LES TROIS DEFIS DU E-LEARNING

Introduction à l’atelier e-learning
de la première Rencontre européenne des NTIC
Dijon, 26 juin 2002

Laura Garcia Vitoria, Présidente d’ARENOTECH

L’état des lieux que nous avons l’habitude à l’ARENOTECH de tracer au début des ateliers que nous organisons régulièrement sur les questions relatives à la transmission des savoirs (on trouvera à la suite de ces quelques réflexions l’analyse que nous avons présentée l’an dernier à la Cité des Sciences et de l’Industrie) se trouve presque intégralement formulé au travers précisément des intervenants auxquels nous nous sommes adressés - les organisateurs et moi-même - pour participer aux débats de la seconde journée de ce premier colloque européen.

Nous nous contenterons donc, en introduction de l’atelier sur le-learning de ces premières Rencontres européennes, de passer très brièvement en revue trois chantiers ou plus précisément trois catégories d’acteurs sans lesquels il ne saurait y avoir dans les années qui viennent de nouvelles formes de gestion et de partage des connaissances : ce sont à l’évidence là les trois interlocuteurs majeurs des acteurs du e-learning pour les décennies à venir. Trois défis en somme.

Si les acteurs économiques et les entreprises d’un côté, le monde de la recherche de l’autre constituent d’habituels interlocuteurs, les territoires et les collectivités locales sont elles-aussi amenés à jouer de plus en plus un rôle majeur en la matière. Chacun de ces mondes à sa façon représente aujourd’hui un réel défis pour les acteurs du e-learning.

Le e-learning et les collectivités territoriales.

La première journée évoque déjà très largement la question. L’ARENOTECH  a présenté dans ses séminaires une esquisse typologique de cinq approches sur lesquelles nous travaillons aujourd’hui de manière concomitante :

Au moment où se développent les communautés d’apprenants, le territoire leur fournit le meilleure des cadres, et ce aussi bien sur le plan institutionnel que culturel. On attend ainsi des collectivités territoriales la création de véritables portails qui permettent à ces communautés de communiquer entre elles.

Le-learning et les entreprises du secteur des infotechnologies.

Le panorama a fait là aussi l’objet de mutations considérables. Il n’y a pas longtemps en effet, nous entendions un certain nombre de responsables d’entreprises - et singulièrement de petites entreprises - jouant dans leur propre pré-carré, préoccupées de leurs seules technologies, peu prompts à exercer leurs devoirs de veille concurrentielle et encore moins soucieux de se familiariser avec les pratiques pédagogiques d’un monde que, somme toutes, elles ne connaissaient pas. Celles qui ont persisté dans de telles approches pour la plupart n’existent plus ou se sont trouvées de nouveaux horizons.

Les autres - et notamment les plus grandes - ont accepté de travailler ensemble, entre elles d’abord et en étroite liaison avec des acteurs associatifs reconnus dans ce domaine.

Le lancement d’un consortium e-learning regroupant Digitalbrain ou Line Communications avec des CISCO et autres Intel ou Nokia sous l’égide de la Commission européenne constitue à cet égard plus qu’un symbole. Certes des entités analogues existaient bien évidemment, mais leurs représentants n’étaient guère transcender des rencontres plus ou moins protocolaires. Aujourd’hui, il s’agit de développer des projets et d’obtenir à chaque fois des résultats concrets dans les dix-huit mois.

Il s’agit également de reprendre sérieusement le débat sur les normes que des structures qui ne représentent qu’elles même s’étaient ici et là appropriées pour permettre à leurs représentants de développer leurs propres stratégies : le Consortium entend aujourd’hui s’en charger réellement à l’échelle de l’ensemble de l’Europe.

Il en est de même pour ce qui est des partenariats entre le secteur public et le secteur privé dont Viviane Reding a souligné récemment son souhaits qu’ils puissent jouer réellement un rôle-clef dans le développement et la mise en œuvre de solutions performantes d’apprentissage en ligne.

Le e-learning et la recherche.

Le rapport du e-learning à la recherche aujourd’hui menée dans les laboratoires dans un certain nombre de domaines constitue pour les années qui viennent une condition même de sa crédibilité.

Toutes nos observations et analyses l’ont confirmé tout au long de ces six dernières année : les liens construits en ce domaine entre les usages et la recherche assurent seuls des chances de viabilité économique des projets d’entreprises d’une part, la confiance des divers acteurs d’autre part. Malgré nos propres avertissements et ceux en fait de bon nombre de chercheurs intervenus dans nos séminaires, ce n’est malheureusement pas ce qui a été fait en France où la rhétorique a souvent remplacé l’expertise, et nous n’avons malheureusement pas fini d’en payer le prix.

Les recherches menées sur un certain nombre d’outils devraient pourtant nous amener à changer de voie.

Nous ne mentionnerons naturellement ici que deux exemples parmi bien d’autres qui nous apparaissent comme particulièrement significatifs.

Pour ce qui est du champ de l’ingénierie linguistique, les outils d’indexation et de recherche textuelles intégrant la notion de sémantique sont évidemment essentiels à l’avenir pour accompagner toute démarche d’apprentissage en ligne.

A Montpellier, le centre de recherche d’une société suisse a ainsi édité un moteur de recherche baptisé AMI et qui a cherché à exploiter différents types d’algorithmes et de disciplines, de la logique floue, des agents intelligents, et qui permet de répondre à des requêtes formulées en langage naturel et de chercher l’information qui correspond à la demande. Il apprend surtout à connaître ses interlocuteurs et crée un profil qu’il enrichit au fil des requêtes.

Dans un tout autre domaine, l’exemple d’un logiciel crée par une jeune entreprise de Sophia-Antipolis et permettant de joindre un message enregistré à une présentation réalisée sous forme de texte ou de graphique constitue un excellent terrain d’analyse de la portée pédagogique ou des possibilités de plus grande mémorisation offertes par de tels compléments.

Il est aujourd’hui plus important de contribuer au développement de telles technologies et de les intégrer dans les pratiques quotidiennes d’apprentissage, de participer également le cas échéant aux diverses phases de leur mise au point que de continuer de rédiger des rapports déconnectés de toute connaissance des évolutions technologiques. 

Tels sont donc en tout cas les trois défis majeurs que tous les acteurs du e-Learning vont devoir, nous semble-t-il, prendre en compte.

Peut-être est ce d’ailleurs à Dijon, à l’occasion des prochaines rencontres européennes, qu’il conviendra de suivre plus particulièrement la fortune future de ces diverses approches. La Bourgogne resterait par là-même fidèle à sa culture pluriséculaire de constitution et de gestion des savoirs dans un horizon culturel ouvert.