6e trophée Terre de Femmes
Dossier de Presse (Extrait) 8 mars 2007

Fondation Yves Rocher-Institut de France : Flore MOSER (4eme prix)

Son action : " Mettre en place un modèle de développement durable afin de contribuer à l'amélioration du niveau de vie des populations indigènes en sauvegardant les ressources de la forêt amazonienne "

" La valeur n'attend pas le nombre des années "... Flore Moser en est l'exemple vivant.
A seulement 26 ans, elle a déjà une tête bien faite et bien pleine.
En 2005, " cette bosseuse " décroche un D.E.S.S en gestion des systèmes agro-sylvo-pasteraux en zones tropicales. Intitulé savant et obscur pour les néophytes mais qui recèle une grande connaissance de la complexité du monde végétal. Pourtant, ces années d'études et ces milliers d'heures de recherches sont avant tout le résultat d'un choc culturel et émotionnel vécu à l'adolescence.

L'électrochoc

Flore n'a que 13 ans lorsqu'elle part rejoindre au Sahel, une tante par alliance, chef d'une tribu Peul Borobo. L'espace d'un été, l'adolescente partage la vie des enfants de la tribu et participe aux corvées. Il fallait une journée de marche pour rapporter de l'eau. J'ai su très vite combien l'eau était précieuse et si rare sur certains continents. En rentrant, j'ai annoncé à mes parents que je voulais étudier pour aider ceux qui n'avaient pas accès à ces ressources vitales et si possible vivre avec eux pour les aider.

Une vocation est née.

Flore précise : " Au début, je voulais être hydrologue mais peu à peu, je me suis intéressée aux plantes... Le monde des plantes est un monde extraordinaire. Une plante vit là où elle est bien... Vous savez, toute l'humanité dépend du monde végétal ! ". Le ton est donné. De stages en stages, Flore parfait ses connaissances et profite de toutes les occasions pour voyager à l'autre bout du monde et se confronter à la réalité du terrain.

L'engagement

Un stage de 6 mois en Equateur lui fait découvrir le drame écologique de la déforestation et les difficultés à survivre des populations locales. De retour en France, elle décide de continuer son action au sein de l'association Ishpingo qu'elle fonde avec un de ses amis.

Le projet

L'idée est de mettre en place un modèle de développement durable permettant l'amélioration du niveau de vie des populations indigènes tout en préservant les ressources de la forêt amazonienne. La zone d'intervention est située dans la province du Napo en Amazonie équatorienne. Le canton de Talag est habité par deux mille cinq cents indiens Kichwas répartis sur dix-huit petits villages. Traditionnellement, les agriculteurs kichwas cultivaient selon un modèle agroforestier durable (association de cultures vivrières et d'arbres). En raison de besoins financiers accrus par la croissance démographique, l'autoconsommation s'est peu à peu transformée en culture de rente avec apparition de la monoculture et la mise en place de pâturages. Ces changements ont provoqué la surexploitation des ressources naturelles, la déforestation, l'érosion et l'appauvrissement des sols ayant pour conséquences la détérioration des conditions de vie des Kichwas. " Mon projet repose sur l'amélioration notable de l'utilisation des terres par les agriculteurs kichwas et la gestion raisonnée des ressources forestières. Pour répondre aux besoins écologiques et économiques, nous créons des pépinières où seront produits des plants d'espèces utiles à l'homme ou ayant une forte valeur économique. Ces plants seront utilisés pour réaliser des parcelles agroforestières chez les agriculteurs.
Dans ces parcelles seront plantés des arbres d'une vingtaine d'espèces, utiles pour le bois d'oeuvre ou de chauffe, la médecine traditionnelle, l'alimentation et l'artisanat, associés aux cultures vivrières. Nous souhaitons ensuite valoriser les produits obtenus par le regroupement des agriculteurs en coopératives ".

Convaincre et sensibiliser les plus jeunes

Ce projet ne peut réussir sans l'adhésion des populations locales. Avec toute sa force de conviction, Flore tente de sensibiliser les indiens aux dangers de la déforestation : " Vous savez, ils ont toujours connu la forêt autour d'eux et ne se rendent pas encore compte de l'urgence d'arrêter l'abattage des arbres. La forêt leur appartient. Et la difficulté de vivre est telle que pour payer une noce ou la scolarisation d'un enfant, ils n'ont pas d'autre solution que de couper un arbre pour le vendre ". L'approche utilisée se doit donc d'être participative et formatrice. Les différents travaux de pépinières et de reforestation se font en partenariat avec les agriculteurs et leur famille ainsi qu'avec les élèves du lycée du canton.
Face aux difficultés rencontrées sur le terrain, on ne peut s'empêcher de demander à Flore où elle trouve toute cette énergie pour ne pas baisser les bras. Mais là encore, Flore a la réponse : " Parfois, j'ai l'impression d'être Don Quichotte se battant contre des moulins à vent mais lorsque j'ai appris que des élèves du lycée que nous avions formés, recréaient des pépinières chez eux et tentaient de convaincre leurs parents de la nécessité de travailler autrement en protégeant la forêt, cela m'a convaincu que nous étions sur la bonne voie ! ".

www.institut-de-france.fr - www.yves-rocher-fondation.org - www.ishpingo.org