Cité des Sciences et de l'Industre
mars 2001

Colloque ARENOTECH/AVN
Cybercentres et Cyberbases :
les espaces publics multimédia, outils pour la création d’emplois et d’entreprises

Table ronde La table ronde est animée par : André Jean-Marc LOECHEL 
Cité des Sciences et de l’Industrie/ARENOTECH/AVN. Intervenants :

  • Alain GIFFARD, Président de la mission interministérielle pour l’accès public à Internet
  • Philippe PROBST, Chef de projet, Caisse des Dépôts et Consignations
  • Jean-François FERRAILLE, Observatoire des Espaces Multimédia
  • Eric RENAULT, Régie T, France Télécom

Résumé

André Jean-Marc LOECHEL

La manifestation net 2001 a pour ambition d’offrir une vrai visibilité sur tous les aspects de la net-économie. Pour y parvenir, ces trois journées constituent un temps de rencontre et d’échanges au cours duquel nous pouvons partager nos expériences et commenter nos réalisations. Les actes écrits auront pour fonction de traduire l’ensemble de ces échanges en un matériau qui servira de base de travail pour l’ensemble de nos projets. Notre ambition doit être, par ailleurs, d’optimiser les échanges et de favoriser les synergies entre les différents projets existants. Avec ce type de rencontres comme avec les séminaires de spécialistes il s’agit d’obtenir une réelle radiographie du terrain et faire connaître les projets innovants en Europe. L’objet est donc ici de rassembler l’ensemble de nos réalisations afin d’en tirer un profit mutuel.

Le projet « e-Norvège. »a été ainsi évoqué hier : il s’agit d’un projet dont l’objectif est d’accueillir les adultes dans les salles de classe des écoles, le soir, lorsque celles-ci se vident de leurs élèves ; contrairement à d’autres projets, ce sont ici des étudiants qui jouent le rôle d’enseignants et qui essayent d’initier ces adultes aux nouvelles technologies. Ce projet norvégien constitue de manière incontestable une référence et une expérience à prendre en compte. D’autres exemples existent qui démontrent, si besoin en était qu’une vision globale de l’ensemble des réalisations est totalement indispensable pour la mise sur pie de projets nouveaux.

Alain GIFFARD

Il est important de rappeler que, même dans la société dite de l’information, les mots ont une importance certaine. Il est donc nécessaire de découvrir ce qui se cache derrière les termes d’accès publics. En guise d’introduction, je souhaite véritablement vous faire réfléchir à la signification de ces mots. Mon intervention portera sur les trois termes suivants : « accès », « accès public » et « accès publics ».

I. L’accès

D’après une théorie économique encore à la mode, la nouvelle économie est définie comme l’économie de l’accès. Que signifie alors avoir accès à une économie d’accès ? Le fossé numérique s’explique, pour certains, comme le fait de se trouver à l’extérieur d’une société. Leur théorie est donc d’opposer un « dedans » et un « dehors ». D’autres experts affirment, au contraire, que les exclus de la société de l’information sont les personnes qui ne sont pas en mesure de définir leur propre usage. Les premiers mettent donc l’accent sur l’unité tandis que les seconds mettent l’accent sur la nécessité d’une pluralité. Par conséquent, si nombreuses sont les personnes qui utilisent les termes d’accès et de fossé numérique, l’interprétation qu’ils font de ces concepts est contradictoire. Ces deux philosophies animent pourtant différents acteurs de l’accès public.

L’accès peut néanmoins être défini simplement comme la participation à la société de l’information. Cependant l’accès public n’est pas un moyen d’obtenir cette participation. C’est, en fait, uniquement une forme de cette participation. L’accès public est une manière d’être de la société de l’information. Toutefois, sur le plan politique, elle peut sembler légitime lorsqu’il s’agit de lutter contre le fossé numérique.

II. L’accès public

Aujourd'hui, les tarifs des ordinateurs et des connexions et des infrastructures sont censés réduire le fossé numérique. Toutefois, cette disposition ne suffit pas, loin s’en faut. Certes, la baisse des tarifs reste incontestablement l’une des solutions pour élargir l’accès. Toutefois, il n’est pas certain que l’ordre de cause à effet soit correct. Effectivement, pour quelles raisons pourrions-nous affirmer avec certitude que, lorsqu’il n’y a pas d’accès public, il existe un fossé numérique ? Si vous observez les pays qui comptent le plus grand nombre de connexions, vous constaterez que ceux-ci ont mené des politiques d’investissement publics très importantes en matière d’accès public, dès le départ.

L’accès public joue un rôle fondamental dans le développement propre de la société de l’information. Cependant, ce n’est pas uniquement un moyen destiné aux personnes les plus pauvres. C’est un élément fondamental pour que la société de l’information puisse prendre son essor.

Le terme d’accès public est aussi très ambigu. Il s’agit en fait d’un anglicisme. Si public access signifie « entrée libre » en français, le terme « accès public » signifie tout autre chose. Ce terme véhicule notamment des notions de service public. Pourtant sous le même vocable « accès public », nous comptons deux activités différentes. D’une part, nous trouvons le secteur des Cybercafés et des Cyberdecks et d’autre part, nous trouvons des activités réalisées à l’initiative des collectivités territoriales ou des associations. Contrairement aux Cyberbases et aux Cybercentres, les Cybercafés proposent un accès intensif. Ils s’adressent à des publics d’internautes aguerris. En revanche, les Cyberbases proposent un accès public que nous pourrions qualifier d’extensif et davantage destiné à la formation. Par conséquent, nous voyons, bel et bien, une différence entre ces deux activités et ces deux formes d’accès public. Toutefois, il est nécessaire de se garder d’adopter une vision simpliste de la situation. Par exemple, si les statistiques des bornes Cyberdecks du métro montrent que 50 % des utilisateurs sont des internautes confirmés., les 50 % restants, en revanche, ne sont pas bien définis.

Ces deux activités ont tout de même une similitude. Ce sont deux approches collectives. Si le PC propose un mode d’appropriation individuelle, cette approche reste du domaine de la fiction quand il s’agit d’apprentissage car très peu de personnes ont appris à utiliser Internet sur une base individuelle. Avec l’essor du réseau, nous avons continué de penser, de façon paradoxale, que l’appropriation continuerait à se faire sur un mode individuel. Or les différents espaces d’accès public révèlent que l’appropriation de l’informatique et du réseau n’est jamais purement individuelle ni jamais purement collective. C’est manifestement une combinaison des deux.

III. Les accès publics

Ces accès publics sont multiples. Nous comptons les Cyberbases, les Cybercentres ou encore les Espaces de Culture Multimédia et les Cybercommunes. Il existe une profusion de noms et de labels qui compliquent la visibilité de ces dispositifs. Néanmoins, nous pouvons distinguer deux grandes catégories d’accès publics : d’une part, les points d’accès subordonnés à la finalité d’organismes existants ; d’autre part, des points généralistes soit créés ex-nihilo soit issus des organismes. La première catégorie correspond plus ou moins à une extension de l’administration électronique. La seconde pose d’autres questions plus fondamentales notamment en termes d’institutions. Elle pose notamment la question de la pérennisation de ces organismes. En effet, leur objectif est-il uniquement de réduire la fracture digitale ou répondent-ils à un réel besoin de structuration de l’accès public ?

Il existe également différents réseaux. Certains sont des réseaux d’ingénierie de projets et de coopération. Tel est le cas du réseau de la CDC. D’autres sont politico-administratifs. C’est le cas notamment du réseau des Espaces Culture Multimédia. Les réseaux qui se mettent en place autour des différentes catégories d’espaces publics sont pour le moment des réseaux de type territorial. L’Etat, à une ou deux exceptions près, est intervenu, quant à lui, après les initiatives des collectivités locales.

La mission interministérielle a pour but de multiplier les points d’accès et de créer un label d’espaces publics numériques. Aujourd'hui, la discussion sur cette labelisation s’achève. Elle donnera lieu à la rédaction d’une charte qui portera essentiellement sur les efforts d’initiation et de formation du public. En effet, les bénéficiaires de ce label ne devront pas uniquement proposer des ordinateurs et des connexions mais délivrer aussi une formation. Au niveau interministériel, il sera nécessaire de coordonner ces actions. Une activité de conseil et d’expertise devra également être menée auprès des élus et des membres des associations. Depuis environ un an, les élus sont de plus en plus nombreux à identifier les points d’accès publics à l’Internet comme un élément clé d’une politique. Nous sommes passés d’une phase de pionniers, concernant surtout les informaticiens, à une phase, non pas de généralisation, mais plutôt d’extension de la couverture Internet.

De la salle

Aujourd'hui, il existe un réel problème de maîtrise du contenu. Je regrette, pour le moment, que les contenus des Cybercentres et des Cyberbases soient ni identifiables, ni identifiés ni disponibles.

De la salle

Vous avez omis de parler des initiatives citoyennes. Dans certaines villes, même si la municipalité n’est pas d’accord pour mettre en place un espace d’accès à Internet, un certain nombre d’associations et d’individus se regroupent pour initier une certaine dynamique. Que pensez-vous de ce type d’initiatives ?

Alain GIFFARD

Certes, les élus peuvent parfois avoir la tentation de créer un réseau tout à fait individuel. Il nous faudra réfléchir à ces questions. La donnée publique ne doit en aucun cas être confondue avec l’information politique.

De la salle

Des élus qui craignent qu’une initiative soit un contre-pouvoir peuvent décider de couper toute subvention publique. Par conséquent, pour vivre, ces espaces doivent entreprendre des activités dites para-commerciales. Le Maire peut alors rétorquer que ce n’est plus du ressort du domaine associatif mais du ressort du domaine commercial. Cette situation peut être dramatique.

Laura Garcia Vitoria

Encore ne faut il pas confondre le rôle des associations et celui des sociétés, en ce domaine comme en d’autres. Il ne faut plus accepter que des associations qui se disent citoyennes se comportent comme des entités marchandes !

De la salle

La philosophie de la mission est-elle très différente de la philosophie de l’ancien projet X 2000 lancé au début des années 80 par Monsieur Laurent Fabius, projet qui a débouché sur le plan de « Informatique pour tous » ?

Le problème de sémantique que vous posez se posait déjà alors. Il avait été décidé, à l’époque, d’utiliser les lieux publics pour installer des postes informatiques et ainsi informatiser la société. Je souhaiterais savoir si cette initiative a inspiré votre projet.

Alain GIFFARD

La réponse est mitigée. L’expérience « Informatique pour tous » n’a pas véritablement référencé notre mission. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois, comme vous le savez, que la génération Internet travaillent sans aucune base de référence. Cependant, la question de l’appropriation par un large public des technologies de l’information est aujourd'hui un vieux thème de débat. Cette question avait déjà été posée au moment du lancement du Minitel.

A  l’époque du plan « Informatique pour tous », nous avions le sentiment de savoir ce que nous avions à apprendre. Aujourd'hui, la donne est différente : soit nous ne savons pas ce que nous avons à apprendre, soit nous apprenons n’importe quoi !

De la salle

Les Nanoréseaux et les Tortues placés dans les écoles datent de cette époque. Tout un travail avait été fait à cette époque sur l’appropriation.

Alain GIFFARD

Cependant, à cette époque, nous connaissions exactement le savoir que nous devions transmettre. Aujourd'hui, la situation est différente. Personne n’est entièrement satisfait des formules de formation destinées au large public.

De la salle

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’esprit de l’attribution des labels « Espace public numérique » ? Y aura-t-il une négociation, au cas par cas, avec chaque  collectivité territoriale ?

Alain GIFFARD

J’ai demandé que nous ne rédigions pas la circulaire de la charte avant d’avoir pu rencontré suffisamment d’élus ou avant d’avoir pu prendre conseil auprès des acteurs de terrain. Nous aurons donc véritablement des éléments de concertation même s’il ne s’agit pas d’une large concertation.

Des éléments de la charte sont connus et sont disponibles sur le site Internet de la mission interministérielle. Je tiens à vous rappeler que c’est au cours du mois de juillet dernier que l’idée de la charte a été trouvée. Les personnes qui géraient les différents réseaux des ministères ont décidé, sans concertation, qu’ils pourraient proposer une forme de label collectif. Le contenu de la charte comporte les éléments suivants :

Il n’existe pas de catégorie pure d’Espace Public Numérique. Le système est certes compliqué. Cependant, la vocation de ce label est clairement d’intégrer et d’être repris par les espaces publics.

De la salle

J’interviens sur deux régions, celle de Lyon et celle du Nord Pas-de-Calais. Votre discours et vos actions peuvent être porteuses dans le cadre de ces régions. Toutefois, la notion d’Espace Public Numérique, sur les deux territoires que je viens de vous citer, peut être extrêmement différente. En effet, lorsque vous êtes dans une commune de 300 habitants et lorsque vous êtes dans une ville de 30 000 habitants, la donne est radicalement différente. Par conséquent, il me semble intéressant d’associer le travail des équipes territoriales aux équipes en charge de la rédaction de la charte afin d’identifier au cas par cas les difficultés du terrain.

Alain GIFFARD

Certes, c’est un point important. J’ai l’intention de constituer la mission interministérielle sur la base d’un partenariat avec les collectivités locales. Je souhaite rompre avec l’initiative unilatérale des ministères. Dans le groupe de travail de la mission, je peux vous affirmer que nous comptons des représentants des réseaux.

De la salle

Force est de reconnaître que les problèmes sont très différents suivant les communes. Il me paraît important de pérenniser les actions. Toutefois, la pérennisation recouvre deux dimensions : d’une part, il est nécessaire de pérenniser les projets sur le plan financier et d’autre part, il est nécessaire de suivre l’évolution. Cependant, cette dernière action est parfois difficile à mener.

Je crois que de nouveaux problèmes continueront d’apparaître et que l’évolution des individus et des entreprises restera dissociée de l’évolution des systèmes. Il faut donc répondre aux questions portant sur le bon usage des réseaux et des applications nouvelles. Il incombera également de prendre en charge un certain nombre de projets locaux émanant de la base. Beaucoup de modèles existent. C’est la raison pour laquelle je souhaite que nous introduisions autant de souplesse que possible dans l’attribution d’un label.

De la salle

Je viens d’un pays, le Maroc, où le nombre de Cybercentres ou de Cybercafés est relativement élevé. Dans les quartiers même les plus reculés, vous pouvez trouver des personnes qui naviguent sur Internet. Je crois d’ailleurs que le Maroc est l’un des pays africains qui a le taux de pénétration le plus élevé via les Cybercentres. Cependant, les utilisateurs n’ont pas accès à des sources et à des contenus. Ils n’ont pas accès, par exemple, à des centres de données ou à des services en ligne. C’est un défaut du système. Pourtant, il semble nécessaire que les autorités publiques accompagnent la société de l’accès en obligeant toutes les structures publiques à offrir un contenu actualisé et renouvelé. Mettre des informations en ligne oblige à faire un effort de synthèse, à clarifier son action et à revoir son mode d’organisation. C’est à ce niveau que se situe la révolution de l’Internet. Il faut donc revoir la méthode de travail pour fournir de l’information. Nous souhaiterions bénéficier de l’expérience développée dans d’autres pays. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons savoir de quelle façon les pouvoirs publics vont pouvoir mettre en place ce cahier des charges obligatoire.

Alain GIFFARD

C’est une question qui porte sur le lien entre le contenu et les espaces. En France, je ne pense pas que le problème principal se situe au niveau d’une insuffisance de contenus. Nous comptons des points forts et des points faibles mais force est de reconnaître que nos réalisations sont loin d’être ridicules. Par exemple, le site du Louvre.edu est excellent. Nous nous dirigeons également vers un service d’informations juridiques nationales qui, compte tenu de la complexité du droit français, est fort difficile à réaliser. Ces exemples illustrent que le contenu existe. Nous pouvons certes regretter que ces contenus ne soient pas suffisants étoffés. A la BNF, la communication électronique est pourtant plus importante que la communication sur le site. Toutefois, ces services se destinent à un certain public mais ne permettent pas de réduire le fossé numérique. Or l’une des fonctions des points d’accès publics sera de voir dans quelles conditions pourront être adaptés les contenus selon la nature de la population concernée.

De la salle

Je souhaiterais que nous parlions de la formation des animateurs chargés de ces espaces publics d’accès. A l’Université de Limoges, nous avons mis en place un programme de formation. Il s’agit du DU MMMI (Médiation Multimédia Monitorat d’Internet) qui a pour objectif de former des animateurs des Cyberespaces. Toute personne intéressée par ces formations peut consulter le site www. tic-unilim.fr. Je tiens à souligner que ces formations sont disponibles à distance via Internet.

André Jean-Marc LOECHEL

La ville de Valence en Espagne est souvent présentée comme un modèle en termes d’accès au Net. Il serait souhaitable que son représentant nous fasse part de ses commentaires.

Régis CAZENAVE

Cet exemple espagnol m’amène, en effet, à me poser certaines questions. Je me demande, en effet, comment dans une ville de 30 000 habitants, comme Valence, il est possible de consulter ses impôts en ligne, comment il est possible de consulter les notes de ses enfants au collège ou encore comment il est possible de réserver des livres à la bibliothèque municipale. Pour quelles raisons ces services ne sont-ils pas disponibles dans les municipalités françaises ?

Alain GIFFARD

Je plaide pour l’accès public à Internet. Je sais pertinemment que ceci est loin d’être suffisant. En effet, s’il n’existe pas d’administration électronique, si nous ne travaillons pas en communauté, s’il n’existe pas de portails, alors l’accès public ne sera pas optimisé. Je vous l’accorde. Cependant, le thème de notre débat porte sur l’accès public à Internet. C’est une nécessité que d’approfondir ce thème que nous ignorons encore. La France ignore malheureusement cette question de l’accès public et de la formation à Internet. En outre, la reconnaissance par les pouvoirs publics nationaux, par les Régions et par les Villes des espaces publics d’accès est, somme toute, assez récente.

De la salle

Je souhaite rebondir sur les propos de Monsieur Giffard. Il est difficile d’être à la fois une mission de service public et de participer pleinement à ce grand marché potentiel. La Cité des métiers a mené une opération dans le cadre d’un programme européen dont l’objectif était de réduire la fracture numérique. La vocation de ce programme n’était pas de se substituer aux acteurs de la formation professionnelle. Néanmoins, notre mission peut être aussi de rendre le grand public responsable et d’orienter leurs recherches. Nous souhaitons ainsi rendre l’usager acteur de sa vie professionnelle grâce à ce programme d’Université Ouverte.

La question est de savoir ce que l’homme peut faire avec ces machines et ce quelles seront ses marges de manœuvre et son avenir professionnelle. Il est important de préparer les populations afin qu’elles sachent ce qu’elles peuvent devenir dans la société de l’information. Nous avons souhaité créer des espaces d’échange et de débats publics afin de favoriser la participation citoyenne. Nous essayons aujourd'hui de construire une offre de formation en réunissant des partenaires institutionnels.

André Jean-Marc LOECHEL

Il serait souhaitable d’évoquer les Cyberbases et leur avenir. On parle souvent de maillage du territoire à leur propos. Comment, Philippe Prost, voyez-vous s’inscrire ces lieux dans le paysage national ?

Philippe PROBST

Nous avons déterminé des éléments clés du concept et nous avons axé notre système sur les animateurs afin de rendre pérenne le projet. Une Cyberbase ne peut vivre refermée sur elle-même. Elle doit, au contraire, s’ouvrir sur un tissu associatif plus large, sur les collectivités et éventuellement s’ouvrir vers les collèges, les lycées et les écoles. L’animateur a donc pour rôle d’ouvrir la Cyberbase sur la collectivité locale.

Pour rebondir sur les propos de Monsieur Giffard, le point fort de notre projet est la mise en réseau, même si celle-ci reste humble. Je vous concède que nous n’avons pas encore réussi le maillage de l’ensemble du territoire. Néanmoins, la mise en réseau des expériences reste l’une des clés de voûte du concept. Les Cyberbases doivent véritablement assurer une mutualisation des expériences. Enfin, l’équipement constitue un autre point fort. Il ne s’agit pas uniquement d’initier à Internet mais de faire découvrir l’ensemble des outils des nouvelles technologies de la communication.

Nous concevons la Cyberbase comme une clé d’entrée pour une numérisation du territoire. Nous sommes actuellement en phase de négociation avec les collectivités pour assurer le déploiement du projet. Nous cherchons à nous approprier des contenus afin d’être en mesure de concevoir un portail propre aux Cyberbases sur des thèmes multiples et fort vastes tels que l’emploi, la formation et la production locale. Cet espace pourra également servir comme lieu de télétravail.

De la salle

Est-ce un centre de proximité dédié au télétravail ? Ce lieu sera-t-il, au contraire, ouvert ?

Philippe PROBST

Ces lieux se déploieront essentiellement en milieu semi-rural. L’objectif est de faire venir les travailleurs sur un lieu dédié au télétravail. Cependant, l’espace, en tant que tel, est ouvert à tous les usages. La commune devra prévoir quelques demi-journées consacrées au télétravail.

De la salle

C’est par conséquent du télétravail que nous pourrions qualifier de nomade ou à temps partiel.

Philippe PROBST

Absolument.

De la salle

Quelles sont les autres pistes de contenus en dehors de l’emploi ?

Philippe PROBST

Nous disposons d’une palette de contenus. Ces contenus iront de la production locale à l’éducation et à l’emploi notamment. Je vous invite à consulter le site de la Cyberbase pour connaître l’ensemble de nos contenus.

De la salle

Pouvez-vous nous parler du projet Mercure ?

Philippe PROBST

Nous n’intégrons pas le contenu de Mercure sur la Cyberbase. Je vous rappelle que la Cyberbase est un lieu d’initiation ou d’approfondissement. par ailleurs, les six sites existant actuellement se trouvent à Conflans, Vesoul, Saint-Denis, Toulouse, Montpellier et Saverne. Les 500 autres lieux seront déployés au cours des cinq années à venir. Notre projet est donc fort ambitieux.

De la salle

Compte tenu de l’ouverture de nombreux centres d’accès comme ceux de la Poste ou de France Télécom, pensez-vous que la population va continuer à se diriger vers les centres multimédias ?

Philippe PROBST

Je ne peux pas me projeter dans l’avenir. Toutefois, nous constatons que le phénomène de bouche-à-oreille fonctionne parfaitement. Les animateurs tissent des liens avec les milieux associatifs, éducatifs ou encore les entreprises. Ces relations conduisent naturellement ces espaces à grandir en termes d’usage et de fréquentation. Nous sommes aujourd'hui en phase de croissance exponentielle puisque nous comptons même des listes d’attente.

De la salle

Quels commentaires pourriez-vous faire sur l’évolution de la demande des utilisateurs ?

Philippe PROBST

Nous proposons des ateliers d’initiation et des ateliers d’approfondissement quoique nous continuions de rester dans un domaine relativement basique. Pour les jeunes, l’utilisation du chat est fréquente. L’objectif est, bien entendu, de développer d’autres usages notamment l’usage de Web Cam ou encore de Scanner voire d’autres appareils numériques.

De la salle

Disposez-vous de statistiques sur le type d’utilisateurs qui visitent les Cyberbases ?

Philippe PROBST

Nous ne disposons pas encore de statistiques exploitables. Nous connaissons le taux de fréquentation. De plus, nous avons installé, sur le nouveau portail un outil statistique qui permettra de préciser ces données. Toutefois, je peux affirmer que nous ciblons une population très large.

De la salle

Vous définissez donc des cibles en fonction des différentes communautés.

Philippe PROBST

Je vous rappelle qu’il existe à la fois des ateliers et des sessions de libre accès au cours desquels les populations se mélangent. Une Cyberbase compte en moyenne 12 postes informatiques. Cependant, ce chiffre est peu pertinent dans la mesure où nous adapterons la taille de la Cyberbase à la zone considérée.

Alain GIFFARD

Il est souvent reproché à la Caisse des Dépôts de proposer un format parfois trop contraignant. Pourriez-vous préciser votre vision par rapport au format adopté dans le cadre des Cyberbases ?

Philippe PROBST

Nous convenons certes d’un cahier des charges initial. En effet, notre souhait est d’apporter un label de sécurité et de qualité à nos espaces. Toutefois, rien n’est imposé.

De la salle

Je constate que l’utilisation d’un ordinateur à partir d’un lieu partagé transforme la relation entre l’utilisateur et l’accès à l’information et à la communication. Dans ces conditions, l’utilisateur peut difficilement sauvegarder sur disquette et doit souvent imprimer et donc avoir, de nouveau, recours au support papier. Ce rapport me semble quelque peu rétrograde. Je conçois qu’il soit difficile de répondre à ces problématiques. Toutefois, je souhaiterais savoir si vous avez réfléchi à d’autres formules de points d’accès public. Avez-vous pensé à des pistes intermédiaires ?

Philippe PROBST

Dans le cadre des Cyberbases, nous proposons une personnalisation de l’espace. Chaque usager peut disposer de son espace et de sa production personnelle. Toutefois, il n’existe pas de coupure entre l’espace et l’usage au domicile ou à l’école. Par ailleurs, nous nous concentrons sur l’initiation. Par conséquent, nous rencontrons des populations qui le plus souvent ne sont pas équipées à domicile. La problématique ne se pose donc pas dans les mêmes termes.

De la salle

Pouvons-nous avoir une idée du montage financier qui existe entre la commune et la Cyberbase ?

Philippe PROBST

La CDC est partie prenante dans le financement. Celui-ci peut s’élever à hauteur de 30 % de l’investissement total. La fourchette d’investissement s’étale en moyenne de 400 à 800 kF. Le budget de fonctionnement est, quant à lui, assuré par les communes.

Eric RENAULT

Je vais vous présenter l’offre portée par France Télécom. Nous bénéficions d’une expérience certaine sur le terrain grâce à nos 62 sites actuels. Nous avons ainsi pu accueillir 700 000 visiteurs l’an passé.

Notre rôle est multiple. Nous proposons des services d’ingénierie pour les communes sans expérience et nous proposons un accompagnement dans le projet jusqu’à l’ouverture de l’espace multimédia. La plus-value de notre offre est résumée dans une charte. Nous accueillons tous les publics. Cet accueil passe, bien entendu, par une formation des emplois jeunes grâce à des formations à la fois technique, pédagogique et humaine. Nous proposons aussi des accompagnements grâce à des modules d’accompagnement en ligne. L’appropriation se fait ensuite par un usage et suivant la demande des clients. Nous favorisons un ancrage au niveau local et nous nous adoptons au lieu géographique. Enfin, l’appartenance à un réseau et l’organisation de congrès permettent de mutualiser les expériences. Si vous souhaitez plus de détails, je vous convie à consulter le site Internet www. espace-multimedia.com où vous trouverez toutes les informations utiles.

André Jean-Marc LOECHEL

Il est important de prendre du recul pour appréhender l’ensemble de ces projets. Au travers de l’Observatoire Européen des Espaces Multimédia il est possible d’avoir une visibilité sur ces différentes actions. Jean-François, pouvez-vous nous dresser le panorama de ces différents projets ?

Jean-François FERRAILLE

Le paysage est plus complexe que le simple clivage entre les espaces publics et les espaces privés. Je vous citerai uniquement quelques projets même s’il en existe bien d’autres. La Fondation de France a lancé trois appels à projet. Ces projets cherchent aujourd'hui à assurer la mise en réseau des acteurs d’espaces multimédias ou de réseaux nationaux. Les espaces Cyber Jeunes sont au nombre de 274. Il est prévu d’en créer 600 autres. Ces projets sont portés par le ministère de la Jeunesse et des Sports. La Poste a installé aussi des bornes Cyber Poste. La RATP a mis en place, quant à elle, 12 bornes d’accès en collaboration avec la société Cyberdeck. Le service mécénat de Carrefour a mis en place une trentaine de plates-formes multimédias essentiellement dans des centres sociaux. Auchan a suivi la même voie sans construire de véritable programme. France Télécom conduit des programmes autres que celui des Espaces Multimédias dans la Ville, notamment celui des stations Internet centrés sur la formation professionnelle et la création de points d’informations multimédias qui s’adressent aux personnes résidant dans les zones rurales. La Fondation France Télécom prévoit d’initier d’autres projets. Si vous souhaitez en savoir plus, ces derniers sont décrits sur le site de cette entreprise. De plus, France Télécom vient de passer un partenariat avec l’Union Nationale des HLM pour doter les bâtiments d’accès multimédia. Plusieurs Cyber Bus sont également en projet. La Fondation Vivendi, quant à elle, entreprend divers projets depuis 1997. Elle a ainsi permis d’aider de nombreux espaces multimédias. Elle intervient essentiellement au travers de la création d’emplois. Le Comité National des régies de quartier contrôle vingt pôles multimédia. D’autres exemples pourraient être cités, tels que la Fondation Boulanger ou encore la Maison Orangina à Marseille qui fait un travail très intéressant depuis longtemps. Il en va de même pour la MAIF, IBM ou Microsoft qui fournit un certain nombre de CD-Rom à des espaces multimédia.

Au niveau des régions, la Bretagne est une des plus actives avec 211 cyber-communes mises en place. La région du Limousin compte, elle, 21 points d’accès multimédia. Dans le Pas-de-Calais, enfin, 89 cyber-centres sont financés et une quarantaine d’entre eux sont réellement fonctionnels actuellement.

En ce qui concerne les départements, le Plan NET de Sèvres est particulièrement intéressant. Il faut également citer d’autres départements actifs : Ardèche, l’Allier, l’Aisne, le Cantal, la Lozère, etc.

De la salle

Pouvez-vous donner des précisions sur le département de l’Aisne ?

Jean-François FERRAILLE

Ce département a créé des Maisons de la Communication. Elles ont d’ailleurs été développées avec la Caisse des Dépôts.

Au regard de ces dispositifs nationaux ou locaux et de ces partenariats publics-privés, je pense qu’un certain nombre de fédérations continueront de travailler sur le sujet. Je songe, par exemple, aux fédérations d’Education populaire et aux importantes associations (telles que UFCV, Semea Start, etc) qui commencent à s’impliquer dans l’affaire à travers la formation d’aides d’animateurs.

En outre, nous pouvons compter sur l’intérêt des entreprises pour le phénomène des espaces multimédia. Parmi les entreprises susceptibles d’engager des actions dans ce sens, on peut évoquer :

Carrefour veut également développer son offre dans tous les pays où elle est implantée (Espagne, Brésil, etc).

De la salle

Votre présentation du panorama des cyber-centres figure-t-elle sur votre site Internet ?

Jean-François FERRAILLE

La deuxième version du site web de l’Observatoire européen des Espaces Multimédia est en ligne depuis très peu de temps, et on peut la retrouver sur : www.espaces-multimédia.org.

Nous avons, par ailleurs, commencé à recenser les dispositifs similaires dans les différents pays. Au Canada, 5000 espaces multimédia sont accessibles dans des centres communautaires en milieu rural et en milieu urbain, mais aussi dans des médiathèques et dans les écoles. Au Luxembourg, en Allemagne et en Angleterre, les programmes sont comparables. En France, nous avons en quelque sorte été des précurseurs, mais les structures n’étaient pas de même nature (centres culturels). Néanmoins, les autres pays commencent à s’aligner sur nos pratiques. Par exemple, en Belgique où nous avons participé à un colloque, les espaces multimédia commencent à prendre le pas sur les médiathèques et les écoles. Vous retrouverez toutes ces informations sur notre site web, ainsi que des liens sur les pratiques des autres pays.

De la salle

Dans votre énumération, vous n’avez pas mentionné l’échelon de la ville ou du district. Or il existe des points d’accès multimédia dans les villes, qui ne sont pas le résultat des actions menées par la Caisse des Dépôts ou France Télécom. Par exemple, la ville de Lorient a pris l’initiative de créer, d’elle-même, des centres multimédia. Sur le site internet.fr, nous avons effectué un recensement des point d’accès publics qui détaillent les différents labels : nous comptons 1 700 points d’accès actuellement et dans un ou deux mois, nous en recenserons entre 2 000 et 2 500. A travers ce recensement, nous nous sommes aperçus que certaines villes moyennes ont réussi à implanter un nombre considérable de points d’accès, alors que des villes plus importantes sont désertes à ce niveaux. Il en va de même pour les départements ou les régions : la répartition des cyber-centres est très hétérogène.

Par ailleurs, on m’a déclaré que la région Midi-Pyrénées comptait 300 points d’accès. Or, je n’ai pu en recenser qu’une vingtaine. Avez-vous des données fiables sur cette région ?

Jean-François FERRAILLE

En effet, la région n’est pas très active à ce niveau-là et même la ville de Toulouse est très peu équipée.

De la salle

Nous avons essayé de recenser les points d’accès en Midi-Pyrénées et nous sommes très loin des 300 sites mentionnés.

Jean-François FERRAILLE

Ce chiffre est apparu suite aux appels à projet du Ministère de la Culture. Une profusion de projets est alors apparue, mais il est vrai que les régions se sont montrées plus ou moins dynamiques. En outre, il est regrettable que la population ne soit pas au courant des points d’accès à Internet qui existent.

De la salle

Il est vrai que les gens ne connaissent pas forcément les lieux publics d’accès à Internet, d’autant que certains grands magasins ou des associations ont également des bornes d’accès public.

Jean-François FERRAILLE

Pendant un mois, nous nous sommes attachés à faire une étude sur les espaces multimédia sur l’agglomération de Nantes et j’ai constaté que les différents centres n’étaient pas au courant de l’évolution des autres centres. Il convient donc de travailler plus en profondeur sur la stratégie d’implantation des sites et sur leurs spécificités. Les mairies devraient fournir aux habitants des radiographies précises des infrastructures dédiées à Internet.

De la salle

Je voudrais signaler que pour une demi-douzaine de cas, j’ai mis en relation des maires et le chargé de mission du département. Il me semble en effet nécessaire de procéder au maillage du territoire.

De la salle

Le besoin d’information et de lisibilité est considérable. Lors des réunions d’un séminaire organisé à la Maison des Sciences de l’Homme, sur le sujet des espaces multimédia, nous nous sommes rendus compte que dans une grande région française, nous avons dû informer certains responsables de la région de la présence d’espaces multimédia sur leur propre territoire.

De la salle

La région Ile-de-France était déplorable à ce niveau-là jusqu’à une date très récente. A l’heure actuelle, je ne peux citer aucun département de l’Ile-de-France qui soit à la hauteur des actions qui ont été menées dans départements précédemment évoqués.

 De la salle

Avez-vous fait des études sur la superposition ou non des réseaux traditionnels ? Les nouveaux réseaux (ADSL) prennent-ils le pas sur les anciens ?

Jean-François FERRAILLE

Je remarque que certains maires qui estiment qu’ils n’ont pas accordé suffisamment d’importance aux anciens réseaux rattrapent leur retard. Les discours de deux responsables de programmes d’espaces multimédia (Amiens et Vesoul) montrent bien que ces initiatives mettent en valeur le territoire, attirent les entreprises et permettent de former les habitants aux nouvelles technologies.

De la salle

Ces démarches sont très positives. Toutefois, il faut souligner que les hommes politiques qui sont allés trop loin dans la démarche, sans laisser aux citoyens le temps d’adaptation et d’appropriation nécessaire, ont vécu des déboires.

De la salle

Vous voulez dire qu’au niveau des élections, ces hommes politiques se sont fait battre…

De la salle

En effet, je pense au cas d’un maire (battu au premier tour) qui s’est vu reprocher d’avoir créé trop de points d’accès dans sa ville.

De la salle

Toutefois, lorsque l’on analyse le résultat des élections, on constate que les citoyens souhaitent avant tout de la transparence, de la proximité et du service. Or ces trois notions sont souvent liées à Internet. Tout cela est donc contradictoire.

De la salle

Le sujet de notre débat n’est pas le résultat et l’analyse des élections, mais il est vrai que les médias étrangers ont mis en évidence que certains échecs étaient dus à un manque de transparence, de proximité ou de service.

André Jean Marc Loechel

Je tiens à remercier Alain Giffard pour sa présence à nos cotés pendant l’ensemble de cet atelier, ainsi que tous les participants. Le sujet que nos avons abordé aujourd’hui, nous l’avons vu clairement au travers des diverses interventions, requiert avant tout un ensemble d’expertises et une vraie connaissance, en la matière, du terrain européen et international. Sans connaissance intime des mécanismes de transmission de savoirs, sans étude approfondie des territoires, il ne saurait plus être question aujourd’hui d’évoquer les lieux d’accès à Internet et surtout leur développement futur. Je vous propose de considérer une telle affirmation comme un élément de conclusion de cette rencontre. Le fossé numérique ne doit plus être à ce jour un objet de rhétorique, mais un chantier où tous les acteurs de terrain mutualisent les résultats issus de leurs réalisations. http://www.arenotech.org