Rencontres du Futur

Direction de la Qualité de la Gestion Publique

Conseil Général de La Loire Atlantique

La ville numérique : ce que nous en dit l’expérience©

Laura Garcia Vitoria
20/12/2007

Introduction

L’économiste Alvin Toffler écrit dans son dernier ouvrage (La richesse révolutionnaire, Paris, 2007) : « Brusquement, un système de richesse différent apparaît, qui dépend des modifications spectaculaires de nos relations avec le temps et l’espace, mais aussi … (avec) le savoir ».
Pour lui, c’est en effet à ce qu’il appelle « l’offre globale de connaissance » (OGC) que puise « la richesse révolutionnaire » de demain. Et cette offre globale de connaissance, nous ne sommes pas seulement en train de (l')augmenter, «nous (en) transformons aussi ses modes d’organisation, d’accès et de distribution».

Au travers de cette formulation - un peu ambitieuse, il faut bien le reconnaître -, il définit à vrai dire la ville et le territoire numérique de demain, au-delà même donc d’un espace qui aurait fait le pari de la mise en réseau et de l’innovation.

Cette ville numérique des deux prochaines décennies, nous pouvons d’ores et déjà l’esquisser et en imaginer le fonctionnement.

Nous présentons ici une analyse suivie de quelques axes concrets basés sur nos propres accompagnements de projets. Ces analyses s’inscrivent clairement dans la scénarisation aujourd’hui en cours de la stratégie de Lisbonne pour la décennie 2010 - 2020 (1). Ces analyses s’inscrivent clairement dans la scénarisation aujourd’hui en cours de la stratégie de Lisbonne pour la décennie 2010 - 2020 1 et sur les projets européens de « régions de la connaissance » actuellement développés (2).

Nous avons retenu trois étapes dans notre présentation :

1- La ville numérique, comme territoire de la connaissance : une définition en dix points

2- Les laboratoires de la ville numérique de demain : trois visites

3- Un paradigme comme l’économie du savoir : le tourisme de la mémoire.

Conclusion - Notes

Nous en présenterons à chaque fois une brève analyse suivie de quelques axes concrets basés sur nos propres accompagnements de projets.

I - La ville numérique, un territoire de la connaissance : une définition en dix points

La Commission européenne nous a demandé il y a de cela deux ans de présenter à Séville (3) un tableau prospectif de l’économie de la connaissance à l’horizon des années 2020 (« L’Europe de 2020 : la construction d’une économie territoriale de la connaissance »). Nous y rappelions que dans l’ensemble des expériences, projets, programmes et réalisations que nous suivons et que nous accompagnons à l’échelle internationale, nous retrouvons toujours la même évolution forte relative aux rapports entre les territoires et les savoirs et l’impérative nécessité pour ceux-ci d’en assurer la gestion et la transmission : territoire par excellence de l’innovation, la ville numérique est d’abord et avant tout une ville de la connaissance.
En Scandinavie et dans les pays baltes, en Irlande, dans certaines régions d’Europe centrale ou d’Europe méditerranéenne, nous ne pouvons que constater le primat d’une économie du savoir : Munich et Berlin se disent aujourd’hui volontiers Stadt des Wissens, en Italie, Brescia ou encore Bari entendent devenir Citta de la connoscenza et ailleurs dans le monde nombreuses sont les stratégies qu’il convient ainsi de suivre, sur le continent nord-américain (les villes ingénieuses canadiennes, Austin au Texas, Monterrey au Mexique), en Amérique latine (les villes argentines, chiliennes ou brésiliennes)… (4)
Mais qu’entendre par là? Pour une collectivité locale (et singulièrement en Espagne, dont viendront bon nombre de nos exemples) un tel programme recouvre ainsi une dizaine de réalités plus ou moins assumées, mais permettant de définir la réalité d’une ville ou d’un territoire numérique d’aujourd’hui et plus encore de demain :

1 – la démultiplication des actions municipales et régionales de formation qui seront l’éssence même de la bonne gouvernance territoriale de 2020. Former et former encore constitue aujourd’hui un leitmotiv pour les collectivités territoriales les plus dynamiques : en Espagne ainsi, Burgos Ciudad XXI développe des cours de formation pour les jeunes en difficulté afin de et leur permettre d’accéder aux infotechnologies, des cours de formation aussi pour l’ensemble du personnel municipal. Et il en est de même pour le plan Bilbao 2010 destiné avant tout à conforter le programme d’apprentissage tout au long de la vie mené par la municipalité. Grenade voit l’Institut municipal de formation s’appuyer tout particulièrement sur un centre des nouvelles technologies. Jerez de la Frontera, près de Cadix, a crée dans le même esprit une bourse virtuelle du travail, mais également un amphi virtuel de téléformation. Leon Ciudad Digital porte de la même manière l’accent sur les questions de formation, où les stratégies d’intégration sont essentielles, Ciudad Real a développé un programme d’entrepreneuriat virtuel. Villafranca est l’une des villes qui a pu le mieux esquissé une telle démarche destinée à être de l’ordre de l’évidence dans la décennie à venir et ceci au travers d’espaces sur Internet de recension de toutes les possibilités d’accès à la formation(5).

2 - la mise en place de dispositifs de polarisation des compétences constitu partout une composante majeure du territorie numérique: en Espagne encore, c’est d’ailleurs l’objectif que s’est fixé pour 2015 la ville de Burgos autour d’une nouvelle génération de parc technologique qui doit aider la ville à se transformer en cité de la connaissance. Zorrozaurre à Bilbao entend devenir un espace d’implantation d’activités permettant l’utilisation de services avancés, une future ville à part entière d’une ville de l’innovation et de la connaissance. La Milla Digital de Saragosse est l’incarnation même de cette volonté générique de concentrer expérimentations et lectures du futur sur un même territoire. Il en sera de même des centres d’inspiration comme celui de Lahti en Finlande.

3 - Il est important d’évoquer l’administration électronique comme processus d’accompagnement de tels programmes : la dimension de l’administration électronique locale de la ville de La Corogne se définit d’ailleurs en fonction du programme « Coruna, ciudad del conocimiento » qu’elle entend développer dans les années à venir. Elche propose une dimension particulièrement intéressante dans sa réflexion stratégique : elle conçoit le champ de l’e-administration comme « instrument de gestion du changement de modèle urbain ». C’est dans cette optique d’abord que l’e-administration est amené à constituer l’un des cadres futurs de tels programmes. Getafe, dans la région de Madrid, souhaite ainsi viser une situation de réelle compétitivité territoriale, avec surtout un plan de qualité pour la gestion municipale.

4 - Il est important également de répondre à de nouvelles demandes face à une recherche territorialisée. L’exemple d’une « kennistadt » hollandaise s’avère à cet égard significative : déjà connue pour son "projet pilote fibre" qui ambitionne de connecter toute la ville en fibre optique, une municipalité de la banlieue d'Amsterdam, Almere, vient d’annoncer une sorte de première mondiale : la création de la "première grille de calcul hétérogène municipale" afin certes de  répondre aux besoins des entreprises et laboratoires publics installés sur le territoire et mettre à disposition de ces laboratoires les capacités inexploitées des ordinateurs reliés à son réseau très haut débit (100 Mb/s), de susciter naturellement aussi une prise de conscience collective des potentialités du haut débit, mais surtout d’associer les habitants de la ville aux travaux des chercheurs. On imagine les habitants d’un quartier ou d’une ville suivre en ligne les travaux sur le patrimoine local, sa restauration, son aménagement, son animation…, mais aussi naturellement tous ceux qui peuvent être intéressés à des titres divers et ne manqueraient souvent pas de se rendre sur place.

5 - Les collectivités impliquées dans de tels programmes s’efforcent également de façonner leurs propres «outils de visibilité» et surtout d’observation. Ainsi Sabadell, près de Barcelone, au travers de son plan pour la société de l’information et de la connaissance, a ainsi crée une Fondation des industries de l’information pour mette en place des formations liées aux infotechnologies et capable de former les entrepreneurs de demain, ceci parallèlement à l’Institut d’études et de recherche appliquée qui développe des fonctionnalités d’observatoire et de développement de projets innovants : le plan Sabadell 2010 souligne que la ville numérique qu’elle entend être viser la formation et la compétitivité territoriale. Il est essentiel de créer de nouveaux services pour une bonne gouvernance territoriale. Les services que le secteur public et politique offre, les politiques qui y sont conduites seront ainsi de plus en plus appuyés par la connaissance scientifique, une documentation statistique et qualitative de sujets, un débat, bref des connaissances accumulées et accessibles sans coût que l’on peut appeler les immatériels du secteur politique et publique dont l’utilité sociale apparaît de plus en plus évidente: sans connaissance commune des affaires publiques, il ne peut y avoir de bonne gouvernance et pour concevoir et réformer, les élus auront besoin de plus de connaissances à partager avec les administrés.

6 - Au-delà, on trouve la volonté de créer tout autour d’elles des espaces régionaux et interrégionaux de connaissances pour faciliter transferts technologiques et mutualisation d’outils : on peut ainsi citer la Hanse numérique, de Bergen à Tallin, ou encore les constructions territoriales ultrapériphériques de la Communauté européenne sous l’égide notamment des Canaries qui, de Tenerife à Las Palmas, entendent devenir des territoires de l’innovation à l’échelle atlantique. Une stratégie qui entend se situer par rapport à l’action de réseaux tels que ceux construits par des quartiers apprenants qui aujourd’hui permettent à de nombreuses collectivités européennes de travailler et de réfléchir ensemble dans leurs programmes de villes intelligentes ou de cités-savoir ou encore des réseaux tels que ceux des villes créatives.

7 - De manière davantage prospective, les villes et territoires devront créer de futurs services d’aide au savoir. A l’échelle du quart de siècle à venir, les rapports avec notre environnement seront de plus en plus connotés par des savoirs : tout notre environnement s’apprête à se faire pourvoyeur de connaissances. Il en est de même des multiples écrans parsemant nos villes, des écrans qui auront donné naissance à de nouvelles applications ou à de nouvelles générations de machines portables, écrans "dépliables" et "journaux électroniques enroulables" et voir généralisés sur les vêtements ou les emballages de certains objets. Les territoires seront ainsi à gérer comme doivent l’être aujourd’hui ce qu’il est convenu d’appeler en termes de management des communautés intensives en connaissances.

8 - La ville numérique de demain (en réalité d’ores et déjà dans les dix à quinze ans à venir) aura un environnement constitué de strates d’espaces et de flux informationnels avec des espaces intelligents qui se créent autour de nous au travers notamment des technologies sans fil et qui nous offrent une sorte d’Internet ambiant qui se transforme la ville en espace de radiofréquence et de réseaux omniprésents: la ville numérique sera de plus en plus amplifiée en quelque sorte par l’intrusion d’espaces informationnels multiples. Nous sommes aujourd’hui en mesure de créer une possibilité de rencontre entre les strates d’informations qu’est par essence un monument (ses strates chronologiques et symboliques par exemple) et les flux d’informations contemporains, véritable allégorie de la construction identitaire. On a ainsi tout particulièrement pu mettre l’accent récemment sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent un espace urbain d’annoter leur environnement, de lui conférer un sens personnalisé, se transformer en auteur en se servant de cet environnement, de se voir auteurs et de vouloir et d’être au départ d’un processus de construction de connaissances, bref de rechercher et de fournir informations et renseignements. Les récentes expérimentations menées par exemple à Londres au cours de ces derniers mois montrent ainsi ce que pourra être par exemple la mobilisation des résonances cognitives des environnements urbains.

9 - Le repérage, la cartographie et la gestion territoriale de la connaissance dans les collectivités à l’horizon 2020 - 2030 sont amenés à s’appuyer sur des processus spécifiques dont certains ont déjà fait l’objet de premières applications. La condition première de l’attractivité économique d’un territoire réside aussi dans une connaissance minutieuse des savoirs existants: la démarche de la petite ville de Mataró en Catalogne nous semble de la sorte parfaitement résumer l’une des concrétisations territoriales possibles des stratégies de Lisbonne, au point qu’au sein de notre Réseau, nous avons baptisé cette démarche le processus de Mataró(6).
Ce processus se base en effet sur cinq points majeurs :

  1. - la vision issue de l’analyse des potentialités existantes à partir d’entrevues avec des personnalités de la ville dans des domaines tels que les sciences de la vie, les sciences sociales, la planification urbaine, la gestion des entreprises, de manière à ce que puissent être développés de véritables champs d’attractivité
  2. - l’identification des activités essentielles capables de mener à terme une telle vision à travers des actions et projets forts
  3. - l’identification des compétences essentielles pour accomplir ces actions et ces projets
  4. - le choix des indicateurs pour chaque activité et chaque compétence essentielles
  5. - l’assignation de ces indicateurs à chacune des grandes catégories intellectuelles (capital humain, capital des structures, capital marchand, capital de rénovation et de développement et enfin capital de l’ensemble des démarches engagées).

La dèmarche consiste ainsi  à mesurer et gérer le capital intellectuel de chacun des micro-clusters présents sur le territoire, ceci à travers notamment un processus de benchmarking de leur capital intellectuel qui permet par exemple d’obtenir un index de confiance globale: l’application du modèle amène à une vision stratégique du développement de la ville, de la cohésion sociale et des possibilités de croissance économique durable et à un système de support décisionnel pour les élus.

10 - Architectes et urbanistes doivent en effet de plus en plus répondre à la nécessité d’améliorer les conditions de transmission de connaissances entre le système d’éducation et de recherche et le système productif et utiliser pour cela leur champ d’intervention qu’est l’espace urbain. C’est ce qu’illustre aujourd’hui le chantier de Poblenou à Barcelone qui traduit la transformation d’un quartier de l’époque industrielle en quartier du savoir. Le transfert technologique s’y veut omniprésent avec des centres permettant la création d’entreprises innovantes et surtout le soutien de projets de création d’usages applicatifs à partir des laboratoires de recherche. Ce qu’il est convenu d’appeler un quartier de la connaissance est donc une sorte de cluster urbain, un pôle de compétences où se trouve facilitée la relation entre universités, centres technologiques, centres de recherche et activités productives en une concentration d’activités qui favorisent l’interactivité.

II - Les laboratoires de la ville numérique de demain

A - Le développement en Europe de centres expérimentaux autour de nouveaux projets relatifs à la société de la connaissance

De quoi parle-t-on quand on évoque en Europe les Living Labs, les «laboratoires vivants»? Il s’agit d’entités publiques et privées où les entreprises, organismes publics, centres de recherche et habitants se rejoignent au sein du processus de innovation co-créant et validant technologies, plateformes, produits, services, modeles d'affaire en environnements et contextes réels et quotidiens.
C’est également une méthodologie de recherche pour détecter, valider et perfectionner des solutions complexes et évolutives dans le contexte du quotidien. Il s’agit donc d’une innovation ouverte et incrustée au sein de l’environnement du tissu social. Le concept est de diffuser le concept de l’open source à l’innovation, de telle sorte qu’il ne soit plus le patrimoine exclusif des techniciens et que la collectivité puisse toute entière participer aux processus innovants.
Il y a des espaces spécialisés pour les usages des enfants (nanolab) et du troisième âge (yayolab), une médiathèque et une zone open source interconnectée au tissu social et destinée au développement de projets internationaux. Il s’agit d’un laboratoire numérique d’innovation citoyenne.

Dans le cas de Cornellà en Catalogne, l’édifice de la Suris est en même temps un scénario et un conteneur ainsi que toute la raison d’être du Citilab Can Suris. Témoignage en lui-même du passé industriel de la ville, la Suris apporte les éléments et la mémoire historique d’un modèle spécifique et singulier de la révolution technologique. De la même manière qu’à l’époque de l’industrialisation on s’est appuyé sur la richesse et la capacité d’innovation des réseaux locaux, la nouvelle Suris aspire à se transformer en un pont entre ces valeurs et la nouvelle révolution technologique. C’est pour cela qu’elle amène les valeurs de l’expérience propre de la centralité qu’occupent les groupes sociaux et les personnes. Le bâtiment est organisé de telle sorte qu’il y ait des espaces flexibles et favorise les propositions innovatrices et itinérantes suivant la nature du réseau.
Conçu d’après le projet “Corelabs”, il s’agit de "regiones funcionales" où les participants créent un partenariat d’entreprises Public-privé avec des agences publiques et des universités, des personnes privées, tous collaborant à la création et l’élaboration de prototypes , à sa validation, aux tests de nouveaux services, produits et systèmes dans la vie réelle, dans un contexte de villes, hameaux, zones rurales ou quartiers industriels. Ils s’avèrent plus efficaces que des «laboratoires fermés» en stimulant des idées, des projets riches en R&D réelle. La validation est immédiate et l’on peut continuer avec les prototypes et les tests. Le citoyen est vu dans sa globalité.
On peut rencontrer quelques exemples à "testbeds" regionales en Europa. Arabianranta a Hèlsinki, Mobile City Bremen en Allemagne et Freeband en Hollanda. Ceux-ci contribuent à la démultiplication en matière de réseaux haut débit en Europe. Ils tiennent en outre une importance régionale pour le développement de produits qui nécessitent une connaissance importante des marchés locaux spécifiques.
* Visite virtuelle: http://www.citilab.eu/visita/es/index.html
* Liste des Livinglabs en Europe: http://www.livinglabs-europe.com/
* Les Libinglabs ruraux : http://www.c-rural.eu/.
* L’exemple de Sarragosse: www.milladigital.es

Le Living Lab de Soria (http://www.soriasur.net/web/index/index.asp) est une initiative locale de promotion d’un développement économique et social durable en zone rurale, et CECI au travers d’une méthodologie innovante. La province de Soria se trouve géographiquement dans la moitié Nord de l’Espagne. Une région donc de montagne et de petits villages, ce qui complique à l’évidence la mise en oeuvre des infrastructures de communication, transports et télécommunications et de manière plus générale en matière d’intégration sociale et économique des habitants dans une société basée sur la connaissance.
Il n’y a aujourd’hui pas suffisamment d’infrastructures du point de vue technologique qui auraient pu permettre aux habitants des douze villages concernés de participer à une telle intégration à l’économie du savoir. Soria a une population de 92.773 habitants sur une superficie de 10.303 kilomètres carrés, avec donc une densité de 9 habitants / km2. Actuellement 4000 immigrés vivent dans la province, issus de 77 nationalités différentes, dix fois plus qu’il y a dix ans.
Les objectifs principaux de ce Living Lab rejoignent pleinement naturellement les stratégies de développement du monde rural. En ce sens, le Living Lab de Soria collabore avec toutes les initiatives locales ayant pour objet le maintien sur place de la population locale. Il s’agit là de la volonté de créer une communauté disposant d’une stratégie de développement basée sur une innovation systémique, des scénarios de partage de connaissances et de services. Et ceci en créant et proposant des supports techniques et des services aux créateurs d’entreprises innovantes afin de développer l’activité économique et commerciale de la région et des aires rurales de manière générale, ceci en intégrant la population à une économie basée sur la connaissance et en améliorant son niveau de vie.

Le Living Lab de Soria est né du projet de «Collaboration At Rural» dans le cadre du 6e programme cadre de recherche et développement. C@R visait à développer des outils de travail collaboratif comme outils de développement durable. Il s’agissait pour la recherche d’identifier les bonnes réponses technologiques aux barrières empêchant un développement rural durable. Soria est en effet vue comme un exemple de zone rurale témoignant d’un faible développement technologique. Et c’est ce genre de territoire précisément qui a été choisi pour implémenter une plate-forme technologique d’incubation d’entreprises, avec l’idée naturellement d’étendre un tel modèle vers des régions similaires.
Le laboratoire est principalement appuyé par l’administration publique locale et le groupe d’action locale ADEMA. Il est membre du réseau européen de Living Labs (ENoLL), afin d’en mettre en évidence l’importance, la visibilité et la durabilité.

Le Living Lab de Grenade se trouve dans le parc technologique consacré à la santé. Le responsable en est Telefonica I&D et la consejeria de salud de la Junta d’Andalousie. Il s’agit surtout ici de prévention sanitaire au travers des nouvelles technologies.

Le Living Lab de Cudillero dans les Asturies est également une initiative locale ouverte pour la promotion sociale et économique de cet espace rural, une nouvelle méthodologie aussi pour l’innovation: un living lab ici apparaît comme un ensemble d’infrastructures, outils, service, applications, méthodes, process, pratiques, capital humain et accords qui génèrent les sociétés, les autorités locales, le PME et les personnes qui travaillent ensemble pour créer, prototypes et valider nouveaux services, marchés, et technologies en environnements réels.
Il est situé sur la côte occidentale du Principal, au nord de l’Espagne donc et regroupe neuf petites villes dont Cudillero y Oviñana.

Le Living Lab. de Cudillero est né à l’intérieur du projet de Collaboration at Rural (C@R). C@R est un projet du septième programme cadre de la Commission Européenne avec un budget de 15 millions de euros y 33 associés qui prétendent développer la création des environnements de travail collaboratif (CWE) pour canaliser et développement rural.
Au Living Lab de Cudillero, l’objectif principal est d’offrir au secteur de la pêche un support technique et des services aux usagers du secteur pour faciliter les tâches quotidiennes en utilisant un environnement collaboratif à travers une plate-forme collaborative pour améliorer les process qui seront installés dans les bateaux de pêche dédiés à la «merluza de pincho». Les applications incluent des fonctionnalités pour gérer les alertes à bord du bateau, envoyer des données de capture et des technologies pour la collaboration entre la terre et la mer. Elles seront un exemple pour les implémenter dans les autres aires rurales de la côte avec des caractéristiques similaires. Il est placée sous l’égide de la direction générale de la pêche du Principat des Asturies, de la confrérie des pêcheurs “Virgen del Carmen” et de la mairie de Cudillero. Il entend participer à la connaissance, l’expérience et les bonnes pratiques dans l’application de cette méthodologie.

Il s’agit d’innover dans les processus commerciaux et donner de la visibilité à ses produits. Il dispose à cette fin d’une plate-forme collaborative avec les outils pour :
- mettre au service des pêcheurs des dispositifs mobiles et des services de surveillance côtière pour échanger des informations entre les différents acteurs dans un scénario de pêche collaborative
- localiser les réseaux disponibles en matière de communication (GPRS, UMTS, WIMax et autres standarts sans fil, satellite)
- développer des applications pour inclure des fonctionnalités pour l’utilisation d’alertes à bord du bateau (envoi d’informations sur les captures et collaboration entre la terre et la mer).
(http://www.c-rural.eu/Cudillero_RuralLivingLab/index.php?option=com_content&task=view&id=14&Itemid=27&lang=es) (http://www.ayuntamientodecudillero.com/)

B - Les CENT

L’un de ces lieux - labellisés et accompagnés par notre Fondation - va commencer à sortir de terre au printemps 2008 en Ardèche(7). Le premier centre européen des nouvelles technologies peut ainsi tout à fait préfigurer quelques-uns des traits du visage des zones les moins urbanisées(8) de la Loire Atlantique dans une génération.
Je souhaiterais donc prendre quelques instants pour vous l’évoquer de manière à développer l’approche la plus concrète possible.
Ce village hébergera des activités qui utilisent les technologies de l’information et de la connaissance comme moyen clé de création de valeur ajoutée. Ces activités s’exerceront principalement dans la recherche et développement en matière de commerce électronique, les services à distance, l’assistance à la personne et la conquête des marchés pour PME - TPE.

Le village sera édifié dans un environnement de nature protégée de 300 ha : vignes, forêts, prés, champs. Son architecture rurale traditionnelle s’intégrera parfaitement dans le paysage qu’il protègera et mettra en valeur. Les vignes resteront un élément typique du site. Ce village symbolisera la vie ardéchoise traditionnelle associée à l’innovation de demain. Il pourra de la sorte générer des emplois de toutes qualifications, des activités nouvelles sur un secteur qui vit actuellement du textile et de la vigne et naturellement de nouvelles ressources.

Des logements et locaux « intelligents » sont prévus afin d’apporter efficacité et confort à leurs utilisateurs spécifiques. La qualité de vie des chercheurs et personnels a été placée au centre du concept, en évitant notamment les déplacements quotidiens : les entreprises et professionnels qui s’installeront dans le village auront pour spécificité de travailler à distance.
Les infotechnologies deviennent de la sorte le cœur de métier du village.

De tels villages regrouperont donc tout à la fois les entreprises innovantes, les professions de services et du tourisme, les commerces nécessaires au quotidien et bien évidemment les logements indispensables aux professionnels, chercheurs et personnels qui pourront ainsi habiter et travailler sur place. Grâce à sa qualité architecturale et environnementale (parcs, jardins, étangs, piscines...), le village permettra des séjours centrés sur la remise en forme, le sport, la santé et le tourisme. Cet apport de clientèle amènera des ressources supplémentaires en termes d’activités et de commerces et une animation permanente, procurant ainsi une grande qualité de vie aux professionnels des infotechnologies et des services.

Quatre grands types d’activités sont concernés :

1. les prestations de services à distance : traduction, centres d’appels, assistance bureautique, enseignement à distance, création graphique, publicité, communication, conception assistée par ordinateur, intelligence économique.
2. la recherche et développement dans tous les domaines ne nécessitant pas d’infrastructures lourdes : robotique, intelligence artificielle, génie logiciel dans de nombreux domaines (électronique, textile, agroalimentaire), prototypage virtuel, simulation numérique, applications médicales 3D, maquettes numériques.
3. Le commerce électronique et la vente de produits à distance (le conditionnement et l’expédition pouvant être réalisés sur un autre site), notamment vins, logiciels, cosmétiques, livres électroniques et voyages.
4. Les technologies de l’information et de la connaissance  dans le domaine notamment du conseil en systèmes d’information et réseaux, de la gestion de bases de données, de la télémaintenance, sécurité informatique et réalisation de portails d’entreprises, l’édition de logiciels, la gestion de la relation client et tout ce qui est contrôle et sécurité à distance.

Les innovations organisationnelles - qui seront de manière générale celles de la génération à venir - résideront d’abord en un Central de services qui proposera l’accès à des services extérieurs spécialisés, ce qui permettra aux TPE et PME d’aborder les marchés avec la capacité d’action des grandes entreprises : prospection de marchés, partenariats avec des entreprises étrangères, veille concurrentielle, accueil des visiteurs venant de l’étranger, actions relationnelles et événementielles multilingues, logistique pour les traductions, interprétariat simultané, visioconférence, plateforme de services en réseaux pour TPE et PME, ressources de recherche et développement…

Un pôle d'accueil des entreprises NTIC et des services communs permettra à des entreprises souhaitant s’installer sur place rapidement de disposer d’une logistique d’installation déjà prête : bureaux câblés, appartements meublés et tout ce qui est nécessaire pour être opérationnel sur place dans un délai d’une dizaine de jours. Après une mise en activité rapide, l’entreprise pourra s’installer dans une autre zone du village ou du pôle qui sera mieux en accord avec la dimension qui lui est nécessaire.

Des services communs d'entreprise seront initiés par le pôle en partenariat avec des opérateurs spécialisés : entretiens, secrétariat, restauration d'entreprise, sécurité, surveillance, assistance bureautique, reprographie, salles de réunions, équipement de projection et visioconférence.

Une pépinière et un tutorat d’entreprises permettront aux techniciens et spécialistes de créer leur entreprise. Assistés par un « tutorat » émanant de chefs d’entreprises expérimentés, ceux-ci bénéficieront de services à tarifs préférentiels mis en place par le CDS. Ces créateurs d’entreprises pourront progresser beaucoup plus vite que s’ils étaient isolés.

Un service de prospection européenne, financé et mis en place par le partenaire privé, permettra de faire découvrir le village aux entreprises potentiellement intéressées

Plusieurs types d’avantages seront mis à disposition des entreprises et des professionnels NTIC : loyers préférentiels des activités innovantes, équipements high-tech du site (très haut débit…) et bien sûr apports du CDS pour l’efficacité opérationnelle.

L’objectif est de faire venir dans un premier temps sur le village 60 entreprises NTIC représentant 240 professionnels. Au fur et à mesure que ces entreprises grandiront, elles seront invitées à s’installer dans de bonnes conditions sur d’autres secteurs de la zone Privas-Rhône et Vallées, et seront remplacées dans le village par d’autres TPE.

Un nouveau marché est en pleine expansion : celui des seniors, nouvellement retraités, qui souhaitent résider plusieurs mois par an dans un tel environnement, sous un bon climat, avec des installations de loisirs et de santé fonctionnant toute l’année, mais avec aussi un voisinage jeune et actif.

Le développement durable sera naturellement placé au centre du concept, au travers notamment de la protection de la biodiversité et des économies d’énergie. Dans le premier village, les visiteurs découvriront la « maison ardéchoise du développement durable », un exemple de création d’énergie renouvelable, de récupération et recyclage de l’eau, de biothermie et de climatisation naturelle.

On estime généralement qu’un emploi NTIC génère, par le développement d’activité et les besoins périphériques, deux emplois supplémentaires à échéance de cinq à huit ans. Le commerce, l’hôtellerie, la restauration, la remise en forme et les activités touristiques amèneront une cinquantaine d’emplois directs sur place. Tout comme les activités de cette nature, ces activités d’accueil et de tourisme génèreront aussi des emplois indirects : au global, ce sont environ 1100 emplois directs et indirects de toutes qualifications qui seront créés sur la zone à échéance de cinq à huit ans.

C - Les centres de la connaissance

Nous allons quitter l’Ardèche pour nous rendre en Extrémadure, dans le sud-est de l’Espagne. Il y a déjà huit ans y fut créé un projet de centres de connaissance au travers d’un programme pilote de six collectivités territoriales de la région - il en existe quarante aujourd’hui -.
Ce projet fut en réalité la résultante d’un projet antérieur(9) qui avait pour objectif d’analyser les possibilités de la région pour mettre en œuvre les applications des technologies de l’information et de la connaissance en vue de la modernisation des activités productives, l’amélioration des services proposés aux habitants, la réduction des différences entre zones urbaines et rurales et bien évidemment la mise en œuvre des potentialités offertes par toute zone frontière.
Les groupes de travail de chacun des centres s’organisèrent ainsi en fonction des intérêts des utilisateurs des divers lieux - qu’il s’agisse d’entrepreneurs, de jeunes, d’un public plus âgé, de femmes, d’associations, de handicapés.
Au-delà de l’accès de l’ensemble des habitants d’un territoire aux infrastructures et aux contenus numériques, l’objectif de la démarche réside aujourd’hui aussi bien dans la promotion du développement d’initiatives autonomes qui ouvrent à tous les possibilités offertes par l’économie du savoir.
Aussi, aux côtés de l’autorité régionale, participent à la démarche l’Association régionale des Universités Populaires et tous les organismes - depuis le niveau régional à l’Union Européenne - chargés d’éducation, de formation, de transfert de savoirs et surtout du partage et de la dissémination de la culture scientifique et technologique.
Pour accompagner la création d’activités innovantes notamment dans les petites villes et le monde rural, les années à venir seront celles de l’alphabétisation technologique. En Estrémadure, il s’agit ainsi surtout :
* générer un espace de rencontre sociale - physique aussi bien que virtuelle - et créer une valeur ajoutée
* développer les compétences et les capacités entrepreneuriales nécessaires pour affronter les défis des mutations économiques des années à venir
* créer des réseaux de collaboration entre institutions entreprises, associations et personnes présentant des affinités communes - de vrais réseaux sociaux donc -
* donner naissance à des manuels de bonnes pratiques en tous domaines, notamment en matière d’alphabétisation technologique
* défendre la culture locale et régionale, le partage donc de l’identité commune à travers la constitution d’une immense bibliothèque de l’expérience et de la mémoire du territoire et de ses habitants.

Ces lieux offrant de réelles opportunités économiques, sociales et culturelles à chacun préfigurent bien ce que seront les centres de connaissance - physiques aussi bien que virtuels, temporaires aussi bien que permanents - répartis dès la décennie à venir sur l’ensemble des territoires.
La Junta d’Extremadura a d’ores et déjà développé à cette fin de multiples outils pour notamment générer et développer des contenus en ligne, pour constituer des viviers d’entreprises innovantes (Vivernet - Viveros de Empresa en la Nueva Era -), une plate-forme de commerce électronique, un portail de la société de l’information et de l’éducation (Portal Extremadura.org) accompagné d’un réseau de technologies éducatives (RTE), l’élaboration d’une méthode d’apprentissage de la langue espagnole pour les frontaliers lusophones comme contribution à l’administration en ligne, l’initiation aux multiples usages du site institutionnel régional…
Il s’agit en tout cas de toujours provoquer synergies, partenariats et coopération entre le secteur privé et public (E-Estrémadure), mais également de gérer des projets européens. L’objectif global est de mettre en place une société locale de la connaissance (publication électronique “enred”), par exemple en mettant en perspective les défis mêmes d’une économie du savoir au travers d’analyses prospectives et de la mise à disposition par les autorités régionales d’une bibliothèque de la société de l’information.
La méthodologie du projet se base sur un certain nombre d’axes. Il s’agit de permettre à chacun de s’approprier le futur de son territoire, de faire siennes toutes réflexions et analyses proposées à ce propos : il s’agit là d’une sorte de contrat social proposé par la Région. Il s’agit également d’amener tous les habitants à s’accorder sur des objectifs économiques communs : chaque projet doit refléter la contribution des habitants. Des débats sont lancés pour ce qui est de la méthodologie et des technologies à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés… Tous les habitants peuvent contribuer à la démarche au travers de centres de la connaissance itinérants, publications en ligne, diffusion de visioconférences, organisation d’expositions virtuelles, radios en ligne, albums photographiques, journaux en ligne, wikipédia territoriaux, suivi de fêtes d’intérêt touristique, valorisation de chansons populaires, ceci sans oublier les immigrants en Estrémadure, les émigrants d’Estrémadure, les outils destinés au développement entrepreneurial, les associations de voisins en ligne et des projets divers(10). La démarche consiste à motiver, donner des compétences et aider à organiser et à mieux connaître telle ou telle composante du contexte territorial et ses contraintes.
Créer de véritables laboratoires « vivants » à l’échelle des villes et des régions, accueillir des chercheurs et attirer la recherche et l’innovation sous toutes ses formes sur des territoires qui se mettent en situation de les accueillir mieux que d’autres au sein de pôles territoriaux dédiés, former les habitants et les accompagner dans leurs initiatives en termes d’économie de la connaissance dans des lieux dédiés à la mutualisation et au partage des savoirs, ce sont là trois exemples de dispositifs territoriaux dont la démultiplication caractérisera le quart de siècle à venir

III - Une activité majeure de l’économie du savoir: le tourisme de la mémoire.

Ce que sera le tourisme de demain était la grande préoccupation de la récente présidence luxembourgeoise de l’Union européenne : nous a été demandée alors une étude prospective en vue de la rédaction d’une charte du tourisme culturel. Ses principales conclusions peuvent parfaitement s’appliquer à la Loire Atlantique. Un régard prospective sur le torisme et ses composants patrimoniaux et cuilturelles constitue en effet, une bonne illustration de l’émergence d’une économie de la connaissance et des services fournis par les villes numériques de demain.

A - De nouvelles formes d’exploration de la mémoire d’une ville ou d’un territoire.

Tous les prospectivistes sont unanimes: l’impact territorial des technologies de la mobilité et de ces nouvelles formes d’itinérance se trouvent aujourd’hui largement expérimentées en Europe.
Plusieurs expérimentations récentes nous permettent ainsi de nous démarquer d’un certain nombre de vieux schémas d’analyse, en évoquant notamment les réflexions prospectives aujourd’hui en cours, dans le domaine notamment de l’utilisation des technologies de géolocalisation et de marquage de l’espace dans la mobilisation des résonances cognitives des environnements patrimoniaux.
Les espaces intelligents qui se créent autour de nous au travers notamment des technologies sans fil et qui nous offrent un Internet ambiant décliné à l’échelle de la Cité qui se transforme en ville de la radiofréquence et des réseaux omniprésents. Une ville amplifiée en quelque sorte par l’intrusion d’espaces informationnels. Une possibilité de rencontre aussi entre les strates d’informations qu’est par essence un monument ou une œuvre d’art et les flux d’informations contemporains, véritable allégorie de la construction identitaire.
On a ainsi tout particulièrement pu mettre l’accent récemment sur des expériences permettant à tous ceux qui fréquentent un espace urbain d’annoter leur environnement, de lui conférer un sens personnalisé, se transformer en auteur en se servant de cet environnement, de se voir auteurs et de vouloir et d’être au départ d’un processus de construction de connaissances. Bref de rechercher et de fournir informations et renseignements.

1 - Le réseau Proboscis qui développe tout un programme de recherche dans la matière, est parti de l’idée de ce que des technologies sans fil pouvaient créer en matière de géographie sonore urbaine. Il s’agit au fond de cartographier l’expérience que font au quotidien ceux qui parcourent une ville et qui cherchent à établir un lien entre ce qu’ils font au quotidien - dans leur travail économique, politique, culturel…- et ce qui se passe, se pense, se commente autour d’eux. S’enrichir et enrichir ce que pensent et savent ceux qu’ils côtoient de ce qu’ils croient savoir et penser eux-mêmes. Ce sont en fait des géographies sonores que Proboscis expérimente.
Le projet Urban Tapestries permet aux usagers d’annoter leur propre ville virtuelle, permettant à la mémoire collective de la communauté dans laquelle ils se trouvent de croître, en permettant aux citoyens ordinaires d’enchâsser un savoir social dans le nouveau paysage sans fil de la cité. Les usagers doivent pouvoir ajouter de nouveaux emplacements, des contenus pour ces emplacements et « enfiler » en quelque sorte les emplacements individuels à des contextes locaux par des dispositifs mobiles. L’usager doit être capable de sélectionner de tels « enfilements » (historiques, sociaux…) ou au contraire de se laisser conduire: il reçoit alors une carte des espaces qui se trouvent associés avec eux : ils peuvent la prendre comme guide ou au contraire demander au système de les prévenir dès qu’ils passent près d’un de ces espaces.
La ville au quotidien démultipliera ainsi les publications sur elle-même : des technologies nous permettent ainsi en tout cas de réarticuler ce qui pourra être écrite sur elle, reconfigurer aussi nos mémoires, autant personnelles que collectives et prendre peut-être la main sur elles...

2 – D’autres projets nous permetent aujourd’hui un vrai régard sur le tourisme de demain:
* Le projet Amble du Media Lab Europe ajoute les connotations temporelles à la carte urbaine qui se trouve sur votre PDA: la carte nous dit en quelque sorte le temps à parcourir.
* Avec Sonic City nous traduisons en musique l’espace que nous parcourons. Le nomadisme urbain se fait ainsi sonore, rythme et expérience corporelle démultipliée.
* Le projet Tejp nous permet de laisser, anonymement ou non, des tags musicaux : création de communautés locales, gestion de nouveaux types de relation sociale. Nous pouvons là encore attacher à un espace donné le volume d’une communication mobile.
* Texting Glances permet de nouvelles formes de construction de la mémoire d’un lieu, espace de transport ou lieu d’attente. Construction, à l’échelle de l’espace d’une ville, en plusieurs points mis en réseaux, au travers de textes et d’images, d’une véritable mémoire collective.
Ce qui nous apparaissait familier et connu dans l’espace urbain peut nous livrer ainsi des sensations nouvelles, beaucoup d’interrogations et une démultiplication des facteurs de curiosité et des occasions de connaître, regarder, questionner autrement. Ce qui ne nous appartient pas peut être personnalisé. La mutation de la perception de l’espace et du temps à l’œuvre sous nos yeux constitue donc un élément clef lorsque l’on aborde les impératifs présents et futurs de l’économie patrimoniale. Il s’avère donc urgent de prendre en compte un tel développement de nouvelles temporalités - celle de l’attente par exemple - ou encore et surtout la construction d’infrastructures invisibles qui permet une sorte d’archéologie à l’envers où nous creusons métaphoriquement un espace pour y placer contributions et annotations, ce que développent d’ailleurs d’autres expérimentations encore tels que Glitch.

3 - D’autres technologies ont été mobilisée également:
* l’utilisation du téléphone mobile pour les enfants de zones rurales en Galicie pour la découverte du patrimoine local,
* l’utilisation d’un Pocket PC pour la visite d’un monument et la compréhension de son décor (le projet PEACH, Personal Experience with Active Cultural Heritage) a permis de générer un modèle tridimensionnel de texture ayant comme objectif la création et la manipulation interactive de films virtuels virtuelle photo-réaliste, ce qui permet de voir et d’étudier en réalité virtuelle par exemple la tour du château de Buonconsiglio à Trente;
* le suivi en temps réel d’objets en trois dimensions dans un flux vidéo dans le cadre du projet SORA (Suivi d’Objets pour la Réalité Augmentée). Des incrustations d'images virtuelles s’avèrent possibles en temps réel : on peut non seulement incruster des objets virtuels dans la main grâce à un capteur, mais il est également possible de faire évoluer ces objets dans un véritable décor. Le concept réside dans le fait qu'une personne puisse présenter des objets de synthèse en les tenant dans ses mains, ce qui fait appel à de la calibration optique de caméra, à des systèmes de capture de mouvements, du temps réel naturellement, mais aussi des mélanges entre des images vidéos et des images de synthèse. Pour qu'une image virtuelle paraisse réelle et que le virtuel et le réel se confondent, il faut en effet que l’image réagisse à son environnement - ainsi le reflet d'une main sur la carrosserie d’une voiture de pixels, effectué en temps réel -. L'étape suivante pourra être l'intégration de toutes ces technologies dans la caméra même, avec ces algorithmes et logiciels qui tourneront à l'intérieur.

B - L'expérience de voyage numérique

Il est aujourd’hui essentiel également de souligner les potentialités de nouvelles de tourisme que nous pouvons d’ores et déjà commencer à développer dans la décennie qui vient, par exemple l’importance pour les acteurs du tourisme la géolocalisation de l'internaute et donc la possibilité d’avoir à l’avenir de plus en plus la possibilité à son égard d’avoir un discours spécifique et des propositions plus ciblées et plus personnalisées: étiquettes géographiques, cartes personnalisables, équipements nomades…
On rappellera ici six champs auxiliaires majeurs :

1. la géolocalisation permet de plus en plus au touriste de dialoguer avec les tags Internet dont la ville se dote progressivement pour renseigner le voyageur et “googler” la rue. Les informations concernant le monde deviennent visibles au travers de ce qu’il est convenu d’appeler le géoweb, le web chargé de données géographiques grâce à qui on peut localiser une boutique, le lieu où a été prise une photo… Le géoweb d’aujourd’hui permet de voir des données que jusqu’à présent nous ne pouvions que lire de façon généralement abstraite ou seulement chiffrée. Il permet de voir le prix médian des maisons par quartier, leurs variations et le nombre de celles qui sont en vente. Les maisons apparaissent aussi sur la carte en fonction de leur date de construction. Cela permet de voir comment un territoire perd ou gagne en dynamisme. Un site comme Mapr qui permet de visiter une région sur la base des photos géotaggées préfigure de nombreuses pratiques à venir.

2. Les équipements nomades sont toujours davantage les compagnons du touriste : baladeurs MP3, iPod, Blackberry et simples téléphones cellulaires de nos e-touristes, audionautes et autres mobinautes requièrent des cartes routières de la région visitée à jour, des podcasts de visites guidées…

3. Après le voyage, s’impose de technologies de « suivi » aujourd’hui essentielles: avis d'utilisateurs, commentaires, forums, carnets et blogs de voyage…

4. Les cartes Web s’orientent dès aujourd’hui vers des contenus de plus en plus personnalisés d’une part, immersifs d’autre part -, ceci à l’instar des mondes virtuels sociaux qui constitueront à l’évidence l’une des données majeures de notre horizon économique et culturels d’ici une quinzaine d’années -. Elles deviennent littéralement la matière première que ce que nous appelons aujourd’hui la néo-géographie. Les internautes sont en effet de plus en plus nombreux à mettre sur des endroits précis d’une carte en ligne leurs photos de leurs voyages ou les post de leurs blogs; ils peuvent ainsi créer dès aujourd’hui des cartes annotées très détaillées accessibles à tous et classées par thèmes (localisation de monuments ou de sites par exemple). La cartographie est donc en train d’acquérir une véritable dimension émotionnelle où l’interaction est - et sera de plus en plus - omniprésente : la carte, ne l’oublions pas - surtout en termes de stratégie de développement touristique et économique - qu’un support sur lequel primeront les données taguées (images, opinions, critiques).

5. Du verre intelligent à l’apprentissage tactile de l’architecture. Il nous faut prendre en compte aussi : les nouveaux rapports entre l’aménagement des espaces publics et des supports informationnels basés par exemple sur la connexion à Internet sur de grandes surfaces de verre (grâce à l’utilisation des ondes sonores), l’utilisation de modèles architecturaux virtuels (au travers notamment des travaux au cours de ces deux dernières années de l’Institut Herz à Berlin).

6. Les outils de l’ubiquité marquent d’ores et déjà, de Kobé à Séoul, certaines pratiques relatives à l’économie d’espaces devenus « intelligents » et sur lesquels il nous semble impératif que les territoires puissent exercer un vrai travail de veille afin qu’elles puissent en suivre avec les habitants les principales évolutions. Les territoires dont on souligne traditionnellement l’enclavement seront bien évidemment les premiers concernés par des usages naissants.
Ces développements technologiques permettent de revisiter non seulement un siècle et demi de regards artistiques sur les territoires, mais aussi le rapport de l’héritage culturel au développement économique contemporain.

C - La prise en compte des nouvelles sensibilités

L’e-tourisme rural est d’abord un tourisme culturel qui se développe au sein de l’économie du savoir en genèse sous nos yeux. Une économie où la valeur de référence est la connaissance.
Le territoire devra de plus en plus au travers des reconnaissances cognitives de ceux qui voudront le découvrir aider à se faire lire, comprendre, analyser … et aimer.
Un tel processus peut s’instrumentaliser dans le très bon sens du terme. Pour cela, il faut évidemment toujours déterminer le niveau d’interactivité souhaité.
Ainsi, les interactions entre un visiteur et les contenus offerts peuvent être rendues disponibles au travers de multiples dispositifs autorisant la génération de contenus par les visiteurs. Ces contributions des visiteurs peuvent aussi être disponibles pour commentaires et peuvent ainsi s'influencer entre elles : les individus se trouveront ainsi de plus en plus inter-reliés autour de l'expérience qui s'enrichit encore de ces interactions sociales. Les visiteurs peuvent naturellement aussi interagir directement les uns avec les autres autour des contenus présentés grâce à différentes approches qui touchent naturellement davantage la clientèle des jeunes soucieux de communication en temps réel (messagerie instantanée), de création d’univers mentaux en ligne ou de partage d’une expérience avec autrui.
Il faudra ainsi de plus en plus développer - pour une meilleure compréhension de ce qui est montré- les approches tactiles dans l’espace public. Nous avons ainsi fait l’expérience l’an dernier - et notamment à la Bibliothèque d’Alexandrie - d’une démarche qui consiste à utiliser les grandes surfaces de verre - précédemment évoqués - dans des dispositifs muséologiques ou des expositions (à Toulon par exemple). Une technologie aujourd’hui testée également par des boutiques londoniennes et qui permet d’acheter à toute heure des habits, sans entrer dans le magasin, en touchant simplement la vitrine interactive de la boutique. Expérimenté à Londres, le dispositif se généralisera à l’horizon de la génération à venir. Une fois la commande passée, le client entre son numéro de téléphone ou son adresse e-mail sur un petit clavier virtuel, ce qui lui permet de recevoir un bon de commande et de régler, ensuite, ses achats à distance. Ce dispositif qui ne nécessite pas de travaux : es images du catalogue de vêtements proviennent d’un DVD lu par un ordinateur. Elles sont diffusées, de l’intérieur du magasin, via un rétroprojecteur sur la vitrine. Ensuite, la devanture est tapissée d’un film transparent et souple, balayé par une caméra infrarouge qui détecte les moindres gestes du client. Enfin, un logiciel traduit ces mouvements afin de permettre à l’usager de tourner les pages du catalogue et de passer commande. Expérimentée également depuis 2005, en France, par diverses sociétés à Paris, la technologie, peu compliquée à mettre en œuvre, est commercialisée au Japon et caractériseront les espaces publics des territoires de demain. Nous travaillons aujourd’hui au sein de notre réseau aux diverses scénarisassions de ce type de dispositif.
De manière générale, la glocalisation, on le sait bien, est à l’œuvre partout : l’impact majeur des processus de mondialisation et de globalisation - dont nous connaissons aujourd’hui une nouvelle étape - est naturellement le besoin d’enracinement dans un territoire.

Conclusion

La Loire Atlantique de 2030 sera - probablement plus pour son bonheur (démultiplication de démarches d’accueil) que pour son malheur (potentiel délocalisation d’activités) - une terre ouverte. Tant il est vrai que cette expression de «terre ouverte» sera en quelque sorte le label de l’économie de la connaissance.
Mais pour accueillir la culture d’autrui, il faut lui faudra d’autant plus développer la sienne.
Pour être terre d’innovation, il lui faudra donc faire usage avec rigueur de la boite à outil de son identité.
Car, on l’oublie trop, l’innovation est d’abord ouverture.
Je vous remercie de votre attention.

Notes:

  1. On se reportera ainsi à la mission confiée à Laurent Cohen Tanugi.
  2. Un appel à projets vient d’être récemment lancé par la Commission.
  3. Formuler une telle affirmation à Séville était aisé, dans une ville que son plan de prospective définit comme ville de l’innovation et de la connaissance et dont une partie du centre historique s’est donnée pour vocation de devenir dans les années à venir un quartier de la nouvelle économie de la connaissance.
  4. Il nous faudra également prendre en compte ce que seront les futurs espaces interrégionaux d’élaboration et de confluence des savoirs ou encore, en d’autres termes, la configuration de la géo-économie de la connaissance dont nous observons aujourd’hui la genèse.
  5. On retrouvera à chaque fois l’importance des espaces de gestion locale des processus de capitalisation des savoirs et des connaissances.
  6. Rappelons-en brièvement les origines: la Fondation Tecnocampus Mataró avait organisé il y a trois ans de cela un colloque « usagers et réseaux créateurs de la nouvelle ville » qui évoquait les horizons ouverts par la gestion urbaine en réseau. Avec une équipe d’économistes de l’Université Polytechnique de Catalogne, ce séminaire a par la suite permis de modéliser un certain nombre d’axes de développement de la ville en la matière. La ville s’était placée d’emblée sous l’égide d’un plan directeur qui entend en faire une ville de la connaissance, capable d’exploiter pleinement le capital intellectuel de la ville et de son territoire comme source principale de richesse, de prospérité et de croissance future. A été utilisé à cette fin une modélisation économique qui se traduit par la création et la gestion d’une plate-forme de connaissance, ceci à partir notamment des micro-clusters existants dans la cité.
  7. Il sera présenté lors des premières journées européennes de la Fondation à Privas les 7 et 8 février prochains.
  8. Nous avions ainsi eu l’occasion de rappeler que certaines des approches de la ville de Stockholm - et de Kista, tout à côté de la capitale suédoise - n’auraient de même aujourd’hui pas la même force s’il n’y avait pas eu Ronneby, ou encore Naestved au Danemark (Naestved qui elle-même a repris un certain nombre de schémas élaborés par de petites villes espagnoles). Il est donc essentiel de totalement reconsidérer à cette aune les analyses traditionnelles sur la prospective du monde rural. Il y a trois ans en effet, j’ai eu l’occasion de développer pour le CROCIS une assez longue analyse où j’ai montré combien la ville de petite taille était précisément destinée - plus encore que d’autres - à être l’un des vecteurs de l’innovation territoriale. Il y a moins d’une décennie également, nos collègues normands évoquaient dans le cadre du Mois des Villes Numériques que nous avions organisé à la Cité des Sciences « Internet sous les pommiers ». D’ici deux décennies, on évoquera la démultiplication de centres de RDI, singulièrement au sein du monde rural justement - comme d’ailleurs le montrent et vont commencer à le démontrer dans moins de deux ans les opérations que nous accompagnons aujourd’hui -. Le rapport villes - campagnes ne pourront qu’en être profondément bouleversés, de même que les paradigmes qui définissent ce rapport.
  9. INFODEX (Stratégie Régionale de Société de l’Information) qui était né en 1997.
  10. REDMIL, AGRORED, GASTRONOMIA de Extremadura…
    ---------------

LES VILLES ET TERRITOIRES NUMERIQUES DE DEMAIN - Laura Garcia Vitoria©