Colloque AVN
Cité des Sciences et de l'Industrie
Mars 2001

Collectivités territoriales et réseaux :
l’offre de services à haut débit, les opérateurs de télécommunications et les collectivités locales
La table ronde est animée par :
André LOECHEL, Cité des Sciences et de l’Industrie, AVN
et Alain DUCASS, Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie.

Intervenants :

Résumé

Introduction para Alain DUCASS Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie

Si les collectivités locales et les opérateurs se rencontrent à l’occasion de nombreux colloques, l’originalité de cet atelier est de permettre aux opérateurs de présenter aux collectivités l’ensemble de leurs offres à destination de l’administration, des administrés et des entreprises. Nos invités vont parler en leur nom, mais chacun d’entre eux représente également un type d’offres qui répond à des besoins différents. Cet atelier fait suite à celui qui s’est tenu hier et lors duquel différentes collectivités locales ont exprimé leurs besoins.

I. Bilan des travaux de la veille par André LOECHEL

Nous avons pour objectif que ces différentes réunions soient des lieux de rencontre et d’échanges qui permettent de découvrir l’offre, la demande et en particulier leurs nouveaux champs d’action. Afin que les informations qui y seront dévoilées circulent, les actes de ce colloque seront publiés d’ici trois mois. Nous espérons également que ces échanges se concrétiseront à travers vos futures réalisations.

Nous avons donc abordé hier les besoins des collectivités et certaines de leurs réalisations. Par exemple, nous avons assisté à la présentation d’un pôle Image qui est en train de se constituer dans le nord-est de la région parisienne. A cette occasion, nous nous sommes posés diverses questions :

Certains d’entre vous ont exprimé la volonté de travailler en commun pour adapter ce modèle à d’autres situations, ce qui est une démarche est relativement nouvelle.

II. Les missions des pouvoirs publics

Alain DUCASS

Quelles missions en matière de communication ont-elles été confiées par le législateur aux pouvoirs publics ?

Le Code des Postes et Télécommunications et la loi du 16 juillet 1996 nous fournissent la réponse à cette question. Premièrement, ils énoncent le principe selon lequel les activités de télécommunications s’exercent librement. Deuxièmement, un service public des télécommunications est garanti pour éviter de trop grandes disparités. Troisièmement, les autorités nationales de la régulation, soit, en France, le Ministre et l’autorité de régulation des télécommunications, veillent au respect d’un certain nombre de principes. Ces dispositions visent à éviter que ne se reproduisent des situations comme celle que Monsieur Walrick a soulignée devant moi.

Jean-Philippe WALRICK

En effet, aujourd’hui, 35 % de la population américaine n’a pas accès à des lignes à haut débit. Il faut dire que les Etats-Unis ont mis en œuvre la dérégulation bien avant l’Europe.

Alain DUCASS

Les pouvoirs publics français doivent veiller :

De plus, ils sont chargés de prendre en compte l’intérêt des territoires et des utilisateurs dans l’accès aux services et aux équipements.

III.Etat des lieux des opérateurs en France

Les grands opérateurs doivent solliciter l’avis de l’ART et l’autorisation du Ministre, qu’il s’agisse d’installer des réseaux de télécommunications sur la voie publique ou de proposer des services téléphoniques au public. En France, 60 opérateurs ont déjà obtenu une autorisation pour assurer ces deux types de service, 46 pour assurer seulement le premier type de service et 22 pour assurer uniquement le second. Il est impossible de laisser s’exprimer la centaine d’opérateurs de communication existante, mais nous avons tenté de convier des représentants de différentes catégories.

Par ailleurs, l’offre n’est pas homogène du point de vue géographique. Il est donc fondamental de déterminer quels sont les types de besoins sur un territoire donné. Nous menons cette réflexion, qui nous permet de conseiller utilement les collectivités.

Certains types de télécommunications sont accessibles sur tout le territoire :

En ce qui concerne ces dernières, il est nécessaire d’une part, que les lignes ne soient ni trop longues, ni trop vieilles et d’autre part, que le nombre de clients suffise à rentabiliser l’investissement. Ces technologies sont donc réservées à des zones urbaines ou semi-urbaines, soit la moitié du territoire.

A terme, des opérateurs de boucle locale radio devraient implanter des équipements et offrir leurs services aux villes dynamiques sur le plan économique. Le câble est également un vecteur de télécommunication. Par ailleurs, certains quartiers dans un nombre de villes restreint sont équipés de réseaux de fibres optiques.

Quels sont les partenariats envisageables entre une collectivité locale et un opérateur ? Au préalable, les pouvoirs publics doivent définir ses besoins en termes d’usages, de volume, de débit et de technologies au regard des équipements disponibles. Ils doivent également évaluer leurs coûts fixes et le volume de clientèle nécessaire pour rentabiliser le service.

Les différents opérateurs vont maintenant nous présenter leurs offres. Au vu de la position particulière de France Telecom dans le secteur, son représentant, Gérard Lantier, nous présentera les différentes offres disponibles sur le marché. Jean-Paul Guérin conclura cet atelier.

Les différents vecteurs de communication

Gérard LANTIER, Responsable Marketing au sein de la Direction des Collectivités locales, France Telecom

Afin de ne pas faire double emploi avec les différents intervenants, je me contenterais d’effectuer une présentation globale des offres d’un point de vue technologique. En effet, le service public, assuré par France Telecom recouvre plusieurs notions dont celle de service universel, qui comprend le réseau téléphonique et celle de service obligatoire, qui contrairement au précédent, n’est pas soumis à une obligation de péréquation.

I.L’augmentation de la puissance et de la vitesse de transmission

Il n’existe pas de définition officielle du haut débit en France. Néanmoins, la FCC fixe sa limite inférieure à 200 kilobits. En Angleterre, ce seuil est fixé à 384 kilobits, vitesse à partir de laquelle il est possible de transmettre des vidéos de qualité VHS.

La notion de haut débit varie excessivement dans le temps : alors qu’il y a vingt ans, transmettre un signal vidéo nécessitait 140 mégabits, il n’en faut plus que 7 aujourd’hui. De la même façon, le modem du minitel avait une puissance de 12 000 bits par seconde contre un méga bit actuellement. D’un côté, la capacité de compression a augmenté tandis que de l’autre, on réduit considérablement la bande passante nécessaire.

II.Les vecteurs de communication

J’ai recensé plusieurs vecteurs de communication :

Le courant porteur sur ligne électrique

Bien qu’il ait été abandonné par un certain nombre de constructeurs, il reste un excellent vecteur de transmission à l’intérieur du même bâtiment.

La boucle locale en cuivre

La ligne téléphonique reste l’accès le plus classique. Ses capacités de transmission augmentent alors que le dégroupage va permettre aux concurrents de France Telecom d’offrir des accès ADSL sur l’ensemble du territoire.

Le réseau mixte fibre optique et ligne téléphonique

Une autre solution consiste à installer un sous-répartiteur au milieu d’un groupe de clients potentiels et à se relier aux clients en utilisant la paire téléphonique, qui supporte d’importants débits.

Le réseau câblé

Il touche un grand nombre d’abonnés, mais connaît des limites en termes de quantité d’informations échangées.

Le laser

Cette technique présente un inconvénient : le simple mouvement des bâtiments oblige à effectuer de fréquents recalages du laser.

III.L’utilisation

Il ne faut pas négliger l’existence d’un marché pour les transferts asymétriques. Il est par exemple possible d’organiser des visioconférences avec une transmission à 384 kilo bits. Le réseau câblé vise le marché résidentiel et les PME tandis que l’ADSL uniquement les PME. La fibre optique couvre tout le spectre du marché. Il s’agit d’une analyse purement technologique.

La tendance à se focaliser sur la question des hauts débits pourrait faire oublier que l’accès au réseau n’est qu’un des maillons de la chaîne d’accès à Internet. En effet, le client, le fournisseur d’accès et le prestataire de contenu y appartiennent également et participent à l’optimisation du réseau à part égales avec le vecteur d’accès.

D’après la FCC, le taux de pénétration des services trois ans après leur introduction s’élevait à 0,2 % pour le téléphone, 2 % pour la télévision et 8 % pour les services de diffusion de télévision par satellite. On estime que ce taux s’élèvera à 33 % pour l’ADRL et à 65 % pour l’ADSL. Néanmoins, ces taux ne reflètent pas les disparités géographiques qu’il faudra résoudre en trouvant des solutions transitionnelles.

Certains opérateurs ont une approche de la commercialisation purement technologique et ne proposant qu’une offre de base. D’autres tentent de combiner l’infrastructure et l’usage en offrant des « tickets de services », ce qui leur permet de générer une demande suffisamment importante pour développer l’offre.

Les collectivités locales doivent donc dans un premier temps, avoir une approche complète afin de faire un état des lieux du marché et dans un second temps, travailler simultanément sur l’usage et les services en collaboration avec les opérateurs.

Alain DUCASS

Nous avons négligé intentionnellement la téléphonie mobile dans nos propos car celle-ci fera l’objet d’une réflexion particulière.

Alfred PHILIPS, Consultant en télétravail et cybercommunes à Bruxelles

Il faut mener une stratégie d’ensemble : même le bouquet de service implique l’existence d’un développement économique local induit par une stratégie. La nature de ces cercles vertueux dépend des niveaux et des zones, leur efficacité est accrue par les lois sur l’intercommunalité.

Gérard LANTIER

En effet, il faut effectuer une forte différenciation entre les collectivités locales. En particulier, France Telecom propose une offre à destination des citoyens, des entreprises (sous la forme de conseil juridique ou d’aide au montage de business plan) et des collectivités elles-mêmes (par exemple, la gestion de courrier ou la remontée d’interventions techniques). Les communes nous opposent souvent le fait que seulement 3 % de leurs administrés possèdent un équipement informatique.

Les fibres optiques

Emmanuel TRICAUD,  COLT

COLT est un opérateur à vocation européenne orienté vers les entreprises : ma vision sera donc restreinte à ce périmètre. Notre entreprise est connue pour avoir déployé des boucles locales de fibres optiques dans les villes européennes de plus d’un million d’habitants. Nous allons désormais passer au dégroupage.

I.La couverture géographique

En peu de temps, le métier des télécommunications ont évolué du génie civil à l’électronique. Dans ce contexte, la boucle locale et les réseaux longue distance en fibres optiques s’étendent sur les mêmes territoires que le TGV et le Métro. Or la technologie ADSL a émergé : elle consiste à utiliser le réseau capillaire des opérateurs historiques pour l’exploiter à un niveau beaucoup plus haut qu’il ne l’était. Ce projet technologique permet de toucher des zones beaucoup plus étendues que la fibre optique, ce qui est d’autant plus intéressant dans un pays comme le nôtre qui compte peu de villes importantes. Aujourd’hui, environ 800 immeubles sont connectés à Paris, Lyon et Marseille contre 5800 en Europe.

II.Notre offre

Nous proposons des services de liaison spécialisée de tous débits, surtout à partir de 2 mégabits, ce sous des formes innovantes. Nos clients cherchent avant tout à étendre l’espace du réseau local, tant par les technologies fibres que DSL. Nous leur proposons l’usage de serveurs installés sur des sites distants. En outre, nous hébergeons des sites Internet de façon performante afin d’assurer les meilleurs temps de réponse à leurs usagers, quel que soit leur fournisseur d’accès.

Nous espérons aujourd’hui pouvoir proposer notre offre non seulement aux grandes entreprises, mais aux PME, ce qui induit un développement dans un nombre croissant de villes françaises. Ainsi avons-nous l’intention d’ouvrir progressivement les services de dégroupage, ce qui nous permettra de leur offrir un accès à Internet à haut débit et aux applications correspondantes.

Par ailleurs, je tiens à souligner qu’il est très difficile de faire jouer à une société le double rôle de fournisseur de services numériques en concurrence et d’opérateur du monopole naturel du réseau de cuivres d’accès. De ce fait, France Telecom est soumis à une situation schizophrénique. Il remplit ses nouvelles missions avec une lenteur compréhensible.

Depuis 1997, notre investissement en France a atteint 2,2 milliards de francs. Cette année, nous testons la viabilité de dégroupage à Lyon et à Marseille. L’an dernier, notre chiffre d’affaires s’est élevé à un milliard de francs. Tant que le dégroupage n’est pas opérationnel, nous nous appuyons sur Turbo DSL de France Telecom afin d’offrir un débit garanti. Néanmoins, le succès de ce produit et les flux que cela induit ne doit pas se répercuter sur les délais.

III.Nos relations avec les collectivités locales

Si nous ne réclamons pas de subventions aux pouvoirs publics locaux, nous leur demandons la possibilité de déployer nos câbles, en particulier par la mise à disposition de fourreaux. Nous avons déjà été confrontés à des collectivités qui désiraient nous louer et non nous vendre les infrastructures dont elles considéraient qu’elles appartenaient au domaine public.

Le Conseil Général de l’Essonne, ayant pris conscience des enjeux du déploiement des technologies DSL et de la lenteur de dégroupage, s’est intéressé à la mise en œuvre de cette nouvelle modalité juridique que représente ce dernier. En effet, les collectivités locales ont tout intérêt à lotir leurs appels d’offres en fonction du marché. En dialoguant avec les opérateurs, elles pourront distinguer les lots pouvant faire l’objet d’un appel à la concurrence des lots qui ne peuvent qu’être attribués à l’opérateur historique.

IV. alain Ducas

J’ai noté vos remarques concernant l’intérêt des fourreaux et celui de favoriser le dégroupage. En tant qu’opérateur, constatez-vous des différences en matière de développement des usages ?

Emmanuel TRICAUD

Nous expérimentons davantage les usages en tant qu’hébergeurs qu’en tant que fournisseurs d’accès. Nous pouvons constater par exemple quels sont les sites qui génèrent un débit beaucoup plus élevé que les autres, comme les sites sportifs ou média. En tant que fournisseurs d’accès, nous dialoguons avec l’architecte des systèmes d’information ou le directeur informatique du client : le haut débit leur permet d’effacer les distances entre les sites en termes de réseaux informatiques.

Alain DUCASS

Connaissez-vous les taux de croissance des débits pour les clients grands comptes ?

Emmanuel TRICAUD

Ces taux sont difficiles à déterminer. Les entreprises françaises accusent un retard important en matière de connaissance des réseaux longue distance. Dans les années 90, certaines d’entre elles ont connu de graves désappointements en utilisant des modèles clients serveurs américains sur un réseau français de moindre qualité. Aujourd’hui, l’ADSL et l’ADLR se répandent dans les grandes villes, qui seront toutes équipées d’ici trois à cinq ans. Cela va enfin permettre de développer cet informatique client/serveur.

L’Internet haut débit par le câble

Olivier DE BAILLENX , AFORM

Noos est le premier câble opérateur français. La Société Lyonnaise de communication, qui a été créée depuis quinze ans, a été rebaptisée Noos en mai 2000 afin de marquer le nouvel élan de la société vers les contenus numériques. Nous couvrons une centaine de communes, comme Paris et les communes de la région parisienne, Cannes, Montauban, Clermont-Ferrand... Nous sommes arrivés sur ce marché via l’audiovisuel, notre clientèle est donc essentiellement résidentielle. En France, le nombre de foyers raccordables s’élève à 2,5 millions, dont un tiers utilisent au moins un des services proposés par Noos.

Noos a lancé sa première offre d’Internet à haut débit, cybercâble, en 1996. A la fin du mois de décembre 2000, 80 % des foyers raccordables avaient la possibilité d’accéder à une offre Internet haut débit et Noos recensait 63 000 abonnés sur les 100 000 abonnés existants. Ainsi, le câble est-il le premier vecteur de l’Internet haut débit devant l’ADSL. Néanmoins, il a essentiellement une vocation à se développer sur un parc de 8,3 millions de prises. Les fournisseurs d’accès sur le câble ont émergé à partir de 1997. On peut citer par exemple l’opérateur local alsacien Svidéo Communication.

A la fin de l’année 2000, Internet sur le câble est présent dans plus de 150 communes française, soit 5 millions de foyers et 120 000 abonnés. La progression de ce vecteur est donc réelle et concerne notamment le parc résidentiel. Il est vrai qu’il présente plusieurs avantages :

L’Internet haut débit donne de la profondeur au PC en tant qu’outil de communication. En décembre 2000, nous avons lancé le multicast, qui permet une diffusion audiovisuelle de très bonne qualité sur le net, en flux continu. Notre technologie induit donc des usages audiovisuels divers, comme les jeux en ligne, la musique numérique ou la télévision à la demande.

Notre vocation grand public ne nous détourne pas pour autant des collectivités locales, qui sont conscientes que notre offre change le quotidien de leurs administrés. En revanche, nous sommes peu présents sur les entreprises. Nous menons néanmoins des opérations particulières : nous avons déjà travaillé au raccordement d’écoles ou de bâtiments municipaux entre eux. En France, 1 500 communes sont câblées : à terme, nous devrions être présents dans 75 % des foyers français.

De la salle

Comment voyez-vous votre évolution par rapport à la convergence réglementaire qui se profile grâce à la loi sur la société de l’information ?

Olivier DE BAILLENX

Nous nous préoccupons de cette loi et des directives communautaires. Nous attendons avec impatience l’harmonisation des régimes juridiques applicables au réseau afin que ce dernier soit assimilé à un réseau de télécommunication.

Alain DUCASS

Je vous remercie de nous avoir présenté un large panorama des technologies et des acteurs, au-delà de votre seule entreprise. Comme nous allons maintenant aborder les offres satellitaires, je vous rappelle que l’audiovisuel comprend toutes les transmissions de signaux qui n’ont pas de caractère privé.

Le satellite

Jean-Philippe WALRICK, AFOPT

Notre société a été créée en 1997 par la réunion de deux équipes techniques, celles de Manstat et de Netscape. Actuellement, le secteur du satellite vit principalement de la téléphonie et de la télévision et ne maîtrise pas les technologies IP.

I.Technologies et marché

Si certains opérateurs de flotte tentent de proposer des services, ils ne possèdent pas les compétences adéquates. Ces derniers réalisent 70 % de leur chiffre d’affaires sur les services de télévision numérique. En outre, un transpondeur 36 mégahertz coûte deux à trois millions de dollars par an. Internet via le satellite ne s’adresse donc pas au grand public, qui n’a pas besoin de volumes importants.

En revanche, les professionnels désirent recevoir leurs documents rapidement. Dans cette optique, il est utile de comprendre que le temps de latence de la bande passante est un élément de prix essentiel. Les applications en matière de télécommunications doivent tenir compte de cette problématique sous peine d’échec. L’émergence de Java a mis à l’arrière plan le temps de latence pour se centrer autour de la bande passante.

Jusqu’à présent, le marché du satellite est assez éclaté. La technologie B-SAT n’est pas adaptée aux mondes IP et TCP/IP car elle a été développée pour la téléphonie. Premièrement, elle nécessite des temps de latence fixes. Deuxièmement, elle est très sensible aux variations de temps et n’est donc pas stable. Troisièmement, l’IP nécessite des compétences très différentes de celles du monde de la télévision.

Le secteur du satellite a été le terrain de nombreuses expériences et de nombreux échecs, bien qu’il soit très médiatisé. Le satellite permet de faire du broadcast IP en utilisant une trame DVD, ce qui permet d’envoyer des milliers d’informations pour un très faible coût. Il permet également de faire du multicast IP, du multicast sécurisé et de l’unicast. Cette dernière technologie a été testée en 1999 par France Telecom, mais elle ne permet pas de contrôler l’operating system qui fonctionne sur le PC du client. Elle peut être mise en œuvre soit par le DVD RCS et Gilat Sky Blaster, qui visent les très petites entreprises, soit par Tachion qui touche plutôt les PME-PMI.

Notre société fournit donc partout dans le monde des services abordables de connexion IP haut débit par satellite disposant de QS et de SAV. En France, nous travaillons avec Clemessy, Internect, Groupe Primus, Ision Internet et Bull.

II.Description du service

Nous fournissons un service de boucle locale. Nous avons installé à Amsterdam une antenne de 4,80 mètres qui est nommée la Gate Way. Les sites distants sont également équipés d’une antenne de 98 centimètres et « d’une boîte noire ». Il s’agit d’un PC industriel fonctionnant sous Unix et accueillant les softwares propriétaires ainsi que la gestion de TCIP sous le protocole XTP satellite. Nos partenaires disposent d’un centre d’appel de support de deuxième niveau. Enfin, nous utilisons les infrastructures satellites existantes.

Nous n’avons pas utilisé de technologies V-Sat pour faire de l’IP par satellite. En effet, utiliser V-Sat et le TCP/IP nous contraint à mettre en œuvre un certain nombre d’artifices logiciels car le TCP/IP n’apprécie pas les connexions qui comprennent un fort temps de latence. Nous avons dû nous équiper afin d’éviter les collisions sur V-Sat, ce qui nous permet d’obtenir 80 % d’IP utiles sur la bande passante du satellite. Par ailleurs, les solutions de catching nous permettent de combattre les problématiques de temps de latence.

Nous ne sommes pas compétitifs pour répondre à un simple besoin de connexion à Internet. En revanche, nous sommes plus abordables pour les entreprises éloignées des POP qui souhaitent une connexion à haut débit. En effet, dans ce cas, la plupart des opérateurs ne peuvent leur garantir un débit stable d’un site à un autre quelle que soit leur localisation géographique. Le satellite permet de partager la bande passante et le volume d’utilisation. Il s’adapte donc particulièrement bien aux architectures multitiers qui sont très prisées actuellement par les directions informatiques.

Le satellite permet de diffuser une vidéo, de répliquer toutes les bases de données de l’entreprise et y accéder par la suite et de déployer des logiques métiers avec les sites éloignés. Si nous travaillons avec très peu d’entreprises françaises, il existe actuellement un certain nombre de sites tests, notamment à Savernes. En revanche, aux Etats-Unis, de nombreux projets de e-government utilisent notre solution et l’US Air Force est notre cliente. Je peux également vous citer un ASP comme Main Market, qui fournit tous les logiciels nécessaire pour gérer une pharmacie et orienter les pharmaciens vers les médicaments génériques.

III.De la salle

Pourriez-vous me fournir des exemples de prix ?

Jean-Philippe WALRICK

Le matériel nécessaire à une installation unitaire coûte 30 000 francs. Le prix de la connexion, qui comprend la boucle locale et l’accès à Internet, est inférieur à 20 000 francs.

André DUCASS

En matière de boucle locale radio, la France présente deux particularités. D’une part, le spectre des fréquences est homogène sur tout le territoire et il est relativement étendu. D’autre part, l’ART et les Ministres se sont basés sur des critères d’aménagement du territoire pour choisir les opérateurs nationaux et régionaux.

La boucle locale radio permet d’établir des liaisons point par point, jusqu’à 65 mégabits par seconde dans certaines conditions. Le mode d’accès privilégié reste l’antenne, qui doit être située à la vue du client.

La téléphonie mobile Le représentant de Cegetel

Les précédents orateurs ont déjà abordé de nombreux sujets qui nous concernent. En effet, nous avons lancé notre première offre ADSL la semaine dernière. En outre, nous détenons une boucle locale radio aux Antilles. Néanmoins, il est important de présenter la téléphonie mobile et les perspectives qui y sont liées.

I.Présentation de SFR

SFR possède plus de 10 millions de lignes, dont 35 000 appartiennent à des collectivités publiques et à des administrations. Cela représente 35 % du marché pour un taux de couverture de 98 % de la population et de 87 % du territoire. Nous consentons à un effort particulier d’extension sur les axes TGV ainsi que sur les stations balnéaires et de sports d’hiver.

En 1999, SFR a annoncé la sortie du SMS, qui représente 8 % de notre chiffre d’affaires, soit 2 millions de SMS par jour. L’an dernier, le lancement du WAP a rencontré un succès mitigé, faute de haut débit. Enfin, le GPRS et l’UMTS constituent l’offre du futur. Le GPRS utilise la norme GSM mais exige de nouveaux terminaux, ce qui a retardé son lancement jusqu’à la fin de l’année 2 001.

II.Le pari de l’UMTS

Nous avons déposé notre licence UMTS le 30 janvier dernier. A partir de juin 2002, nous développerons le taux de couverture et le débit des premiers services UMTS. Le succès de ces technologies très coûteuses est en grande partie conditionné par l’ergonomie des terminaux. La licence a coûté 32,5 milliards de francs et SFR estime le coût du déploiement du réseau à 30 milliards.

En 2000, nous avons investi 6 milliards de francs, acheminé 27 milliards de minutes et 16 milliards d’appels. Nous sommes convaincus que le téléphone fixe va se tourner de plus en plus sur la DATA et que la mobilité va prendre le dessus sur la voix. En conséquence, nous avons constitué une branche fixe en regroupant le 7 et Cegetel Entreprises.

La seconde génération de GPRS devrait être opérationnelle vers 2002 et permettre le développement des débits de 100 à 300 kilo bits. L’UMTS passera de 140 kilo bits à 2 mégabits par seconde. Le délai d’amortissement de ces technologies dépendra de leur déploiement.

Nous assisterons à une évolution progressive des usages parallèlement à l’évolution des débits. Si dans un premier temps, les usages seront tournés vers l’information, l’organisation personnelle va se développer rapidement. Dans le cadre de son travail sur les nouveaux usages, SFR est prête à s’investir avec les collectivités locales pour satisfaire leurs besoins, ceux de leurs administrés et des entreprises. Nous nous engageons à couvrir en haut débit les grandes agglomérations d’ici à juillet 2003 et la majeure partie de la population d’ici à 2006.

III.Questions

Pierre MASTIN, Consultant

Quelqu’un connaît-il le support que constitue la distribution électrique basse tension ?

De la salle

Comment va évoluer la densification ?

Le représentant de Cegetel

Dans les grandes agglomérations, nous recherchons des points de réception situés à mi-hauteur sur les bâtiments et qui ne remettent pas en cause nos engagements en matière de sécurité et d’esthétique. Nous réutiliserons les points existants pour l’UMTS, sachant qu’il faudra y ajouter de nouveaux équipements. Nous tentons donc de préserver nos relations avec les propriétaires des bâtiments concernés.

Par ailleurs, nous nous efforçons d’établir des points multiopérateurs dans les zones qui restent à couvrir, afin d’accélérer le taux de couverture.

Alain DUCASS

Le GPRS induit des innovations pour les opérateurs, tandis que l’UMTS concerne davantage les clients.

De la salle

Le ralentissement des ventes des téléphones mobiles est symptomatique du ralentissement de l’économie des télécommunications. Les Français sont désormais des consommateurs matures et exerceront une forte pression sur le rapport qualité-prix. La richesse des contenus devra pallier l’augmentation des prix liées à la diffusion de l’UMTS. Quelles sont les perspectives de Cegetel dans ce contexte ?

Le représentant de Cegetel

Ce ralentissement explique les hésitations des autres opérateurs face à l’acquisition de la licence UMTS. SFR a fait un pari, sachant que la facture moyenne par abonné ne peut augmenter perpétuellement. Néanmoins, le développement de la génération GSM a dépassé toutes les espérances, ce qui nous laisse tous les espoirs.

Catherine LEPONT, Conseil Général de Seine-Saint-Denis

Les divers intervenants nous ont présenté des exposés assez techniques qui ont peu abordé le terrain des collectivités locales. Comment ces dernières peuvent-elles exploiter ces informations afin de choisir le système le plus adapté à leur problématique ? Par exemple, certaines collectivités locales de mon département sont confrontées à l’émergence d’activités économiques très porteuses, à la nécessité de valoriser d’autres activités et à des populations assez éloignées de la clientèle habituelle des opérateurs. Par ailleurs, comment l’Etat et les institutionnels peuvent-ils obtenir des opérateurs la réponse adaptée à leurs réels besoins ?

Alain DUCASS

Votre question constitue une excellente transition vers la conclusion assurée par Jean-Paul Guérin. Ce représentant de la Caisse des dépôts ne manquera pas de vous proposer de financer vos projets et de mettre de l’ingénierie à votre disposition.

Si les sociétés pétrolières ont déjà commencé à utiliser leurs réseaux de fibres optiques pour les mettre à dispositions des opérateurs, l’électricité comprend un acteur supplémentaire, la Commission de Régulation de l’Electricité. Les régulateurs souhaitent que les éventuels investissements ne soient pas à la charge des clients d’EDF. Pour l’instant, il est donc plus facile de mutualiser les infrastructures existantes.

Les compétences locales de l’Etat sont désormais concentrées par les Préfectures, qui peuvent prendre des initiatives en faveur du e-gouvernement et par les DRIRE, qui sont compétentes en matière d’équipement. Des rencontres mensuelles sont organisées tous les mois entre la DATAR, les Conseils Régionaux, les DRIR et les préfectures. En outre, les colloques nationaux et régionaux sont des sources importantes d’information. Enfin, les associations d’élus sont toutes dotées d’animateurs NTIC qui centralisent l’information.

Alain DUCASS

Les élus ne disposent pas de suffisamment de temps pour s’informer largement sur les évolutions de l’offre. Nous réfléchissons à une manière de mettre à disposition des collectivités des matériaux de réflexion.

Catherine LEPONT

Envisagez-vous de donner un rôle central à la DATAR dans ce cadre ?

Alain DUCASS

Chaque organisme y contribue qu’il s’agisse de la DATAR, du Ministère de l’industrie ou du cabinet du premier Ministre.

Catherine LEPONT

La DATAR pourrait effectuer un travail plus pointu.

Alain DUCASS

La cartographie fait partie des axes de travail de la DATAR, qui est également un des acteurs moteurs de l’animation. Il existe plusieurs lieux de discussion, par exemple l’observatoire des télécommunications dans la ville ou l’AMF… La DATAR a aussi des services déconcentrés, les commissaires de Macif, dont certains s’intéressent aux NTIC.

Conclusion

Jean-Paul GUERIN,  Caisse des Dépôts et des Consignations

Les deux dernières questions viennent à propos pour m’aider à recadrer notre propos. En collaboration avec Monsieur Ducass, j’ai dégagé des questions concernant les usages, les technologies, les débits et les équipements.

La Caisse des dépôts s’implique auprès des collectivités en matière de NTIC, notamment via le quotidien en ligne Mercure. Nous sommes partenaires de la Cité des Sciences dans le lancement des cyber bases qui sont des espaces publics numériques. Nous participons également à la réflexion de l’Etat sur la dématérialisation de la relation entre administration, fournisseurs et administrés.

L’offre de services à haut débit n’est heureusement pas définie par la loi. En effet, cette notion est très évolutive. Nous avons recherché un cercle vertueux au sein du marché. Le champ de l’offre est complexe : bien que les différentes technologiques soient complémentaires, les collectivités éprouvent des difficultés à se positionner. J’ai donc identifié des champs d’intervention des collectivités.

Ces dernières sont utilisatrices des NTIC en fonction de leurs besoins propres. Elles ont un rôle incitateur et facilitateur du déploiement des opérateurs. Certaines collectivités mettent en place des Comités de pilotage afin de dialoguer avec les opérateurs. L’investissement n’est pas un champ très facile à aborder. Il n’en existe pas de modèle. L’ingénierie du prestataire de service est alors essentielle.

Les collectivités doivent dégager une expertise afin de conserver la maîtrise d’ouvrage de ses initiatives. Par ailleurs, il faut relativiser le rôle du haut débit dans la réduction du fossé numérique : les investissements sont lourds, c’est pourquoi la collectivité peut légitimement intervenir pour réduire le délai d’installation.

L’accès à la Net société nécessite donc une forte implication des acteurs locaux, d’autant qu’en matière d’utilisation de l’informatique et de la téléphonie mobile, la France n’est pas très bien positionnée en Europe. Dans ce cadre, les espaces publics numériques jouent un rôle essentiel. En outre, certaines collectivités ont pris l’initiative d’autoréguler leur accès à Internet. Les acteurs locaux ont également une responsabilité en matière de développement de contenus à vocation éducative.

On est souvent conduit à accéder aux hauts débits par l’usage. L’approche des NTIC doit être globale en réfléchissant aux usages, aux services et aux infrastructures en collaboration avec les opérateurs et les autres collectivités. Les échelons départementaux ou régionaux me paraissent être adaptés à cette démarche. Néanmoins, l’implication des élus et non seulement des techniciens est également indispensable. Enfin, il ne faut pas non plus négliger la téléphonie mobile, qui a connu un succès surprenant au Japon.

André LOECHEL

Je tiens à remercier Alain Ducasse et tous nos intervenants