Journée de présentation du Laboratoire des Territoires de Demain,

LE LABORATOIRE DES
TERRITOIRES DE DEMAIN

Sénat, le 7 janvier 2009 (9h - 12h)
Salle Monnerville

Laboratoire des Territoires de Demain mode d'emploi

Centre International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéene

Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier

Intrenational Cent for Advanced Mediteranean
Agronomique Studies

Mediterranean Agronomic Institut of Monpellier

Projet d'appui aux dynamiques de développement des territoires rureaux en Méditerranée

Isabelle Tyminski, CIHEAM-IAMM

  1. 1. Contexte : des spécificités et des déterminants communs, au Nord et au Sud
  2. 2. Finalité du projet et bénéficiaires
  3. 3 . Organisation et mode opératoire

1. Contexte : des spécificités et des déterminants communs, au Nord et au Sud

Les territoires méditerranéens se trouvent confrontés à un ensemble de contraintes et d’évolutions auxquelles ils devront faire face dans les prochaines années :
- Au Sud de la Méditerranée, l’urbanisation et la littoralisation s’intensifient (en 2025, 80 % de la population des pays méditerranéens sera concentrée sur une bande côtière de 30 km de profondeur, UNESCO), avec le risque d’un gonflement non maîtrisé des villes. Alors que les espaces ruraux concentrent encore une population importante, ils continuent à se paupériser et constituent des lieux d’instabilité sociale et de départ de migrants vers les villes ou hors des frontières.
- Au Nord, où une tendance au repeuplement des zones rurales s’amorce lentement, les évolutions démographiques s’accompagnent d’une forte réduction du poids de l’agriculture, d’un redéploiement des activités économiques, d’une transformation de la structure sociale des espaces ruraux et de la montée de nouvelles exigences en matière d’environnement et de qualité de vie. La mise en concurrence des espaces s’effectue dans le cadre d’une économie globale ouverte, où chaque espace doit jouer la carte de l’attractivité pour les capitaux et les compétences humaines.
La prise en compte des espaces ruraux apparaît ainsi en Méditerranée comme un impératif en termes de gouvernance, de stabilité sociale, de régulation de l'immigration et de développement durable. Pour réussir, les nouvelles politiques de développement rural, fondées sur des approches territoriales décentralisées, devront être capables de mobiliser les ressources de chaque territoire et de tirer profit des progrès technologiques et des aspirations nouvelles des populations.

Si la situation des espaces ruraux apparaît très contrastée entre le Nord et le Sud de la Méditerranée, un ensemble de déterminants communs existent pourtant, qui confirment la pertinence d’une approche territoriale du développement rural sur cet espace. On évoquera en particulier :
- La question de l'avenir de l'agriculture : L’héritage technique et culturel spécifique lié aux productions méditerranéennes, à des paysages fortement agricolisés et à un régime alimentaire reconnu, est aujourd’hui menacé par la globalisation et l’uniformisation. De même, l'ouverture des marchés, la montée en puissance des pays émergents dans le domaine agricole, la prise en compte grandissante des préoccupations environnementales et les nouvelles exigences des consommateurs en matière de qualité poussent à une réflexion sur l'avenir de l'agriculture méditerranéenne du Nord et du Sud et sur les conditions de sa durabilité. Le territoire, dans sa capacité à intégrer populations, environnement et activités économiques, apparaît comme une référence pertinente pour engager cette réflexion et identifier les conditions de compétitivité et de durabilité de l'agriculture méditerranéenne de demain.
- Le rôle croissant de la gouvernance locale : Au Nord, les processus de décentralisation, puis de participation de la société civile à la vie locale, se sont particulièrement développés durant les deux dernières décennies. Ils sont devenus aujourd'hui incontournables avec la création en milieu rural de nombreuses structures territoriales de développement telles que les Syndicats intercommunaux, les GAL, les Pays, … Le même phénomène s'amorce au Sud, dans un contexte politique et historique très différent, qui rend cette réorganisation des pouvoirs et des attributions particulièrement délicates, autant pour les pouvoirs centraux que pour les nouvelles autorités et organisations locales.
- La relocalisation de l'économie : Différents éléments du monde moderne concourent à redonner aux territoires une place importante dans les processus de développement :
- on assiste à une segmentation toujours plus grande des marchés et des produits (les économistes parlent d'économie post-fordiste), avec une valorisation nouvelle du territoire (IG, produits du terroirs, qualité de vie, …) ;
- la lutte contre l'effet de serre et le renchérissement des coûts du transport notamment pourraient conduire à une revalorisation des marchés de proximité et des produits locaux (pour l'alimentation mais aussi pour la construction par exemple) ;
- les nouvelles technologies favorisent également cette relocalisation selon deux modes : par l'abolition des distances entre producteurs et consommateurs, entre apprenants et formateurs, entre administrés et administrants, qui fait perdre à la ville son caractère de passage obligé ; par la mise à disposition de technologies qui permettent de s'affranchir de l'existence d'un réseau national (téléphonie, électricité, …).
- La montée des périls environnementaux : Perte des meilleures terres agricoles au profit du développement des villes, érosion, surexploitation des ressources en eau, salinisation des sols, surpâturage et désertification, … sont autant de phénomènes qui caractérisent aujourd'hui le milieu rural méditerranéen. D’un côté, la rapide croissance démographique pousse à une intensification de l’agriculture qui accroît les risques sur l’environnement. De l’autre coté, l'abandon par les populations rurales d'espaces trop défavorisés constitue une forme d'appauvrissement, avec le retour des friches et la disparition d'aménagements qui, pour certains, fonctionnaient depuis des siècles. Les questionnements liés aux productions agricoles, au pastoralisme et à la gestion de l’eau, et en particulier de l’eau agricole, sont au cœur de ces mutations.
Les espaces naturels supportent les mêmes menaces. De nombreuses espèces animales et végétales sont en danger, on assiste à la disparition progressive des dernières zones humides à forte biodiversité et le littoral subit, déjà de manière critique, les activités humaines.
Si les prévisions se confirment, et l'on ne fait pas référence aux scénarios les plus pessimistes, les effets du changement climatique global viendront accentuer une situation déjà inquiétante : hausse du niveau de la mer, augmentation des catastrophes naturelles, modification des écosystèmes, réduction du débit des fleuves, …
Comment et avec quelle énergie sera prise en compte cette problématique environnementale ? S'il est encore difficile de le prévoir aujourd'hui, il est par contre assuré que les territoires ruraux seront mobilisés et qu'ils devront porter leur part des politiques de développement durable qui ne manqueront pas d'être engagées dans les deux prochaines décennies.
- L’articulation entre le rural et l’urbain : Alors que la frontière entre le rural et l’urbain a longtemps été très nette, on assiste aujourd'hui à une imbrication plus complexe de ces deux espaces, sous la pression de différents facteurs : au Sud, renchérissement de la vie urbaine, incapacité des villes à offrir des emplois stables, … ; au Nord, amélioration des moyens de transport, recherche d'une nouvelle qualité de vie, … Tous ces éléments concourent à appréhender ces deux espaces non plus comme des espaces antagonistes mais plus comme des espaces complémentaires, amenés chacun à jouer un rôle dans les processus de développement territorial. L’agriculture, occupant tout à la fois l’espace rural, urbain et péri-urbain, se trouve au cœur de ces questionnements. Comment, par exemple, assurer au Nord la pérennité d’un paysage rural en voie d’urbanisation lorsqu’il se construit sur une grande production comme la vigne ? Au Sud, comment traiter la question de la place de l’agriculture urbaine et péri-urbaine comme source d’approvisionnement des villes ?
- La question de la cohésion territoriale et des migrations : Alors que les espaces ruraux au Sud de la Méditerranée concentrent encore une population importante, ils continuent à se paupériser et constituent des lieux d’instabilité sociale et de départ de migrants vers les grandes villes et hors des frontières. La libéralisation des échanges agricoles fait craindre l'accélération de cet exode rural, alors que les perspectives d'emploi dans les domaines industriels et des services restent très modestes et que nombre de villes ont de plus en plus de difficultés à offrir à leurs habitants des conditions de vie décentes.
Le traitement de la crise des espaces ruraux est donc nécessaire si l'on ne veut pas assister à une intensification du phénomène migratoire. En aidant chaque territoire à mobiliser ses ressources propres et ses potentialités au bénéfice de son développement, les politiques territoriales de développement constituent des politiques de cohésion qui devraient contribuer à réduire la migration associée à la pauvreté.

2. Finalité du projet et bénéficiaires

Dans l’optique de construire une vision et une compréhension partagées, au Nord et au Sud de la Méditerranée, du développement des territoires ruraux, le projet a pour finalité de fournir un référentiel commun et d’induire une meilleure appropriation collective et une meilleure défense des intérêts de cette région.

De manière plus large, la construction d’une appréhension commune des déterminants et des enjeux du développement des territoires ruraux et l’élaboration de stratégies de complémentarités entre territoires du Nord et du Sud de la Méditerranée pourront également contribuer à forger la communauté de valeurs et d’intérêts qui est recherchée sur cet espace.

L’objectif du projet est de mettre à disposition des acteurs impliqués dans la définition et la mise en œuvre des politiques et des projets de développement des territoires ruraux, les outils conceptuels et méthodologiques et de fournir les connaissances nécessaires leur permettant d’améliorer la pertinence de leurs réflexions et de renforcer l’efficience des actions mises en œuvre.

Les bénéficiaires directs du projet sont les collectivités locales impliquées dans des actions de développement des territoires ruraux, les acteurs locaux de ces territoires au travers des ONG, associations de développement local et organisations professionnelles, les services de l’Etat concernés (développement rural, agriculture, environnement, aménagement du territoire, etc.) et les opérateurs.

3 . Organisation et mode opératoire

Dès son démarrage, le projet engagera une phase d'identification des dynamiques novatrices à l’œuvre aujourd’hui dans les territoires ruraux, cette phase se poursuivant tout au long du projet pour alimenter les autres composantes du projet. En partant des signes faibles qui pourraient devenir les modèles de demain, le projet permettra ainsi d’explorer certaines pistes futures, d'en analyser les déterminants et de contribuer, directement ou indirectement, à leur implantation. En identifiant, grâce à la recherche notamment, les incertitudes et les marges de manœuvre, il fournira une aide à la décision. En mettant cette connaissance à la disposition des acteurs locaux, il les aidera dans la conception et la formalisation de projets innovants et porteurs d’avenir.

Par l’appui très concret qu’il fournira aux acteurs locaux sous forme d’accompagnement (au travers de missions d’expertise pour préciser un projet, de formations pour aider les porteurs d’initiative à gérer leur affaire, d’appui - conseil pour faciliter la recherche de financements…), le projet leur permettra de mettre en œuvre leurs projets, de façon opérationnelle et suivie.

Le projet permettra enfin l’élaboration d’argumentaires, de plaidoyers et de supports d’information, construits sur des bases précises de connaissance du terrain et des changements qui s’y produisent (par l’identification des actions novatrices et l’appui rapproché fourni aux acteurs locaux). En ce sens, le projet permettra d’explorer ce qui peut être fait aujourd’hui pour le développement des territoires ruraux de demain, de nourrir la réflexion des décideurs pour construire des politiques et des stratégies éclairées.

Il comportera deux composantes principales :

1. Un réseau d’échanges sur les dynamiques d’adaptations aux changements
Les travaux conduits dans le cadre du réseau seront centrés sur la collecte d’information, la production d’analyses, d’outils et de méthodes et sur la mise en relation des acteurs et partenaires. Par exemple, le réseau rassemblera et mettra à la disposition des acteurs et partenaires des informations actualisées et des analyses fiables sur les dynamiques de développement des territoires ruraux en Méditerranée (agricoles, démographiques, économiques, sociales, problématique urbain/rural…) et sur les initiatives individuelles et collectives porteuses d'un développement durable. Il servira de passerelle vers les autres forums existants. Il développera de nouveaux outils de diagnostic, d’information, d’aide à la décision et d’accompagnement à destination des différentes catégories d’acteurs de développement.

2. Des actions d’accompagnement de formation, de recherche et de conseil
A partir du recueil et du traitement de l’information issue des activités du réseau d’une part et d’une animation autour des besoins des différentes catégories d’acteurs d’autre part, le deuxième volet du projet développera une dynamique de formation, afin de fournir aux acteurs locaux des clés pour mieux connaître et comprendre leur environnement et les enjeux à venir et de proposer des méthodes pour les aider à mieux programmer et construire le développement de leurs territoires. Des propositions de recherche permettront d’explorer des thèmes mis en évidence lors des travaux de collecte de l’information et pour lesquels les connaissances demeurent insuffisantes. Enfin, des actions de conseil et d’expertise seront mises en œuvre en appui à des acteurs et opérateurs de développement engagés dans des actions qui auront été jugées innovantes ou porteuses d’enseignement d’intérêt général.