Colloque ARENOTECH - Cité des Sciences et de l'Industre - mars 2001
Introduction à l’atelier
FEMMES ET TECHNOLOGIE, FEMME ET NETECONOMIE

Laura Garcia Vitoria

« Le web a-t-il un sexe ? » s’interrogeait en octobre dernier Stéphanie Chaptal  dans «  Informatique » au risque de perturber l’écriture si orthodoxe de ce journal avant tout destiné aux gens de réseaux et aux sociétés de services informatiques, elle s’en prenait, évoquant les sites visant l’internaute féminine, aux «charognards (qui) ont envahi le réseau », qui entendent, je cite toujours, cette très sérieuse publication, « la faire baver sur les mannequins masculins à moitié nus », bref à tenter de récupérer, je cite toujours, « l'audience féminine qui refuse d’être prise pour des idiotes en chaleur ».

« Femme et technologie », « femme et net économie », est-ce en effet, cher(e)s collègues, bien sérieux ? C’est pour pourfendre certains stéréotypes que précisément nous avons, avec certaines personnes ici présentes, participé au projet européen que nous évoquerons au cours de cette séance. Car il est bien vrai que l’horizon mental dans lequel nous inscrivons aujourd’hui notre action a depuis peu bien changé, au point de pousser Hélène Trouffaut, dans Le Monde Informatique à intituler l’un de ses derniers articles « Femmes, on vous aime ».

Ainsi, une enquête de l’IFOP vient-elle de nous apprendre que 67% des français souhaitent une femme pour maire de leur commune – 13% y sont hostiles – Et les postes que les français souhaitent ainsi leur confier seraient relatifs à l’éducation, la vie culturelle, mais aussi la création d’emplois et le développement économique.

De même, le nombre d’entreprises crées et gérées par des femmes augmente rapidement et c’est ainsi qu’en Suède et au Danemark environ 50% des chefs d’entreprise sont des femmes. Les Françaises sont à cet égard, il est vrai, nettement moins bien loties puisque seulement 28% des créateurs d’entreprises y sont de sexe féminin.

Bien sûr, on a pu affirmer que précisément la net_économie imposait de nouvelles règles de travail favorables aux femmes, mais il leur faut combattre des obstacles liés aux barrières technologiques précisément, sans oublier naturellement les difficultés de financement de leurs projets. Est-ce pour cela que certaines ambassadrices de la net-économie désertent aujourd’hui leur poste : la question a été posé il y a de cela quelques jours par Laurence N’Kaoua dans Les Echos, qui égrène dans son article les noms les plus célèbres de celles qui, à l’instar d’une Chine Lanzmann, viennent de renoncer à leur entreprise. Valérie Pfiffer ne note-t-elle pas dans le Point qu’ »une mauvaise fée semble avoir jeté un sort sur les portails dédiés aux femmes ? »

« C’est un univers nouveau, réactif et ouvert à la diversité, mais les obstacles ne sont pas tous levés » souligne en effet Glenda Stone, la fondatrice du réseau européen Busy-girl.co.uk

Pour les femmes, les secteurs techniques restent donc à conquérir.

Une étude récente de Factiva, une filiale de Dow Jones et de Reuters, vient d’être présentée à Versailles lors du sommet « Women in busuiness ». Certains résultants ne vont pas manquer de surprendre et donnent matière à bien d’autres projets européens à venir.

Au Royaume-Uni par exemple (mais attention : par les temps qui courent, peu de choses nous viennent de nos amis anglais), les femmes représentent 24% des salariés des technologies de l’information… contre 29% en 1994.

L’exemple n’est pas isolé : de l’autre coté de l’Atlantique, le pourcentage de femmes dans les métiers high-tech a chuté de 40,2% en 1996 à …28,9% en 1999.

Une autre étude, émanant cette fois-ci de l’Université de Pennsylvanie, porte précisément sur la situation américaine. Elle souligne que seuls 9% des membres des conseils d’administrations et 13% des cadres dirigeants des entreprises de la high-tech sont des femmes. Et là encore, on peut constater que cela ne s’améliore guère dans les «entreprises Internet », avec 16% de dirigeants, mais seulement 2% de membres de conseil d’administration.

Tout ceci même si les milieux financiers américains ne jurent que  par les noms d’une Mary Meeker, spécialiste du hight-tech Morgan Stanley et dont le dernier Internet report s’est vendu à plus de 2000 000 exemplaires ou encore d’une Aby Cohen, l’un des gourous les plus écoutés de Wall Street.

Mais au fait, chers collègues, pourquoi ne jamais décliner gourous au féminin ?

Shere Hite, auteur de « Sexe et Bussiness » ancien mannequin devenue docteur de l’Université Nihon de Tokyo, cite une possible réponse à cette question, émanant du président de cette même université ‘le plus grand établissement d’enseignement supérieur japonais - : il faut, lui explique ce dernier, « mettre en place de programme de formation pour aider les hommes à surmonter leur terreur des ragots, inévitables s’ils soutiennent une femme ».

Il est temps à présent, après cette brève analyse, de laisser la place à vos analyses. http://www.arenotech.org