Gardez le CAP !

Cyberedito

- Fevrier 2003

ET SI NOUS LA CONSTRUISIONS MAINTENANT, TOUS ENSEMBLE, L’EUROPE DE L’INNOVATION ?

Le dernier rapport de la Commission Européenne sur l’innovation contient des statistiques affligeantes quant à notre incapacité collective à innover dans nos modèles économiques, notre inventivité dans le transfert technologique et, pour tout dire, nos attitudes et nos formulations au quotidien. Car, au-delà même des chiffres, nos sociétés - la française probablement en tout premier lieu - se refusent à faire leur deuil collectif de plusieurs années de bavardage sur les infotechnologies, la défunte nouvelle économie, la citoyenneté en réseau…et pour couronner le tout, de société de la connaissance. On a tout simplement oublié qu’avec de tels objectifs, nous le rappelions dans notre dernière lettre, il fallait beaucoup de savoirs et un travail constant de mise à jour des connaissances de chaque acteur, singulièrement dans les domaines économiques et culturels. Et ce à tous les niveaux. Dans le domaine des médias, chacun a ainsi pu constater la fin de multiples aventures journalistiques : manque de réflexion en ce qui concerne les modèles économiques potentiels certainement, mais aussi et surtout absence tragique de recours à des savoirs et à leur validation.

Devant un tel constat d’invasion de rhétorique creuse, les proclamations dépourvues de références à des analyses théoriques aussi bien qu’aux expérimentations concrètes que l’on peut trouver en Europe sur les sujets les plus divers, un tel manque de visibilité en réalité n’a guère gêné les discoureurs, bien au contraire, dans la mesure où le manque d’arguments concrets permet de faire prendre des affirmations un peu courtes pour autant de vérités…

Il nous faut donc à tout prix tenter de contribuer les uns comme les autres à modifier de telles attitudes. Pour cela, il nous faudra trouver de nouvelles modalités de médiation et de rencontres : la plupart des formes de débats et des possibilités de transmission de connaissances, nous le savons, sont mal en point. On en viendrait pour un peu à regretter les bonnes vieilles séances des sociétés savantes regroupant autour d’un spécialiste et de ses publications papier tous ceux que passionnait la société dans laquelle ils vivaient, son passé, ses capacités de prospective et peut-être avant tout la connaissance en tant que telle sans laquelle ils n’auraient jamais osé émettre la moindre affirmation…

Il est impératif donc d’inventer de nouvelles formes de rencontres avec vrais experts et savants authentiques ; il faut donner la possibilité à chacun de s’informer avant et après de telles rencontres, en ligne ou non, et peut-être tout simplement de retrouver le plaisir de l’accès au savoir. Sans cela, la ville numérique de demain risque fort d’être encore moins conviviale que la nôtre, objet de campagnes de communication trop bien formatées et qui n’auraient certainement pas comme objet majeur de proposer des moyens conséquents de mieux vivre ensemble.

Bref, ce sont probablement de nouveaux lieux qu’il convient de créer pour nous réunir un soir ensemble, fut-ce à distance entre des villes européennes, autour de tous ceux, au travers de leurs connaissances diverses sur nos sociétés, peuvent aider chacun à mieux comprendre et agir. L’ère des dîners-débat a partiellement vécu, de même que celle des questions au fond de vielles salles de cinéma. Les enjeux de société actuels ont besoin de nouvelles formes d’évocation, de présentation et de discussion. Sans cela, nous n’aurons pas les armes nécessaires pour savoir et donc innover dans nos villes, nos entreprises, nos administrations et certainement nos vies.

Laura Garcia Vitoria

Alternatives - Prochaine manifestation CAP
Parce qu'une crise profonde affecte l'ensemble de notre société et cependant des alternatives existent.