
Atelier ARENOTECH
Cité des Sciences et de l’Industrie 28/29/30 mars 2001
Paridad
e igualdad de oportunidades
Mujer y estudios cientificos : la gran esperanza de las jóvenes
Bonjour !
Je m’appelle Assia Mokhtari.
Ecoutez ce que nous disait Coluche, en 1975, dans un sketch intitulé « Le Blouson noir » :
(En voix off, extrait de la bande sonore) :
« Dieu... Tiens, par exemple, c'est lui
qu'a dit : " l'homme est égaux ".
Il a dit aussi : " Il y aura des hommes blancs, des hommes noirs,
des hommes jaunes, des hommes grands, des hommes petits, des hommes beaux, des
hommes moches et tous seront égaux… mais ça sera pas facile !"
Et puis il a dit : " Y en a même qui seront noirs, petits et moches et…
pour eux, ça sera très dur !"
Il avait prévenu, il a pas pris en traître. D'ailleurs, c'est dur d'être égaux ! »
Ces phrases ont vingt-six ans et pas une ride. Aujourd’hui, s’il était encore là, Coluche pourrait écrire : « Y en a même qui seront femmes… algériennes… et handicapées. Pour elles, ça sera… très… très… très dur ! »
Or, c’est ce que je suis : femme… algérienne… et handicapée !
Reconnaissez que ça fait beaucoup !
Pourtant, j’aurais pu naître sur une autre terre, avoir une silhouette de rêve, des jambes interminables et pas la moindre canne au bout de chaque bras. Mon corps aurait pu être élancé, harmonieux, mobile et agile…
Ca ne s’est pas fait comme ça. Tant pis pour moi ! Ou tant mieux ! Nous y reviendrons.
Donc, je m’appelle Assia Mokhtari et j’ai eu la chance de naître dans une famille qui m’a appris, au lieu de me lamenter sur mon sort, à tirer parti de mes atouts…
Si, si ! J’en ai, des atouts… Je sais… Ce n’est pas ce qu’on voit en premier quand on me regarde. Mais je vous assure que j’ai des atouts !
Ma famille, donc, m’a poussée à entreprendre. Elle m’a encouragée quand j’échouais… félicitée quand je réussissais… accompagnée vers l’autonomie…
Après de courtes études et deux emplois typiquement féminins de secrétaire administrative et sociale puis de réceptionniste, j’ai parié avec moi-même que j’étais capable d’entreprendre et de mener à terme une formation approfondie en Sciences de l’Information et de la Communication, et ce, loin de mon pays d’origine et de mes proches.
En choisissant ce domaine plutôt qu’un autre, je n’ai pas visé spécifiquement des études scientifiques, je n’ai pas non plus cherché à rivaliser avec les garçons, réputés plus matheux que les filles… Non ! J’ai juste opté pour ce qui m’intéressait le plus : la communication.
Normal ! penseront les machos de la salle à côté (je ne veux pas envisager qu’il y en ait ici…), normal, car :
è primo : handicapée donc peu mobile, si elle attrape un interlocuteur, elle ne doit plus le lâcher,
è et secundo, c’est une femme, qui plus est du Sud, elle est donc forcément bavarde comme une pie !
Or, j’ai un gros défaut (Si, si ! J’en ai aussi…) : je ne sais pas… ne pas relever les défis, y compris quand je me les lance à moi-même.
Alors, j’ai relevé mon propre défi et franchi avec succès les étapes du DEUG, de la licence et de la maîtrise…
Aujourd’hui, je suis en doctorat à l’Université de Perpignan, attachée au Laboratoire des Sciences de l’Information et de la Communication et Théorie des Systèmes.
Ma thèse repose sur la Sémiotique Peircienne, qui prend en considération le signe, quelle que soit sa nature, pour en faire une analyse approfondie, à savoir :
è ce qu’il fait,
è comment il agit sur l’interprète,
è quel effet il produit,
le tout en prenant en compte le contexte de production et de réception, à travers un processus cognitif.
Le but de ma recherche consiste à élaborer un modèle de conception multimédia pour la mise au point d’un outil destiné à faciliter l’intégration dans la société des handicapés auditifs.
Ce travail pourra déboucher sur :
è un outil thérapeutique de rééducation auditive pour les malentendants,
è ou sur un programme de traduction instantanée d’un langage oral en langage de signes,
è ou encore sur un logiciel d’apprentissage de la langue des signes.
Si ce sujet vous intéresse, nous pourrons en parler tout à l’heure.
Mais revenons à la parité, à l’égalité des chances et aux études scientifiques.
Longtemps, on a prétendu que si les filles boudaient les études scientifiques c’était à cause de leur sensibilité, de leur réceptivité, de leur subtilité, de leur affect puissant et d’un sentimentalisme exacerbé… et que, par conséquent, la rigueur, la méthode, la logique imparable des démonstrations et des expériences les rebutaient.
Lorsque quelques écervelées ont insisté au point de devenir médecins, chimistes, polytechniciennes, astrophysiciennes ou pilotes de chasse… on les a taxées d’être les exceptions qui confirment la règle.
Lorsque ces exceptions se sont multipliées jusqu’à devenir majoritaires dans certains domaines, on a reconnu du bout des lèvres que, certes, ces catégories de filles réussissaient mieux que leurs homologues masculins mais uniquement parce qu’elles travaillaient davantage, sous-entendant par là que c’est ce surcroît de travail, et lui seul, qui serait à l’origine de leur réussite et en aucun cas une conformation particulière de leur cerveau.
Autrement dit, on veut bien reconnaître que certaines sont besogneuses et tirent les fruits de leur opiniâtreté, mais plus difficilement qu’elles disposent, intrinsèquement, d’une aptitude à observer, comprendre, imaginer, concevoir, construire, en résumé, à faire preuve d’intelligence scientifique.
Or pour besogner, il faut être en bon état de marche. Mieux, il faut courir vite ! Et si la plupart des filles ont les jambes plus courtes que celles des garçons, moi, j’ai des jambes plus courtes que celles de toutes les filles.
Ma seule solution pour pallier cette carence, eh bien ! c’était de faire encore davantage marcher mon cerveau, de faire courir mon cerveau. C’est ce que j’ai fait. Vous avez devant vous une femme… algérienne… handicapée… au cerveau rapide et bien entraîné.
Je reviendrai l’année prochaine pour vous dire si cette femme a trouvé du travail dans le champ qui l’intéresse.
Coluche avait raison : c’est très, très, très, dur !
Mais ce qui est difficile, charpente ! Et une bonne charpente, ça protège et ça donne confiance.
Alors, résumons-nous : Je m’appelle Assia Mokhtari, je suis femme… algérienne… handicapée… bientôt docteur ès Sciences et… j’ai confiance en moi !
Maintenant, je suis prête à répondre à vos questions.