GROUPE DE RECHERCHE SUR

L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE

Sous la présidence de
Madame la Sénatrice Josette Durrieu et sous la direction d’André Jean-Marc Loechel

Compte rendu de la première réunion de travail du LivingLab Territoire de Demain (European Territories of Tomorrow Laboratory), le 5 novembre 2008 au Sénat (Franck Thomas, sociologue)

European Territories of Tomorrow Laboratory
Le Laboratoire des Territories de Demain

La réunion a été présidée par Mme Josette Durrieu, sénatrice et présidente du CG des Hautes Pyrénées qui a chaleureusement accueilli les participants dans l'enceinte du Sénat. La réunion a été dirigée par M. André Jean Marc Loechel, Fondation des Territoires de Demain.

Participants:
* Yves Chastan, sénateur-maire de Privas,
* Jean-Pierre Euzen, Direction Générale de la Société de l’Information de la Commission Européenne,
* Roberto Santoro, EnoLL Rome,
* Laura Garcia-Vitoria, EUTERTO, Alsace
* Jean-Claude Vich, CENT,
* Jakline Eid, Association des conservateurs de la région PACA,
* Jacques Rebière, LCRR Draguignan,
* Julien Faure, INITIA-TIC,
* Alain Cote, Conseil régional d'Alsace,
* Frank Thomas, Fondation des Territoires de Demain.

En introduction, André Jean Marc Loechel a rappelé aux participants les objectifs du réseau des LivingLabs.
Le réseau se veut un centre de compétences pour :
* promouvoir les processus de création de savoir,
* avancer les modèles économiques et institutionnels,
* favoriser un développement territorial basé sur l'économie de la connaissance.

Les cinq territoires sélectionnés ont fait l’objet d’une présentation:
* St. Laurent de Neste (Hautes-Pyrénées),
* Le Centre Européen de Nouvelles Technologies (CENT) Privas Rhône-Vallée,
* EUTERTO Alsace
* Peyresq, village de la connaissance (Alpes de Haute-Provence),
* Le Laboratoire de Conservation, Restauration et Recherches Archéologique du Var (LCRR).

St. Laurent de Neste (Hautes-Pyrénées)
Une introduction par Mme Josette Durrieu, sénateur-président du CG du département concerné a donné les clés pour comprendre la politique du conseil général et de la communauté des communes qui, sous sa direction, ont conçu et mis en œuvre le projet. Adossé au Pôle d'Excellence Rurale «De l'ère numérique à l'ère préhistorique», le territoire s'est engagé dans le domaine de la valorisation touristique et culturelle du patrimoine culturel et notamment de l'art pariétal à Gargas et à Labastide (Haute Pyrénées). La création du savoir et des emplois sera axée sur la mobilité touristique, de la médiation culturelle et de la protection de l'environnement, de même que sur la création d’un centre de la connaissance à l’Abbaye de l’Escaladieu.

Le réseau d'acteurs comprend les élus locaux, les PME innovatrices, plusieurs groupes de recherche universitaire et des centres de formation. Il s'agit de créer un territoire de projets, avec le CETIR, le Centre Européen des Technologies de l'Information en milieu Rural et la Maison du Savoir comme centres de ressources.

Les usagers finaux se trouveront parmi le jeune public, le public scolaire, les touristes de tous publics, les entreprises et universités et les professionnels du tourisme.

Deux projets d'envergure nationale, à l'état de conception, ont été évoqués: la numérisation des données des grottes en toute la France ainsi que la numérisation du cadastre et des données des réseaux techniques des collectivités.

Le Centre Européen de Nouvelles Technologies (CENT).
Le projet a été présenté par Jean-Claude Vich, CENT et par Yves Chastan, sénateur-maire de Privas . Il est situé à Saint-Julien en Saint-Albain (Ardèche). Le projet prévoit l'implantation d'un pôle d'activité numérique élargi aux activités de tourisme et de santé, fondé sur une haute qualité environnementale. Le projet vise à intégrer le travail et l'habitat traditionnel, un lieu de vie axé sur le développement durable, pour attirer les entreprises et leurs salariés, dans une perspective de l'après pétrole, et pour conserver l'identité territoriale.

M. le Sénateur a évoqué le contexte politique difficile. Le projet connaît les défis habituels des partenariats publics-privés. Avec une certaine durée nécessaire pour sa gestation: il a débuté en 1997 et s'est clarifié depuis 2003.

Dans sa présentation M. Vich a aussi mis l'accent sur l'intégration de l'économie numérique, du développement durable et rural et de la recherche (partenariat avec l'ESSEC) et de la formation. Les entreprises qui s'implantent au CENT ne voient plus d'intérêt à se délocaliser, mais elles créeront des antennes à l'étranger ou donneront des licences pour rester ancrées dans le territoire. Déjà plusieurs banques et le groupe international OGER s'y sont intéressés.

Le projet d'EUTERTO (European Territories of Tomorrow Laboratory)
est un projet de la Fondation des Territoires de Demain appuyé par la Ré
gion Alsace. Il est au service des territoires, des collectivités, des entreprises, des universités et institutions. EUTERTO se consacre aussi aux nouvelles formes d’agrégation des contenus et au statut inédit de l’usager qui produit ses propres contenus.

Le double ancrage territorial et communautaire du projet se confirme par son intérêt à créer des antennes : Euterto envisage à élargir rapidement son territoire d'intervention afin de créer un réseau international.

EUTERTO est un dispositif au service des territoires et de leurs citoyens, des entreprises - grandes et petites -, des universités et entités de recherche dans le domaine du haut débit et de la prospective de ses usages dans tous les domaines de la vie économique et sociale. Il est porté par la Fondation des Territoires de Demain.
La mission que s’est donné EUTERTO correspond d’abord aux objectifs mêmes de la Fondation Territoires de Demain qui le porte: une déclinaison nouvelle des rapports des territoires européens à leur futur, en particulier à leur futur numérique lié aux réseaux à très haut débit. Cet objectif fait suite aux travaux avec les partenaires de la Fondation (Club d’Analyses Prospectives, Club du Futur, Society of the Future…).
Le projet EUTERTO s’appuie sur la dizaine d’années d’échanges internationaux de l’ONG ARENOTECH http://www.arenotech.org, et, du Réseau Européen des Villes Numériques. http://www.Villesnumeriques.org . Plusieurs travaux d’analyses sont d’ores et déjà engagés avec des partenaires latino-américains mais aussi euro-méditerranéens et africains. La stratégie de développement d’EUTERTO s’appuie notamment sur un tel dimensionnement international, en le mettant à disposition d’autres Living Labs. L’objectif est en effet la constitution d’une vraie communauté de connaissances en étroite liaison avec l’Institut Européen de Technologie et les cent institutions et entreprises que nous regroupons.

Une question clef posée par ce projet : une fois le savoir créé, comment l'intégrer dans les formations professionnelles, en dehors de la formation universitaire, en suscitant l'intérêt des organismes professionnels?

PEIRESC-PEYRESQ.
Le projet franco-belge, situé à Peyresq, commune de Thorame-Haute, Alpes de Haute-Provence, est porté par l'association générale des conservateurs des collections publiques de France, section PACA, ASBL Nicolas-Claude Fabri de Peiresc et l'association de sauvegarde du village de Peyresq (Alpes de Haute Provence). Il vise à poursuivre la revitalisation d'un village dans les Alpes de la Haute Provence et protéger son site naturel par la mise en valeur autour du savoir historique lié à un grand humaniste vivant au village, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc. Le projet est en contact avec les collectivités, des PME locales, des musées du secteur, des entreprises de transport.

Jakline Eid, de l'association a présenté quelques résultats, comme par exemple une bibliothèque numérisée de la collection de l'Herbarium, liée à des sentiers botaniques pour valoriser auprès du grand public le patrimoine biologique du secteur, un centre de rencontres d'universitaires belges, les entretiens annuels de Peyreisq.

Aujourd'hui le projet envisage à mieux impliquer la population locale afin de croiser les savoirs et pérenniser l'activité économique locale.

Le Laboratoire de conservation, restauration et recherche (LCRR) du Centre archéologique du Var.
Basé à Draguignan, le laboratoire s'est spécialisé depuis 1964 dans l'archéologie sous-marine. Depuis sa création, il a travaillé et créé son savoir avec un large réseau d’acteurs composé de services d'Etats, de musées, de centres de recherches, d'associations et d'entreprises. Il est expert en contrôle et l'analyse non destructifs d'objets archéologiques, de la reconstitution d'objets en archéologie expérimentale, de la prévention des sinistres ou de la sécurité du travail.

Avec son kit d'intervention en cas d'urgence, stocké en préfecture, il a développé une capacité d'intervention nationale comme internationale. Grâce à sa spécialisation il a trouvé ses contacts en France comme dans les pays méditerranéens.

Le projet maitrise la chaîne de création de valeur de la création par la production jusqu'à la formation.

Son modèle économique se base sur des travaux facturés et des subventions publiques.

Alain Cote (Conseil régional d'Alsace) a insisté quant à lui sur l’appui de la Région Alsace au Projet de la Fondation deTerritoires de Demain.

Le cadre communautaire et l’European Network of LivingLabs (ENoLL).
Après les projets présentés Jean-Pierre Euzen, C.E.Bruxelles et Roberto Santoro, EnoLL Rome, ont informé sur le cadre organisationnel des Living Labs et leur mise en réseau.

Jean-Pierre Euzen, responsable de LivingLabs au sein de la Commission Européenne, a mis l'accent sur le fait de positionner les usagers au centre des dispositifs de recherche et de développement, comme les documents du programme communautaire i2010 l'attestent. C'est pourquoi les partenariats constituant les LivingLabs ne sont plus de simples partenariats publics-privés, mais intègrent aussi des acteurs civiques, au sein des régions fonctionnelles. Ensuite M Euzen a délinéé les grandes lignes des événements à venir. Fin novembre 2008, les nouveaux membres seront annoncés pour compléter les quatre membres français actuels : l'ICT Usage Lab à Sophia-Antipolis, le laboratoire LEVIER (Laboratoire d’Expérimentation et Valorisation Images Et Réseaux) à Lannion, le Quartier numérique, Paris, et le Normany LivingLabs, Caen. Enfin, M Euzen a souligné que la bonne traduction de «LivingLab» donne plutôt l'expression de «Laboratoire d'usages». Ce qui a été bien accueilli par les participants parce qu'ils se sentent beaucoup mieux définis par cette notion.

Roberto Santoro, président d'ENoLL, le réseau européen des Living Labs, a informé sur le réseau qu'il préside. La vocation d'ENoLL est de faciliter les rencontres entre laboratoires d'usage, de créer des pilotes au niveau communautaire, et répondre aux appels d'offre de la Commission Européenne.

Conclusions
Plusieurs conclusions peuvent être tirées de cette rencontre concernant cinq pôles projets en attente d’être sélectionnés.
D'abord, rien ne vaut les rencontres face à face quand un projet débute ou quand il faut prendre des décisions stratégiques, y compris en ces temps du savoir numérique.
Les projets ont tous été élaborés pendant de longues années; c'est pourquoi leurs réseaux institutionnels ont été en partie particulièrement bien développés.
Vu les finalités diverses des acteurs qui ont présenté leurs projets, il n'est pas surprenant qu'une multitude de notions d'usagers ait été évoquée. Un travail de réflexion s'impose pour déterminer la place exacte de l'usager et de ses attentes dans un projet, adapté à la finalité de celui-ci. Il en va de même pour les multiples formes de structures institutionnelles et d'intégration dans le territoire.

Il existe une tension entre l'innovation technologique qui se présente comme une offre, et la demande - éventuellement cachée - émanant des petites et moyennes entreprises, des administrations, des associations ou du grand public. Afin d'éviter une innovation morte née, il faut très tôt confronter l'idée technique ou de service avec la réaction des futurs usagers et inciter ces derniers à exprimer leurs propres attentes. Une écoute attentive des futurs usagers et leur implication dans la conception de l'innovation consolideront le modèle économique du projet.

Un projet d'innovation solide repose aussi sur un véritable ancrage institutionnel. Un tel ancrage vise trois différentes formes d'acteurs : d'abord le noyau dur des proches, les acteurs décisifs du développement économique local, les investisseurs, ensuite les liens plus étendus vers les acteurs qui, comme la presse ou les élus de l'opposition, ne soutiennent pas forcément le projet, mais se montrent indispensables pour accéder à des informations plus stratégiques. La mobilisation de ces acteurs horizontaux est nécessaire pour créer le soutien territorial indispensable. Enfin, il faut les liens verticaux vers les acteurs de pouvoir, les décideurs dans les banques, les élus dans la capitale, éventuellement l'administration régionale, centrale, la Commission Européenne. Un tel dispositif ne se construit que dans la durée.