Une histoire des lieux de savoirsAndré Jean-Marc LOECHEL, Président de la FTD La présente revue virtuelle - comme celles qui
l’ont précédé - accompagne un projet :
celui-ci en l’occurrence réside dans la constitution d’un
pôle de recherches et de formation regroupant des chercheurs à
l’échelle internationale aux côtés d’entreprises
et de collectivités ayant à affronter les défis de
l’économie du savoir. I - Les savoirs organisateurs de territoriesComme le souligne Christian Jacob (1)1, l’un des
premiers chercheurs à s’être lancé dans une
telle entreprise, comment des savoirs viennent-ils à faire corps,
à être partagés, à « faire lieu »
et plus encore à circuler dans des réseaux ? Quels
peuvent en être les raisons des échecs et des réussites ?
On s’efforcera de reprendre ici ses principales analyses au travers
essentiellement de trois constats principaux : * Les savoirs sont ensuite tout à la fois le produit et le principe constituant de configurations spatiales, d’une géographie physique, politique, économique, linguistique ou religieuse - ou tout en contraire s’en différencier totalement. Les prospectives territoriales qui omettront de prendre en compte une telle cartographie des savoirs auront à revoir leurs stratégies en matière de compétitivité économique. * Leur circulation est évidemment organisée
à travers des carrefours, relais, voies, réseaux, centres
et périphéries. Mais en même temps, comme on le sait,
ils « font lieu » à travers par exemple des
institutions qui les enracinent et qui les aident à déterminer
leurs sphères d’influence : c’est pour avoir négligé
ce constat pourtant fort simple que des responsables territoriaux n’ont
pu analyser les aléas de la matérialisation de certains
pôles de compétences, et ce aussi bien en termes d’attractivité
que de diffusion et donc de rayonnement… II - L’inscription spatiale des savoirs« Fonder, délocaliser, circuler, explorer, converger, déployer un réseau, aller du centre vers la périphérie, agir depuis le centre jusqu’à la périphérie… » ont toujours été les vecteurs d’une histoire spatiale des savoirs. A l’heure d’Internet des réseaux à haut ou très haut débit, cela est évidemment plus vrai que jamais au point d’être aujourd’hui au cœur de la prospective technologique des territoires. Les usages de la fibre optique et le développement d’une économie basée sur les savoirs se trouvent donc et se trouveront toujours plus intimement liés : matérialité des voies de communication, dynamiques sociales de la circulation et de la élaboration des connaissances en ligne, construction des configurations locales et régionales qui en sont le reflet et dont la région Alsace se veut aujourd’hui élaborer un référent européen. Ce d’autant que ce sont les logiques territoriales qui déterminent plus que jamais la mobilité des acteurs et la circulation des savoirs. On sait bien combien des villes et des régions ont à un moment donné incarné une conception plus particulière du savoir et de la science à travers la conjonction des institutions et des instruments qu’elles se donnaient et des projets sur lesquels les institutions territoriales accompagnaient leurs chercheurs et leurs entreprises dans une dynamique d’agrégation de leurs initiatives, une dynamique qui relie, traverse, recentre et redéploie. Il en est de même sous nos yeux, tant de nouvelles formes d’agencements de savoirs supposent des espaces particuliers d’observation ou d’expérimentation. Ces territoires se sont trouvés au carrefour de
facteurs de causalité multiples : Notes:1 On reprendra ici plusieurs points de son introduction
à l’ouvrage paru sous sa direction « Lieux de
savoirs. Espaces et communautés », Paris, 2007.
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