Un vrai défi scientifique se trouve aujourd'hui lancé à grande échelle à tous les spécialistes de la gestion des connaissances : jusqu'il y a peu, leur discipline se cantonnait souvent à l'univers de l'entreprise et de l'administration, il s'ouvre aujourd'hui à l'ensemble des territoires et à la prospective de leur gestion au travers des programmes de villes de la connaissance que de nombreuses villes ont lancé en Europe au début de ce siècle, en Espagne d'abord - dans de nombreuses villes, à l'instar par exemple de Saragosse -, mais également récemment en Allemagne et en Italie. Veiller à la transmission et à l'échange des savoirs non seulement entre acteurs territoriaux mais entre habitants, répondre aussi à l'irruption de technologies créatrices de véritables noosphères territoriales, telle semble être ainsi l'une des tâches majeures des collectivités locales de demain. La gestion des connaissances, au-delà même d'une prise en compte de plus en plus aigue des possibilités offertes en la matière par les technologies de communication sans fil et celles de la radiofréquence, devient ainsi un champ majeur pour les sciences de l'administration et de la gestion des territoires, au travers notamment de nouveaux dispositifs tels que les bornes installées dans les espaces publics permettant la diffusion de journaux, le marquage de l'espace, la géo-information - sa spatialisation -, les chaînes de programmes sur demande basées sur une infrastructure de géolocalisation, les vidéoblogs, la réalisation de journaux télévisuels par les habitants, la balado-diffusion des connaissances, les applications de la réalité augmentée qui nous donne à voir, au travers de nos lunettes un monde environnant légendé, fléché, annoté et surligné, où le nom de chaque monument apparaît dès qu'il entre dans le champ visuel et où la signalétique semble accrochée sur le réel. L'informatique ubiquitaire est sur le point de transformer assez largement les modalités de l'administration de nos territoires, avec notamment une information diffuse traitant des données collectées en fonction de la position des objets qui les contiennent et de leurs déplacements relatifs, principe permettant d'enrichir les objets courants avec une intelligence contextuelle embarquée. Les nanotechnologies étant par ailleurs en train de rendre possible et économiquement viable le développement de géocapteurs à bas prix et à faible consommation d'énergie, nous sommes conduits à imaginer de même la multiplication prochaine de réseaux sans fils capables d'être utilisés pour une multitude d'applications simultanées dont celles évoquées ici ou mobilisant plus généralement les contenus d'agences intellectuelles en ligne dont les premières se développent sous nos yeux. Si le Web 2.0 peut de la sorte être à l'origine de ce qu'Edgar Morin appelle l'émergence d'un nouveau niveau d'organisation, une alliance de groupes allemands regroupant Siemens, Daimler Chrysler et l'institut berlinois Fraunhofer en fournit une illustration en développant un service d'information sur Internet et ondes radio réagissant à la voix, système qui permettra aux automobilistes d'obtenir une réponse via la radio. On imagine ainsi le développement de communautés cognitives locales et surtout une modification majeure des formes de gestion, voire d'exercice du pouvoir. En cela aussi réside - à l'horizon de la seconde décennie de ce siècle - le challenge de territorialisation de la transmission et de la structuration des connaissances.LGV
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