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Direction de la Qualité de la
Gestion Publique
Conseil Général de La Loire
Atlantique |
La ville numérique : ce que nous en
dit l’expérience©
Introduction
L’économiste Alvin Toffler écrit
dans son dernier ouvrage (La richesse révolutionnaire, Paris,
2007) : « Brusquement, un système de richesse
différent apparaît, qui dépend des modifications
spectaculaires de nos relations avec le temps et l’espace, mais
aussi … (avec) le savoir ».
Pour lui, c’est en effet à ce qu’il appelle « l’offre
globale de connaissance » (OGC) que puise « la richesse
révolutionnaire » de demain. Et cette offre globale de
connaissance, nous ne sommes pas seulement en train de (l')augmenter,
«nous (en) transformons aussi ses modes d’organisation,
d’accès et de distribution».
Au travers de cette formulation - un peu ambitieuse,
il faut bien le reconnaître -, il définit à vrai dire
la ville et le territoire numérique de demain, au-delà même
donc d’un espace qui aurait fait le pari de la mise en réseau
et de l’innovation.
Cette ville numérique des deux prochaines décennies,
nous pouvons d’ores et déjà l’esquisser et en
imaginer le fonctionnement.
Nous présentons ici une analyse suivie de quelques
axes concrets basés sur nos propres accompagnements de projets.
Ces analyses s’inscrivent clairement dans la scénarisation
aujourd’hui en cours de la stratégie de Lisbonne pour la
décennie 2010 - 2020 (1). Ces analyses s’inscrivent
clairement dans la scénarisation aujourd’hui en cours de
la stratégie de Lisbonne pour la décennie 2010 - 2020 1
et sur les projets européens de « régions de
la connaissance » actuellement développés (2).
Nous avons retenu trois étapes dans notre présentation :
1- La ville numérique, comme territoire de la connaissance :
une définition en dix points
2- Les laboratoires de la ville numérique de demain :
trois visites
3- Un paradigme comme l’économie du savoir :
le tourisme de la mémoire.
Conclusion - Notes
Nous en présenterons à chaque fois une brève analyse
suivie de quelques axes concrets basés sur nos propres accompagnements
de projets.
I - La ville numérique, un territoire de la connaissance :
une définition en dix points
La Commission européenne nous a demandé
il y a de cela deux ans de présenter à Séville (3)
un tableau prospectif de l’économie de la connaissance à
l’horizon des années 2020 (« L’Europe de
2020 : la construction d’une économie territoriale de
la connaissance »). Nous y rappelions que dans l’ensemble
des expériences, projets, programmes et réalisations que
nous suivons et que nous accompagnons à l’échelle
internationale, nous retrouvons toujours la même évolution
forte relative aux rapports entre les territoires et les savoirs et l’impérative
nécessité pour ceux-ci d’en assurer la gestion et
la transmission : territoire par excellence de l’innovation,
la ville numérique est d’abord et avant tout une ville de
la connaissance.
En Scandinavie et dans les pays baltes, en Irlande, dans certaines régions
d’Europe centrale ou d’Europe méditerranéenne,
nous ne pouvons que constater le primat d’une économie du
savoir : Munich et Berlin se disent aujourd’hui volontiers
Stadt des Wissens, en Italie, Brescia ou encore Bari entendent devenir
Citta de la connoscenza et ailleurs dans le monde nombreuses sont les
stratégies qu’il convient ainsi de suivre, sur le continent
nord-américain (les villes ingénieuses canadiennes, Austin
au Texas, Monterrey au Mexique), en Amérique latine (les villes
argentines, chiliennes ou brésiliennes)… (4)
Mais qu’entendre par là? Pour une collectivité locale
(et singulièrement en Espagne, dont viendront bon nombre de nos
exemples) un tel programme recouvre ainsi une dizaine de réalités
plus ou moins assumées, mais permettant de définir la réalité
d’une ville ou d’un territoire numérique d’aujourd’hui
et plus encore de demain :
1 – la démultiplication des actions municipales
et régionales de formation qui seront l’éssence même
de la bonne gouvernance territoriale de 2020. Former et former encore
constitue aujourd’hui un leitmotiv pour les collectivités
territoriales les plus dynamiques : en Espagne ainsi, Burgos Ciudad
XXI développe des cours de formation pour les jeunes en difficulté
afin de et leur permettre d’accéder aux infotechnologies,
des cours de formation aussi pour l’ensemble du personnel municipal.
Et il en est de même pour le plan Bilbao 2010 destiné avant
tout à conforter le programme d’apprentissage tout au long
de la vie mené par la municipalité. Grenade voit l’Institut
municipal de formation s’appuyer tout particulièrement sur
un centre des nouvelles technologies. Jerez de la Frontera, près
de Cadix, a crée dans le même esprit une bourse virtuelle
du travail, mais également un amphi virtuel de téléformation.
Leon Ciudad Digital porte de la même manière l’accent
sur les questions de formation, où les stratégies d’intégration
sont essentielles, Ciudad Real a développé un programme
d’entrepreneuriat virtuel. Villafranca est l’une des villes
qui a pu le mieux esquissé une telle démarche destinée
à être de l’ordre de l’évidence dans la
décennie à venir et ceci au travers d’espaces sur
Internet de recension de toutes les possibilités d’accès
à la formation(5).
2 - la mise en place de dispositifs de polarisation des
compétences constitu partout une composante majeure du territorie
numérique: en Espagne encore, c’est d’ailleurs l’objectif
que s’est fixé pour 2015 la ville de Burgos autour d’une
nouvelle génération de parc technologique qui doit aider
la ville à se transformer en cité de la connaissance. Zorrozaurre
à Bilbao entend devenir un espace d’implantation d’activités
permettant l’utilisation de services avancés, une future
ville à part entière d’une ville de l’innovation
et de la connaissance. La Milla Digital de Saragosse est l’incarnation
même de cette volonté générique de concentrer
expérimentations et lectures du futur sur un même territoire.
Il en sera de même des centres d’inspiration comme celui de
Lahti en Finlande.
3 - Il est important d’évoquer l’administration
électronique comme processus d’accompagnement de tels programmes :
la dimension de l’administration électronique locale de la
ville de La Corogne se définit d’ailleurs en fonction du
programme « Coruna, ciudad del conocimiento » qu’elle
entend développer dans les années à venir. Elche
propose une dimension particulièrement intéressante dans
sa réflexion stratégique : elle conçoit le champ
de l’e-administration comme « instrument de gestion du
changement de modèle urbain ». C’est dans cette
optique d’abord que l’e-administration est amené à
constituer l’un des cadres futurs de tels programmes. Getafe, dans
la région de Madrid, souhaite ainsi viser une situation de réelle
compétitivité territoriale, avec surtout un plan de qualité
pour la gestion municipale.
4 - Il est important également de répondre
à de nouvelles demandes face à une recherche territorialisée.
L’exemple d’une « kennistadt » hollandaise s’avère
à cet égard significative : déjà connue
pour son "projet pilote fibre" qui ambitionne de connecter toute
la ville en fibre optique, une municipalité de la banlieue d'Amsterdam,
Almere, vient d’annoncer une sorte de première mondiale :
la création de la "première grille de calcul hétérogène
municipale" afin certes de répondre aux besoins des
entreprises et laboratoires publics installés sur le territoire
et mettre à disposition de ces laboratoires les capacités
inexploitées des ordinateurs reliés à son réseau
très haut débit (100 Mb/s), de susciter naturellement aussi
une prise de conscience collective des potentialités du haut débit,
mais surtout d’associer les habitants de la ville aux travaux des
chercheurs. On imagine les habitants d’un quartier ou d’une
ville suivre en ligne les travaux sur le patrimoine local, sa restauration,
son aménagement, son animation…, mais aussi naturellement
tous ceux qui peuvent être intéressés à des
titres divers et ne manqueraient souvent pas de se rendre sur place.
5 - Les collectivités impliquées dans de
tels programmes s’efforcent également de façonner
leurs propres «outils de visibilité» et surtout d’observation.
Ainsi Sabadell, près de Barcelone, au travers de son plan pour
la société de l’information et de la connaissance,
a ainsi crée une Fondation des industries de l’information
pour mette en place des formations liées aux infotechnologies et
capable de former les entrepreneurs de demain, ceci parallèlement
à l’Institut d’études et de recherche appliquée
qui développe des fonctionnalités d’observatoire et
de développement de projets innovants : le plan Sabadell 2010
souligne que la ville numérique qu’elle entend être
viser la formation et la compétitivité territoriale. Il
est essentiel de créer de nouveaux services pour une bonne gouvernance
territoriale. Les services que le secteur public et politique offre, les
politiques qui y sont conduites seront ainsi de plus en plus appuyés
par la connaissance scientifique, une documentation statistique et qualitative
de sujets, un débat, bref des connaissances accumulées et
accessibles sans coût que l’on peut appeler les immatériels
du secteur politique et publique dont l’utilité sociale apparaît
de plus en plus évidente: sans connaissance commune des affaires
publiques, il ne peut y avoir de bonne gouvernance et pour concevoir et
réformer, les élus auront besoin de plus de connaissances
à partager avec les administrés.
6 - Au-delà, on trouve la volonté de créer
tout autour d’elles des espaces régionaux et interrégionaux
de connaissances pour faciliter transferts technologiques et mutualisation
d’outils : on peut ainsi citer la Hanse numérique, de Bergen
à Tallin, ou encore les constructions territoriales ultrapériphériques
de la Communauté européenne sous l’égide notamment
des Canaries qui, de Tenerife à Las Palmas, entendent devenir des
territoires de l’innovation à l’échelle atlantique.
Une stratégie qui entend se situer par rapport à l’action
de réseaux tels que ceux construits par des quartiers apprenants
qui aujourd’hui permettent à de nombreuses collectivités
européennes de travailler et de réfléchir ensemble
dans leurs programmes de villes intelligentes ou de cités-savoir
ou encore des réseaux tels que ceux des villes créatives.
7 - De manière davantage prospective, les villes
et territoires devront créer de futurs services d’aide au
savoir. A l’échelle du quart de siècle à venir,
les rapports avec notre environnement seront de plus en plus connotés
par des savoirs : tout notre environnement s’apprête
à se faire pourvoyeur de connaissances. Il en est de même
des multiples écrans parsemant nos villes, des écrans qui
auront donné naissance à de nouvelles applications ou à
de nouvelles générations de machines portables, écrans
"dépliables" et "journaux électroniques enroulables"
et voir généralisés sur les vêtements ou les
emballages de certains objets. Les territoires seront ainsi à gérer
comme doivent l’être aujourd’hui ce qu’il est
convenu d’appeler en termes de management des communautés
intensives en connaissances.
8 - La ville numérique de demain (en réalité
d’ores et déjà dans les dix à quinze ans à
venir) aura un environnement constitué de strates d’espaces
et de flux informationnels avec des espaces intelligents qui se créent
autour de nous au travers notamment des technologies sans fil et qui nous
offrent une sorte d’Internet ambiant qui se transforme la ville
en espace de radiofréquence et de réseaux omniprésents:
la ville numérique sera de plus en plus amplifiée en quelque
sorte par l’intrusion d’espaces informationnels multiples.
Nous sommes aujourd’hui en mesure de créer une possibilité
de rencontre entre les strates d’informations qu’est par essence
un monument (ses strates chronologiques et symboliques par exemple) et
les flux d’informations contemporains, véritable allégorie
de la construction identitaire. On a ainsi tout particulièrement
pu mettre l’accent récemment sur des expériences permettant
à tous ceux qui fréquentent un espace urbain d’annoter
leur environnement, de lui conférer un sens personnalisé,
se transformer en auteur en se servant de cet environnement, de se voir
auteurs et de vouloir et d’être au départ d’un
processus de construction de connaissances, bref de rechercher et de fournir
informations et renseignements. Les récentes expérimentations
menées par exemple à Londres au cours de ces derniers mois
montrent ainsi ce que pourra être par exemple la mobilisation des
résonances cognitives des environnements urbains.
9 - Le repérage, la cartographie et la gestion
territoriale de la connaissance dans les collectivités à
l’horizon 2020 - 2030 sont amenés à s’appuyer
sur des processus spécifiques dont certains ont déjà
fait l’objet de premières applications. La condition première
de l’attractivité économique d’un territoire
réside aussi dans une connaissance minutieuse des savoirs existants:
la démarche de la petite ville de Mataró en Catalogne nous
semble de la sorte parfaitement résumer l’une des concrétisations
territoriales possibles des stratégies de Lisbonne, au point qu’au
sein de notre Réseau, nous avons baptisé cette démarche
le processus de Mataró(6).
Ce processus se base en effet sur cinq points majeurs :
- - la vision issue de l’analyse des potentialités existantes
à partir d’entrevues avec des personnalités de la
ville dans des domaines tels que les sciences de la vie, les sciences
sociales, la planification urbaine, la gestion des entreprises, de manière
à ce que puissent être développés de véritables
champs d’attractivité
- - l’identification des activités essentielles capables
de mener à terme une telle vision à travers des actions
et projets forts
- - l’identification des compétences essentielles pour
accomplir ces actions et ces projets
- - le choix des indicateurs pour chaque activité et chaque compétence
essentielles
- - l’assignation de ces indicateurs à chacune des grandes
catégories intellectuelles (capital humain, capital des structures,
capital marchand, capital de rénovation et de développement
et enfin capital de l’ensemble des démarches engagées).
La dèmarche consiste ainsi à mesurer
et gérer le capital intellectuel de chacun des micro-clusters présents
sur le territoire, ceci à travers notamment un processus de benchmarking
de leur capital intellectuel qui permet par exemple d’obtenir un
index de confiance globale: l’application du modèle amène
à une vision stratégique du développement de la ville,
de la cohésion sociale et des possibilités de croissance
économique durable et à un système de support décisionnel
pour les élus.
10 - Architectes et urbanistes doivent en effet de plus
en plus répondre à la nécessité d’améliorer
les conditions de transmission de connaissances entre le système
d’éducation et de recherche et le système productif
et utiliser pour cela leur champ d’intervention qu’est l’espace
urbain. C’est ce qu’illustre aujourd’hui le chantier
de Poblenou à Barcelone qui traduit la transformation d’un
quartier de l’époque industrielle en quartier du savoir.
Le transfert technologique s’y veut omniprésent avec des
centres permettant la création d’entreprises innovantes et
surtout le soutien de projets de création d’usages applicatifs
à partir des laboratoires de recherche. Ce qu’il est convenu
d’appeler un quartier de la connaissance est donc une sorte de cluster
urbain, un pôle de compétences où se trouve facilitée
la relation entre universités, centres technologiques, centres
de recherche et activités productives en une concentration d’activités
qui favorisent l’interactivité.
II - Les laboratoires de la ville numérique de
demain
A - Le développement en Europe de centres expérimentaux
autour de nouveaux projets relatifs à la société
de la connaissance
De quoi parle-t-on quand on évoque en Europe les
Living Labs, les «laboratoires vivants»? Il s’agit d’entités
publiques et privées où les entreprises, organismes publics,
centres de recherche et habitants se rejoignent au sein du processus de
innovation co-créant et validant technologies, plateformes, produits,
services, modeles d'affaire en environnements et contextes réels
et quotidiens.
C’est également une méthodologie de recherche pour
détecter, valider et perfectionner des solutions complexes et évolutives
dans le contexte du quotidien. Il s’agit donc d’une innovation
ouverte et incrustée au sein de l’environnement du tissu
social. Le concept est de diffuser le concept de l’open source à
l’innovation, de telle sorte qu’il ne soit plus le patrimoine
exclusif des techniciens et que la collectivité puisse toute entière
participer aux processus innovants.
Il y a des espaces spécialisés pour les usages des enfants
(nanolab) et du troisième âge (yayolab), une médiathèque
et une zone open source interconnectée au tissu social et destinée
au développement de projets internationaux. Il s’agit d’un
laboratoire numérique d’innovation citoyenne.
Dans le cas de Cornellà en Catalogne,
l’édifice de la Suris est en même
temps un scénario et un conteneur ainsi que toute la raison d’être
du Citilab Can Suris. Témoignage en lui-même
du passé industriel de la ville, la Suris apporte les éléments
et la mémoire historique d’un modèle spécifique
et singulier de la révolution technologique. De la même manière
qu’à l’époque de l’industrialisation on
s’est appuyé sur la richesse et la capacité d’innovation
des réseaux locaux, la nouvelle Suris aspire à se transformer
en un pont entre ces valeurs et la nouvelle révolution technologique.
C’est pour cela qu’elle amène les valeurs de l’expérience
propre de la centralité qu’occupent les groupes sociaux et
les personnes. Le bâtiment est organisé de telle sorte qu’il
y ait des espaces flexibles et favorise les propositions innovatrices
et itinérantes suivant la nature du réseau.
Conçu d’après le projet “Corelabs”, il
s’agit de "regiones funcionales" où les participants
créent un partenariat d’entreprises Public-privé avec
des agences publiques et des universités, des personnes privées,
tous collaborant à la création et l’élaboration
de prototypes , à sa validation, aux tests de nouveaux services,
produits et systèmes dans la vie réelle, dans un contexte
de villes, hameaux, zones rurales ou quartiers industriels. Ils s’avèrent
plus efficaces que des «laboratoires fermés» en stimulant
des idées, des projets riches en R&D réelle. La validation
est immédiate et l’on peut continuer avec les prototypes
et les tests. Le citoyen est vu dans sa globalité.
On peut rencontrer quelques exemples à "testbeds" regionales
en Europa. Arabianranta a Hèlsinki, Mobile City Bremen en Allemagne
et Freeband en Hollanda. Ceux-ci contribuent à la démultiplication
en matière de réseaux haut débit en Europe. Ils tiennent
en outre une importance régionale pour le développement
de produits qui nécessitent une connaissance importante des marchés
locaux spécifiques.
* Visite virtuelle: http://www.citilab.eu/visita/es/index.html
* Liste des Livinglabs en Europe: http://www.livinglabs-europe.com/
* Les Libinglabs ruraux : http://www.c-rural.eu/.
* L’exemple de Sarragosse: www.milladigital.es
Le Living Lab de Soria (http://www.soriasur.net/web/index/index.asp)
est une initiative locale de promotion d’un développement
économique et social durable en zone rurale, et CECI au travers
d’une méthodologie innovante. La province de Soria se trouve
géographiquement dans la moitié Nord de l’Espagne.
Une région donc de montagne et de petits villages, ce qui complique
à l’évidence la mise en oeuvre des infrastructures
de communication, transports et télécommunications et de
manière plus générale en matière d’intégration
sociale et économique des habitants dans une société
basée sur la connaissance.
Il n’y a aujourd’hui pas suffisamment d’infrastructures
du point de vue technologique qui auraient pu permettre aux habitants
des douze villages concernés de participer à une telle intégration
à l’économie du savoir. Soria a une population de
92.773 habitants sur une superficie de 10.303 kilomètres carrés,
avec donc une densité de 9 habitants / km2. Actuellement 4000 immigrés
vivent dans la province, issus de 77 nationalités différentes,
dix fois plus qu’il y a dix ans.
Les objectifs principaux de ce Living Lab rejoignent pleinement naturellement
les stratégies de développement du monde rural. En ce sens,
le Living Lab de Soria
collabore avec toutes les initiatives locales ayant pour objet le maintien
sur place de la population locale. Il s’agit là de la volonté
de créer une communauté disposant d’une stratégie
de développement basée sur une innovation systémique,
des scénarios de partage de connaissances et de services. Et ceci
en créant et proposant des supports techniques et des services
aux créateurs d’entreprises innovantes afin de développer
l’activité économique et commerciale de la région
et des aires rurales de manière générale, ceci en
intégrant la population à une économie basée
sur la connaissance et en améliorant son niveau de vie.
Le Living Lab de Soria est né du projet de «Collaboration
At Rural» dans le cadre du 6e programme cadre de recherche et développement.
C@R visait à développer des outils de travail collaboratif
comme outils de développement durable. Il s’agissait pour
la recherche d’identifier les bonnes réponses technologiques
aux barrières empêchant un développement rural durable.
Soria est en effet vue comme un exemple de zone rurale témoignant
d’un faible développement technologique. Et c’est ce
genre de territoire précisément qui a été
choisi pour implémenter une plate-forme technologique d’incubation
d’entreprises, avec l’idée naturellement d’étendre
un tel modèle vers des régions similaires.
Le laboratoire est principalement appuyé par l’administration
publique locale et le groupe d’action locale ADEMA. Il est membre
du réseau européen de Living Labs (ENoLL), afin d’en
mettre en évidence l’importance, la visibilité et
la durabilité.
Le Living Lab de Grenade se trouve dans
le parc technologique consacré à la santé. Le responsable
en est Telefonica I&D et la consejeria de salud de la Junta d’Andalousie.
Il s’agit surtout ici de prévention sanitaire au travers
des nouvelles technologies.
Le Living Lab de Cudillero dans les
Asturies est également une initiative locale ouverte pour la promotion
sociale et économique de cet espace rural, une nouvelle méthodologie
aussi pour l’innovation: un living lab ici apparaît comme
un ensemble d’infrastructures, outils, service, applications, méthodes,
process, pratiques, capital humain et accords qui génèrent
les sociétés, les autorités locales, le PME et les
personnes qui travaillent ensemble pour créer, prototypes et valider
nouveaux services, marchés, et technologies en environnements réels.
Il est situé sur la côte occidentale du Principal, au nord
de l’Espagne donc et regroupe neuf petites villes dont Cudillero
y Oviñana.
Le Living Lab. de Cudillero est né à l’intérieur
du projet de Collaboration at Rural (C@R). C@R est un projet du septième
programme cadre de la Commission Européenne avec un budget de 15
millions de euros y 33 associés qui prétendent développer
la création des environnements de travail collaboratif (CWE) pour
canaliser et développement rural.
Au Living Lab de Cudillero, l’objectif principal est d’offrir
au secteur de la pêche un support technique et des services aux
usagers du secteur pour faciliter les tâches quotidiennes en utilisant
un environnement collaboratif à travers une plate-forme collaborative
pour améliorer les process qui seront installés dans les
bateaux de pêche dédiés à la «merluza
de pincho». Les applications incluent des fonctionnalités
pour gérer les alertes à bord du bateau, envoyer des données
de capture et des technologies pour la collaboration entre la terre et
la mer. Elles seront un exemple pour les implémenter dans les autres
aires rurales de la côte avec des caractéristiques similaires.
Il est placée sous l’égide de la direction générale
de la pêche du Principat des Asturies, de la confrérie des
pêcheurs “Virgen del Carmen” et de la mairie de Cudillero.
Il entend participer à la connaissance, l’expérience
et les bonnes pratiques dans l’application de cette méthodologie.
Il s’agit d’innover dans les processus commerciaux
et donner de la visibilité à ses produits. Il dispose à
cette fin d’une plate-forme collaborative avec les outils pour :
- mettre au service des pêcheurs des dispositifs mobiles et des
services de surveillance côtière pour échanger des
informations entre les différents acteurs dans un scénario
de pêche collaborative
- localiser les réseaux disponibles en matière de communication
(GPRS, UMTS, WIMax et autres standarts sans fil, satellite)
- développer des applications pour inclure des fonctionnalités
pour l’utilisation d’alertes à bord du bateau (envoi
d’informations sur les captures et collaboration entre la terre
et la mer).
(http://www.c-rural.eu/Cudillero_RuralLivingLab/index.php?option=com_content&task=view&id=14&Itemid=27&lang=es)
(http://www.ayuntamientodecudillero.com/)
B - Les CENT
L’un
de ces lieux - labellisés et accompagnés par notre Fondation
- va commencer à sortir de terre au printemps 2008 en Ardèche(7).
Le premier centre européen des nouvelles technologies peut ainsi
tout à fait préfigurer quelques-uns des traits du visage
des zones les moins urbanisées(8) de la Loire Atlantique dans une
génération.
Je souhaiterais donc prendre quelques instants pour vous l’évoquer
de manière à développer l’approche la plus
concrète possible.
Ce village hébergera des activités qui utilisent les technologies
de l’information et de la connaissance comme moyen clé de
création de valeur ajoutée. Ces activités s’exerceront
principalement dans la recherche et développement en matière
de commerce électronique, les services à distance, l’assistance
à la personne et la conquête des marchés pour PME
- TPE.
Le village sera édifié dans un environnement
de nature protégée de 300 ha : vignes, forêts,
prés, champs. Son architecture rurale traditionnelle s’intégrera
parfaitement dans le paysage qu’il protègera et mettra en
valeur. Les vignes resteront un élément typique du site.
Ce village symbolisera la vie ardéchoise traditionnelle associée
à l’innovation de demain. Il pourra de la sorte générer
des emplois de toutes qualifications, des activités nouvelles sur
un secteur qui vit actuellement du textile et de la vigne et naturellement
de nouvelles ressources.
Des logements et locaux « intelligents »
sont prévus afin d’apporter efficacité et confort
à leurs utilisateurs spécifiques. La qualité de vie
des chercheurs et personnels a été placée au centre
du concept, en évitant notamment les déplacements quotidiens :
les entreprises et professionnels qui s’installeront dans le village
auront pour spécificité de travailler à distance.
Les infotechnologies deviennent de la sorte le cœur de métier
du village.
De tels villages regrouperont donc tout à la fois
les entreprises innovantes, les professions de services et du tourisme,
les commerces nécessaires au quotidien et bien évidemment
les logements indispensables aux professionnels, chercheurs et personnels
qui pourront ainsi habiter et travailler sur place. Grâce à
sa qualité architecturale et environnementale (parcs, jardins,
étangs, piscines...), le village permettra des séjours centrés
sur la remise en forme, le sport, la santé et le tourisme.
Cet apport de clientèle amènera des ressources supplémentaires
en termes d’activités et de commerces et une animation permanente,
procurant ainsi une grande qualité de vie aux professionnels des
infotechnologies et des services.
Quatre grands types d’activités sont concernés :
1. les prestations de services à distance :
traduction, centres d’appels, assistance bureautique, enseignement
à distance, création graphique, publicité, communication,
conception assistée par ordinateur, intelligence économique.
2. la recherche et développement dans tous les domaines ne nécessitant
pas d’infrastructures lourdes : robotique, intelligence artificielle,
génie logiciel dans de nombreux domaines (électronique,
textile, agroalimentaire), prototypage virtuel, simulation numérique,
applications médicales 3D, maquettes numériques.
3. Le commerce électronique et la vente de produits à
distance (le conditionnement et l’expédition pouvant être
réalisés sur un autre site), notamment vins, logiciels,
cosmétiques, livres électroniques et voyages.
4. Les technologies de l’information et de la connaissance
dans le domaine notamment du conseil en systèmes d’information
et réseaux, de la gestion de bases de données, de la télémaintenance,
sécurité informatique et réalisation de portails
d’entreprises, l’édition de logiciels, la gestion de
la relation client et tout ce qui est contrôle et sécurité
à distance.
Les innovations organisationnelles - qui seront de manière
générale celles de la génération à
venir - résideront d’abord en un Central de services qui
proposera l’accès à des services extérieurs
spécialisés, ce qui permettra aux TPE et PME d’aborder
les marchés avec la capacité d’action des grandes
entreprises : prospection de marchés, partenariats avec des
entreprises étrangères, veille concurrentielle, accueil
des visiteurs venant de l’étranger, actions relationnelles
et événementielles multilingues, logistique pour les traductions,
interprétariat simultané, visioconférence, plateforme
de services en réseaux pour TPE et PME, ressources de recherche
et développement…
Un pôle d'accueil des entreprises NTIC et des services
communs permettra à des entreprises souhaitant s’installer
sur place rapidement de disposer d’une logistique d’installation
déjà prête : bureaux câblés, appartements
meublés et tout ce qui est nécessaire pour être opérationnel
sur place dans un délai d’une dizaine de jours. Après
une mise en activité rapide, l’entreprise pourra s’installer
dans une autre zone du village ou du pôle qui sera mieux en accord
avec la dimension qui lui est nécessaire.
Des services communs d'entreprise seront initiés
par le pôle en partenariat avec des opérateurs spécialisés
: entretiens, secrétariat, restauration d'entreprise, sécurité,
surveillance, assistance bureautique, reprographie, salles de réunions,
équipement de projection et visioconférence.
Une pépinière et un tutorat d’entreprises
permettront aux techniciens et spécialistes de créer leur
entreprise. Assistés par un « tutorat » émanant
de chefs d’entreprises expérimentés, ceux-ci bénéficieront
de services à tarifs préférentiels mis en place par
le CDS. Ces créateurs d’entreprises pourront progresser beaucoup
plus vite que s’ils étaient isolés.
Un service de prospection européenne, financé
et mis en place par le partenaire privé, permettra de faire découvrir
le village aux entreprises potentiellement intéressées
Plusieurs types d’avantages seront mis à
disposition des entreprises et des professionnels NTIC : loyers préférentiels
des activités innovantes, équipements high-tech du site
(très haut débit…) et bien sûr apports du CDS
pour l’efficacité opérationnelle.
L’objectif est de faire venir dans un premier
temps sur le village 60 entreprises NTIC représentant 240 professionnels.
Au fur et à mesure que ces entreprises grandiront, elles seront
invitées à s’installer dans de bonnes conditions sur
d’autres secteurs de la zone Privas-Rhône et Vallées,
et seront remplacées dans le village par d’autres TPE.
Un nouveau marché est en pleine expansion :
celui des seniors, nouvellement retraités, qui souhaitent résider
plusieurs mois par an dans un tel environnement, sous un bon climat, avec
des installations de loisirs et de santé fonctionnant toute l’année,
mais avec aussi un voisinage jeune et actif.
Le développement durable sera naturellement placé
au centre du concept, au travers notamment de la protection de la biodiversité
et des économies d’énergie. Dans le premier village,
les visiteurs découvriront la « maison ardéchoise
du développement durable », un exemple de création
d’énergie renouvelable, de récupération et
recyclage de l’eau, de biothermie et de climatisation naturelle.
On estime généralement qu’un emploi
NTIC génère, par le développement d’activité
et les besoins périphériques, deux emplois supplémentaires
à échéance de cinq à huit ans. Le commerce,
l’hôtellerie, la restauration, la remise en forme et les activités
touristiques amèneront une cinquantaine d’emplois directs
sur place. Tout comme les activités de cette nature, ces activités
d’accueil et de tourisme génèreront aussi des emplois
indirects : au global, ce sont environ 1100 emplois directs et indirects
de toutes qualifications qui seront créés sur la zone à
échéance de cinq à huit ans.
C - Les centres de la connaissance
Nous allons quitter l’Ardèche pour nous
rendre en Extrémadure, dans le sud-est de l’Espagne. Il y
a déjà huit ans y fut créé un projet de centres
de connaissance au travers d’un programme pilote de six collectivités
territoriales de la région - il en existe quarante aujourd’hui
-.
Ce projet fut en réalité la résultante d’un
projet antérieur(9) qui avait pour objectif d’analyser les
possibilités de la région pour mettre en œuvre les
applications des technologies de l’information et de la connaissance
en vue de la modernisation des activités productives, l’amélioration
des services proposés aux habitants, la réduction des différences
entre zones urbaines et rurales et bien évidemment la mise en œuvre
des potentialités offertes par toute zone frontière.
Les groupes de travail de chacun des centres s’organisèrent
ainsi en fonction des intérêts des utilisateurs des divers
lieux - qu’il s’agisse d’entrepreneurs, de jeunes, d’un
public plus âgé, de femmes, d’associations, de handicapés.
Au-delà de l’accès de l’ensemble des habitants
d’un territoire aux infrastructures et aux contenus numériques,
l’objectif de la démarche réside aujourd’hui
aussi bien dans la promotion du développement d’initiatives
autonomes qui ouvrent à tous les possibilités offertes par
l’économie du savoir.
Aussi, aux côtés de l’autorité régionale,
participent à la démarche l’Association régionale
des Universités Populaires et tous les organismes - depuis le niveau
régional à l’Union Européenne - chargés
d’éducation, de formation, de transfert de savoirs et surtout
du partage et de la dissémination de la culture scientifique et
technologique.
Pour accompagner la création d’activités innovantes
notamment dans les petites villes et le monde rural, les années
à venir seront celles de l’alphabétisation technologique.
En Estrémadure, il s’agit ainsi surtout :
* générer un espace de rencontre sociale - physique aussi
bien que virtuelle - et créer une valeur ajoutée
* développer les compétences et les capacités entrepreneuriales
nécessaires pour affronter les défis des mutations économiques
des années à venir
* créer des réseaux de collaboration entre institutions
entreprises, associations et personnes présentant des affinités
communes - de vrais réseaux sociaux donc -
* donner naissance à des manuels de bonnes pratiques en tous domaines,
notamment en matière d’alphabétisation technologique
* défendre la culture locale et régionale, le partage donc
de l’identité commune à travers la constitution d’une
immense bibliothèque de l’expérience et de la mémoire
du territoire et de ses habitants.
Ces lieux offrant de réelles opportunités
économiques, sociales et culturelles à chacun préfigurent
bien ce que seront les centres de connaissance - physiques aussi bien
que virtuels, temporaires aussi bien que permanents - répartis
dès la décennie à venir sur l’ensemble des
territoires.
La Junta d’Extremadura a d’ores et déjà développé
à cette fin de multiples outils pour notamment générer
et développer des contenus en ligne, pour constituer des viviers
d’entreprises innovantes (Vivernet - Viveros de Empresa en la Nueva
Era -), une plate-forme de commerce électronique, un portail de
la société de l’information et de l’éducation
(Portal Extremadura.org) accompagné d’un réseau de
technologies éducatives (RTE), l’élaboration d’une
méthode d’apprentissage de la langue espagnole pour les frontaliers
lusophones comme contribution à l’administration en ligne,
l’initiation aux multiples usages du site institutionnel régional…
Il s’agit en tout cas de toujours provoquer synergies, partenariats
et coopération entre le secteur privé et public (E-Estrémadure),
mais également de gérer des projets européens. L’objectif
global est de mettre en place une société locale de la connaissance
(publication électronique “enred”), par exemple en
mettant en perspective les défis mêmes d’une économie
du savoir au travers d’analyses prospectives et de la mise à
disposition par les autorités régionales d’une bibliothèque
de la société de l’information.
La méthodologie du projet se base sur un certain nombre d’axes.
Il s’agit de permettre à chacun de s’approprier le
futur de son territoire, de faire siennes toutes réflexions et
analyses proposées à ce propos : il s’agit là
d’une sorte de contrat social proposé par la Région.
Il s’agit également d’amener tous les habitants à
s’accorder sur des objectifs économiques communs : chaque
projet doit refléter la contribution des habitants. Des débats
sont lancés pour ce qui est de la méthodologie et des technologies
à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés…
Tous les habitants peuvent contribuer à la démarche au travers
de centres de la connaissance itinérants, publications en ligne,
diffusion de visioconférences, organisation d’expositions
virtuelles, radios en ligne, albums photographiques, journaux en ligne,
wikipédia territoriaux, suivi de fêtes d’intérêt
touristique, valorisation de chansons populaires, ceci sans oublier les
immigrants en Estrémadure, les émigrants d’Estrémadure,
les outils destinés au développement entrepreneurial, les
associations de voisins en ligne et des projets divers(10). La démarche
consiste à motiver, donner des compétences et aider à
organiser et à mieux connaître telle ou telle composante
du contexte territorial et ses contraintes.
Créer de véritables laboratoires « vivants »
à l’échelle des villes et des régions, accueillir
des chercheurs et attirer la recherche et l’innovation sous toutes
ses formes sur des territoires qui se mettent en situation de les accueillir
mieux que d’autres au sein de pôles territoriaux dédiés,
former les habitants et les accompagner dans leurs initiatives en termes
d’économie de la connaissance dans des lieux dédiés
à la mutualisation et au partage des savoirs, ce sont là
trois exemples de dispositifs territoriaux dont la démultiplication
caractérisera le quart de siècle à venir
III - Une activité majeure de l’économie du savoir:
le tourisme de la mémoire.
Ce que sera le tourisme de demain était la grande préoccupation
de la récente présidence luxembourgeoise de l’Union
européenne : nous a été demandée alors
une étude prospective en vue de la rédaction d’une
charte du tourisme culturel. Ses principales conclusions peuvent parfaitement
s’appliquer à la Loire Atlantique. Un régard prospective
sur le torisme et ses composants patrimoniaux et cuilturelles constitue
en effet, une bonne illustration de l’émergence d’une
économie de la connaissance et des services fournis par les villes
numériques de demain.
A - De nouvelles formes d’exploration de la mémoire
d’une ville ou d’un territoire.
Tous les prospectivistes sont unanimes: l’impact
territorial des technologies de la mobilité et de ces nouvelles
formes d’itinérance se trouvent aujourd’hui largement
expérimentées en Europe.
Plusieurs expérimentations récentes nous permettent ainsi
de nous démarquer d’un certain nombre de vieux schémas
d’analyse, en évoquant notamment les réflexions prospectives
aujourd’hui en cours, dans le domaine notamment de l’utilisation
des technologies de géolocalisation et de marquage de l’espace
dans la mobilisation des résonances cognitives des environnements
patrimoniaux.
Les espaces intelligents qui se créent autour de nous au travers
notamment des technologies sans fil et qui nous offrent un Internet ambiant
décliné à l’échelle de la Cité qui
se transforme en ville de la radiofréquence et des réseaux
omniprésents. Une ville amplifiée en quelque sorte par l’intrusion
d’espaces informationnels. Une possibilité de rencontre aussi
entre les strates d’informations qu’est par essence un monument
ou une œuvre d’art et les flux d’informations contemporains,
véritable allégorie de la construction identitaire.
On a ainsi tout particulièrement pu mettre l’accent récemment
sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent
un espace urbain d’annoter leur environnement, de lui conférer
un sens personnalisé, se transformer en auteur en se servant de
cet environnement, de se voir auteurs et de vouloir et d’être
au départ d’un processus de construction de connaissances.
Bref de rechercher et de fournir informations et renseignements.
1 - Le réseau Proboscis qui développe tout
un programme de recherche dans la matière, est parti de l’idée
de ce que des technologies sans fil pouvaient créer en matière
de géographie sonore urbaine. Il s’agit au fond de cartographier
l’expérience que font au quotidien ceux qui parcourent une
ville et qui cherchent à établir un lien entre ce qu’ils
font au quotidien - dans leur travail économique, politique, culturel…-
et ce qui se passe, se pense, se commente autour d’eux. S’enrichir
et enrichir ce que pensent et savent ceux qu’ils côtoient
de ce qu’ils croient savoir et penser eux-mêmes. Ce sont en
fait des géographies sonores que Proboscis expérimente.
Le projet Urban Tapestries permet aux usagers d’annoter leur propre
ville virtuelle, permettant à la mémoire collective de la
communauté dans laquelle ils se trouvent de croître, en permettant
aux citoyens ordinaires d’enchâsser un savoir social dans
le nouveau paysage sans fil de la cité. Les usagers doivent pouvoir
ajouter de nouveaux emplacements, des contenus pour ces emplacements et
« enfiler » en quelque sorte les emplacements individuels
à des contextes locaux par des dispositifs mobiles. L’usager
doit être capable de sélectionner de tels « enfilements »
(historiques, sociaux…) ou au contraire de se laisser conduire:
il reçoit alors une carte des espaces qui se trouvent associés
avec eux : ils peuvent la prendre comme guide ou au contraire demander
au système de les prévenir dès qu’ils passent
près d’un de ces espaces.
La ville au quotidien démultipliera ainsi les publications sur
elle-même : des technologies nous permettent ainsi en tout
cas de réarticuler ce qui pourra être écrite sur elle,
reconfigurer aussi nos mémoires, autant personnelles que collectives
et prendre peut-être la main sur elles...
2 – D’autres projets nous permetent aujourd’hui
un vrai régard sur le tourisme de demain:
* Le projet Amble du Media Lab Europe ajoute les connotations temporelles
à la carte urbaine qui se trouve sur votre PDA: la carte nous dit
en quelque sorte le temps à parcourir.
* Avec Sonic City nous traduisons en musique l’espace que nous parcourons.
Le nomadisme urbain se fait ainsi sonore, rythme et expérience
corporelle démultipliée.
* Le projet Tejp nous permet de laisser, anonymement ou non, des tags
musicaux : création de communautés locales, gestion
de nouveaux types de relation sociale. Nous pouvons là encore attacher
à un espace donné le volume d’une communication mobile.
* Texting Glances permet de nouvelles formes de construction de la mémoire
d’un lieu, espace de transport ou lieu d’attente. Construction,
à l’échelle de l’espace d’une ville, en
plusieurs points mis en réseaux, au travers de textes et d’images,
d’une véritable mémoire collective.
Ce qui nous apparaissait familier et connu dans l’espace urbain
peut nous livrer ainsi des sensations nouvelles, beaucoup d’interrogations
et une démultiplication des facteurs de curiosité et des
occasions de connaître, regarder, questionner autrement. Ce qui
ne nous appartient pas peut être personnalisé. La mutation
de la perception de l’espace et du temps à l’œuvre
sous nos yeux constitue donc un élément clef lorsque l’on
aborde les impératifs présents et futurs de l’économie
patrimoniale. Il s’avère donc urgent de prendre en compte
un tel développement de nouvelles temporalités - celle de
l’attente par exemple - ou encore et surtout la construction d’infrastructures
invisibles qui permet une sorte d’archéologie à l’envers
où nous creusons métaphoriquement un espace pour y placer
contributions et annotations, ce que développent d’ailleurs
d’autres expérimentations encore tels que Glitch.
3 - D’autres technologies ont été
mobilisée également:
* l’utilisation du téléphone mobile pour les enfants
de zones rurales en Galicie pour la découverte du patrimoine local,
* l’utilisation d’un Pocket PC pour la visite d’un monument
et la compréhension de son décor (le projet PEACH, Personal
Experience with Active Cultural Heritage) a permis de générer
un modèle tridimensionnel de texture ayant comme objectif la création
et la manipulation interactive de films virtuels virtuelle photo-réaliste,
ce qui permet de voir et d’étudier en réalité
virtuelle par exemple la tour du château de Buonconsiglio à
Trente;
* le suivi en temps réel d’objets en trois dimensions dans
un flux vidéo dans le cadre du projet SORA (Suivi d’Objets
pour la Réalité Augmentée). Des incrustations d'images
virtuelles s’avèrent possibles en temps réel : on
peut non seulement incruster des objets virtuels dans la main grâce
à un capteur, mais il est également possible de faire évoluer
ces objets dans un véritable décor. Le concept réside
dans le fait qu'une personne puisse présenter des objets de synthèse
en les tenant dans ses mains, ce qui fait appel à de la calibration
optique de caméra, à des systèmes de capture de mouvements,
du temps réel naturellement, mais aussi des mélanges entre
des images vidéos et des images de synthèse. Pour qu'une
image virtuelle paraisse réelle et que le virtuel et le réel
se confondent, il faut en effet que l’image réagisse à
son environnement - ainsi le reflet d'une main sur la carrosserie d’une
voiture de pixels, effectué en temps réel -. L'étape
suivante pourra être l'intégration de toutes ces technologies
dans la caméra même, avec ces algorithmes et logiciels qui
tourneront à l'intérieur.
B - L'expérience de voyage numérique
Il est aujourd’hui essentiel également de
souligner les potentialités de nouvelles de tourisme que nous pouvons
d’ores et déjà commencer à développer
dans la décennie qui vient, par exemple l’importance pour
les acteurs du tourisme la géolocalisation de l'internaute et donc
la possibilité d’avoir à l’avenir de plus en
plus la possibilité à son égard d’avoir un
discours spécifique et des propositions plus ciblées et
plus personnalisées: étiquettes géographiques, cartes
personnalisables, équipements nomades…
On rappellera ici six champs auxiliaires majeurs :
1. la géolocalisation permet de plus en plus au
touriste de dialoguer avec les tags Internet dont la ville se dote progressivement
pour renseigner le voyageur et “googler” la rue. Les informations
concernant le monde deviennent visibles au travers de ce qu’il est
convenu d’appeler le géoweb, le web chargé de données
géographiques grâce à qui on peut localiser une boutique,
le lieu où a été prise une photo… Le géoweb
d’aujourd’hui permet de voir des données que jusqu’à
présent nous ne pouvions que lire de façon généralement
abstraite ou seulement chiffrée. Il permet de voir le prix médian
des maisons par quartier, leurs variations et le nombre de celles qui
sont en vente. Les maisons apparaissent aussi sur la carte en fonction
de leur date de construction. Cela permet de voir comment un territoire
perd ou gagne en dynamisme. Un site comme Mapr qui permet de visiter une
région sur la base des photos géotaggées préfigure
de nombreuses pratiques à venir.
2. Les équipements nomades sont toujours davantage
les compagnons du touriste : baladeurs MP3, iPod, Blackberry et simples
téléphones cellulaires de nos e-touristes, audionautes et
autres mobinautes requièrent des cartes routières de la
région visitée à jour, des podcasts de visites guidées…
3. Après le voyage, s’impose de technologies
de « suivi » aujourd’hui essentielles: avis
d'utilisateurs, commentaires, forums, carnets et blogs de voyage…
4. Les cartes Web s’orientent dès aujourd’hui
vers des contenus de plus en plus personnalisés d’une part,
immersifs d’autre part -, ceci à l’instar des
mondes virtuels sociaux qui constitueront à l’évidence
l’une des données majeures de notre horizon économique
et culturels d’ici une quinzaine d’années -. Elles
deviennent littéralement la matière première que
ce que nous appelons aujourd’hui la néo-géographie.
Les internautes sont en effet de plus en plus nombreux à mettre
sur des endroits précis d’une carte en ligne leurs photos
de leurs voyages ou les post de leurs blogs; ils peuvent ainsi créer
dès aujourd’hui des cartes annotées très détaillées
accessibles à tous et classées par thèmes (localisation
de monuments ou de sites par exemple). La cartographie est donc en train
d’acquérir une véritable dimension émotionnelle
où l’interaction est - et sera de plus en plus - omniprésente :
la carte, ne l’oublions pas - surtout en termes de stratégie
de développement touristique et économique - qu’un
support sur lequel primeront les données taguées (images,
opinions, critiques).
5. Du verre intelligent à l’apprentissage
tactile de l’architecture. Il nous faut prendre en compte aussi :
les nouveaux rapports entre l’aménagement des espaces publics
et des supports informationnels basés par exemple sur la connexion
à Internet sur de grandes surfaces de verre (grâce à
l’utilisation des ondes sonores), l’utilisation de modèles
architecturaux virtuels (au travers notamment des travaux au cours de
ces deux dernières années de l’Institut Herz à
Berlin).
6. Les outils de l’ubiquité marquent d’ores
et déjà, de Kobé à Séoul, certaines
pratiques relatives à l’économie d’espaces devenus
« intelligents » et sur lesquels il nous semble
impératif que les territoires puissent exercer un vrai travail
de veille afin qu’elles puissent en suivre avec les habitants les
principales évolutions. Les territoires dont on souligne traditionnellement
l’enclavement seront bien évidemment les premiers concernés
par des usages naissants.
Ces développements technologiques permettent de revisiter non seulement
un siècle et demi de regards artistiques sur les territoires, mais
aussi le rapport de l’héritage culturel au développement
économique contemporain.
C - La prise en compte des nouvelles sensibilités
L’e-tourisme rural est d’abord un tourisme
culturel qui se développe au sein de l’économie du
savoir en genèse sous nos yeux. Une économie où la
valeur de référence est la connaissance.
Le territoire devra de plus en plus au travers des reconnaissances cognitives
de ceux qui voudront le découvrir aider à se faire lire,
comprendre, analyser … et aimer.
Un tel processus peut s’instrumentaliser dans le très bon
sens du terme. Pour cela, il faut évidemment toujours déterminer
le niveau d’interactivité souhaité.
Ainsi, les interactions entre un visiteur et les contenus offerts peuvent
être rendues disponibles au travers de multiples dispositifs autorisant
la génération de contenus par les visiteurs. Ces contributions
des visiteurs peuvent aussi être disponibles pour commentaires et
peuvent ainsi s'influencer entre elles : les individus se trouveront ainsi
de plus en plus inter-reliés autour de l'expérience qui
s'enrichit encore de ces interactions sociales. Les visiteurs peuvent
naturellement aussi interagir directement les uns avec les autres autour
des contenus présentés grâce à différentes
approches qui touchent naturellement davantage la clientèle des
jeunes soucieux de communication en temps réel (messagerie instantanée),
de création d’univers mentaux en ligne ou de partage d’une
expérience avec autrui.
Il faudra ainsi de plus en plus développer - pour une meilleure
compréhension de ce qui est montré- les approches tactiles
dans l’espace public. Nous avons ainsi fait l’expérience
l’an dernier - et notamment à la Bibliothèque d’Alexandrie
- d’une démarche qui consiste à utiliser les grandes
surfaces de verre - précédemment évoqués -
dans des dispositifs muséologiques ou des expositions (à
Toulon par exemple). Une technologie aujourd’hui testée également
par des boutiques londoniennes et qui permet d’acheter à
toute heure des habits, sans entrer dans le magasin, en touchant simplement
la vitrine interactive de la boutique. Expérimenté à
Londres, le dispositif se généralisera à l’horizon
de la génération à venir. Une fois la commande passée,
le client entre son numéro de téléphone ou son adresse
e-mail sur un petit clavier virtuel, ce qui lui permet de recevoir un
bon de commande et de régler, ensuite, ses achats à distance.
Ce dispositif qui ne nécessite pas de travaux : es images du catalogue
de vêtements proviennent d’un DVD lu par un ordinateur. Elles
sont diffusées, de l’intérieur du magasin, via un
rétroprojecteur sur la vitrine. Ensuite, la devanture est tapissée
d’un film transparent et souple, balayé par une caméra
infrarouge qui détecte les moindres gestes du client. Enfin, un
logiciel traduit ces mouvements afin de permettre à l’usager
de tourner les pages du catalogue et de passer commande. Expérimentée
également depuis 2005, en France, par diverses sociétés
à Paris, la technologie, peu compliquée à mettre
en œuvre, est commercialisée au Japon et caractériseront
les espaces publics des territoires de demain. Nous travaillons aujourd’hui
au sein de notre réseau aux diverses scénarisassions de
ce type de dispositif.
De manière générale, la glocalisation, on le sait
bien, est à l’œuvre partout : l’impact majeur
des processus de mondialisation et de globalisation - dont nous connaissons
aujourd’hui une nouvelle étape - est naturellement le besoin
d’enracinement dans un territoire.
Conclusion
La Loire Atlantique de 2030 sera - probablement plus
pour son bonheur (démultiplication de démarches d’accueil)
que pour son malheur (potentiel délocalisation d’activités)
- une terre ouverte. Tant il est vrai que cette expression de «terre
ouverte» sera en quelque sorte le label de l’économie
de la connaissance.
Mais pour accueillir la culture d’autrui, il faut lui faudra d’autant
plus développer la sienne.
Pour être terre d’innovation, il lui faudra donc faire usage
avec rigueur de la boite à outil de son identité.
Car, on l’oublie trop, l’innovation est d’abord ouverture.
Je vous remercie de votre attention.
Notes:
- On se reportera ainsi à la mission confiée à
Laurent Cohen Tanugi.
- Un appel à projets vient d’être récemment
lancé par la Commission.
- Formuler une telle affirmation à Séville était
aisé, dans une ville que son plan de prospective définit
comme ville de l’innovation et de la connaissance et dont une
partie du centre historique s’est donnée pour vocation
de devenir dans les années à venir un quartier de la nouvelle
économie de la connaissance.
- Il nous faudra également prendre en compte ce que seront les
futurs espaces interrégionaux d’élaboration et de
confluence des savoirs ou encore, en d’autres termes, la configuration
de la géo-économie de la connaissance dont nous observons
aujourd’hui la genèse.
- On retrouvera à chaque fois l’importance des espaces
de gestion locale des processus de capitalisation des savoirs et des
connaissances.
- Rappelons-en brièvement les origines: la Fondation Tecnocampus
Mataró avait organisé il y a trois ans de cela un colloque
« usagers et réseaux créateurs de la nouvelle
ville » qui évoquait les horizons ouverts par la gestion
urbaine en réseau. Avec une équipe d’économistes
de l’Université Polytechnique de Catalogne, ce séminaire
a par la suite permis de modéliser un certain nombre d’axes
de développement de la ville en la matière. La ville s’était
placée d’emblée sous l’égide d’un
plan directeur qui entend en faire une ville de la connaissance, capable
d’exploiter pleinement le capital intellectuel de la ville et
de son territoire comme source principale de richesse, de prospérité
et de croissance future. A été utilisé à
cette fin une modélisation économique qui se traduit par
la création et la gestion d’une plate-forme de connaissance,
ceci à partir notamment des micro-clusters existants dans la
cité.
- Il sera présenté lors des premières journées
européennes de la Fondation à Privas les 7 et 8 février
prochains.
- Nous avions ainsi eu l’occasion de rappeler que certaines des
approches de la ville de Stockholm - et de Kista, tout à côté
de la capitale suédoise - n’auraient de même aujourd’hui
pas la même force s’il n’y avait pas eu Ronneby, ou
encore Naestved au Danemark (Naestved qui elle-même a repris un
certain nombre de schémas élaborés par de petites
villes espagnoles). Il est donc essentiel de totalement reconsidérer
à cette aune les analyses traditionnelles sur la prospective
du monde rural. Il y a trois ans en effet, j’ai eu l’occasion
de développer pour le CROCIS une assez longue analyse où
j’ai montré combien la ville de petite taille était
précisément destinée - plus encore que d’autres
- à être l’un des vecteurs de l’innovation
territoriale. Il y a moins d’une décennie également,
nos collègues normands évoquaient dans le cadre du Mois
des Villes Numériques que nous avions organisé à
la Cité des Sciences « Internet sous les pommiers ».
D’ici deux décennies, on évoquera la démultiplication
de centres de RDI, singulièrement au sein du monde rural justement
- comme d’ailleurs le montrent et vont commencer à le démontrer
dans moins de deux ans les opérations que nous accompagnons aujourd’hui
-. Le rapport villes - campagnes ne pourront qu’en être
profondément bouleversés, de même que les paradigmes
qui définissent ce rapport.
- INFODEX (Stratégie Régionale de Société
de l’Information) qui était né en 1997.
- REDMIL, AGRORED, GASTRONOMIA de Extremadura…
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LES VILLES ET TERRITOIRES NUMERIQUES DE DEMAIN - Laura
Garcia Vitoria© |