Centre
International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéene
Institut Agronomique
Méditerranéen de Montpellier |
 |
Intrenational
Cent for Advanced Mediteranean
Agronomique Studies
Mediterranean Agronomic
Institut of Monpellier |
Projet d'appui aux dynamiques de développement
des territoires rureaux en Méditerranée
Isabelle Tyminski, CIHEAM-IAMM
- 1. Contexte : des spécificités
et des déterminants communs, au Nord et au Sud
- 2. Finalité du projet et
bénéficiaires
- 3 . Organisation et mode opératoire
1. Contexte : des spécificités
et des déterminants communs, au Nord et au Sud
Les territoires méditerranéens se trouvent
confrontés à un ensemble de contraintes et d’évolutions
auxquelles ils devront faire face dans les prochaines années :
- Au Sud de la Méditerranée, l’urbanisation et la
littoralisation s’intensifient (en 2025, 80 % de la population des
pays méditerranéens sera concentrée sur une bande
côtière de 30 km de profondeur, UNESCO), avec le risque d’un
gonflement non maîtrisé des villes. Alors que les espaces
ruraux concentrent encore une population importante, ils continuent à
se paupériser et constituent des lieux d’instabilité
sociale et de départ de migrants vers les villes ou hors des frontières.
- Au Nord, où une tendance au repeuplement des zones rurales s’amorce
lentement, les évolutions démographiques s’accompagnent
d’une forte réduction du poids de l’agriculture, d’un
redéploiement des activités économiques, d’une
transformation de la structure sociale des espaces ruraux et de la montée
de nouvelles exigences en matière d’environnement et de qualité
de vie. La mise en concurrence des espaces s’effectue dans le cadre
d’une économie globale ouverte, où chaque espace doit
jouer la carte de l’attractivité pour les capitaux et les
compétences humaines.
La prise en compte des espaces ruraux apparaît ainsi en Méditerranée
comme un impératif en termes de gouvernance, de stabilité
sociale, de régulation de l'immigration et de développement
durable. Pour réussir, les nouvelles politiques de développement
rural, fondées sur des approches territoriales décentralisées,
devront être capables de mobiliser les ressources de chaque territoire
et de tirer profit des progrès technologiques et des aspirations
nouvelles des populations.
Si la situation des espaces ruraux apparaît très
contrastée entre le Nord et le Sud de la Méditerranée,
un ensemble de déterminants communs existent pourtant, qui confirment
la pertinence d’une approche territoriale du développement
rural sur cet espace. On évoquera en particulier :
- La question de l'avenir de l'agriculture : L’héritage
technique et culturel spécifique lié aux productions méditerranéennes,
à des paysages fortement agricolisés et à un régime
alimentaire reconnu, est aujourd’hui menacé par la globalisation
et l’uniformisation. De même, l'ouverture des marchés,
la montée en puissance des pays émergents dans le domaine
agricole, la prise en compte grandissante des préoccupations environnementales
et les nouvelles exigences des consommateurs en matière de qualité
poussent à une réflexion sur l'avenir de l'agriculture méditerranéenne
du Nord et du Sud et sur les conditions de sa durabilité. Le territoire,
dans sa capacité à intégrer populations, environnement
et activités économiques, apparaît comme une référence
pertinente pour engager cette réflexion et identifier les conditions
de compétitivité et de durabilité de l'agriculture
méditerranéenne de demain.
- Le rôle croissant de la gouvernance locale : Au Nord, les
processus de décentralisation, puis de participation de la société
civile à la vie locale, se sont particulièrement développés
durant les deux dernières décennies. Ils sont devenus aujourd'hui
incontournables avec la création en milieu rural de nombreuses
structures territoriales de développement telles que les Syndicats
intercommunaux, les GAL, les Pays, … Le même phénomène
s'amorce au Sud, dans un contexte politique et historique très
différent, qui rend cette réorganisation des pouvoirs et
des attributions particulièrement délicates, autant pour
les pouvoirs centraux que pour les nouvelles autorités et organisations
locales.
- La relocalisation de l'économie : Différents éléments
du monde moderne concourent à redonner aux territoires une place
importante dans les processus de développement :
- on assiste à une segmentation toujours plus grande des marchés
et des produits (les économistes parlent d'économie post-fordiste),
avec une valorisation nouvelle du territoire (IG, produits du terroirs,
qualité de vie, …) ;
- la lutte contre l'effet de serre et le renchérissement des coûts
du transport notamment pourraient conduire à une revalorisation
des marchés de proximité et des produits locaux (pour l'alimentation
mais aussi pour la construction par exemple) ;
- les nouvelles technologies favorisent également cette relocalisation
selon deux modes : par l'abolition des distances entre producteurs et
consommateurs, entre apprenants et formateurs, entre administrés
et administrants, qui fait perdre à la ville son caractère
de passage obligé ; par la mise à disposition de technologies
qui permettent de s'affranchir de l'existence d'un réseau national
(téléphonie, électricité, …).
- La montée des périls environnementaux : Perte des
meilleures terres agricoles au profit du développement des villes,
érosion, surexploitation des ressources en eau, salinisation des
sols, surpâturage et désertification, … sont autant
de phénomènes qui caractérisent aujourd'hui le milieu
rural méditerranéen. D’un côté, la rapide
croissance démographique pousse à une intensification de
l’agriculture qui accroît les risques sur l’environnement.
De l’autre coté, l'abandon par les populations rurales d'espaces
trop défavorisés constitue une forme d'appauvrissement,
avec le retour des friches et la disparition d'aménagements qui,
pour certains, fonctionnaient depuis des siècles. Les questionnements
liés aux productions agricoles, au pastoralisme et à la
gestion de l’eau, et en particulier de l’eau agricole, sont
au cœur de ces mutations.
Les espaces naturels supportent les mêmes menaces. De nombreuses
espèces animales et végétales sont en danger, on
assiste à la disparition progressive des dernières zones
humides à forte biodiversité et le littoral subit, déjà
de manière critique, les activités humaines.
Si les prévisions se confirment, et l'on ne fait pas référence
aux scénarios les plus pessimistes, les effets du changement climatique
global viendront accentuer une situation déjà inquiétante
: hausse du niveau de la mer, augmentation des catastrophes naturelles,
modification des écosystèmes, réduction du débit
des fleuves, …
Comment et avec quelle énergie sera prise en compte cette problématique
environnementale ? S'il est encore difficile de le prévoir aujourd'hui,
il est par contre assuré que les territoires ruraux seront mobilisés
et qu'ils devront porter leur part des politiques de développement
durable qui ne manqueront pas d'être engagées dans les deux
prochaines décennies.
- L’articulation entre le rural et l’urbain : Alors que
la frontière entre le rural et l’urbain a longtemps été
très nette, on assiste aujourd'hui à une imbrication plus
complexe de ces deux espaces, sous la pression de différents facteurs
: au Sud, renchérissement de la vie urbaine, incapacité
des villes à offrir des emplois stables, … ; au Nord, amélioration
des moyens de transport, recherche d'une nouvelle qualité de vie,
… Tous ces éléments concourent à appréhender
ces deux espaces non plus comme des espaces antagonistes mais plus comme
des espaces complémentaires, amenés chacun à jouer
un rôle dans les processus de développement territorial.
L’agriculture, occupant tout à la fois l’espace rural,
urbain et péri-urbain, se trouve au cœur de ces questionnements.
Comment, par exemple, assurer au Nord la pérennité d’un
paysage rural en voie d’urbanisation lorsqu’il se construit
sur une grande production comme la vigne ? Au Sud, comment traiter
la question de la place de l’agriculture urbaine et péri-urbaine
comme source d’approvisionnement des villes ?
- La question de la cohésion territoriale et des migrations :
Alors que les espaces ruraux au Sud de la Méditerranée concentrent
encore une population importante, ils continuent à se paupériser
et constituent des lieux d’instabilité sociale et de départ
de migrants vers les grandes villes et hors des frontières. La
libéralisation des échanges agricoles fait craindre l'accélération
de cet exode rural, alors que les perspectives d'emploi dans les domaines
industriels et des services restent très modestes et que nombre
de villes ont de plus en plus de difficultés à offrir à
leurs habitants des conditions de vie décentes.
Le traitement de la crise des espaces ruraux est donc nécessaire
si l'on ne veut pas assister à une intensification du phénomène
migratoire. En aidant chaque territoire à mobiliser ses ressources
propres et ses potentialités au bénéfice de son développement,
les politiques territoriales de développement constituent des politiques
de cohésion qui devraient contribuer à réduire la
migration associée à la pauvreté.
2. Finalité du projet et bénéficiaires
Dans l’optique de construire une vision et une
compréhension partagées, au Nord et au Sud de la Méditerranée,
du développement des territoires ruraux, le projet a pour finalité
de fournir un référentiel commun et d’induire une
meilleure appropriation collective et une meilleure défense des
intérêts de cette région.
De manière plus large, la construction d’une
appréhension commune des déterminants et des enjeux du développement
des territoires ruraux et l’élaboration de stratégies
de complémentarités entre territoires du Nord et du Sud
de la Méditerranée pourront également contribuer
à forger la communauté de valeurs et d’intérêts
qui est recherchée sur cet espace.
L’objectif du projet est de mettre à disposition
des acteurs impliqués dans la définition et la mise en œuvre
des politiques et des projets de développement des territoires
ruraux, les outils conceptuels et méthodologiques et de fournir
les connaissances nécessaires leur permettant d’améliorer
la pertinence de leurs réflexions et de renforcer l’efficience
des actions mises en œuvre.
Les bénéficiaires directs du projet sont
les collectivités locales impliquées dans des actions de
développement des territoires ruraux, les acteurs locaux de ces
territoires au travers des ONG, associations de développement local
et organisations professionnelles, les services de l’Etat concernés
(développement rural, agriculture, environnement, aménagement
du territoire, etc.) et les opérateurs.
3 . Organisation et mode opératoire
Dès son démarrage, le projet engagera une
phase d'identification des dynamiques novatrices à l’œuvre
aujourd’hui dans les territoires ruraux, cette phase se poursuivant
tout au long du projet pour alimenter les autres composantes du projet.
En partant des signes faibles qui pourraient devenir les modèles
de demain, le projet permettra ainsi d’explorer certaines pistes
futures, d'en analyser les déterminants et de contribuer, directement
ou indirectement, à leur implantation. En identifiant, grâce
à la recherche notamment, les incertitudes et les marges de manœuvre,
il fournira une aide à la décision. En mettant cette connaissance
à la disposition des acteurs locaux, il les aidera dans la conception
et la formalisation de projets innovants et porteurs d’avenir.
Par l’appui très concret qu’il fournira
aux acteurs locaux sous forme d’accompagnement (au travers de missions
d’expertise pour préciser un projet, de formations pour aider
les porteurs d’initiative à gérer leur affaire, d’appui
- conseil pour faciliter la recherche de financements…), le projet
leur permettra de mettre en œuvre leurs projets, de façon
opérationnelle et suivie.
Le projet permettra enfin l’élaboration
d’argumentaires, de plaidoyers et de supports d’information,
construits sur des bases précises de connaissance du terrain et
des changements qui s’y produisent (par l’identification des
actions novatrices et l’appui rapproché fourni aux acteurs
locaux). En ce sens, le projet permettra d’explorer ce qui peut
être fait aujourd’hui pour le développement des territoires
ruraux de demain, de nourrir la réflexion des décideurs
pour construire des politiques et des stratégies éclairées.
Il comportera deux composantes principales :
1. Un réseau d’échanges sur les dynamiques
d’adaptations aux changements
Les travaux conduits dans le cadre du réseau seront centrés
sur la collecte d’information, la production d’analyses, d’outils
et de méthodes et sur la mise en relation des acteurs et partenaires.
Par exemple, le réseau rassemblera et mettra à la disposition
des acteurs et partenaires des informations actualisées et des
analyses fiables sur les dynamiques de développement des territoires
ruraux en Méditerranée (agricoles, démographiques,
économiques, sociales, problématique urbain/rural…)
et sur les initiatives individuelles et collectives porteuses d'un développement
durable. Il servira de passerelle vers les autres forums existants. Il
développera de nouveaux outils de diagnostic, d’information,
d’aide à la décision et d’accompagnement à
destination des différentes catégories d’acteurs de
développement.
2. Des actions d’accompagnement de formation, de
recherche et de conseil
A partir du recueil et du traitement de l’information issue des
activités du réseau d’une part et d’une animation
autour des besoins des différentes catégories d’acteurs
d’autre part, le deuxième volet du projet développera
une dynamique de formation, afin de fournir aux acteurs locaux des clés
pour mieux connaître et comprendre leur environnement et les enjeux
à venir et de proposer des méthodes pour les aider à
mieux programmer et construire le développement de leurs territoires.
Des propositions de recherche permettront d’explorer des thèmes
mis en évidence lors des travaux de collecte de l’information
et pour lesquels les connaissances demeurent insuffisantes. Enfin, des
actions de conseil et d’expertise seront mises en œuvre en
appui à des acteurs et opérateurs de développement
engagés dans des actions qui auront été jugées
innovantes ou porteuses d’enseignement d’intérêt
général.

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