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Cyberedito - janvier 2005

Don Quichote, un modèle pour demain ?

Laura Garcia Vitoria

Le quatrième centenaire de la publication du Don Quichotte de Cervantès et les centaines de manifestations prévues en Europe et aux Etats-Unis font prendre à ce qui ne pourrait constituer, sommes toutes, qu’une simple commémoration littéraire une ampleur qui mérite analyse quant à la gestion contemporaine de notre mémoire collective et sur les enjeux économiques, intellectuels et sociétaux que nous lui conférons.

Référent culturel, il peut l’être sans nul doute et ce à bien des titres.

Les pérégrinations du chevalier itinérant ne nous font-elles pas singulièrement penser à nos théorisations - et pratiques - contemporaines de la mobilité, théorisations et pratiques dont les finalités, avouons-le, ne sont pas toujours très bien établies. Il y a là une source quasi-inépuisable de réflexions pour les acteurs du champ des télécommunications, plus riche certainement en enseignements que certaines lettres de désinformation relatives aux technologies de demain. Pas étonnant, en tout cas, que le Net Art veuille s’en inspirer.

C’est bien évidemment aussi - et peut-être surtout - l’homme de tous les fantasmes et notre société contemporaine ne semble nullement devoir être en état de manque à cet égard  : entre l’homme qui prend les moulins à vent pour des géants à combattre avec noblesse et courage, quitte à ne guère se préoccuper d’objectifs plus concrets et peut-être plus urgents pour lui, et nos tribuns altermondialistes, il n’y a à l’évidence que fort peu de différences : ainsi, aucun organisme officiel n’a payé son voyage à travers la Mancha (en tout cas, le texte de Cervantès n’en dit mot…).

Enfin, l’exigence contemporaine de comportements plus éthiques et plus responsables peut à bon droit revendiquer certaines de ses formules à l’emporte pièce pour mieux ridiculiser, plus que jamais, ceux qui sont prêts à tout pour une parcelle de pouvoir ou une tâche lucrative. Ainsi point de harangue ici destinée aux citoyens de la Mancha : le bon Sancho Pansa lui-même estimerait avoir mieux à faire que de jouer les communiquants ignorants.

L’occasion est donc trop belle pour ne pas résister à la tentation d’esquisser tout au long de l’année quelques parallèles entre la société de l’époque de Cervantès et la nôtre au travers du suivi de cette commémoration. Après tout, Don Quichotte ne pourrait-il constituer la meilleure des images pour une époque qui, à nouveau, repart à la recherche de ses valeurs pour se constituer en société du savoir ?

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