce auquel les professeurs comme les étudiants pourront procéder à un échange de cours et pourront bénéficier à distance des enseignements prodigués dans divers pays de l’Union Européenne.
A cet égard, je souhaite vous citer l’exemple du projet Ariane (Alliance of Remote Instructional Authority and Distribution Networks for Europe), géré par l’Ecole Polytechnique de Lausanne. Ce projet propose de faciliter le partage et l’utilisation croisée des connaissances par le biais d’une infrastructure ouverte. Le concept défini par le projet Ariane est couronné de succès et commence d’ores et déjà à être repris par les centres de formation de grandes entreprises. Le réseau Ariane compte désormais environ 90 universités. Chaque université développe ses propres outils d’apprentissage et les partage avec les autres membres du réseau. Cet exemple démontre qu’il est possible de concevoir une université ouverte permettant le partage entre établissements européens voire internationaux.
D’autres expériences méritent d’être cités. Je vais vous en citer quatre.
Nous travaillons également au niveau du Comité Européen de Normalisation au sein duquel un groupe de travail a été créé dont les travaux portent sur les standards des nouvelles technologies. Promoteus va notamment collaborer à l’élaboration de ces standards en préconisant quelques recommandations.
4. Les projets d’avenir
Nous avons d’ores et déjà lancé deux projets. Il s’agit du programme de Self Learning Homework et le programme dit de e-learning. Au cours du mois de juin, un nouveau programme de e-learning sera lancé. Il proposera un programme à plus grande échelle en assurant la promotion de systèmes expérimentaux entre les différentes universités et centres de formation en Europe. Nous souhaitons ainsi atteindre une masse critique d’acteurs permettant de mettre en œuvre des systèmes expérimentaux de grande échelle. Ce projet se dirige essentiellement aux écoles et aux universités et se concentre essentiellement sur la formation initiale.
Les lignes directrices de ces projets portent sur les notions suivantes :
Nous devons réfléchir aux orientations à prendre pour le futur en matière de recherche. Ces orientations seront prises dans trois directions.
Les technologies et applicationsUn système personnalisé de formation doit être établi tout au long de la vie des citoyens. Dans cette optique, il sera nécessaire de se concentrer sur des systèmes et des applications de e‑learning et de e-training. Il est très important d’utiliser les technologies pour aider à acquérir, par exemple, des compétences linguistiques. Nous avons véritablement besoin d’outils performants si nous souhaitons privilégier de manière optimale la communication. La personnalisation des services d’apprentissage constitue la clé de voûte du système au sein de cette nouvelle société de la connaissance.
Le marché
Les principales innovations devront porter sur les nouveaux systèmes de paiement et de business. Des services spécifiques devront être conçus pour répondre aux nouveaux besoins créées par les nouvelles technologies dans le domaine du B2B comme du B2C. Un autre concept se doit également d’être exploré. Il s’agit du P2P ou person-to-person, permettant de faciliter le partage des connaissances. Certes, un certain contrôle doit être exercé au niveau de la diffusion de ses pages Web personnels. Ceci permet d’introduire le concept de governance dans ce domaine. Il serait également bon de promouvoir les partenariats public-privé en se concentrant sur la qualité des services rendus.
Le capital humain
Le développement du capital humain reste au cœur du système et assure sa pérennité. Dans cette optique, il est important de favoriser la création d’infrastructures européennes d’e‑learning, d’assurer la formation des enseignants ainsi que le renouvellement des compétences et enfin de réaliser des campagnes de sensibilisation.
L’approche de la recherche européenne va être profondément modifiée. A l’avenir, il ne sera plus de mise de parler de saupoudrage de crédits pour initier des projets de recherche. Les projets seront beaucoup plus lourds sur le plan de l’investissement. Des centres d’excellence doivent ainsi être créés afin de partager et de développer des projets communs à grande échelle. Les projets de coopération multilatérale doivent être promus. Jusqu’à présent, les projets sont restés unilatéraux confinés à l’intérieur des frontières de chacun des pays européens. Aujourd'hui, la tendance est radicalement différente.
André LoechelNous avons souhaité que Bruno Carrier puisse conclure notre séance. En effet, parmi tous les projets dont nous ayons eu à connaître récemment, c’est celui de l’Université Européenne Francophone qu’il semble avoir déclenché les espoirs les plus conséquents.
II. Les projets de l’Université Européenne Francophone
Bruno CARRIER
1. Les apports de la nouvelle économie
Aujourd'hui, le principe de nouvelle économie prend véritablement un sens. Il est donc nécessaire de gérer l’imbrication de deux logiques contradictoires : la logique des services gratuits et la logique marchande. J’ai néanmoins le sentiment que cette nouvelle économie accepte mieux que la précédente le rapport au gratuit. En effet, nous pouvons constater que la notion de gratuité fait partie désormais de la stratégie commerciale. Elle devient une règle voire une norme. En effet, la gratuité permet d’introduire d’autres services payants. Dans ce contexte, nous pouvons nous demander s’il existe véritablement une nouvelle économie de la connaissance. Je serai tenté de dire, au vu des expériences qui nous ont été contées tout au long de cette matinée, que seul le réel compte.
Aujourd'hui, les établissements universitaires et les universités privées utilisent leurs acquis. Certes, le marché monte à l’assaut de cette économie de la connaissance. Je peux, par conséquent, comprendre les craintes de certains universitaires qui se sentent menacés par cette commercialisation du savoir. Pourtant, à titre personnel, je souhaiterais réconcilier ces deux logiques. J’estime qu’il faut savoir s’ouvrir au marché et aux nouvelles techniques, qui vont aujourd'hui de soi. D’autres universitaires, quant à eux, ne vivent pas cette évolution comme une menace. Ces derniers ne souhaitent pas être évincés du marché. Ils savent que les acteurs du marché devront s’adosser aux structures universitaires existantes. Dans ce contexte, si de nouvelles concurrences existent réellement, de nouvelles synergies et de nouvelles opportunités pourront aussi émerger.
L’espace éducatif, qui se trouve en pleine mutation en Europe, est un espace susceptible d’être organisé suivant les compétences de différents acteurs. Il est donc nécessaire de promouvoir la coexistence des systèmes et ne pas inciter à une guerre civile intra-universitaire, intra-école ou encore intra-institutions qui risquerait de mettre à feu et à sang l’Europe de l’éducation. Cette bataille n’aurait, en définitive, que peu de sens sachant qu’il existe de la place et des budgets pour tous.
2. Les projets initiés par l’Université Européenne FrancophoneUne nouvelle économie est véritablement en train de naître. Pour les universités européennes francophones, cette économie permet de capitaliser les savoirs. Il existe, certes, un risque lié au partage des connaissances. Toutefois, je suis persuadé que nous avons plus d’avantages que d’inconvénients à promouvoir ce partage du savoir qui peut être source d’enrichissement grâce aux créations partagées. Dans ce contexte, l’innovation pédagogique est primordiale pour le présent et pour le futur. Nous devons nous concentrer sur les spécificités qui répondent à une demande des enseignants et des chercheurs. Ces derniers n’ont pas besoin d’utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication comme une ultime pièce ajoutée. En revanche, ils ont besoin de maintenir une dynamique en faisant de ces NTIC, à la fois, un objet et un outil des nouvelles formes de recherche. Prenons un exemple concret. Nous venons de lancer le projet Griffon. Il s’agit d’un centre de recherches à l’échelle de l’Europe francophone. Le but de ce projet est de mener une réflexion d’ensemble sur les phénomènes de la nouvelle économie. La coexistence du gratuit et du marché permet d’assurer de forts taux de croissance et de ne plus fermer de portes inutilement. Le projet Griffon s’accompagne d’une revue dont l’ambition est d’explorer les différentes questions soulevées par le concept de la nouvelle économie. Cette revue aura également pour ambition de valoriser les patrimoines francophones, notamment les beaux arts. Il ne faut pas se contenter de valoriser les purs savoirs mais plus généralement il est essentiel de capitaliser la culture.
De notre point de vue, vouloir isoler les technologues serait une vaste aberration. C’est la raison pour laquelle nous mettons en place le concept de Ville Numérique, projet que nous lancerons au cours du mois de mai. Ce sera une ville de chefs d’œuvre qui se situera autour de Paris et des grandes capitales francophones que sont Bruxelles, Strasbourg, Luxembourg et Genève.
Au quotidien, nous devons utiliser des technologies qui ne sont pas conçues pour l’apprentissage. Il nous incombe donc de créer des systèmes qui répondent à nos besoins et de définir de nouveaux modes de pédagogie. En effet, une nouvelle approche pédagogique se doit d’être trouvée afin d’utiliser au mieux ces nouveaux instruments issus des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Outre la conception de nouveaux systèmes et la définition de nouveaux modèles pédagogiques, il est également impératif de développer de nouveaux modèles de marché et de réfléchir au mode de financement des programmes de formation à mettre en place.
Pour ma part, je suis convaincu que le principe d’Université Virtuelle ne pourra se développer que si l’environnement y est propice et que les moyens nécessaires à son développement sont mis en œuvre. Il est prévu qu’à l’horizon 2003 le concept d’Université Virtuelle brassera 12 milliards d’euros. Cependant, l’évolution du marché de l’apprentissage via les nouvelles technologies ne pourra être parfaitement linéaire. Aujourd'hui, le marché, en particulier en Europe, reste très éclaté. Certes, des projets locaux éclorent. Cependant, si aucune direction stratégique n’est donnée, le développement de l’Université Virtuelle ne pourra être pérennisé. Par conséquent, notre objectif est de déployer les infrastructures d’apprentissage aussi bien dans les écoles et dans les universités que dans les centres de formation et les entreprises.
III. Le concept d’Université FlexibleLe concept d’Université Flexible a désormais émergé. Nous parlons aussi du concept de e-campus européen. Dans la société de l’information, les universités continueront de jouer un rôle essentiel dans la distribution des connaissances. Elles resteront, sans aucun doute possible, des centres d’enrichissement et d’enseignement du savoir. Cependant, l’Université Flexible a l’avantage de pouvoir délivrer des cours personnalisés et adaptés à ses élèves. Les universités devront également se convertir en centres de formation continue professionnelle. Ainsi, les universités deviendront de véritables centres urbains de la connaissance pour l’apprentissage tout au long de la vie.
L’Union Européenne ne cherche pas à promouvoir un système d’université européenne unique à distance. Nous ne chercherons pas à copier le modèle de la Finlande. D’autres approches nous semblent beaucoup plus adaptées. Nous évoquons notamment aujourd'hui le concept d’un programme Erasmus virtuel grâce auquel les professeurs comme les étudiants pourront procéder à un échange de cours et pourront bénéficier à distance des enseignements prodigués dans divers pays de l’Union Européenne.
A cet égard, je souhaite vous citer l’exemple du projet Ariane (Alliance of Remote Instructional Authority and Distribution Networks for Europe), géré par l’Ecole Polytechnique de Lausanne. Ce projet propose de faciliter le partage et l’utilisation croisée des connaissances par le biais d’une infrastructure ouverte. Le concept défini par le projet Ariane est couronné de succès et commence d’ores et déjà à être repris par les centres de formation de grandes entreprises. Le réseau Ariane compte désormais environ 90 universités. Chaque université développe ses propres outils d’apprentissage et les partage avec les autres membres du réseau. Cet exemple démontre qu’il est possible de concevoir une université ouverte permettant le partage entre établissements européens voire internationaux.
D’autres expériences méritent d’être cités. Je vais vous en citer quatre.
Le projet Metacampus
Il se base sur le principe dit du learning citizen ou citoyen apprenant. Ce concept doit répondre aux besoins d’un individu mobile qui exprime des besoins spécifiques. Le projet Metacampus aide les citoyens à effectuer une sélection des formations et à les aider dans l’utilisation des ressources. Après définition du profil de l’élève, un programme est établi en fonction de ses capacités, de ses besoins et de ses disponibilités. Ce système permet ainsi de faire correspondre les besoins exprimés aux possibilités de services. Ce programme est géré par l’une des universités européennes les plus avancées dans le domaine du concept de l’Université Ouverte à distance. Il s’agit de l’Université Ouverte de la Catalogne. C’est une illustration d’une université non traditionnelle que devient ainsi une entreprise commerciale.
Le projet Consensus Building
Une autre expérience originale est celle de Consensus Building. Son objectif est d’établir des partenariats au niveau européen.
Le projet Promoteus
Le projet Promoteus a pour objet de promouvoir l’accès multimédia à l’éducation et à la formation dans la société européenne. Un mémorandum a d’ailleurs été signé par plus de 500 organisations. Malencontreusement, nous ne comptons que peu de participants français dans ce projet.
Le Comité Européen de Normalisation Nous travaillons également au niveau du Comité Européen de Normalisation au sein duquel un groupe de travail a été créé dont les travaux portent sur les standards des nouvelles technologies. Promoteus va notamment collaborer à l’élaboration de ces standards en préconisant quelques recommandations.
IV. Les projets d’avenir
Nous avons d’ores et déjà lancé deux projets. Il s’agit du programme de Self Learning Homework et le programme dit de e-learning. Au cours du mois de juin, un nouveau programme de e-learning sera lancé. Il proposera un programme à plus grande échelle en assurant la promotion de systèmes expérimentaux entre les différentes universités et centres de formation en Europe. Nous souhaitons ainsi atteindre une masse critique d’acteurs permettant de mettre en œuvre des systèmes expérimentaux de grande échelle. Ce projet se dirige essentiellement aux écoles et aux universités et se concentre essentiellement sur la formation initiale.
Les lignes directrices de ces projets portent sur les notions suivantes :
Nous devons réfléchir aux orientations à prendre pour le futur en matière de recherche. Ces orientations seront prises dans trois directions.
1. Les technologies et applicationsUn système personnalisé de formation doit être établi tout au long de la vie des citoyens. Dans cette optique, il sera nécessaire de se concentrer sur des systèmes et des applications de e‑learning et de e-training. Il est très important d’utiliser les technologies pour aider à acquérir, par exemple, des compétences linguistiques. Nous avons véritablement besoin d’outils performants si nous souhaitons privilégier de manière optimale la communication. La personnalisation des services d’apprentissage constitue la clé de voûte du système au sein de cette nouvelle société de la connaissance.
2. Le marché
Les principales innovations devront porter sur les nouveaux systèmes de paiement et de business. Des services spécifiques devront être conçus pour répondre aux nouveaux besoins créées par les nouvelles technologies dans le domaine du B2B comme du B2C. Un autre concept se doit également d’être exploré. Il s’agit du P2P ou person-to-person, permettant de faciliter le partage des connaissances. Certes, un certain contrôle doit être exercé au niveau de la diffusion de ses pages Web personnels. Ceci permet d’introduire le concept de governance dans ce domaine. Il serait également bon de promouvoir les partenariats public-privé en se concentrant sur la qualité des services rendus.
Le capital humain
Le développement du capital humain reste au cœur du système et assure sa pérennité. Dans cette optique, il est important de favoriser la création d’infrastructures européennes d’e‑learning, d’assurer la formation des enseignants ainsi que le renouvellement des compétences et enfin de réaliser des campagnes de sensibilisation.
L’approche de la recherche européenne va être profondément modifiée. A l’avenir, il ne sera plus de mise de parler de saupoudrage de crédits pour initier des projets de recherche. Les projets seront beaucoup plus lourds sur le plan de l’investissement. Des centres d’excellence doivent ainsi être créés afin de partager et de développer des projets communs à grande échelle. Les projets de coopération multilatérale doivent être promus. Jusqu’à présent, les projets sont restés unilatéraux confinés à l’intérieur des frontières de chacun des pays européens. Aujourd'hui, la tendance est radicalement différente.
Les projets de l’Université Européenne Francophone
Bruno CARRIER
Président de l’Université Européenne Francophone
I. Les apports de la nouvelle économie
Aujourd'hui, le principe de nouvelle économie prend véritablement un sens. Il est donc nécessaire de gérer l’imbrication de deux logiques contradictoires : la logique des services gratuits et la logique marchande. J’ai néanmoins le sentiment que cette nouvelle économie accepte mieux que la précédente le rapport au gratuit. En effet, nous pouvons constater que la notion de gratuité fait partie désormais de la stratégie commerciale. Elle devient une règle voire une norme. En effet, la gratuité permet d’introduire d’autres services payants. Dans ce contexte, nous pouvons nous demander s’il existe véritablement une nouvelle économie de la connaissance. Je serai tenté de dire, au vu des expériences qui nous ont été contées tout au long de cette matinée, que seul le réel compte.
Aujourd'hui, les établissements universitaires et les universités privées utilisent leurs acquis. Certes, le marché monte à l’assaut de cette économie de la connaissance. Je peux, par conséquent, comprendre les craintes de certains universitaires qui se sentent menacés par cette commercialisation du savoir. Pourtant, à titre personnel, je souhaiterais réconcilier ces deux logiques. J’estime qu’il faut savoir s’ouvrir au marché et aux nouvelles techniques, qui vont aujourd'hui de soi. D’autres universitaires, quant à eux, ne vivent pas cette évolution comme une menace. Ces derniers ne souhaitent pas être évincés du marché. Ils savent que les acteurs du marché devront s’adosser aux structures universitaires existantes. Dans ce contexte, si de nouvelles concurrences existent réellement, de nouvelles synergies et de nouvelles opportunités pourront aussi émerger.
L’espace éducatif, qui se trouve en pleine mutation en Europe, est un espace susceptible d’être organisé suivant les compétences de différents acteurs. Il est donc nécessaire de promouvoir la coexistence des systèmes et ne pas inciter à une guerre civile intra-universitaire, intra-école ou encore intra-institutions qui risquerait de mettre à feu et à sang l’Europe de l’éducation. Cette bataille n’aurait, en définitive, que peu de sens sachant qu’il existe de la place et des budgets pour tous.
II. Les projets initiés par l’Université Européenne FrancophoneUne nouvelle économie est véritablement en train de naître. Pour les universités européennes francophones, cette économie permet de capitaliser les savoirs. Il existe, certes, un risque lié au partage des connaissances. Toutefois, je suis persuadé que nous avons plus d’avantages que d’inconvénients à promouvoir ce partage du savoir qui peut être source d’enrichissement grâce aux créations partagées. Dans ce contexte, l’innovation pédagogique est primordiale pour le présent et pour le futur. Nous devons nous concentrer sur les spécificités qui répondent à une demande des enseignants et des chercheurs. Ces derniers n’ont pas besoin d’utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication comme une ultime pièce ajoutée. En revanche, ils ont besoin de maintenir une dynamique en faisant de ces NTIC, à la fois, un objet et un outil des nouvelles formes de recherche. Prenons un exemple concret. Nous venons de lancer le projet Griffon. Il s’agit d’un centre de recherches à l’échelle de l’Europe francophone. Le but de ce projet est de mener une réflexion d’ensemble sur les phénomènes de la nouvelle économie. La coexistence du gratuit et du marché permet d’assurer de forts taux de croissance et de ne plus fermer de portes inutilement. Le projet Griffon s’accompagne d’une revue dont l’ambition est d’explorer les différentes questions soulevées par le concept de la nouvelle économie. Cette revue aura également pour ambition de valoriser les patrimoines francophones, notamment les beaux arts. Il ne faut pas se contenter de valoriser les purs savoirs mais plus généralement il est essentiel de capitaliser la culture.
De notre point de vue, vouloir isoler les technologues serait une vaste aberration. C’est la raison pour laquelle nous mettons en place le concept de Ville Numérique, projet que nous lancerons au cours du mois de mai. Ce sera une ville de chefs d’œuvre qui se situera autour de Paris et des grandes capitales francophones que sont Bruxelles, Strasbourg, Luxembourg et Genève.
André LoechelNous nous interdisons de conclure. C’est en effet, le début d’une véritable aventure qu’il nous est donné de vivre avec quelques-uns des collègues présents au cours de cette séance.
Nous avons déjà, tous, rejeté bon nombre de schémas anciens et d’habitudes désuètes. Il nous faut poursuivre dans cette voie avec fermeté : nous l’avons vu, les enjeux sont considérables et c’est là une bataille que l’Europe n’a pas le droit de perdre. http://www.arenotech.org