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Cyberedito

A PROPOS DE MANAGEMENT DES SAVOIRS
Vous avez dit intelligence ou ignorance?

Les stratégies de gestion des savoirs ont désormais la côte. Au moment où les horizons du bavardage en (et sur) les réseaux commencent heureusement à se restreindre, les cafés du commerce des internautes se sont donnés le mot d'ordre du repli sur l'intelligence…

Après tout pourquoi pas observer, faute d'autres terrains de théorisation rapide, la production et la transmission de savoirs. Après neuf siècles de développement de la vie universitaire en Europe, c'est là une valeur sûre à l'horizon de la genèse d'une société fondée sur la connaissance.

Nos stratèges du marketing à la minute n'hésitent d'ailleurs guère sur la surenchère que ce soit en manière de partage des connaissances (ils ignorent en général Aristote, même s'ils disent l'avoir fréquenté dans le texte…à l'occasion d'une journée " porte ouverte " universitaire) ou pire encore de " citoyenneté électronique " où précisément les nouveaux rapports au savoir semblent étrangement absents. De Boèce à Leibnitz, nos classiques n'ont qu'à bien se tenir.

Un ouvrage récemment paru n'affirme-t-il pas que " la connaissance est fondamentalement incorporée dans l'humain et qu'en ce sens il s'agit bien d'un facteur de production " ? L'ésotérisme non plus n'est souvent pas bien loin, lorsqu'est évoqué " le seuil magique où le savoir démultiplie la richesse "…A force de " chaos cognitif ", on comprend mieux que l'évolution du " clivage entre économie du savoir et société du savoir " se fasse " au détriment bien sûr des productions intellectuelles molles (philosophiques, culturelles) "…

De tels propos nous rapprochent à vrai dire singulièrement des sophistes contemporains de Platon qui nous rappellent que si tout cela peut être énoncé, le contraire est vrai aussi.

Et si, tout à l'inverse, Internet nous renvoyait d'abord à trois millénaires de construction intellectuelle comme vecteurs d'apprentissage et d'innovation ? Les technologies numériques de l'information nous resituent avec force à l'horizon de nos identités et donc des modalités spécifiques portées par ces identités pour organiser nos savoirs en véritables systèmes conceptuels.

C'est bien en cela notamment qu'elles nous rendent - bien plus qu'elles ne nous enlèvent - nos repères en termes d'espace et de temps. Au fond, tous les grands moments de mutation en Europe n'ont-ils pas engendré leurs propres débats sur les universaux ?

Laura Garcia Vitoria, Présidente du Club d'Analyses Prospectives

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